Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant
Chapitre 11
11
Bien avant le lever du jour, J.D. quitta la voie express pour prendre la direction de Grayling Pass. Une fois parvenu à destination, il se tourna vers Denver.
— Qu’est-ce qui ne va pas ? demanda-t-il.
Denver regarda derrière elle.
— Rien, murmura-t-elle.
— Je ne pense pas qu’on nous ait suivis, si c’est ce qui t’inquiète.
— Ce n’est rien, répéta-t-elle. J’angoisse, voilà tout.
J.D. avait passé une grande partie de la nuit à penser à Denver, à ses sentiments pour elle, à leur histoire. Tout en l’observant dans l’ombre de l’habitacle, il se demanda ce que serait leur avenir. Un étrange espoir s’emparait de nouveau de son cœur. Il en oubliait presque les menteurs, les assassins et même Pete, et toute cette histoire.
— Denny, il faut que je te confie quelque chose. Hier soir, j’ai suivi Pete jusqu’à ton chalet. Il est allé tout droit à notre vieille cabane dans les arbres.
— La cabane ?
— Il y a trouvé le dossier que Max y avait caché.
— Il y avait donc bien un dossier…, soupira Denver. Pourquoi n’ai-je pas tout de suite pensé à la cabane ? Seul Max pouvait avoir eu cette idée. Et qu’y avait-il dans ce dossier ?
— Je n’en sais rien. Pete a refusé de me le montrer.
— Quoi ?
— Il était armé. Mais ce n’est pas pour cette seule raison que je l’ai laissé faire.
Denver se mit à rire.
— Tu l’as laissé partir ? Je me demande bien qui est le plus contradictoire de nous deux !
— Nous nous valons sur ce point, répliqua-t-il en souriant. Maintenant, je préférerais que tu restes là dans le pick-up et que tu me laisses interroger Davey. D’accord ?
Elle secoua la tête d’un air entendu et sortit du véhicule. Elle n’allait pas rester là sans rien faire.
Il faisait encore nuit noire mais elle préféra ne pas allumer la lampe de poche qu’elle avait emportée. Comme J.D. lui tendait ses skis de randonnée, elle se remémora l’accident dont Davey avait été victime à la tour de guet. Les mains glacées, elle sentit un frisson la parcourir et voulut croire que c’était une simple réaction au froid.
Après avoir chaussé ses skis, elle jeta son sac à dos sur son épaule. Elle regarda J.D., penché sur ses fixations. Elle finissait par prendre l’habitude d’être en sa compagnie.
* * *
Il avait neigé pendant la nuit. La terre était gelée et recouverte d’un épais tapis blanc, immaculé. Denver s’élança la première. Parvenue au pont, elle se retourna pour attendre J.D. En le voyant descendre la pente, elle fut frappée par sa grâce, sa fluidité féline.
— On y va, Sunshine ? dit-il.
L’air frais donnait une impression de temps suspendu. Comme le fait que J.D. l’ait appelée Sunshine, ce qu’il n’avait pas fait depuis des années. Soudain, l’envie de se blottir dans ses bras la submergea. Elle mourait d’envie de sentir son souffle chaud dans son cou, de l’embrasser éperdument, de tout oublier contre lui…
Malgré la pénombre, elle eut peur qu’il ne devine ses pensées sur son visage et elle détourna rapidement la tête. Trop tard… Il l’attrapa par les épaules et en un instant elle était dans ses bras, leurs skis emmêlés. La veille au soir, quand il l’avait embrassée, il avait fait cela dans la fièvre, l’urgence et, ensuite, quand il avait recommencé, leurs baisers avaient été plus tendres, plus aimants. Cette fois, ce fut un mélange des deux. Quand leurs lèvres se rencontrèrent, elle s’abandonna avec passion à son étreinte, à la chaleur de ses mains, de son corps, de sa bouche. Lorsque, après un long et délicieux moment, il s’écarta d’elle, ils haletaient, le souffle court. Denver sentit un frisson la parcourir.
— Oh ! J.D. !
Il lui sourit mais il avait déjà la tête ailleurs. Il lui montra un bosquet de sapins plus loin.
— Nous ferions mieux de trouver un coin où attendre Davey.
Ils grimpèrent la côte en canard pour s’asseoir à l’ombre des arbres. Denver inspecta les alentours à l’aide de ses jumelles. Il faisait trop sombre pour apercevoir quelque chose.
Espérant se réchauffer, elle frappa ses mains gantées l’une contre l’autre. Une fumée blanche s’échappait de ses lèvres.
— Tu as froid ? demanda J.D.
— Un peu.
— Moi, je suis frigorifié, dit-il en l’attirant à lui.
Elle se blottit contre lui, luttant contre le désir qui l’envahissait. Son souffle caressait ses cheveux. Elle ferma les yeux et écouta leurs cœurs qui battaient à l’unisson tout en regardant le soleil se lever. Très vite, le sommeil s’empara d’elle.
* * *
Le bruit d’un semi-remorque gravissant la montagne tira Denver de sa torpeur. Elle se redressa, heurtant sa tête à une branche. De la neige glissa le long de son cou.
Dans le silence qui suivit l’arrêt du véhicule, elle entendit le grincement d’un hayon. J.D. n’était plus là.
Avec un juron, elle s’empara des jumelles et scruta les environs. Le ciel était plus clair mais pas assez pour qu’elle ne voie autre chose que des ombres. Mais soudain, elle distingua deux hommes, emmitouflés dans d’épais manteaux, qui déchargeaient de gros sacs d’un camion garé sur le bas-côté de la route. Il faisait trop sombre pour qu’elle puisse les reconnaître mais l’un était plus grand que l’autre. Davey était-il le petit, J.D., le grand ?
Après un moment, le camion s’en alla et elle regarda les deux hommes finir de charger les sacs sur un traîneau. Puis ils recouvrirent le tout d’une bâche et le tirèrent vers le parc national de Yellowstone.
Denver les observa de plus en plus attentivement. S’ils avaient seulement l’intention de faire une randonnée à travers la réserve d’animaux sauvages, ces skieurs étaient bien trop chargés. Même en prenant son temps, une journée suffisait amplement pour en faire le tour et rien ne justifiait un tel barda.
Elle baissa les jumelles. Peut-être comptaient-ils camper plusieurs jours. Mais à cette époque de l’année, c’était peu probable. Le froid était encore très vif et surtout, poussés par la faim, les ours commençaient à sortir de leurs longs mois d’hibernation. Ils pouvaient se révéler dangereux.
Un autre semi-remorque apparut alors que le ciel s’éclaircissait au-dessus des montagnes. Denver maudit J.D. Etait-il allé se promener ? Ce n’était vraiment pas le moment.
— J’adore ta façon de t’exprimer, entendit-elle alors dans son dos.
Des bras puissants l’enlacèrent et la jetèrent sans cérémonie par terre.
— Où étais-tu passé ? demanda-t-elle.
— Moins fort, murmura J.D. Je voulais regarder de plus près ces lascars.
— Et ?
— Et rien. Ils sont deux et Davey ne fait pas partie du lot.
Tout en récupérant ses skis, elle continua à observer les deux hommes qui s’activaient.
— J’ignore ce qu’ils fabriquent, mais je vais les suivre pour l’apprendre, dit-elle.
— Pardon ?
— Quelque chose ne colle pas et tu le sais.
— Je sais surtout qu’une tempête se prépare. Davey s’est moqué de nous en nous obligeant à nous lever tôt pour rien. Il est sans doute en train de cambrioler ton chalet. Et filer ces deux skieurs ne serait qu’une perte de temps.
— Je ne crois pas. Que font ces deux hommes ici, à cette heure ? Et à cette époque de l’année ? C’est suspect, non ?
— Je l’admets.
— Tu ne penses pas que Davey avait une idée dans la tête en me demandant d’être ici quand ces types y viendraient ?
— Je suis sûr qu’il savait que ces lascars seraient là.
Elle chaussa ses skis et lui sourit.
— Alors je tiens à apprendre où ils vont et pourquoi.
— Je n’ai jamais douté que tu le ferais.
— Alors pourquoi en avoir discuté ?
— Par habitude, sans doute, répondit-il avec un rire affectueux.
* * *
Skiant au-dessus d’eux, ils suivirent les deux hommes à distance. Denver se demandait ce qui se passerait quand ils arriveraient à destination. Elle songea au revolver de Max. Elle avait bien fait de l’avoir emporté. Devant elle, J.D. ouvrait la route. Elle espérait surtout qu’ils n’allaient pas tomber dans un piège, quand, soudain, elle se rendit compte qu’ils avaient perdu la trace des skieurs. Elle sortit les jumelles pour tenter de les retrouver. Il était facile de se perdre dans cet univers de roches et de neige, surtout dans l’aube naissante.
— Tu les vois ? demanda J.D.
— Non. Ils devraient être sur la piste. A moins que…
— A moins qu’ils ne nous aient repérés.
Denver scruta de nouveau la montagne.
— Il est impossible qu’ils nous aient vus. Et ils n’ont pas pu disparaître par enchantement.
Tout à coup, elle aperçut une petite silhouette entre les arbres, bientôt rejointe par son compagnon. Denver les montra du doigt à J.D.
— Ils sont là, murmura-t-elle, tout en regardant les deux hommes se diriger vers l’est de Yellowstone Park en slalomant entre les sapins. Ils font du hors-piste.
— A moins qu’ils ne nous aient vus, insista-t-il.
— Essaierais-tu de me faire changer d’avis ?
— Je serais bien bête d’essayer.
Elle lui lança un regard dubitatif avant de ranger les jumelles dans son sac à dos. Elle y avait mis également son appareil photo et le revolver de Max. En balançant le tout sur son épaule, elle remarqua que l’aube hésitait à se lever et que le ciel s’assombrissait. Un orage se préparait.
J.D. l’avait également remarqué.
— Il est dangereux de skier sous un orage, dit-il avec douceur. A cette époque de l’année, en particulier.
Denver acquiesça. Au printemps, les tempêtes étaient brusques et violentes. Elles pouvaient provoquer des chutes de neige très importantes en peu de temps. Tous les ans, des gens se perdaient, et finissaient par mourir d’hypothermie.
Ils étaient en train de violer les règles de sécurité de base. Ils allaient skier sous un orage et personne ne savait qu’ils se trouvaient dans la montagne, à l’exception de Davey qui n’était pas du genre fiable.
Denver sourit tout de même à J.D.
— Pourquoi s’inquiéter ? Ces deux types sont certainement plus dangereux que le mauvais temps.
Il se mit à rire.
— C’est Max qui t’a transmis cette façon de raisonner, non ? D’accord, Denny, céda-t-il en lui caressant la joue. Suivons-les.
Denver s’élança la première. Repérant les traces laissées par les deux hommes, ils les suivirent de loin. L’air était frais et humide, le vent jouait dans leurs cheveux, la neige crissait sous leurs skis. Denver fixait J.D. qui dévalait la pente devant elle. Elle se reprochait de l’avoir entraîné dans cette histoire et s’inquiétait désormais plus pour lui que pour elle-même.
Le jour se levait lentement et, avec la lumière, il leur devenait plus difficile de filer les deux skieurs sans se faire remarquer. Ils durent mettre plus de distance entre eux. Les deux hommes avançaient vite, sans doute soucieux, eux aussi, d’échapper à la tempête qui menaçait.
— Tu sais, Denny, dit J.D., à ses côtés. Tu es vraiment devenue une femme exceptionnelle. Je suis fier de toi.
Touchée, elle lui sourit.
Mais soudain, J.D. freina brusquement.
— Allonge-toi !
Il la poussa derrière un sapin recouvert de neige mais elle eut le temps de voir les skieurs en dessous d’eux. L’un d’eux tenait un fusil à la main. Il le pointait vers eux.
— Si on doutait encore qu’il ne s’agit pas de simples promeneurs, nous voilà renseignés, soupira-t-il.
— Les armes à feu sont interdites dans ce parc, rétorqua Denver. Et ils se dirigent vers Yellowstone Park.
— Eh bien, quand nous les aurons attrapés, nous leur signalerons qu’ils sont en effraction, plaisanta J.D.
— Tu crois qu’ils nous ont repérés ?
Il l’entraîna un peu plus encore à l’abri des sapins.
— Je n’en sais rien, répondit-il d’un air inquiet. Mais il est fort probable que ces deux types soient dangereux.
— En me demandant de venir avant l’aube, Davey espérait certainement que je les voie à l’œuvre. Tu ne crois pas ?
— Tu as sans doute raison. Mais si ces types nous ont repérés, ils vont tenter de nous coincer.
— Merci de me rassurer.
— Ecoute, Denny, nous sommes vraiment en danger. Et nous n’avons aucun moyen de nous défendre.
— Mais nous avons trouvé quelque chose, tu le sens bien. Si nous abandonnons la partie maintenant, nous ne saurons jamais ce qui se passe.
Elle avait la chair de poule. Max était-il vraiment impliqué dans des activités illégales ? Suivaient-ils la bonne piste ? Elle promena les yeux dans la montagne, craignant soudain de découvrir de sombres trafics.
En bas de la pente, les deux silhouettes s’éloignèrent.
— Ils repartent. On y va ! s’écria-t-elle en se tournant vers J.D.
Mais il n’esquissa pas un mouvement.
— Qu’y a-t-il ? reprit-elle.
Il la regarda en face.
— Nous sommes seuls, en pleine montagne alors qu’une tempête se prépare, en train de suivre deux types armés. C’est de la folie, Denny !
Denver lui adressa un regard impérieux : ils se remirent en route. Mais ils avaient perdu un temps précieux et l’éventualité que les deux skieurs leur échappent tourmentait Denver.
Devant elle, elle vit soudain les limites du parc. Il lui fallut un moment pour repérer les deux hommes parce qu’ils s’étaient en partie recouverts d’un drap blanc pour mieux se fondre dans le paysage. Ils pénétrèrent dans le parc de Yellowstone.
— Tu as vu ? demanda-t-elle à J.D. en sortant l’appareil photo de son sac.
Ses doigts tremblaient tandis qu’elle réglait l’objectif. Elle avait l’intuition qu’elle allait prendre les photos de sa vie.
— J’ai l’impression qu’ils ne veulent pas qu’on remarque leur présence dans le parc, grommela J.D.
Il fronçait les sourcils d’un air soucieux. Il n’était plus possible de faire marche arrière, à présent et elle le devina à son expression. Il semblait particulièrement soucieux.
— Si les choses tournent mal, je n’aurai pas la possibilité de te protéger.
Denny remit son appareil dans son sac.
— J’ai été trop protégée dans ma vie, répliqua-t-elle en haussant les épaules. Maintenant, j’ai décidé d’assumer mes propres erreurs. Et puis, j’ai emporté le revolver de Max. Nous aussi, nous sommes dans l’illégalité.
— Merci de me mettre au courant, grogna J.D.
L’orage éclata brusquement au sommet de la montagne. Des éclairs zébrèrent le ciel redevenu noir. L’air se chargea d’électricité. Denver remit son sac sur son dos puis reprit sa course-poursuite avec J.D.
Elle sentait que les deux hommes avaient un but précis. Mais plus le temps passait, plus elle avait mal aux jambes. Elle se demandait combien de temps elle tiendrait sans s’écrouler.
Soudain, le skieur de tête s’arrêta en bas d’une colline. Denver et J.D. se dissimulèrent dans un bosquet de sapins. De nouveau, Denver sortit son appareil et tendit les jumelles à J.D. Elle vit l’un des deux hommes retirer sa cagoule. En le reconnaissant, elle poussa un juron.
— C’est Cal Dalton !
Elle le photographia à plusieurs reprises avant de s’intéresser à l’autre skieur. Il portait toujours sa cagoule, mais il lui semblait vaguement familier.
Cal tira sur une bâche qui couvrait un monticule et ce qui ressemblait à un gros tas de branches apparut.
De nouveau, elle prit plusieurs clichés. Elle finit par comprendre qu’il ne s’agissait pas de branches. Mais de bois de cerfs, de wapitis !
Elle poussa un gémissement.
— Des braconniers, dit J.D. Apparemment, ils sont arrivés à leur cache.
Comme les deux hommes chargeaient le traîneau, le second retira sa cagoule et, le cœur serré, Denver le reconnut aussi.
— Lester Wade.
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