Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant
Chapitre 9
9
— Tiens, dit Denver en lui tendant le bout de papier. Et je sais ce que tu penses.
J.D. lut le petit mot et leva les yeux vers elle.
— Evidemment, tout le monde penserait la même chose. Il faudrait être fou pour aller retrouver Davey là-bas. C’est encore plus isolé que la tour de guet, et rien ne dit qu’il se présentera bien au rendez-vous, et qu’il aura des informations à te communiquer. Ça peut très bien être un piège.
Il lui jeta un regard inquiet, auquel elle ne répondit pas. Elle s’était laissée tomber sur une chaise près du feu. Les événements de la journée l’avaient manifestement épuisée. Mais il sentait également la détermination sans faille qui l’animait.
— Tu vas y aller, malgré tout, non ? reprit-il.
— Tu l’as vu comme moi à l’hôpital. Il était terrifié. Pourquoi se serait-il enfui s’il ne savait pas quelque chose ?
J.D. n’avait pas le cœur de lui dire que le gamin s’était sans doute sauvé pour échapper à la prison pour mineurs.
— Je t’accompagne, lança-t-il.
Elle sourit.
— J’étais sûre que tu le proposerais.
Il plongea son regard dans le sien. Dieu, qu’elle était belle ! Les flammes de la cheminée se reflétaient dans ses cheveux. Et ses yeux étaient si lumineux, si mystérieux, qu’il avait envie de s’y noyer.
— Puisque je dois tout te dire, reprit Denver, il y a autre chose que tu dois savoir. J’ai découvert le revolver de Max et une boîte de cartouches cachés dans le tiroir secret de son bureau. S’il s’agissait d’un message pour moi, je n’ai pas réussi à le décrypter.
Lui révéler ce secret, c’était lui montrer toute la confiance qu’elle mettait en lui. Il en avait parfaitement conscience et il sentit son cœur se dilater, son désir monter encore. Elle était plus têtue et fière que jamais, mais elle y mettait une élégance qui le fascinait. Il ne voulait surtout pas la blesser. Il se promit de la protéger, de protéger sa vie, bien sûr, mais aussi son cœur.
Il songea alors à sa musique. Il était revenu dans le Montana, terrifié à l’idée d’avoir perdu l’inspiration. Plus rien ne lui semblait important. Il se sentait perdu. Jusqu’au moment où elle l’avait assommé avec cette fichue lampe.
Denver repoussa une mèche folle de son visage.
— La seule piste que j’ai est un dossier sur lequel Maggie l’a vu travailler avant sa mort. Max filait un homme dont la femme suspectait les absences nocturnes. Elle craignait qu’il ne la trompe.
— Est-il possible que Max ait interverti les dossiers ?
Elle se mit à rire.
— Tu connaissais Max.
— C’était juste une idée en l’air, répondit-il, se demandant si l’un et l’autre avaient réellement connu Max. Denny…
Il la regarda, se demandant s’il ne valait pas mieux qu’elle l’apprenne par l’adjoint Cline. Mais non.
— La veille de sa mort, Max avait déposé une importante somme d’argent sur son compte bancaire.
— Combien ?
— Cent cinquante mille dollars.
— Où aurait-il eu une telle somme ?
— J’espérais que tu le savais.
Elle secoua la tête, inquiète.
— La journaliste, qui travaille pour la Tribune de Billings, est passée me voir au bureau de Max tout à l’heure. Elle a insinué qu’il était mêlé au braquage à la banque.
— C’est ridicule. Tes parents ont été tués dans ce hold-up.
Denver secoua la tête.
— Cette femme ne connaissait pas Max.
Elle prit une profonde inspiration et expira lentement.
— Mais cet argent est suspect, non ?
— Oui, c’est certain.
Denver plongea le visage dans ses mains.
— Il est innocent, J.D., murmura-t-elle tristement. Mais j’aimerais croire que Pete l’est aussi.
* * *
Sans beaucoup d’enthousiasme, Denver décida de passer la nuit chez Maggie. J.D. savait qu’elle fuyait ainsi les charges qui s’accumulaient contre Max, ses cauchemars, ses inquiétudes au sujet de Davey, ses peurs à propos de Pete. Pour elle, l’éventualité que Max soit un escroc était sans doute plus terrifiante que le reste.
Il la regarda sortir ses skis pour se rendre à l’endroit où l’attendrait Davey et réunir des affaires pour dormir chez Maggie.
Le téléphone retentit.
A son visage contrarié, il comprit qu’elle n’était pas contente d’entendre ce que son correspondant lui disait au bout du fil. Il la regarda, craignant soudain qu’il ne s’agisse de Pete et que ce dernier ne soit en train de lui reprocher quelque chose. Surtout, il se faisait du souci au sujet des cent cinquante mille dollars. La journaliste soupçonnait-elle vraiment quelque chose de louche ? Ou s’était-elle contentée de répéter des ragots ?
Il se tourna vers Denver. Elle était toujours au téléphone.
— Je ne veux pas en parler pour le moment, lançait-elle, irritée. Très bien, je te verrai à ce moment-là.
Cette dernière phrase inquiéta J.D.
— Tout va bien ? demanda-t-il.
— Oh ! je ne sais pas. Pete veut que je passe à Stage Coach. Son groupe s’y produit, ce soir.
J.D. hocha la tête.
— Denny, tu ne…
— Ne t’inquiète pas, je n’ai pas oublié, dit-elle en passant la main sur son cou meurtri.
Il resta silencieux. Il aurait préféré la rassurer. Mais ce n’était pas possible.
— Tant que nous n’aurons pas démasqué l’assassin de Max, reprit-il, nous devons soupçonner tout le monde.
Elle hocha la tête et regarda par la fenêtre. Il ne neigeait plus et les premières étoiles avaient fait leur apparition dans le ciel.
Plein de sollicitude, il s’approcha d’elle.
— Tu veux toujours fouiller les dossiers de Max ? Alors, allons-y. Je vais t’aider.
* * *
Ils étalèrent les dossiers de Max par terre et commencèrent à les examiner, un à un, cherchant celui du « mari absent » et les résultats d’analyses d’empreintes du laboratoire.
Denver était contente que J.D. soit là et plus contente encore qu’il ait suggéré d’examiner de plus près les dossiers.
— J’adore les méthodes de classement de Max, dit-il en brandissant une chemise sur laquelle était noté « Mort sur la route ». Devine ce que j’ai trouvé là-dedans ?
Denver secoua la tête.
— Connaissant Max, cela peut être n’importe quoi. Regarde celui-ci. « Rock and Roll », ajouta-t-elle en riant. Il va falloir les rebaptiser.
— Nous pourrions utiliser les noms de famille, qu’en penses-tu ?
Tandis qu’ils s’échangeaient les chemises en carton, leurs mains se frôlèrent, et elle sentit son cœur s’accélérer. Plus le temps passait et plus elle sentait le désir grandir en elle. Elle était comme affamée et la présence constante de J.D. auprès d’elle ne cessait d’attiser son appétit.
— As-tu faim ? s’enquit-il.
— Pardon ?
— N’est-ce pas ce que tu viens de dire ?
— Ah ? Vraiment ? bafouilla-t-elle.
Il se leva.
— Pourquoi je n’irais pas nous chercher quelque chose à manger ? Ne me dis pas ce que tu veux. Je te fais la surprise.
— C’est gentil, J.D. Avec plaisir, répondit-elle en souriant.
Il quitta la pièce et Denver se retrouva seule au milieu des chemises cartonnées. Elle s’efforça de maîtriser le trouble dont elle était la proie. Quand allait-elle cesser de dire à voix haute ce qu’elle pensait ? Vu ce qu’elle éprouvait pour lui, mieux valait apprendre à se contrôler.
* * *
Quelques minutes plus tard, J.D. revenait avec deux hot-dogs, deux sachets de frites et deux grands gobelets de soda.
— Tu n’as pas oublié ! s’écria Denver.
— Comment oublier ce que tu aimes ? rétorqua-t-il, moqueur.
Même si elle adorait les hot dogs, dans l’immédiat, elle avait surtout envie de J.D.
— J’ai toujours admiré ton appétit, ajouta-t-il. Comme beaucoup d’autres choses.
Il la regarda et elle baissa aussitôt les yeux. Elle aurait juré qu’il pouvait lire dans ses pensées.
A la fin de leur repas, Denver se remit à ouvrir les chemises cartonnées. Elle luttait contre le trouble dans lequel la plongeait la proximité de J.D. Mais un mot lui sauta soudain au visage : le mot « Liaison » inscrit en lettres capitales sur une des chemises. Elle s’en empara et consulta les dates. La dernière note remontait à une semaine.
— Je l’ai ! cria-t-elle en se redressant.
J.D. s’approcha pour lire avec elle.
— Lester Wade ? Celui que je connais ?
Denver hocha la tête.
— Lester joue toujours dans ton ancien groupe, non ?
Elle lut le résumé des filatures effectuées par Max. Lester traînait dehors la nuit, bien après la fermeture des bars.
— Il devait tromper sa femme, Lila, conclut-elle. Pour quelle autre raison ne serait-il pas chez lui la nuit ?
— Et pourtant non, apparemment, fit remarquer J.D. en lui montrant du doigt la dernière note : « Pas d’autre femme. »
Ils échangèrent un regard interrogateur.
— Tu ne crois pas…
Elle regarda le dernier feuillet, rédigé de la main de Max.
« Lester n’entretient aucune liaison. Ai informé l’épouse. Règlement effectué. »
— Et, à ton avis, que signifie ce code ? demanda Denver en découvrant la notation en bas de page.
« 140669. Dossier Perle. »
— Le dossier Perle ? demanda-t-il, heurtant par mégarde sa jambe, ce qui la mit en transe. Connais-tu un dénommé Perle ?
Denver secoua la tête.
— Et le numéro te dit quoi ?
De nouveau, elle fit un geste d’ignorance. Il était si près qu’elle pensa qu’il allait l’embrasser. Il le comprit certainement car il s’écarta et se leva.
— Peut-être s’agit-il d’un code de facturation, suggéra-t-il.
— S’agissant de Max, cela peut être n’importe quoi. En tout cas, je n’ai pas vu de dossier Perle. Et toi ?
— Non plus. Il est possible que le cambrioleur l’ait trouvé et embarqué.
— Ainsi que les résultats d’analyses d’empreintes, ajouta-t-elle en consultant sa montre. Il est tard. Et j’ai promis à Pete de passer à Stage Coach.
La lueur qu’elle avait vue briller dans le regard de J.D. toute la soirée disparut d’un coup.
— Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Denver. Si tu lui dis quoi que ce soit…
— Je sais. Je ferai attention.
Comme ils quittaient le petit immeuble de Max, Denver ouvrit la boîte aux lettres, se reprochant de ne pas y avoir pensé plus tôt. Elle inspecta avec attention la pile d’enveloppes mêlées à des tracts publicitaires. L’une d’elles à l’effigie du laboratoire de Missoula attira son regard. Elle la tendit à J.D. d’une main tremblante. Il y jeta un coup d’œil et l’ouvrit.
— Qui ? demanda-t-elle dans un murmure.
— Je n’en sais rien. Les empreintes sont celles d’un certain William Collins. Sais-tu qui c’est ?
— J.D., je connaissais tout le monde à la soirée de Max. Qui que soit ce William Collins, je le connais. Mais sous une autre identité. Reste à savoir qui c’est.
* * *
Lorsqu’ils arrivèrent à Stage Coach, Pete les repéra immédiatement. Le groupe finissait une chanson. La simple vue de J.D. parut le mettre en colère. Denver s’en rendit compte et se tourna vers J.D.
— Pourrais-tu m’attendre au bar ?
— Tu cherches les ennuis, lui répondit-il, l’encourageant du regard à davantage de prudence. Mais si tu as besoin de moi, je ne serai pas loin.
Il s’approcha du bar où des fans l’entourèrent aussitôt pour lui demander des autographes. La vue de ces femmes qui lui tournaient autour fit l’effet d’une douche froide à Denver. Parfois, elle oubliait sa notoriété.
Pete avait quitté la scène et s’était approché d’elle. Il la prit par le bras pour l’entraîner vers les coulisses.
— Où étais-tu passée ? cria-t-il. Je t’avais demandé de m’attendre chez moi.
Denver se libéra de son emprise et le regarda en face.
— Je devais parler à Davey Matthews.
— Davey Matthews ? Mais quand cela va-t-il se terminer, Denver ?
— Quand le meurtrier de Max sera arrêté.
— J’essaie de te protéger, tu ne le vois pas ? Et pourquoi J.D. est là ? Tu continues de croire que c’est moi qui ai envoyé ce gamin dans le décor à Horse Butte ? reprit-il avec colère.
— Je ne sais plus qui croire.
Elle sentait les fragrances de son eau de Cologne, les mêmes que celles de son agresseur. Mais, même dans ses délires les plus fous, elle restait incapable d’imaginer Pete tentant de la tuer. Elle avait entendu J.D. l’exhorter à la prudence. Pourtant, elle ne put s’empêcher de retirer le foulard qu’elle avait noué à son cou pour montrer les marques à Pete.
A la vue de sa gorge meurtrie, il jura et ses yeux se remplirent d’horreur.
— Qui t’a fait ça ?
— Il y avait deux hommes. Ils ont mis mon chalet à sac.
Elle le regarda, se remémorant les mains de son assaillant sur sa gorge. N’importe qui pouvait acheter l’eau de Cologne de Pete, il suffisait d’en avoir les moyens. Et soudain, elle se demanda où Pete trouvait l’argent pour acheter cette eau de toilette de luxe ou posséder un pick-up haut de gamme. Il ne se produisait pas souvent avec son groupe. Certes, sa famille avait de l’argent. Mais quand même… Ses doutes ne cessaient de grandir, pour devenir de plus en plus insupportables.
— L’un des types a tenté de me tuer. Il portait la même eau de Cologne que toi, ajouta-t-elle, éprouvant le besoin de se libérer de ce poids.
Pete recula comme si elle l’avait frappé.
— Qu’insinues-tu ? Que je pourrais être l’agresseur ?
Denver sentit les larmes lui brûler les paupières. Cet homme lui avait dit qu’il l’aimait, lui avait demandé de l’épouser. Tout cela semblait si loin maintenant.
— Je pense simplement que mon agresseur voulait que je le prenne pour toi, reprit-elle, le plus calmement possible.
— Pourquoi ? demanda-t-il, livide. Pourquoi quelqu’un ferait-il ça ?
— Je n’en sais rien. J’espérais que toi, tu le saurais.
Il détourna les yeux et elle eut la certitude qu’il lui cachait quelque chose.
Il changea subitement de sujet.
— Te souviens-tu quand nous étions gosses et qu’on jouait près du lac ?
Elle hocha la tête. Ils avaient toujours joué ensemble tous les trois, avec Max.
Elle aurait aimé revivre cette époque. Ils avaient été si proches, si amis.
— Oh oui, je me souviens, Pete. Et notre cabane dans les arbres, tu t’en souviens ? Nous y passions nos journées.
— La cabane dans les arbres ? Non, je l’avais oubliée.
— Nous étions inséparables, à l’époque.
— Les temps ont changé, dit-il.
— Pas tant que ça, Pete. Toi et moi sommes restés amis.
Elle se mordit la lèvre, sachant qu’elle ne devait pas en dire plus. Mais elle voulait savoir et surtout lui donner une chance de s’expliquer.
— Le jour où Max a été tué, tu étais à Missoula avec le groupe. N’est-ce pas ? ajouta-t-elle en l’observant avec attention.
Il ferma les yeux un bref moment, puis reporta son attention vers le bar. Son visage était crispé.
— Il faut que je te l’écrive en lettres de sang ? Parce que apparemment, ma parole ne suffit pas.
Elle voulut se montrer plus douce.
— Parle-moi de la photo, murmura-t-elle en plongeant les yeux dans les siens.
Il s’agissait de Pete, se rappela-t-elle, un homme en qui elle avait toujours eu confiance.
— La photo ?
Avec un soupir, il repoussa son chapeau en arrière. Sur scène, le groupe se remettait à jouer. Mais à présent, J.D. chantait à la place de Pete. Et il entonnait un des tubes qui l’avaient rendu célèbre, Good Morning, Heartache.
— Max m’a appelé et m’a dit qu’il voulait me voir avant que je ne parte pour Missoula, dit Pete lentement. Je savais qu’il se passait quelque chose, mais il n’avait pas voulu m’en parler.
Denver retint son souffle. Elle avait peur de ce qu’il allait lui dire.
— Quand je suis arrivé à son bureau, il ne s’y trouvait pas. La photo était posée sur son bureau.
— Tu l’as prise et tu as déchiré la tête de J.D. C’est ça, hein ?
Cela lui semblait tellement puéril comme geste.
Pete haussa les épaules.
— Et puis après ? Il a tout eu, Denver. Tout, y compris toi. J’étais d’accord pour lui laisser le succès si seulement je pouvais t’avoir, toi.
Ces mots lui firent mal. Dans la pièce voisine, J.D. chantait avec cette voix qui la hantait depuis toujours.
— Je suis désolée, dit-elle à voix basse.
Pete s’approcha d’elle et essuya une larme sur les joues de la jeune femme.
— Oui, je sais que tu es désolée. Mais tu commets une grave erreur. J.D. est revenu. Mais pour combien de temps ? Es-tu certaine que tu l’intéresseras encore quand il t’aura eue ?
Les mots de Pete touchèrent une corde ultrasensible chez Denver. J.D. n’avait pas trouvé le bonheur avec sa musique. La voyait-il comme un nouveau but à atteindre ? Cette éventualité la glaça.
— Tu t’es déjà demandé comment J.D. avait pu se lancer, il y a neuf ans ?
Denver retint son souffle.
— Max avait passé un marché avec J.D., poursuivit Pete. Il lui avait donné de l’argent contre sa promesse qu’il ne reviendrait jamais vers toi. Autrement dit, Max a acheté son départ.
Elle expira, luttant pour ne pas s’effondrer.
— Je ne te crois pas. Max n’aurait jamais fait ça et J.D…
— Tu veux savoir ce qui est arrivé à cette photo ? Eh bien, oui, je l’ai déchirée. Je voulais en ôter J.D. comme j’aimerais le retirer de ton cœur.
Comme il s’éloignait, elle sentit une sourde peur s’emparer d’elle et un froid glacé lui étreindre le cœur. Elle ne savait pas ce qui la ravageait le plus. La jalousie de Pete ou le marché que Max et J.D. avaient passé ensemble. J.D. avait-il donc été certain qu’il ne reviendrait jamais, qu’il ne pouvait l’aimer ?
Sur scène, Pete annonça qu’il allait chanter en duo avec le célèbre Garrison une chanson qu’ils avaient écrite ensemble des années plus tôt quand ils étaient adolescents. A les voir, tout le monde les aurait pris pour les meilleurs amis du monde.
Leurs voix s’unirent merveilleusement et des larmes de tristesse coulèrent sur les joues de Denver. Elle avait toujours su que Pete enviait J.D. mais elle n’avait jamais mesuré à quel point. Et cela n’avait rien à voir avec la musique.
* * *
Elle se rendit avec difficulté jusqu’aux lavabos pour se laver les mains et s’asperger le visage. Elle obtiendrait la vérité, se promit-elle en quittant la pièce.
Mais sa détermination baissa d’un cran à la vue de l’adjoint Cline. La musique avait cessé. Cline était en grande conversation avec J.D. Ils semblaient se disputer.
— Qu’y a-t-il ? demanda-t-elle en s’approchant.
Les deux hommes cessèrent brusquement de parler. Cline recula. Il semblait fatigué.
— Denny, dit J.D., Cline a gelé les cent cinquante mille dollars que Max a déposés sur son compte.
Du regard, il lui intima de faire attention.
Elle fronça les sourcils.
— Pourquoi avez-vous fait ça ?
Cline s’efforça de lui sourire.
— Cet argent a sans doute été gagné de façon illégale.
— C’est ridicule. Manifestement quelqu’un l’a mis sur son compte pour provoquer des doutes sur Max.
— J’adorerais que quelqu’un me vire une telle somme. Qui détesterait assez votre oncle pour faire ça ? reprit Cline.
Denver secoua la tête. Max n’avait pas d’ennemis, à sa connaissance. Et encore moins d’amis riches.
— Cela pourrait être destiné à servir d’écran de fumée, remarqua J.D. Pour vous mettre sur une mauvaise piste.
Cline les regarda tour à tour.
— Bon, en attendant d’en savoir plus, cet argent restera où il est. Par ailleurs, la police de Great Falls a attrapé un auto-stoppeur qui correspond à la description de celui que Max avait rencontré. Ils le retiennent jusqu’au moment où je pourrai l’interroger.
— Vous ne pouvez pas croire sérieusement qu’un auto stoppeur a tué mon oncle, protesta Denver. Pas avec cette histoire de cent cinquante mille dollars. A moins que vous ne pensiez que ce type les ait mis sur son compte.
Cline se gratta le cou.
— Peut-être l’auto-stoppeur n’a-t-il pas tué votre oncle. Mais il a peut-être vu qui l’a tué.
— Vous pensez que c’est une possibilité ? demanda Denver, étonnée qu’il le croie.
— Tout est possible.
— Quand allez-vous lui parler ?
— Demain matin, à la première heure.
— J’ai hâte d’apprendre ce qu’il a à dire.
Ils avaient peut-être une piste, finalement.
— Avez-vous retrouvé Davey ? ajouta-t-elle.
— Non, j’ai plus important à faire que de m’inquiéter d’un fugueur. Autre chose : la prochaine fois que vous ferez de la rétention d’informations, vous finirez en prison, mademoiselle. Compris ?
Il remit son chapeau et s’éloigna.
Denver regarda J.D. Elle était en colère.
— Tu lui as parlé de la mise à sac de mon chalet et du type qui m’a agressée ?
— Il fallait bien que quelqu’un le fasse, Denny. Il s’agit d’une enquête pour meurtre.
— Quel intérêt y a-t-il à parler de ça à Cline ? Regarde ce qu’il a fait avec le bureau saccagé de Max. Rien. Il ne va pas résoudre cette enquête, tu le sais aussi bien que moi.
— Non, nous n’en savons rien.
De nouveau, elle sentit les larmes monter. Elle aurait voulu être chez elle.
— Je ne suis sûre de rien ni de personne. Plus maintenant.
Comme elle s’éloignait, il la retint par le bras.
— Tu as parlé à Pete, je me trompe ?
Elle repoussa sa main.
— Tu ne peux pas comprendre. J’ai besoin de réponses et je refuse de mentir à Pete. C’est au-dessus de mes forces.
J.D. lança son poing contre le mur.
— Bon sang, Denny, tu viens de commettre la pire erreur de ta vie.
— Non, J.D., c’est le jour où je suis tombée amoureuse de toi que je l’ai commise.
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