Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant
Chapitre 5
5
Quand J.D. recouvra ses esprits, il avait froid et se sentait désorienté. Il promena les yeux autour de lui, étonné de se retrouver devant l’immeuble de Max. Et encore plus étonné d’être en vie. Il avait mal à la tête et ne se souvenait plus de rien. Sauf de Denny. Il se remémorait la lumière jouant dans ses cheveux, sa voix mélodieuse et… le coup qu’elle lui avait donné. Tout lui revenait.
Se frottant le crâne, il s’efforça de se lever. Mais une vague de nausée lui souleva l’estomac, l’obligeant à se rallonger. Où se trouvait Denny, à présent ? Etait-elle en danger ?
Comme il se remettait sur pied, des épisodes de la soirée lui revinrent à la mémoire. Il se rappelait avoir laissé Denver au chalet avec Pete, puis être passé chez Max, récupérer le portefeuille… Inquiet tout à coup, il enfonça les mains dans les poches de son manteau. Le portefeuille de Max avait disparu ! Il frissonna et jeta un œil inquiet autour de lui.
Mis à part son pick-up, garé un peu plus loin, la rue était déserte. Rien d’étonnant : il était presque 4 heures du matin. En tout cas, une chose était certaine. Enquêter sur le meurtre de Max se révélait plus dangereux qu’il ne l’avait pensé. Il devait d’autant plus protéger Denny. Etait-elle vraiment en sécurité ? Il devait en avoir le cœur net. Tout en se dirigeant vers le chalet, il cherchait un prétexte pour réveiller Denny et Pete à cette heure indue. Il avait beau se creuser la tête, il n’en trouvait pas. Il allait se ridiculiser comme jamais. Mais il ne pouvait pas faire autrement.
* * *
Denver rêvait. Elle venait d’entrer en sautillant dans la banque, devant ses parents. Elle chantonnait. Mais à la vue des gens allongés par terre, les paroles s’évanouirent et elle se pétrifia. Ce silence qui régnait dans l’agence… Ce policier qui gisait sur le sol… Quelque chose n’allait pas. Soudain, son père la prit par les épaules et l’écarta. Elle tomba, se retrouva sous le bureau du réceptionniste. Elle entendit sa mère hurler. Puis la pièce explosa.
La sonnerie du téléphone retentit dans la banque.
« Ne réponds pas », lui ordonna son père. Il était en uniforme et lui souriait. « Ne réponds pas, sauf si tu veux connaître la vérité. » Denver se redressa dans son lit. Elle était en nage. Pendant un moment, elle se demanda où elle se trouvait. Son rêve, la banque, le braquage… étaient encore présents. Puis elle recouvra peu à peu ses esprits. Le téléphone sonnait toujours, elle décrocha.
— Allô ?
Un silence sombre comme la nuit lui répondit. Elle se souvenait encore de son rêve. Il semblait si vivant, si vrai.
Elle frissonna.
— Allô ? Il y a quelqu’un ?
— Denver McCallahan ? chuchota une voix.
Son cauchemar l’avait plongée dans un malaise sinistre. Elle s’efforça de se ressaisir.
— Oui ?
— J’ai des informations à vous communiquer sur votre oncle.
— Qui est à l’appareil ?
La voix lui semblait familière. Elle se redressa, se frottant le visage.
— Vous savez quelque chose sur le meurtre de Max ? Dans ce cas, pourquoi n’en avez-vous pas parlé à l’adjoint du shérif Cline ? demanda-t-elle, persuadée qu’il s’agissait d’un mauvais plaisantin.
— Je vous expliquerai. Retrouvez-moi à la tour de guet de Horse Butte. Mais dépêchez-vous.
Elle était tout à fait réveillée à présent.
— Vous n’espérez pas que je me rende à une vieille tour abandonnée en pleine nuit ?
Elle avait déjà entendu cette voix, mais où ? Son interlocuteur semblait terrifié.
— Ecoutez, s’il découvre que je vous ai appelée, je suis mort. La tour de guet. Horse Butte. Dépêchez-vous. Je n’attendrai pas.
— Je vous en prie, dites-moi seulement…
Mais la voix avait déjà raccroché.
Denver regarda le récepteur qu’elle tenait à la main, puis le réveil posé sur sa table de chevet. 4 h 05. Elle raccrocha et s’habilla à la hâte de vêtements chauds. La peur qu’elle avait perçue dans les intonations de son interlocuteur l’avait convaincue qu’il savait qui avait assassiné Max. Cet espoir chassait tout le reste. S’il avait vraiment quelque chose à lui apprendre…
Elle ouvrit la porte de sa chambre mais comme elle descendait l’escalier, son cœur cessa brutalement de battre. Il y avait quelqu’un en bas. Elle s’immobilisa et tendit l’oreille, tentant d’identifier les bruits qui montaient du salon. Avec précaution, elle poursuivit sa descente et s’arrêta, les yeux écarquillés de surprise.
Le feu flambait dans la cheminée, répandant une douce chaleur dans la pièce. Profondément endormi sur le canapé, Pete Williams ronflait comme un sonneur.
Denver s’approcha de lui et le secoua gentiment. Il ne bougeait pas. Elle recommença, un peu plus fort. Il grogna et se remit à ronfler. Bon, elle avait essayé, se dit-elle en le recouvrant d’un plaid. De toute façon, il l’aurait empêchée de se rendre à ce mystérieux rendez-vous.
A la hâte, elle écrivit un mot : « Je vais à la tour de guet de Horse Butte » qu’elle laissa près de la tasse. Tenter de la protéger l’avait sans doute épuisé, se dit-elle en refermant la porte de la maison. Mais comme elle s’approchait de sa Jeep, un bras la saisit dans le noir. Avant qu’elle ne se mette à hurler, la voix de J.D. résonna dans la nuit.
— Du calme, ce n’est que moi.
— Que fais-tu ici ? s’écria Denver. Essayais-tu encore de me faire peur ? Je pensais que tu étais parti.
— Je suis revenu, répliqua-t-il avec un haussement d’épaules. J’avais le sentiment que tu avais besoin de moi.
Elle en fut touchée. A vrai dire, elle était même contente qu’il soit là. Mais elle ne voulait pas le reconnaître.
— Eh bien, tu t’es trompé, rétorqua-t-elle. Comme tu peux le constater, je vais très bien.
— Te voir partir seule à 4 heures du matin me prouve au contraire qu’il y a un problème, Denny. Que se passe-t-il ? Et où est Pete ? Son pick-up est là.
— Je n’ai pas le temps de discuter…
A l’intérieur du chalet, le téléphone se mit à sonner. Denver voulut s’élancer pour aller répondre au cas où son mystérieux correspondant aurait changé d’avis. Mais, à la troisième sonnerie, le silence retomba. Peut-être avait-il simplement voulu s’assurer qu’elle était bien partie.
Quand elle se retourna, J.D. était déjà dans la Jeep. Il lui sourit. Ah, ce sourire, cela faisait si longtemps qu’elle ne l’avait pas vu. Elle n’eut pas le cœur de lui demander de descendre. Et puis il était tard ; ce rendez-vous était un peu dangereux. Elle pourrait avoir besoin de lui à la tour de guet. Et ce serait de toute façon plus agréable d’y aller avec lui.
Elle s’installa au volant de la Jeep et tourna la clé de contact. Mais d’où avait bien pu appeler l’inconnu ? se demanda-t-elle en appuyant sur l’accélérateur. Il n’y avait pas de cabine près de la vieille tour. Il l’aurait appelée de chez lui ?
Denver haussa les épaules et passa les vitesses à vive allure. J.D. attacha sa ceinture.
— Peux-tu m’expliquer où nous allons si vite ?
— A la tour de guet.
— Vraiment ? répliqua-t-il, interloqué.
Elle comprit aussitôt la raison de son étonnement. Neuf ans plus tôt, c’est dans cette vieille tour qu’elle avait fait l’erreur de l’embrasser, le jour où il lui avait annoncé qu’il partait. Bêtement, elle avait cru le faire changer d’avis d’un simple baiser.
— Oui, mais je te promets que ce qui se passera là-bas n’aura rien à voir avec ce qui s’y est passé la dernière fois.
A sa grande surprise, il éclata de rire.
— Dommage.
Un peu embarrassée, elle resta silencieuse. Elle devinait qu’il l’observait. Mais quand, un instant plus tard, elle osa lui jeter un coup d’œil de biais, elle crut lire un certain regret dans ses yeux. Etait-ce possible ? se demanda-telle. Non, bien sûr. Et ce n’était pas parce qu’elle manquait de sommeil qu’elle devait rêver debout et prendre ses désirs pour la réalité. Elle sourit à l’intérieur d’elle-même et se concentra de nouveau sur la route.
— Tu ferais mieux de m’expliquer ce qui se passe, dit J.D.
Sans répondre, elle négocia un virage avec l’aisance de quelqu’un qui pratiquait ces routes depuis des années.
— Allons, Denny. Je suis sûr que tu as une bonne raison d’essayer de nous tuer. Mais je me sentirais mieux si je la connaissais avant l’accident.
Elle sourit.
— C’est toi qui as insisté pour venir avec moi.
— C’est vrai.
Elle regarda dans son rétroviseur. Il n’y avait pas de voiture derrière elle.
— J’ai reçu un coup de fil, il y a un quart d’heure. D’un homme, apparemment. Il prétendait savoir quelque chose au sujet du meurtre de Max. Il m’a demandé de le retrouver à la tour de guet.
J.D. poussa un soupir.
— Es-tu complètement folle ?
Folle ? Oui, un jour, elle avait été complètement folle. Folle amoureuse. Puis folle de douleur quand elle avait compris que J.D. était parti, qu’il l’avait quittée, que c’était fini. Alors rencontrer un éventuel assassin n’était rien, comparé à cela. Ou pas grand-chose.
— Je sais que pour toi, c’est sans doute stupide.
Il éclata de rire.
— Pas stupide. Suicidaire. Tu ne vois pas que c’est un piège ?
Denver se mordit la lèvre. Pourquoi cette éventualité lui semblait-elle maintenant si évidente ? Un frisson lui parcourut l’échine et la peur réapparut. Elle balaya du regard le paysage autour d’elle. La lune était cachée derrière les nuages, et l’obscurité était complète. Le paysage sous la neige accentuait l’impression de froid et de solitude.
— Si tu avais envie de tuer quelqu’un, tu ne lui donnerais pas rendez-vous dans une vieille tour abandonnée en pleine nuit ? reprit J.D.
— Non.
Le pare-brise était couvert de buée. Il fallait aérer. Mais comme elle descendait sa vitre, elle entendit un bruit de moteur.
— Qu’y a-t-il ? demanda J.D. en jetant un coup d’œil par-dessus son épaule.
— Je crois qu’on est suivis.
— Pas étonnant.
Sans ralentir, Denver se pencha pour prendre quelque chose sous son siège.
— Que fabriques-tu ? lui demanda J.D.
— Tu n’aurais pas d’arme sur toi, par hasard ?
— Je suis chanteur, Denny, pas cow-boy.
Elle chercha à tâtons le cric et s’en empara. Il pourrait se révéler utile. Elle le tendit à J.D. qui poussa un gémissement.
— Y a-t-il un moyen de t’empêcher d’aller au bout de ce délire ? demanda-t-il tandis qu’ils approchaient de la tour.
— Je ne le pense pas.
Denver considéra la route enneigée qui serpentait dans la montagne et accéléra. A la lumière des phares, plusieurs empreintes de pneus étaient visibles. Il était difficile d’en déduire quel véhicule avait emprunté en dernier cette voie et quand. Son correspondant anonyme n’aurait pas pu lui donner rendez-vous dans un endroit plus isolé.
Elle consulta sa montre. 4 h 20. Pourvu qu’elle n’arrive pas trop tard.
Un frisson glacé la parcourut. J.D. avait raison. C’était de la folie d’aller à ce rendez-vous. Elle baissa sa vitre pour écouter. Rien. Si quelqu’un les avait suivis, il avait disparu.
Au loin, le vent soulevait la neige qui tapissait le lac gelé. Sous le clair de lune, les rives étaient désertes.
Denver frissonna.
— Tu crois connaître le type qui t’a appelée ? demanda J.D.
Elle hocha la tête.
— Le tueur de Max n’est sans doute pas un inconnu non plus.
J.D. la dévisagea avec surprise.
— Tu crois ça ?
— Max a été poignardé. Cline pense qu’il ne se méfiait pas de l’auto-stoppeur et que c’est ce qui l’a perdu.
— Mais tu ne partages pas cet avis, reprit J.D.
— Non, je suis persuadée que Max connaissait le type qui l’a tué et lui faisait confiance.
Un instant, leurs yeux se croisèrent. Il lui parut encore plus séduisant que dans ses souvenirs.
— Et tu crains de connaître aussi cette personne et de lui faire autant confiance ? continua J.D.
Denver hocha la tête et ralentit.
— Je me demande si venir ici est une bonne idée.
J.D. se mit à rire.
— Je rêve ! Tu aurais pu te poser la question un peu plus tôt ! Qu’est-ce qui t’a pris d’accepter de venir ici au milieu de la nuit ? Seule, en plus ! En tout cas, il est trop tard pour appeler Cline. Et trop tard aussi pour faire demi-tour.
Vu l’étroitesse de la route, toute manœuvre était en effet impossible. Ils devaient forcément aller jusqu’au sommet.
— Et une fois là-haut, tu ne voudras pas t’en aller, insista J.D. Parce que tu crois vraiment que ton correspondant sait quelque chose, n’est-ce pas ?
Elle lui jeta un regard de biais.
— Tu me connais mieux que je ne l’imaginais.
— Oui et ce ne sera pas la première fois que nous faisons n’importe quoi tous les deux dans cette tour.
Elle lui sourit.
— En cas de problème, nous avons le cric, non ?
* * *
J.D. déglutit. Il avait fait beaucoup de folies au cours de sa vie mais aucune ne se comparait à celle-ci. Plus Denny s’approchait du haut de la montagne, plus il sentait son cœur se serrer. Et il devinait que derrière son calme apparent, elle était aussi terrifiée que lui. Ils s’apprêtaient à tomber dans un piège. C’était certain.
Pete jouait-il un rôle dans cette histoire ?
— Où m’as-tu dit que se trouvait Pete ?
— Sur mon canapé. Il dormait profondément.
Même s’il était ravi de l’apprendre, J.D. se demanda pourquoi Denver n’avait pas réveillé Pete en partant. Peut-être n’étaient-ils pas si proches que ça, après tout. C’était la seule explication possible, non ?
Il scruta Horse Butte. Et si quelqu’un qui connaissait réellement l’assassin de Max les y attendait ? Discrètement, il se tourna vers Denny. Ses beaux cheveux tombaient souplement sur ses épaules comme un voile. Il s’imagina en train d’y passer les mains.
Si Max n’était pas mort, songea-t-il, il ne serait jamais revenu à West Yellowstone et il n’aurait peut-être jamais revu Denny. Mais, de la même façon, s’ils démasquaient rapidement le tueur, il n’aurait plus aucune raison de rester à West, près de cette femme si attirante. Il devrait repartir sur les routes, faire son métier de chanteur solitaire. Cette vision lui fut soudain extrêmement douloureuse. Il ferma les yeux, pour penser à autre chose. En vain… Les images du passé revenaient à la surface. Il revoyait Denny près du lac, l’été, la beauté de ses traits et les rayons du soleil caressant sa peau bronzée. C’était un tableau magnifique. Il soupira doucement et rouvrit les paupières. Denver le dévisageait fixement.
— Tu n’as pas l’air bien. Je conduis si mal que ça ? demanda-t-elle en donnant un coup de volant pour éviter une pierre en travers de la route.
J.D. n’eut pas le temps de répondre. La Jeep dérapa sur le sol gelé, tout près du vide.
— Denny, cria J.D.
Il lui prit le bras au moment où elle pensait qu’ils allaient tomber dans l’abîme.
— Tu veux conduire ? demanda-t-elle, le souffle court.
— Je n’osais pas te le demander.
Denver stoppa le véhicule quelques mètres plus loin, à un embranchement. A gauche, se trouvait la tour ; à droite, un raccourci permettait de redescendre vers le lac.
— As-tu changé d’avis ? demanda J.D.
Elle secoua la tête et consulta sa montre. 4 h 30.
— J’espère qu’il n’est pas trop tard.
J.D. prit sa place au volant et jeta un regard inquiet à la tour qui se profilait devant eux. Il manœuvra pour se garer face à la montagne. De là, ils pourraient voir un véhicule arriver. Le vent soufflait par rafales ; il faisait nuit noire. Un silence gênant s’installa entre eux.
— Je suis désolé de ce qui s’est passé la dernière fois que nous sommes venus ici, murmura finalement J.D. d’une voix aussi embarrassée que neuf ans plus tôt.
— Ne t’en fais pas. Je n’étais qu’une gamine idiote. C’est du passé, tout ça. J’ai tourné la page.
Mais elle se souvenait parfaitement de la scène. J.D. lui annonçait qu’il s’en allait. Sur le moment, elle n’avait même pas compris ce qu’il lui disait parce qu’il lui caressait la joue. Son cœur battait très fort, elle avait envie de lui, de sa bouche, de ses bras. Et soudain, elle lui avait déclaré sa flamme. Elle lui avait juré qu’elle l’aimait et l’aimerait toujours. Puis, sur une impulsion, elle s’était hissée sur la pointe des pieds pour l’embrasser. Elle était folle de lui.
C’était il y a neuf ans et voilà qu’ils étaient de nouveau au pied de cette tour. Denver prit une profonde inspiration.
— J’ai toujours su que tu t’en irais un jour pour mener ta carrière. Mais j’imaginais bêtement que tu m’emmènerais avec toi.
— Je ne pouvais pas, Denny. Tu n’avais que seize ans. Max m’aurait tué. D’ailleurs, ajouta-t-il avec douceur, à l’époque, seule la musique m’importait. Et tu ne mesurais sans doute pas la portée de tes mots. Tu m’avais offert ton cœur…
— Inutile d’en reparler, l’interrompit-elle.
Elle s’était ridiculisée, elle n’avait pas envie qu’il lui rappelle qu’elle s’était jetée à son cou et qu’il l’avait repoussée.
— Qu’es-tu vraiment revenu faire ici ?
— J’aimerais bien le savoir, répondit-il en regardant la tour.
— Non, je voulais dire à West Yellowstone. Pourquoi es-tu revenu, J.D. ?
Elle se tourna vers lui. Elle avait cru qu’avec les années, tout serait différent. Mais ce n’était pas le cas. Elle n’était plus la gamine d’alors, mais elle était toujours amoureuse de lui. Maudit soit-il.
— Que fais-tu ici avec moi ? répéta-t-elle. Ne me dis pas que c’est parce que tu t’inquiètes pour moi.
J.D. sourit.
— Je suis ici parce que je ne peux pas te laisser courir seule après le meurtrier de Max.
Elle le regarda fixement.
— Cela signifie que tu as l’intention de m’aider ? Ou que tu vas tout faire pour m’en empêcher ?
— Si j’avais le choix, je préférerais te tenir à l’écart de cette histoire mais comme je sais que c’est impossible, je vais… t’aider.
Elle se reprocha aussitôt d’avoir été si soupçonneuse.
— Pourquoi veux-tu m’aider après toutes ces années ? reprit-elle.
— Disons que j’ai le sentiment que je le dois à Max.
Je le savais, se dit-elle. Il était là pour elle, en souvenir du passé et de ce qui les avait unis. Il lui faudrait donc protéger son cœur plus fort encore que neuf ans plus tôt. Il lui faudrait mettre de la distance.
— Pourquoi imagines-tu que j’ai besoin de ton aide ? lanca-t-elle.
Il se mit à rire. De ce rire merveilleux qu’elle connaissait si bien et qui la fit sourire malgré elle.
— Tu n’es vraiment pas comme les autres, Denny. La plupart des femmes seraient soulagées d’avoir de l’aide.
— Je ne suis sans doute pas la plupart des femmes.
Il planta les yeux dans les siens et soutint son regard.
— Non, en effet, Denny. Je commence à le comprendre.
Il prononçait son nom d’une façon intime et familière, comme autrefois. Emue, elle se tourna vers lui.
— Si tu parles sérieusement, alors c’est d’accord. Tu vas m’aider. Mais n’essaie pas de me raisonner, ni de me retenir, ni de me protéger de moi-même. N’y pense même pas, J.D.
Il sourit de nouveau.
— Tu es dure en affaires mais marché conclu, dit-il en lui tendant la main.
Elle la lui prit, un peu à contrecœur. C’était une main chaude et douce. Eprouverait-elle la même sensation dans ses bras, s’ils s’approchaient un peu plus l’un de l’autre ?
— Avec un peu de chance, toute cette histoire sera bientôt terminée, soupira-t-elle, tremblant encore d’avoir effleuré sa peau.
Si elle voulait que son cœur n’en sorte pas en miettes, elle devait l’espérer. Passer du temps avec J.D. Garrison s’avérait terriblement risqué.
* * *
J.D. ferma les yeux un instant. Il ne parvenait pas à croire qu’il venait d’accepter d’aider Denny à retrouver l’assassin de Max. Sans doute était-ce parce qu’il était fatigué et ému de leurs retrouvailles. Avait-il le choix, de toute façon ? C’était le seul moyen de rester près d’elle, sa seule chance de la protéger. Mais voulait-il seulement la sauver du danger qui guettait ? N’avait-il pas plutôt envie d’être avec elle, tout simplement ?
Certes, il souhaitait pour Denver que le tueur de Max soit vite rattrapé, mais il n’était pas mécontent de passer du temps avec elle, de découvrir ce qu’elle était devenue, après tout ce temps. Elle l’intriguait et l’attirait à la fois, comme aucune femme ne l’avait fait.
* * *
Dans la Jeep, le silence s’était installé. Devant eux, la tour se découpait sous le clair de lune, majestueuse. Il n’y avait pas un bruit alentour. Soudain, une lumière apparut et J.D. se redressa. C’étaient manifestement des phares, ceux d’un véhicule qui gravissait la montagne. Il se tourna vers Denny. Il aurait voulu la prendre dans ses bras mais au regard qu’elle lui lança, il comprit que ce serait une erreur. Elle ne lui faisait plus confiance, il le sentait.
— Même si ce rendez-nous ne donne rien, nous démasquerons l’assassin de Max, murmura-t-il. Ensemble.
Elle ne parut pas convaincue. Et il se demanda ce qu’il pourrait faire pour regagner sa confiance. Pour une raison qu’il ne parvenait pas à comprendre, il en avait envie plus que tout, plus que sa vie, plus que sa musique.
Tendu, il guetta les phares qui approchaient. Pouvait-il s’agir réellement de Pete ? Ce dernier était-il dangereux ? Bien sûr, il ne le croyait pas, mais, comme la voiture s’avançait vers eux, il sut qu’il ferait n’importe quoi pour protéger Denny. Qui que soit le tueur.
C’est alors qu’un second véhicule surgit, émergeant à toute allure du raccourci. Il fonça vers le premier et se mit en travers. Tout se passa très vite. Le conducteur de la voiture tenta de l’éviter et braqua le volant de toutes ses forces. Mais il dérapa sur le bitume rendu glissant par la neige, quitta la route et bascula dans le vide.
— Mon Dieu ! s’écria J.D.
Il sauta à bas de la Jeep et se précipita près du bord tandis que le deuxième véhicule s’éloignait dans la nuit. Reportant son attention vers le fond du ravin, il aperçut la carcasse disloquée de la voiture.
Près de lui, Denver s’écroula au même moment en sanglotant.
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