L'ultime choix
Le cerveau est-il un filtre ou mieux encore une valve réductrice ?
Ces faits pris en compte par des chercheurs comme Marjorie Woollacott nous permettent d’avancer d’autres hypothèses concernant le rapport entre le cerveau et la conscience. Si nous n’acceptons que la seule réponse que nous propose le paradigme actuellement dominant dans notre culture, nous perdons la possibilité de découvrir d’autres perspectives. Alors que les « faits » dont je viens de vous faire part, observés de multiples fois et étudiés dorénavant par les post-matérialistes, contribuent à développer des hypothèses beaucoup plus abouties que celles avancées par le modèle physicaliste. Ces faits suggèrent que dans un état de fonctionnement ordinaire le cerveau non seulement n’est pas un producteur de conscience, tout au plus un facilitateur, mais que le plus souvent il inhibe l’accès à des niveaux de conscience élargie. Les « faits » étudiés par les post-matérialistes tendent à montrer que notre conscience individuelle peut s’affranchir des mécanismes de réponses chimiques ou électriques cérébraux pour interagir avec un champ de conscience illimité.
Il me semble important de développer maintenant plus précisément cette hypothèse émise par les post-matérialistes. Car, si longtemps le cerveau a été considéré comme une « machine biologique » et donc la conscience comme un produit, cette analogie est de plus en plus contestée.
Le cerveau est-il un filtre ou mieux encore
une valve réductrice ?
« Être secoué hors des ornières de la perception ordinaire, avoir l’occasion de voir pendant quelques heures intemporelles le monde extérieur et l’intérieur, non pas tels qu’ils apparaissent à un animal obsédé par la survie… mais tels qu’ils sont appréhendés, directement et inconditionnellement par l’Esprit en général c’est là une expérience d’une valeur inestimable… »
– Aldous Huxley[268]
Ce sont William James et Frederic Myers qui, à la fin du XIXe siècle, cherchant à résoudre le problème de la relation entre le cerveau et la conscience, avancent l’hypothèse que le cerveau est plutôt un receveur et transmetteur de conscience mais ne la produit pas. Il opèrerait en réalité comme un filtre de conscience. Celle-ci aurait une origine extra-cérébrale, c’est-à-dire qu’elle ne serait pas le fruit de processus neuronaux. Cette hypothèse allait déjà à l’époque à l’encontre de celle défendue par les matérialistes.
Pour ces deux auteurs, la conscience existe par elle-même. Elle représente un aspect fondamental, irréductible de la nature humaine et se révèle un acquis préalable pour notre expérience de la réalité, car sans elle on ne peut avoir d’expérience ni du monde physique ni de notre monde intérieur.
En outre, ils considèrent qu’elle s’étend au-delà de l’espace-temps puisqu’elle est illimitée. Toutefois, le plus souvent, l’être humain ne peut en faire l’expérience que sous une forme limitée (la conscience individuelle), et ce, justement du fait du fonctionnement cérébral qui, bloquant la plus grande partie du champ informationnel qui lui parvient, n’autorise que la perception d’une bande étroite de la réalité et réduit donc le champ de notre expérience.
Comme je l’ai déjà souligné dans le précédent chapitre, la métaphore souvent utilisée par les auteurs post-matérialistes est celle de l’appareil de télévision. Si on endommage les composants électroniques d’un appareil de télévision, on n’obtient plus d’images ni de sons, ou tout au moins la réception est sérieusement brouillée. Cependant, le signal restera intact puisqu’il n’est pas produit par le poste de télévision. Celui-ci est un récepteur et un décodeur de signaux électro-magnétiques de fréquences différentes qu’il convertit en images et en sons. De même, notre cerveau est un récepteur de conscience. Dans les conditions habituelles, son activité limite notre expérience de la conscience car il érige une barrière suffisamment efficace pour nous empêcher de faire l’expérience de la conscience illimitée. Chercher cette dernière dans le cerveau revient à chercher le présentateur du journal télévisé dans le poste de télévision.
Le cerveau est donc un mécanisme de localisation de la conscience et constitue le dispositif qui permet l’individuation du flux de conscience illimité en le circonscrivant dans l’espace-temps. Plus précisément, le fonctionnement cérébral crée l’illusion que le champ de la conscience se limite à cette conscience individuelle.
Celle-ci peut être comparée au « filtrat » de la conscience illimitée qui lui préexiste et qui est passée au crible du fonctionnement cérébral. Ce filtrat est donc le résultat du « tamisage » opéré par le cerveau. Il sera donc différent selon les individus mais aussi selon les expériences qui modifient les qualités et les propriétés du tamis. Dans son livre De l’immortalité humaine, William James compare l’activité cérébrale qui limite les propriétés et la puissance du flux de conscience à celle des cordes vocales qui modulent l’impact de l’air : « L’air qui traverse actuellement ma glotte est déterminé et limité dans son intensité et sa qualité de vibration par les particularités de ces cordes vocales qui forment son couloir d’échappement et le matérialise sous la forme de cette voix qui est la mienne. »
Cette métaphore dépeint comment l’activité cérébrale transforme le vaste champ de conscience en une conscience individuelle dont l’émergence est la conséquence du processus de filtration d’un champ de conscience illimité, et donc comment le cerveau représente un obstacle à l’expérience d’une conscience élargie.
Cette hypothèse du filtre de la conscience qui envisage la fonction du cerveau comme étant principalement éliminatrice plutôt que productrice de conscience est avancée actuellement par de nombreux chercheurs post-matérialistes (Mario Beauregard, Pim van Lommel, Olivier Chambon, Jean-Jacques Charbonier, Eben Alexander, et d’autres encore) qui reprennent une idée déjà défendue dans les années 1980 par le Prix Nobel de médecine John C. Eccles, qui écrivait : « Le cerveau est le messager de la conscience ». Autrement dit, le cerveau est un organisme complexe qui enregistre et transmet la conscience mais ne la génère pas. Tous ces auteurs (avec quelques nuances dans leur approche) décrivent donc la conscience sous deux formes différentes. L’une, qui est première, se présente sous la forme d’un champ de conscience illimité s’étendant au-delà de l’espace et du temps ; l’autre, sous l’action de processus physiologiques, prend la forme d’une conscience individuelle. Entre les deux formes de conscience se trouve le cerveau. C’est lui qui transcrit la conscience illimitée dans le monde de la matière défini par l’espace et le temps. Le cerveau est donc nécessaire pour la manifestation de la conscience dans notre réalité, mais cela ne signifie pas qu’il en soit à l’origine. Il est un mécanisme très performant façonné tout au long de l’évolution pour que nous soyons pleinement adaptés au monde physique dans lequel nous vivons en ne captant et ne filtrant qu’un faible filet de cette conscience illimitée, filtrat qui devient notre perception du monde. William James avançait l’hypothèse que les fonctions cérébrales tamisent, canalisent ce champ de conscience illimité qui existe au-delà de nous pour ensuite l’émettre et le localiser dans notre réalité contrainte par les lois de l’espace-temps en le transformant en une conscience individuelle. Il faisait l’analogie avec un prisme qui ne produit pas la lumière mais la réfléchit pour produire un spectre lumineux.
On peut légitimement se poser la question de savoir quelle est la finalité de cette limitation. Henri Bergson, un ami de William James, tente d’apporter une réponse en précisant lui aussi que le cerveau est un récepteur de stimuli – dirait aujourd’hui un récepteur de données – qui fonctionne comme un filtre qui n’en laisse passer qu’une infime partie. Chaque instant, il filtre toutes les informations reçues pour sélectionner celles qui sont nécessaires à notre survie. Car sinon nous serions submergés d’informations et cela freinerait notre capacité à nous adapter à ce monde. Le cerveau a donc une fonction utilitaire, celle de ne traiter que les données nécessaires pour que nous soyons aptes à agir efficacement dans la réalité ordinaire.
Ce processus de filtrage et de réduction dessine une carte du monde qui définit la réalité consensuelle, celle que nous partageons avec ceux qui nous accompagnent dans le voyage temporel. « Ce qui sort de l’autre côté (du filtre), c’est un égouttement parcimonieux de ce genre de conscience qui nous aidera à rester vivants à la surface de cette planète
particulière [269]. » Il nous permet donc de bien nous intégrer dans le monde dans lequel nous vivons et de partager ainsi avec les autres une perception commune de la réalité. Mais quelque chose d’une importance capitale nous échappe lorsque notre expérience se limite à une conscience individuelle.
Heureusement, il se trouve que nous pouvons moduler le fonctionnement du filtre, agir sur ce que Aldous Huxley nommait « la vanne de réduction » qui diminue habituellement notre ouverture à un champ de conscience plus étendu. Nous changeons alors les capacités réceptrices de notre cerveau en modifiant le niveau de notre conscience et élargissons ainsi notre champ de perception et d’expérience. Car il n’existe pas de frontières infranchissables entre le niveau de notre conscience ordinaire et celui qui nous dévoile de nouveaux pans de la réalité, et nous avons tous la capacité de vivre différents niveaux de réalité. Ervin Laszlo suggère que nous sommes des êtres amphibiens par rapport à la réalité. Comme eux, nous pouvons faire l’expérience de différents milieux. Soit demeurer dans l’espace-temps, soit aller au-delà de cette dimension. Nous nous éloignons alors de l’expérience vécue à un niveau de conscience ordinaire et accédons à d’autres niveaux de réalité. C’est une potentialité tout à fait naturelle que nous partageons tous, certes à des degrés différents, mais il ne fait aucun doute pour la plupart d’entre nous que la vie nous offre bien davantage que ce que nous sommes capables de percevoir.
L’hypothèse du filtre donne une explication cohérente à de nombreuses expériences – comme les EMI – qui, mettant partiellement ou temporairement les mécanismes de filtrage hors-jeu, sont à l’origine d’expériences d’expansion de conscience. En effet, pour permettre à la conscience de s’étendre au-delà de la localisation spatio-temporelle du corps, il suffit « d’intervenir sur la qualité ou les caractéristiques de ce
filtre : sa porosité, sa "pureté”, la netteté de ses limites [270]».
La méditation profonde et la prise de substances psychoactives créent le même mécanisme, mais il existe d’autres façons de créer des moments pendant lesquels le sujet transcende son individualité pour retrouver le flux de conscience illimitée qui est toujours présent mais le plus souvent inaccessible.
Tout au long de l’histoire humaine, que ce soit dans diverses traditions mystiques ou chez les peuples premiers, des techniques ont été développées pour modifier ce filtre qui définit un seuil de conscience de telle façon que les individus puissent vivre des expériences de conscience élargie. Mais de nos jours, l’opinion qui domine est de nier cette possibilité. Elle est le plus souvent considérée comme un pur fantasme par ceux qui n’ont pas vécu de telles expériences. Et comme ils sont convaincus que les expériences de conscience élargie n’existent pas, ils ne pourront les vivre. Il est évident que nous ne vivons le plus souvent que ce que nous croyons pouvoir être vécu. Si nous sommes persuadés qu’une telle expérience est impossible à vivre, nous avons peu de chance de la vivre ; la réalité que l’on vit dépend de la façon dont on se la représente. D’autant plus que ces expériences ne peuvent être expliquées par le modèle matérialiste et sont par conséquent facilement écartées. Toutefois, on retrouve dans la littérature de nombreux récits d’expériences qui témoignent de la mise en place de pratiques qui, en réduisant l’activité du filtre cérébral, donnent accès à la connaissance d’un monde subtil et à des informations du domaine de la transcendance. En
Grèce, par exemple, étaient pratiqués des rituels d’incubation[271] qui consistaient à descendre dans une salle obscure des sanctuaires dédiés à Asklépios ou dans la profondeur d’une grotte sombre et à s’allonger sur le sol totalement immobile dans le silence des profondeurs de la terre. Cette expérience qui induisait un niveau de conscience différent de celui de l’état de veille avait pour but de contacter plus facilement Asklépios, le dieu grec de la médecine, ou Apollon, pour recevoir des informations du monde invisible. D’autres expériences se révélant des épreuves physiques, comme de longues séances de hutte de sudation par exemple, se caractérisent aussi par une désactivation partielle de certains processus cérébraux, permettant ainsi à la conscience individuelle de retrouver le flux de conscience primordial.
Paul Marshall[272] affirme dans son livre Mystical Encounters que « les contenus de la conscience ordinaire sont sélectionnés, filtrés, à partir de la conscience transcendantale ou extra cérébrale, mais si ce filtre devient moins efficace, des contenus qui étaient jusqu’alors retenus émergent à la conscience ». C’est ce qui se déroule lors des expériences mystiques. Lorsque des événements perturbent le fonctionnement habituel du cerveau, le changement peut réduire le mécanisme de filtre du cerveau et précipiter une expérience mystique qui conduit à approcher la plénitude de la conscience unifiée.
Cet auteur considère qu’il existe différents niveaux d’expérience mystique : le plus élémentaire se caractérise par un sentiment de paix intérieure et une profonde sensation de reliance avec l’univers. Il s’opère lorsque le filtre du cerveau n’est que modérément ouvert et se caractérise par une diminution de la distinction entre soi et les autres ou entre soi et l’environnement, si bien que l’on peut alors avoir le sentiment de n’être qu’une partie d’un immense courant de conscience. Néanmoins, celui qui vit ce type d’expérience vogue encore à la surface de ce courant, car il n’a pas encore accès à toute sa profondeur. Cet accès demande une ouverture plus grande du filtre cérébral et se caractérise par une sensation d’unité et même d’identification avec tout l’univers associée à la connaissance ultime de la nature des choses. Cette expérience constituerait donc l’apogée de l’expérience de la conscience.
William James suggérait, lui aussi, que les expériences mystiques dépendaient du seuil de conscience maintenu par le cerveau. Plus ce seuil serait bas, plus la conscience individuelle pourrait se plonger dans le flux de la conscience originelle. Il considérait qu’il y a « entre notre conscience et cette mer originelle, une continuité qui permet à ces vagues exceptionnelles
de passer par-dessus le barrage [273] », barrage que représenterait le fonctionnement cérébral.
Si je reprends la métaphore du poste de télévision, je peux affirmer que nous sommes capables de capter des fréquences différentes de celles que nous captons d’habitude, des fréquences qui se traduisent par des expériences donnant accès à une qualité d’être beaucoup plus riche que les expériences sensibles auxquelles nous pouvons goûter d’ordinaire. William Strassman, qui a effectué de nombreux travaux sur l’effet des substances psychoactives, reprend lui aussi la métaphore du poste de télévision en écrivant que les expériences que procurent ces substances permettent de changer de chaînes et ainsi de modifier le niveau de conscience.
Pendant ces expériences, les neuroscientifiques ont la capacité d’enregistrer une activité neuronale. Pour les post-matérialistes, celle-ci reflète le phénomène de filtrage qui est en cours. Ces derniers décrivent les techniques traditionnelles de méditation comme étant un moyen de désactiver momentanément le système de filtrage et de localisation de la conscience, permettant ainsi au sujet de faire l’expérience d’être conscient de tout ce qui est dans l’espace-temps et même au-delà. Il en serait de même pour l’effet des substances psychoactives. Une étude menée par Robin Carhart-Harris en 2012 a montré que, de manière contre-intuitive, l’effet des substances psychoactives est corrélé à une réduction globale de l’activité cérébrale, là où l’on s’attendrait à un véritable feu d’artifice synaptique, compte tenu de la richesse du vécu subjectif. En effet, dans cette étude, les participants qui ont pris des substances psychédéliques ont montré une réduction de l’activité cérébrale par rapport aux personnes qui ont reçu un placebo. Mais ils avaient des expériences d’un contenu plus riche sur les plans sensoriel et émotionnel. En d’autres termes, l’intensité de l’expérience est inversement proportionnelle à l’activité cérébrale ; les expériences transpersonnelles les plus remarquables sont corrélées avec une réduction ou même, dans le cas des EMI, une élimination de l’activité cérébrale.
Ces résultats vont donc à l’encontre de l’hypothèse matérialiste qui considère l’expérience de la conscience comme étant seulement le fruit d’une activité cérébrale, mais confortent bien celle des post-matérialistes qui envisagent le cerveau comme un filtre confinant la conscience dans les limites définies par les besoins de notre vie quotidienne.
Pour étayer cette hypothèse, Bernardo Kastrup[274] cite l’expérience de la scientifique Jill Bolte Taylor. Celle-ci décrit précisément son vécu lors de
l’hémorragie cérébrale importante dont elle a été victime[275]. Alors que cette hémorragie se répandait dans son hémisphère droit, elle eut un sentiment d’expansion qu’elle décrit ainsi : « J’ai senti que je m’expansais au-delà de mon corps, comme un génie qui sortirait de sa bouteille et se libérerait de l’étroitesse de ce récipient. Et mon esprit monta dans les airs totalement libre comme une formidable baleine glissant dans une mer d’euphorie silencieuse. » Dans son ouvrage, l’auteure (qui était par ailleurs anatomopathologiste du tissu cérébral !) décrit comment elle fit alors l’expérience de l’ubiquité de la conscience. Bernardo Kastrup considère cette expérience comme étant un exemple particulièrement significatif du bien-fondé de l’hypothèse suggérant que le cerveau est un récepteur d’une partie d’un champ de conscience illimité et crée l’illusion d’une conscience individuelle. Les post-matérialistes ne soutiennent donc pas l’hypothèse qu’il n’existe aucune relation entre le cerveau et la conscience. Par contre, ils s’opposent aux physicalistes quant à la nature de la relation qui existe entre eux. Les matérialistes affirment que si les fonctions mentales sont affectées lorsque le fonctionnement cérébral est mis à mal, cela prouve bien que cet organe produit la conscience. Cet argument ne peut être retenu puisque l’hypothèse des post-matérialistes qui voudrait que le cerveau agisse comme un filtre de conscience est aussi compatible avec ce fait.
Au contraire, si l’on retient l’hypothèse que certaines lésions cérébrales désactivent le filtre cérébral et induisent des expériences transpersonnelles, on est incapables à ce jour de décrire exactement quelle sont les altérations du filtre ou de la vanne réductrice et donc de la physiologie cérébrale qui sont nécessaires à l’accès à cette conscience illimitée, sachant que de nombreuses lésions cérébrales ne s’accompagnent pas de telles expériences.
Il n’empêche, lors de certains dysfonctionnements cérébraux spécifiques, l’illusion d’une conscience individuelle disparaît et le sujet accède alors momentanément à l’expérience d’une conscience illimitée. Dans un de ses
livres[276] [277] cet auteur cite l’étude d’une équipe italienne effectuée sur 88 patients qui avaient subi une intervention chirurgicale pour l’ablation d’une tumeur cérébrale et dont le fonctionnement de certaines aires cérébrales avait été endommagé par l’opération. L’aptitude à vivre des expériences transpersonnelles avait été mesurée avant et après l’intervention. Plus particulièrement avait été prise en considération leur habilité à vivre des situations dans lesquelles leur conscience individuelle était transcendée et au cours desquelles ils développaient une capacité à se relier à l’univers qui leur apparaissait alors comme un Tout. En procédant à cette évaluation avant et après l’intervention, les chercheurs mirent en évidence que dans un nombre de cas statistiquement significatif, il existait une corrélation entre les lésions cérébrales affectant des régions très localisées du lobe pariétal inférieur gauche et la survenue dans un délai très court après l’intervention d’expériences transpersonnelles. Ces résultats semblent à première vue corroborer l’hypothèse matérialiste qui voudrait que ce soit bien le cerveau qui produit la conscience puisqu’une lésion cérébrale crée des modifications quant à l’expérience que l’on peut en faire. Toutefois, relève Bernardo Kastrup, l’interprétation de ces résultats n’est pas si évidente. Car si l’expérience subjective est produite dans le cerveau comme le soutiennent les physicalistes, comment des lésions à cet endroit pourraient-elles permettre de dépasser l’expérience que le cerveau est censé engendrer habituellement ? Cet auteur se pose aussi la question de savoir comment un cerveau présentant des lésions peut générer le sentiment de fusionner avec quelque chose qui se trouve au-delà de lui. Par contre, précise-t-il, les post-matérialistes, qui émettent une hypothèse selon laquelle le cerveau serait un filtre de conscience, donnent une explication plus satisfaisante : en réduisant l’activité de certaines zones du cerveau, le système de filtre est alors hors d’usage, permettant ainsi à la conscience de la personne de retrouver le champ de conscience illimité, retrouvailles qui donnent naissance à ces expériences transpersonnelles.