L'ultime choix

Gérard Vigneron · Chapitre 39 sur 44

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L'ultime choix

La conscience non locale

Il est évident que cette conception de la conscience nous oblige à nous poser des questions d’ordre métaphysique. Elle nous amène à nous interroger sur la persistance de la conscience après notre mort et à envisager qu’une certaine forme de conscience, indépendante du cerveau, persiste après l’arrêt définitif du fonctionnement de ce dernier. Dans cette perspective, la mort ne signifie pas la fin de la conscience mais sa libération des contraintes cérébrales et l’accès à un champ de conscience plus profond et plus fondamental. Une forme de retrouvailles avec ce que l’on nomme maintenant la conscience non locale.

 

La conscience non locale

« La conscience est un singulier dont le pluriel est inconnu. Il n’existe qu’une seule chose, et ce qui semble être une pluralité n’est simplement qu’une série d’aspects différents de cette chose unique, produits par une illusion... comme dans une galerie de miroirs. »

– Erwin Schrödinger

 

« Très loin dans la demeure céleste du grand dieu Indra se trouve un filet qui a été tendu de manière à s’étirer dans toutes les directions à l’infini. Pour répondre aux goûts extravagants des dieux, un joyau étincelant a été placé à chaque noeud du filet, et comme le filet lui-même est infini dans ses dimensions, le nombre de joyaux l’est tout autant. Si nous choisissons n’importe lequel de ces joyaux, afin de l’examiner, nous verrons que sur sa face polie se réfléchissent tous les autres joyaux infinis en nombre. Non seulement cela, mais chacun des joyaux ainsi réfléchis dans celui que l’on observe reflétera également tous les autres, de telle sorte que le processus

de réflexion est infini[278]».

Cette métaphore du filet d’Indra est pour Russell Targ[279] une description holographique de la non-localité de la conscience sachant que la caractéristique essentielle d’un hologramme est que chacun de ses éléments renferme une image complète de l’ensemble. Notre conscience fait partie d’un réseau de vie qui l’informe. Nous sommes nous-mêmes les joyaux de ce filet dans lesquels se réfléchit la conscience infinie, dite encore non locale. Elle est indépendante du temps, s’étire à l’infini et constitue le fondement de la réalité. Notre véritable nature réside dans le fait qu’elle soit liée et entrelacée dans un réseau où chaque point reflète le tout et nous permet donc d’y être connectés.

L’être humain se situe donc à la frontière de l’espace-temps. Suivant le pas qu’il effectue, soit il y demeure, soit il se libère des contraintes inhérentes à cette dimension et se met en résonance avec une dimension immatérielle de la réalité, la conscience non locale qui correspond à un champ d’informations sans localisation précise dans l’espace (comme dans le cerveau) ni dans le temps comme le moment présent. Nous sommes donc des êtres vivants ayant la capacité de faire l’expérience de deux dimensions mais nous l’avons oublié. Nous pensons être définitivement contraints par l’espace et le temps, localisés dans cette dimension, mais en réalité nous pouvons aussi vivre des expériences dans lesquelles nous nous en échappons ; nous avons alors l’occasion de voir notre conscience se fondre dans une conscience élargie. Nous sommes donc susceptibles de faire l’expérience de deux formes de conscience complémentaires, une forme individuelle et une forme non locale, et il existe des états de conscience particuliers que nous pouvons apprendre à cultiver pour faire taire le système de brouillage du cerveau et faciliter ainsi un phénomène de sympathie entre notre conscience individuelle et la conscience non locale dans laquelle elle peut alors se fondre.

Le cerveau reçoit les informations de la conscience non locale, mais d’ordinaire son rôle est celui d’un transducteur d’informations qui va localiser, réduire, contraindre la conscience non locale en une conscience individuelle pour épouser les limites d’un monde structuré par les lois spatio-temporelles. « Alors elle perd le "Un”, le "partout”, le "toujours” et

se vit comme une forme différenciée dans l’espace-temps[280]. » Pour désactiver ce rôle de filtre rempli par le cerveau, nous sommes le plus souvent obligés de mettre en place des pratiques, mais l’accès à la conscience non locale peut aussi se faire spontanément, comme lors de

l’expérience dont témoigne Jean Houston[281].

Quand elle avait 19 ans, Jean se prit de passion pour le parachutisme, qui devint pendant quelque temps son activité du week-end jusqu’au jour où, l’ayant certainement mal replié la fois précédente, le parachute refusa de s’ouvrir. Jean eut beau tirer sur les sangles, rien n’y fit et, inexorablement, elle se rapprochait du sol à grande vitesse quand tout à coup son esprit entra dans un vaste état de sérénité : « L’éternité était entrée dans le temps local, et j’avais l’impression d’être enveloppée d’un vaste champ de conscience qui pénétrait tout. J’étais un petit point de ce champ et en même temps j’étais le champ ». Défila alors une revue des principaux événements de sa vie, mais selon une perspective particulière : « J’avais l’impression d’avoir un point de vue hors de l’espace-temps pour considérer l’histoire de ma vie dans l’espace-temps… L’impact de cette étonnante expérience s’inscrivit en moi pour toujours. Puis le parachute dut finalement s’ouvrir puisque je me retrouvai sur le sol avec une douleur à la cheville ».

Jean Houston termine le récit de son expérience en écrivant que celle-ci fit naître en elle la certitude que « nous ne sommes pas des machines biochimiques destinées à se délabrer et à dépérir, mais des êtres dotés d’une conscience infinie et d’un corps fini ».

Une démarche anthropologique nous permettrait de constater que nombreux sont les humains qui semblent fascinés par un niveau de réalité hors de leur portée et comme habités par un puissant désir de faire l’expérience des profondeurs de ce champ de conscience. Dans de multiples cultures, cette reliance représente même le but essentiel des individus, car ces derniers ont l’intuition que l’accès à ce niveau de réalité représente l’essentiel.

Ce désir n’implique pas pour autant de se confronter à des obstacles insurmontables, car nous sommes tous porteurs de cette dimension. « Nous sommes comme des éponges remplies de conscience de vie flottant dans un

vaste océan de conscience qui nous imprègne tous [282]». Elle fait partie intrinsèque de ce que nous sommes, tout comme nous faisons partie d’elle. Il ne s’agit donc pas de partir à sa découverte mais de reconnaître que la vague que représente la conscience individuelle n’a d’autre futur que de retrouver et se fondre dans l’océan qui représente la conscience illimitée. Effectivement, la simple vague que nous croyons être fait partie intrinsèque de l’océan, elle en émerge et y retournera. Malheureusement, le plus souvent, l’individu ne fait l’expérience que de la vague, et non celle de l’océan.

Cette métaphore de la vague et de l’océan est souvent employée pour dépeindre les rapports entre une conscience individualisée sous la forme de la vague et une conscience illimitée sous celle de l’océan. Cette dernière a donc pour propriété « la fluidité d’une mer primordiale qui sous-tend le monde des formes et donne naissance, dans un souffle éternellement renouvelé à une multitude de formes et d’incarnations (les vagues) … La conscience individuelle est une version localisée et réduite du champ de

Conscience infiniment plus vaste[283]».

Pour prendre conscience de cette réalité, il suffit de changer notre point de vue. Quand nous sommes dans l’espace et le temps, notre conscience est évidemment celle d’individus séparés les uns des autres, mais quand nous passons au-delà de l’espace et du temps, toutes ces consciences individuelles se fondent dans le flux continu d’un champ de conscience illimité. Nous portons tous en nous ce potentiel de réalisation, mais le plus souvent nous le négligeons car le réductionnisme scientiste dont nous sommes abreuvés depuis notre plus jeune âge est devenu implicite et nous conduit à considérer comme inacceptables les données relevées au cours des expériences transpersonnelles, des états modifiés de conscience, ou encore de la recherche sur la perception extrasensorielle, et donc à réprimer ces expériences qui nous transcendent. Il n’en demeure pas moins que l’ouverture à une forme de conscience non locale est une aptitude de l’être humain. Et si nous nous demandons s’il existe malgré tout une base biologique à la conscience, Pim van Lommel répond par un « oui, mais » : « Oui, il y a bien une base biologique à notre conscience vigile, puisque notre corps physique fonctionne comme une interface. Mais non, il n’y a pas de base biologique à notre conscience globale et indivisible, ou élargie, qui est enracinée dans une dimension spatiale supplémentaire sous forme de champs informationnels de conscience. Ainsi notre conscience élargie ne réside pas dans notre cerveau et n’est pas limitée à lui, puisque notre conscience est non-locale [sic]. »

La conscience dont nous pouvons faire l’expérience « n’est localisée que temporairement dans le cerveau. Elle peut s’en éloigner à l’occasion de

certaines pratiques [284]… », le cerveau représentant plutôt la lentille grâce à laquelle la conscience plus large se localise dans une forme physique.

Pour expliciter cette hypothèse, Bernardo Kastrup[285] emploie la métaphore du tourbillon ou encore du vortex observé dans le flux d’une rivière. Ce dernier a une position bien définie dans l’espace et dans le temps et cependant il n’a pas d’existence vraiment séparée du flux de la rivière qui le génère et grâce à qui il peut se maintenir un certain temps. Si l’on considère que la conscience est fondamentale et peut-être assimilée au flux de la rivière, notre conscience individuelle et donc nos perceptions se limitent au vortex localisé dans ce flux. Mais lorsque ce dernier disparaît, notre conscience individuelle n’est plus localisée, nos perceptions ne sont plus limitées au domaine du vortex et nous avons alors accès au flux de la conscience. Nous faisons alors l’expérience de la conscience non locale.

On peut imaginer qu’un processus de délocalisation temporaire peut rendre compte des expériences relevées dans ce livre. Celles-ci représentent une déchirure dans le tissu de l’univers – une ouverture du filtre – plutôt que de simples hallucinations causées par la physiologie du cerveau.

L’intérêt de l’approche des post-matérialistes est donc double.

En prenant en compte ces situations, ils mettent en évidence combien la maîtrise des niveaux de conscience influence la qualité de notre vie. De plus, en s’appuyant sur ces faits expérimentaux qui mettent en évidence deux aspects complémentaires de la conscience, ils abattent les limites de la compréhension de la conscience et font émerger une nouvelle science de la conscience qui s’intéresse à cette interconnexion.

A contrario, le déni de ce qui représente la totalité de l’expérience humaine est donc très dommageable psychologiquement d’une part, car non seulement il nous empêche de développer une partie de nos capacités cognitives mais de plus, en refusant d’admettre l’existence de cette conscience non locale, nous nous empêchons de troquer la peur et l’angoisse qui sont souvent associées à la conscience limitée avec la paix qui imprègne celui qui vit de telles expériences et qui réalise qu’il n’est pas un être isolé mais qu’il fait partie d’un champ de conscience qui imprègne ce lieu d’interaction et de connexion qu’est l’univers.

D’autre part, ce déni a aussi des répercussions sur l’évolution des sciences, car le paradigme physicaliste a réussi à inhiber le développement d’une conception scientifique qui rende compte de « la conscience dans tous ses états ». Mais il est en train de se fissurer et peu à peu des scientifiques s’attèlent à étudier tous les aspects de la conscience à partir de FAITS qui nous conduisent à une vision de la réalité tout à fait différente et nous amènent à penser que nous avons la capacité d’entrer en résonance avec l’intelligence du monde. Une mise en résonance dans laquelle le sujet s’affranchit des contraintes de l’espace et du temps, dépassant ainsi l’expérience perceptuelle ordinaire pour appréhender la nature ultime des choses. C’est ce phénomène de résonance qui pourrait expliquer, par exemple, les intuitions des découvreurs ou des créateurs.

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Parvenu à la fin de cet ouvrage, je m’aperçois qu’il persiste plus de questions ou d’hypothèses que de réponses précises sur la nature de la conscience. Néanmoins, à partir des faits relatés dans ce livre, nous pouvons envisager l’existence d’un continuum de conscience et admettre que la conscience de veille, dont nous faisons l’expérience quotidiennement, n’est qu’une infime partie d’un champ de conscience illimité. Ce constat campe le décor de la scène qu’il nous reste à jouer pour embrasser et exprimer tout le potentiel dont nous disposons. Être encore plus humain est décidément plus excitant que d’être transformé en un post-humain, car « ce que nous sommes ne peut être limité à un corps physique. Nous sommes plutôt une conscience non locale résidant temporairement dans un corps physique. Le corps est juste une sorte d’adresse

temporaire [286]».

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