Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant

Chapitre 13

13

 

 

Gabe se rendit à l’hôtel dans l’espoir d’y trouver Lawrence Wilson, mais ce dernier n’était pas dans sa chambre.

Il passa ensuite au commissariat pour faire son rapport, et lança une recherche informatique sur Andrew Stratford avant d’entrer d’un pas déterminé dans le bureau de son chef.

— Rien sur Wilson dans le fichier des permis de conduire ? s’enquit-il.

— On a un certain Lawrence Wilson à Portland, qui semble correspondre. Mais il n’a jamais eu maille à partir avec la police.

Taggert afficha la photo du permis de conduire. Gabe reconnut, sans être autrement surpris, l’homme qu’il avait croisé l’avant-veille au B & B.

— C’est lui, constata-t-il. Il n’a donc pas menti. Il est bien de Portland. Cela dit, Portland n’est qu’à quelques heures de route de Seattle. Il a très bien pu se trouver à la galerie ce soir-là et y agresser Kayla. Vous dites qu’il n’y a rien sur lui ?

Taggert secoua la tête.

— Pas même une contravention. Mais regardez ce que j’ai trouvé en faisant une recherche parallèle dans l’Etat de Washington.

Gabe regarda l’écran par-dessus son épaule, et découvrit sur une autre photo Lawrence Wilson, domicilié à Seattle.

— Détenir un second permis de conduire n’est pas réglementaire, même s’il est délivré dans un autre Etat, observa Gabe, soudain en alerte.

— Oui, en principe. Mais il s’agit peut-être simplement d’une erreur informatique. Le permis émis à Portland est plus récent que celui de Seattle. Wilson a pu faire une demande sans annuler l’ancien.

— Sans doute. J’aimerais quand même lui demander des explications.

— D’accord. Et M. Stratford, au fait ? Il vous a appris quelque chose ?

— Non, pas vraiment. Il prétend qu’il n’est pas allé jusqu’au phare avant-hier. Il dit qu’il y avait trop de brouillard, et qu’il n’a absolument rien entendu.

— Cela ne veut pas dire que ce soit vrai, fit Taggert en jouant machinalement avec son stylo.

— Tout à fait. Mais avons-nous une autre piste ?

— Aucune pour l’instant. Ah, si seulement nous avions un élément nouveau !

— Et la cagoule trouvée par Mortimer ? Où en est-on ?

— J’allais justement appeler le laboratoire.

— En attendant, je vais essayer de mettre la main sur Wilson, déclara Gabe. On verra bien ce qu’on peut en tirer.

— Allez-y. Il me semble l’avoir vu en ville, en compagnie de Jillian Taylor, dans sa voiture. C’est l’heure du déjeuner : ils sont peut-être au restaurant.

— C’est bon à savoir.

— N’oubliez pas : l’agent du FBI doit débarquer aujourd’hui, sauf retard de vol. Je compte sur votre présence.

— Ne vous inquiétez pas.

Gabe soupira. Encore une journée à rallonge après une nuit blanche chez Kayla. Cette affaire le mettait dans un état de tension insupportable.

Avant de repartir, il écouta sa messagerie vocale, espérant avoir des nouvelles des inspecteurs en charge des affaires précédentes.

Le premier message émanait d’un plaisantin. Les deux correspondants suivants avaient raccroché tout de suite. Venait ensuite l’inspecteur Bryant, de Bellingham, Etat de Washington, qui demandait à ce qu’on le rappelle, puis, enfin, un inspecteur de police de Portland.

Gabe empoigna le combiné et composa le numéro du policier de Bellingham, tout en lançant un coup d’œil à l’horloge murale. C’était l’heure du déjeuner. Avec un peu de chance, Bryant aurait opté pour un repas sur le pouce à son bureau.

Gabe était sur le point de raccrocher lorsque l’inspecteur Bryant se manifesta par un grognement très peu amical.

Il se présenta et donna les détails du meurtre perpétré à Cape Churn.

— Ça ressemble beaucoup à notre propre affaire, déclara son collègue. L’assassin n’a laissé aucun indice, et il n’y a pas eu de témoins. La victime avait ouvert la porte de derrière pour faire sortir son chien ; elle a été enlevée puis assassinée. Personne n’a rien vu. Cette affaire est au point mort depuis six mois. J’espère que vous aurez plus de chance dans vos recherches.

— Parmi les gens que vous avez interrogés, certains ont-ils particulièrement retenu votre attention ?

— Oui. Un sans-abri et un homme d’affaires en visite dans la région, qui faisait du jogging dans le parc au moment des faits.

— Un homme d’affaires ? Vous avez son nom, son signalement ? demanda Gabe, soudain intéressé.

— Laissez-moi regarder.

Après un long silence, Bryant déclara :

— Les Williams. Casier judiciaire vierge, visiblement irréprochable.

— Pas d’autres pistes ?

— D’après sa sœur, la victime a reçu des coups de téléphone bizarres et des lettres de menace. On lui a également volé des bijoux. A la fin, elle était tellement terrorisée qu’elle n’osait plus s’éloigner de chez elle.

C’était exactement ce que vivait Kayla aujourd’hui. Gabe, tenaillé par l’angoisse, s’appuya lourdement au dossier de son siège. Il savait que les deux affaires présentaient des similitudes, mais entendre une tierce personne décrire les faits en détail faisait froid dans le dos. Et, hélas, cet entretien avec Bryant n’avait pas fait avancer l’enquête d’un iota.

— Merci, inspecteur.

— Si vous avez du nouveau, contactez-moi, dit celui-ci. La victime était la fille d’un sénateur. Une généreuse récompense sera offerte à qui permettra de faire arrêter et condamner le meurtrier.

— Je vous tiendrai au courant.

Gabe raccrocha, se passa la main dans les cheveux et, sans trop d’espoir, composa le numéro de l’inspecteur de police de Portland. Il prépara de quoi noter, tapant nerveusement du pied entre deux sonneries.

— Inspecteur Stanley, fit une voix bourrue.

De nouveau, Gabe décrivit les circonstances du meurtre, mais il eut encore moins de chance que la première fois. Personne n’avait rien vu. La victime se dirigeait vers sa voiture en sortant de chez elle quand elle avait été enlevée puis assassinée.

— Avez-vous relevé des traces d’ADN ?

— Non. On a interrogé son ex-compagnon, mais son alibi a été vérifié et confirmé par un témoin.

L’affaire de Portland — la première de la série — avait eu lieu six mois avant la tragédie de Cape Churn.

— Comment s’appelle l’ex-compagnon ?

— Rick Watson.

Gabe griffonna le nom sur le calepin, remercia le policier, et promit de le tenir informé des nouveaux développements de l’affaire. Pour l’instant, il ne pouvait guère l’aider.

Il alluma son ordinateur et se connecta au service des permis de conduire de l’Etat de Washington. Il tapa « Les Williams », et attendit qu’apparaisse la photo d’identité du permis.

Le visage de l’individu ne lui disait rien, peut-être parce que le cliché, flou et de mauvaise qualité, n’était pas très parlant. L’homme portait une moustache et une barbe courte soigneusement taillée. Le signalement indiquait qu’il avait des cheveux bruns ramenés en arrière, les yeux noisette, et qu’il mesurait un mètre quatre-vingt-trois : trop vague pour que Gabe sache s’il l’avait déjà vu ou non.

Revenant ensuite à l’affaire du meurtre de Portland, il consulta le fichier de Rick Watson. Celui-ci avait une longue moustache, mais pas de barbe, et portait un diamant à l’oreille droite. Ses cheveux lui tombaient sur le front et la nuque. Châtain foncé, yeux marron clair, un mètre quatre-vingts, disait le signalement.

Gabe effectua une recherche sur son compte. L’individu avait fait l’objet d’une plainte de son ex-compagne. D’après elle, il avait tenté de l’étrangler parce qu’elle refusait de l’épouser. Les poursuites avaient été abandonnées avant le procès en raison du décès de la victime présumée. Une semaine avant l’audience, la fille avait imprudemment traversé la rue. Elle avait été renversée et tuée sur le coup.

Tout en se disant que cela ne menait probablement nulle part, il prit le téléphone et rappela l’inspecteur Bryant.

— McGregor, annonça-t-il quand l’autre eut décroché. Vous n’auriez pas, par hasard, l’adresse du plus proche parent de Rick Watson dans votre dossier ?

— Je regarde.

Son collègue revint bientôt en ligne avec le renseignement.

— Il n’a aucune famille, à part sa mère, Martha Watson. Elle vit à Portland. Nous l’avons interrogée, mais elle ne savait rien.

— Merci de votre aide.

Gabe raccrocha, tapotant le nom de Martha Watson du bout de son crayon. Mû par une impulsion, il agrandit les photos des permis de conduire de Rick Watson, Les Williams et Lawrence Wilson et les imprima. Puis il les mit de côté avec soin et reprit son téléphone.

Cinq minutes plus tard, il avait un rendez-vous pour l’après-midi même avec Martha Watson à Portland, à une heure et demie de route de Cape Churn.

Même si ce n’était qu’une fausse piste, il fallait qu’il fasse quelque chose.

Entre-temps, il devait trouver Lawrence Wilson pour l’interroger, puis s’assurer que tout allait bien du côté de Kayla.

En pensant à la jeune femme, il soupira. Son désir pour elle ne cessait de croître. Hélas, il ne pourrait entreprendre quoi que ce soit avec elle tant qu’il n’aurait pas réussi à effacer la peur qui hantait ses magnifiques yeux verts. Mais il y parviendrait, quoi qu’il lui en coûte.

Il fit un saut chez Taggert pour l’avertir qu’il rendait visite à la mère de Rick Watson à Portland et ne pourrait être présent pour accueillir l’agent du FBI. Son chef lui donna aussitôt le feu vert.

— Quelqu’un d’autre s’en chargera. Filez !

Alors que Gabe s’éloignait, Taggert le rappela.

— Je me suis laissé dire que vous faisiez office de garde du corps ce soir à la maison du phare ?

— Je prends mon service dès mon retour à Cape Churn. Je devrais y être pour le dîner.

— Bonne chance !

— Merci !

Gabe troqua son uniforme contre une tenue de civil, laissa sa voiture de fonction au commissariat et monta dans son 4x4. Il se mit à la recherche de Lawrence Wilson, espérant que le hasard le mettrait sur sa route. Après de vaines recherches, il se rendit à l’agence immobilière, où la secrétaire l’informa que Jillian et son client étaient en train de visiter des maisons.

Autant chercher une aiguille dans une botte de foin, se dit-il. Il devait prendre la route, pas avant toutefois d’avoir acquis la certitude que Kayla serait en sécurité pendant son aller-retour à Portland. Il composa le numéro du B & B. Ce fut Molly qui répondit.

— Peux-tu me passer Kayla, s’il te plaît ? fit-il sans préambule.

— Elle est retournée chez elle ce matin. Elle a dit qu’elle te passerait un coup de fil pour t’avertir, ce que, de toute évidence, elle n’a pas fait. Dakota est parti la rejoindre peu après, et je suis sans nouvelles depuis.

Gabe tressaillit. L’idée que Kayla était seule au cottage le rendait nerveux, même si, jusqu’ici, le tueur n’avait sévi que la nuit. La maison était isolée, et si le pire arrivait, personne ne pourrait intervenir à temps. Dakota était avec elle, bien sûr, mais il était trop jeune encore pour être d’un grand secours. Gabe essaya de se rassurer en se persuadant que la présence d’une seconde personne était dissuasive, mais cette dernière réflexion ne fit que l’inquiéter davantage. Il aimait son fils. Que pourrait faire l’adolescent face à un tueur ?

Le cœur battant la chamade, il démarra en trombe et fonça dans la direction du vieux phare, au sud de la ville. Il tourna trop vite dans l’allée qui menait au cottage, et dérapa sur le gravier.

Du calme. Tout ira bien.

Le 4x4 de Kayla n’était pas garé devant la maison. Le vélo de Dakota reposait sur sa béquille, près du porche. Où étaient-ils ?

La porte d’entrée, repeinte à neuf, était fermée à clé. Il fit le tour de la maison, s’arrêtant à chaque fenêtre pour regarder à l’intérieur. Personne.

Il en conclut qu’elle avait dû emmener Dakota en ville, et saisit son portable pour l’appeler. Très vite, il entendit une sonnerie dans la maison. Kayla était partie sans son téléphone, songea-t-il, consterné.

Il n’avait aucune idée de l’endroit où elle pouvait être. Bien que cela ne lui plaise pas, il était bien obligé de l’accepter : de toute évidence, c’était une femme indépendante qui n’aimait pas rester enfermée chez elle.

Un léger sourire erra sur ses lèvres. Kayla avait beau être dans la ligne de mire d’un assassin, elle ne se laissait pas impressionner pour autant. Elle ne changeait pas ses habitudes. Quel cran ! se dit-il, admiratif.

Il regrettait d’être parti comme il l’avait fait la veille au soir. Au plus profond de son cœur, il savait qu’elle méritait un amour sans réserve. Il souhaitait ardemment le lui donner. Mais était-il capable d’un tel abandon ?

Pour être tout à fait honnête, il devait reconnaître qu’il avait peur. Peur qu’elle ne parvienne à briser ses défenses et ne s’empare de son cœur — une expérience qu’il s’était juré de ne jamais revivre.

Depuis que Dakota et la belle artiste aux cheveux de feu étaient entrés dans sa vie, il avait recommencé à rêver à des choses auxquelles il avait renoncé depuis longtemps : une maison, un foyer, une famille qu’il puisse chérir à jamais.

Il était impatient de la revoir. Il voulait lui demander pardon. Mais irait-il jusqu’à ajouter qu’il voulait passer le reste de sa vie avec elle ? Qu’il acceptait qu’une femme franchisse la barrière qu’il avait dressée, depuis Siena, pour se protéger ?

Ses mains se crispèrent sur le volant. Il y avait à peine plus de deux jours qu’il la connaissait. Ses sentiments pouvaient-ils être authentiques au bout de si peu de temps ?

De retour en ville, Gabe aperçut le 4x4 de Kayla devant le Seaside Café. Au moment précis où il se garait, et où, comme par magie, la tension qui l’habitait se dissipait, elle sortit du café, suivie de Dakota.

Une brise marine légère fit voler sa longue jupe, fouettant l’étoffe aux tons brun, vert et or qui épousa la courbure de ses cuisses. Dès qu’elle l’aperçut, son visage s’illumina d’un sourire.

Gabe sentit son cœur s’emballer. Comment faisait-elle pour l’ensorceler à ce point ? Il était aussi troublé qu’un adolescent vivant son premier flirt.

Elle fit une petite grimace et, sans lui laisser le temps d’ouvrir la bouche, déclara :

— Je sais que tu aurais préféré que je reste au B & B, mais j’ai été obligée de retourner au cottage.

— Tu devrais voir le tableau…, commença Dakota.

Kayla posa une main affectueuse sur le bras du jeune garçon, et acheva à sa place :

— … le tableau sur lequel nous travaillons ensemble pendant les cours. C’est très prometteur. Dakota a du talent.

L’adolescent s’empourpra et donna un grand coup de pied dans le gravillon du parking.

— J’ai des sacrés progrès à faire avant d’être aussi fort que Kayla !

— Il faut bien commencer.

Gabe aurait voulu approfondir le sujet, mais le moment était mal choisi pour avoir cette conversation avec son fils.

Dakota aimait visiblement beaucoup Kayla, ce qui était bien compréhensible : c’était une jeune femme simple, authentique et extrêmement chaleureuse.

— Je te remercie de lui consacrer tant de temps.

— C’est à moi de le remercier de me tenir si agréable compagnie. Ton fils est sensationnel, dit-elle en passant son bras sous celui de Dakota.

Gabe fut surpris et un peu jaloux de les voir aussi complices. Pourtant, il sourit, heureux que son fils occupe son temps avec profit.

— Avec lui, je vais de surprise en surprise, constata-t-il. Quel dommage que je ne l’aie pas connu plus tôt !

— Hé ! Arrêtez de faire comme si je n’étais pas là ! intervint Dakota. Bon, je t’attends dans la voiture, dit-il à Kayla avant de s’éloigner.

Tout en le suivant du regard, elle posa la main sur son ventre.

— Il est vraiment adorable. Tu as de la chance.

— Comment te sens-tu ? Fatiguée à cause du bébé ?

— C’est plutôt le bébé qui doit être fatigué, avec tout le stress que je lui fais subir. Cette situation angoissante n’est pas bonne pour elle.

Gabe sourit.

— Alors, tu sais que c’est une fille ?

Avec émotion, il s’imagina Kayla, tenant dans ses bras une petite fille dotée des mêmes cheveux auburn et des mêmes yeux verts que sa maman.

Sa question la fit rire.

— Non, pas du tout. Il faut attendre encore deux semaines avant l’échographie. J’ai le sentiment que c’est une fille, mais je me trompe peut-être complètement !

— Ce sera une beauté, tout comme sa mère, dit Gabe en écartant du visage de Kayla une mèche qui s’était invitée sur sa joue.

Les yeux éclairés par un sourire, les lèvres entrouvertes, elle plongea son regard dans le sien.

Gabe éprouva le désir impérieux de l’embrasser là, tout de suite, aux yeux de tous. Mais il ne put qu’esquisser un geste du bras. Il s’éclaircit la gorge.

— Je dois aller à Portland cet après-midi. Comme je rentre tard, il vaudrait mieux que tu restes au B & B jusqu’à mon retour.

— Je tiens à retourner au cottage pour pouvoir peindre tant qu’il fait jour, objecta-t-elle, déterminée.

Gabe inspecta le ciel. Il faisait grand soleil mais, au loin, des nuages s’amoncelaient.

— On annonce un orage pour la soirée, tout comme hier.

— Dès que la lumière faiblira, je plierai mon matériel et je rentrerai au B & B.

— Je vais demander à Dakota de t’accompagner. Tu peux compter sur lui en cas de problème. Il n’est peut-être pas flic, mais il saura prévenir les secours s’il le faut.

— L’idée de devoir jouer les gardes du corps risque de ne pas l’enchanter.

Gabe observa son fils. Assis dans le 4x4, il dodelinait de la tête au rythme de la musique, ses écouteurs sur les oreilles.

— Tant qu’il a son baladeur, il est content… Il faut que j’y aille. Je suis sur une piste.

— Alors vas-y, ne perds pas de temps.

Elle remonta son sac sur son épaule et se mit en route vers sa voiture. Gabe lui emboîta le pas et lui ouvrit galamment la porte.

— Sois sur tes gardes. Je serai de retour dès que possible.

Elle marqua un temps d’arrêt, la main sur la poignée, et croisa son regard.

— Compte sur moi.

Elle se dressa sur la pointe des pieds pour l’embrasser sur la joue. Au dernier moment, il tourna la tête et captura sa bouche, avant de la saisir par les hanches et de l’attirer contre lui.

Elle se serra contre lui, les lèvres offertes.

Leur baiser devint passionné, leurs langues se mêlèrent. La bouche de Kayla avait une saveur sucrée de tarte aux pommes et de crème glacée.

— Hé ! Je n’ai aucune envie d’assister à ce spectacle ! protesta Dakota, qui était aux premières loges.

Kayla se dégagea et se mit au volant.

Debout près de la portière, Gabe, frustré, n’arrivait pas à se résoudre à partir.

— Il faut qu’on parle, déclara-t-il.

— Maintenant ? fit-elle, surprise.

— Non, non ! Plus tard.

Incapable de résister plus longtemps, il se pencha dans la voiture et l’embrassa avec fougue.

— Fais attention à toi.

— Je serai prudente, n’aie crainte.

— Je t’en prie, prends bien soin d’elle, ajouta-t-il à l’intention de son fils.

— O.K., mais ne l’embrasse plus devant moi. Sans compter que tout le monde peut vous voir !

— C’est noté !

Il referma la portière, fit un pas en arrière, et suivit des yeux le 4x4 qui sortait du parking.

— Ah, je comprends mieux ! dit une voix derrière lui en riant.

Se retournant, il découvrit Jillian Taylor debout sur le trottoir.

— Pas étonnant que tu ne me proposes pas de sortir avec toi !

Lawrence Wilson se tenait derrière elle. Lèvres pincées, les yeux dissimulés derrière des lunettes noires, il esquissa un sourire poli qui manquait clairement de naturel.

— On ne peut pas lui en vouloir. Mlle Davies est une très belle femme.

Jillian poussa un soupir.

— Sans doute… Quel homme pourrait résister au charme d’une rousse aussi jolie et talentueuse ?

Elle glissa son bras sous celui de Wilson.

— Je vous emmène visiter la maison du phare ?

— Je vous suis.

— Monsieur Wilson, avez-vous une minute ? lança Gabe alors qu’ils commençaient à s’éloigner.

Certes, il devait se rendre à Portland, mais il fallait aussi qu’il ait une petite conversation avec ce monsieur.

— Pourquoi donc ?

— J’ai quelques questions à vous poser.

— Ce sera long ? s’enquit Wilson en jetant un coup d’œil à Jillian.

— Non.

— Allez-y, lui dit-il, je vous rejoins à l’agence quand j’en aurai fini avec l’inspecteur McGregor.

Jillian se rembrunit, son regard passant de l’un à l’autre d’un air contrarié.

— Quelque chose ne va pas ?

— Non, tout va très bien, affirma Gabe d’un ton rassurant.

Le sourire de la jeune femme reparut.

— Parfait, alors. A tout de suite, répondit-elle.

Dès qu’elle fut partie, Gabe se tourna vers Lawrence.

— Monsieur Wilson, je suis chargé de l’enquête sur ce terrible assassinat.

— Suis-je suspecté ? Faut-il que je fasse appel à un avocat ?

— Consultez-en un si vous le souhaitez mais, pour l’instant, j’ai simplement besoin de savoir où vous étiez avant-hier soir vers minuit.

— J’étais à mon hôtel. Je dormais.

— Y a-t-il quelqu’un à l’hôtel qui puisse le confirmer ?

— Je suis passé devant le veilleur de nuit en montant dans ma chambre vers 22 h 30.

— Monsieur Wilson, nous avons interrogé le fichier des cartes grises de l’Etat d’Oregon afin de vérifier votre adresse.

— Vous êtes bien sûr que je ne suis pas sur la liste des suspects ?

— Ecoutez, tout le monde sera considéré comme suspect tant que le meurtrier de Rachel Kendricks n’aura pas été retrouvé.

— Et cette histoire de cartes grises ?

— J’y viens. Nous avons également fait une recherche dans l’Etat de Washington, et nous avons découvert que, là-bas aussi, vous êtes titulaire d’un permis de conduire. Cela mérite une explication, non ?

— Que voulez-vous que je vous dise ? Quand je me suis installé dans l’Oregon, j’ai obtenu un nouveau permis. L’administration a probablement omis d’annuler l’autre.

— Monsieur Wilson, pouvez-vous me dire où vous étiez il y a deux semaines ?

Gabe lui indiqua la date précise de l’agression de Kayla et attendit sa réponse.

— Comment diable voulez-vous que je sache où j’étais il y a quinze jours ? Et quel rapport avec la jeune fille assassinée ici, à Cape Churn ? J’ai de plus en plus l’impression que je suis victime d’une chasse aux sorcières. Je répondrai à vos questions avec plaisir, mais seulement après avoir contacté mon avocat, lança Wilson, la bouche déformée par l’irritation.

— C’est votre droit, approuva Gabe.

— Toutes ces questions ont-elles quelque chose à voir avec l’agression de Mlle Davies ?

Gabe se figea. Il n’avait fait aucune allusion à Kayla pendant leur entretien, et personne, en dehors du commissariat et de sa famille proche, n’était au courant du lien qui existait entre le meurtre de la plage et Kayla, ou des déprédations commises au cottage.

— Quelle agression ?

— J’écoute les informations, figurez-vous ! « Une célèbre artiste est agressée après un vernissage. » Il y a deux semaines, tous les journaux en parlaient. Je l’ai reconnue grâce aux photos.

C’était tiré par les cheveux, mais plausible, songea Gabe.

— Prenez contact avec votre avocat, je vous prie. Vous allez être convoqué pour signer une déposition.

Wilson se dressa de toute sa hauteur, les narines dilatées par l’indignation.

— Je vais l’appeler, vous pouvez y compter. Ce sera tout ?

— Pour l’instant, oui. Merci d’avoir pris le temps de me répondre.

Gabe le regarda s’éloigner, monter dans sa BMW et partir. Son instinct lui soufflait qu’il avait intérêt à garder l’œil sur cet homme.

Après avoir vérifié que les photos se trouvaient bien dans sa poche, il prit place dans son 4x4 et se mit en route pour Portland, plus déterminé que jamais à mettre la main sur le meurtrier. Car, si ce dernier se doutait qu’il était sur ses talons, il pourrait ne plus se contenter de harcèlement, et passer à l’acte.

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