Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant

Chapitre 20

20

 

 

— J.D. ! Je dois aider J.D. ! cria Denver en se précipitant vers le bus qui démarrait.

Taylor la rattrapa.

— N’intervenez pas, Denver. Il risque de se faire tuer. Et vous aussi.

— Vous ne comprenez pas.

— Je comprends très bien, au contraire. J’ai discuté avec Maggie et elle m’a parlé du réseau de braconnage que vous avez découvert.

A ces mots, Denver s’arrêta.

— Vous avez eu Maggie au téléphone ? Elle va bien ?

— Très bien, ne vous inquiétez pas. Davey est avec elle chez vous.

— Davey ?

— Il lui a révélé qu’un certain Midnight avait tué Max. Malheureusement, Maggie a appelé Cline et lui a tout raconté. Voilà pourquoi je le suivais quand il vous a attaquée. L’adjoint du shérif ne m’a jamais inspiré confiance.

Elle hocha la tête. Taylor n’avait donc pas adhéré non plus à la thèse de l’auto-stoppeur. Voilà évidemment pourquoi il tournait autour de Maggie. Il cherchait à la protéger. Denver tenta d’imaginer Cline avec une cagoule. Etait-il le braqueur de la banque qui avait tué ses parents à Billings ? Cela expliquerait beaucoup de choses.

— Que pouvons-nous faire ? murmura-t-elle.

— Empêchons déjà Cline de prévenir les braconniers de notre présence, lui répondit Taylor.

Il passa les menottes à l’adjoint, le poussa dans un coin, avant d’entraîner Denver vers sa voiture.

— Il faut prévenir les autorités, leur demander de l’aide, reprit-il. Mais qui appeler ? Que pensez-vous du garde forestier du comté ?

— Roland Marsh ?

* * *

J.D. fut jeté sans ménagement à l’arrière du bus. Tandis que Cal braquait une arme sur lui, Lester lui ligota les poignets et les chevilles.

— Est-ce indispensable ? protesta Pete.

— Vous, contentez-vous de conduire, rétorqua Cal. Nous savons ce que nous avons à faire.

J.D. lança un regard glacial à Pete et remarqua qu’il jetait de fréquents coups d’œil dans son rétroviseur comme s’il guettait quelqu’un.

Son manège intrigua également Cal.

— Un problème, Williams ?

— J’ai juste hâte d’en finir.

— Comme nous tous.

J.D. suivait attentivement l’échange entre les deux hommes. Avant qu’ils ne quittent le parking, Cal avait inspecté le bus avec un détecteur. Visiblement, il soupçonnait Pete d’avoir dissimulé un mouchard dans le véhicule.

J.D. tentait de comprendre. Pourquoi était-ce si tendu entre Pete et Cal ? Et que comptaient-ils faire de lui ? Et Denver ? Où était-elle passée ?

En reconnaissant la petite chapelle devant laquelle ils passèrent, il comprit qu’ils se dirigeaient vers le nord.

— Es-tu sûr que le patron va se montrer ? demanda Pete.

— Ne t’en fais pas, dit Cal. Midnight a attrapé Denver et il l’emmène au semi-remorque. Tout se déroule comme prévu. Nous allons charger la dernière livraison et prendre le large.

A ces mots, J.D. se raidit. Imaginer Denver aux mains d’un type comme Midnight raviva ses angoisses. Ce type était au mieux le chef d’un réseau de braconnage, et au pire, un tueur.

Lester et Cal semblaient se disputer mais J.D. ne saisissait pas à quel sujet. Il promena les yeux autour de lui, cherchant à se libérer de ses liens.

* * *

— Nous ne pouvons pas aller chez Marsh, dit Denver en grimpant dans la voiture de Taylor. Il est de mèche avec les braconniers.

— Vraiment ? Décidément, nous ne maîtrisons plus rien.

— Il faut suivre le bus, dit Denver. C’est notre seule chance de les coincer. Je suis sûre qu’ils ont prévu de changer de place les bois de wapiti. J’ai mis un mouchard sous leur véhicule. Il est un peu artisanal mais devrait marcher.

Taylor parut sidéré. Il tira un revolver de la boîte à gants et le posa entre eux. Il avait raison, songea-t-elle. Il valait mieux se préparer au pire et être en état de se défendre.

— Bon maintenant, racontez-moi tout, dit-il. Le mieux est de commencer par le commencement.

Tandis qu’ils roulaient, Denver lui fit le récit détaillé de leur enquête. Elle lui parla de Lila qui avait demandé à Max de filer son mari, lui détailla ce qu’ils avaient appris dans les journaux archivés et termina son compte rendu avec la découverte du cadavre de Sheila.

— Tous les gens impliqués dans cette histoire ont été tués, conclut-elle.

Taylor la regarda un long moment, les sourcils froncés.

— Et vous pensez que Pete et Marsh sont mêlés à cette histoire ?

— J’en suis certaine, à présent.

— J.D. est donc en danger de mort.

Savoir J.D. aux mains des tueurs la remplit de terreur. Comment pouvait-elle le tirer des griffes de ses ravisseurs ? Elle suivait les traces de sirop dans la neige. Devant eux, les musiciens se dirigeaient vers le nord.

— En tout cas, je comprends mieux pourquoi Cline et Pete ont tout fait pour m’empêcher d’enquêter sur le meurtre de Max, dit-elle.

— Davey vous a donc mise sur la piste des braconniers, reprit Taylor en secouant la tête. Ce gamin ne manque pas de courage, d’autant qu’il a failli se faire tuer à Horse Butte. Et, cette nuit, il a libéré Maggie que Lester retenait chez vous.

— Oui, je ne sais pas ce que nous aurions fait sans lui.

— Et vous croyez vraiment que toute cette affaire est liée au hold-up de la banque en 1969 ? reprit Taylor.

— J’en suis certaine, à présent. Cal est le lien. Il s’appelle William Collins, en réalité.

Elle lui raconta sa séance sous hypnose et leur visite à Vernon, le policier à la retraite.

Taylor esquissa une moue dubitative.

— Je n’arrive pas à me représenter Cline sous les traits de Midnight, dit-il. Cline serait le cerveau de cette affaire ? Il faudrait déjà qu’il en ait un, de cerveau !

Denver partageait son avis mais peut-être sous-estimaient-ils Cline. Peut-être se faisait-il simplement passer pour un imbécile.

Comme ils franchissaient Grayling Pass, les traces de sirop se raréfièrent et finirent par disparaître.

— Ils ont sans doute neutralisé mon stratagème, dit Denver avec inquiétude.

— Il est plus probable qu’il n’y ait plus de sirop, bougonna Taylor.

Mais bientôt, l’ancien bus scolaire s’arrêta à l’orée d’une forêt. Taylor coupa le moteur et éteignit les phares. Denver aperçut un semi-remorque garé sous les arbres. Le hayon était ouvert et elle vit qu’il était rempli de bois d’élan. Comme elle l’avait deviné, les braconniers étaient bien en train de vider une cache pour préparer une livraison.

Mais où se trouvait J.D. ? Se trouvait-il encore dans le bus ? Ils étaient trop loin pour le savoir et restèrent un moment dans la voiture, se demandant quoi faire. Tout en lui parlant, Taylor jouait avec une pièce de monnaie, la faisant glisser machinalement entre ses doigts.

Soudain, Denver se sentit blêmir.

* * *

Le bus s’était arrêté dans une clairière et par la vitre, J.D. vit Pete, Cal et Lester charger des bois d’élan dans un semi-remorque.

Il s’efforçait toujours de se libérer de ses liens en les frottant contre l’accoudoir de son siège. Mais il entendit soudain un autre véhicule arriver. S’agissait-il de Midnight et de Denver ? Il espérait que leur plan avait fonctionné et que le FBI ne tarderait plus.

* * *

— Max serait fier de vous, Denver, dit Taylor. Vous avez mené cette enquête d’une main de maître. Je suis impressionné. Et votre idée de cacher un bidon de sirop sous leur véhicule pour pouvoir les suivre à la trace était tout simplement géniale.

Denver blêmit un peu plus encore. A quelques mètres d’elle, trois hommes s’activaient à charger les bois de wapiti. Elle reconnut Pete, Cal et Lester. Elle les observa un moment, le cœur battant, avant de se tourner vers Taylor.

Elle se remémorait son cauchemar. Glacée, elle comprenait tout, à présent.

S’emparant du revolver de Taylor, elle le braqua sur lui.

— C’est vous qui avez tué mes parents, c’est vous le braqueur de banque masqué, c’est vous Midnight.

Il feignit l’incompréhension.

— Pourquoi pensez-vous une chose pareille ?

— A cause de la pièce de monnaie avec laquelle vous jouez.

— Et alors ? C’est une petite manie que j’ai, voilà tout.

— Le jour du hold-up, pendant que l’employé mettait l’argent dans des sacs, vous jouiez aussi avec une pièce.

Cette fois, il ne chercha plus à nier.

— Vous êtes très forte, Denver. Mais n’espérez pas m’arrêter. Il est trop tard. Dans une heure, la livraison sera partie et moi, je serai loin.

Elle le vit regarder dans le rétroviseur. Attendait-il quelqu’un ?

— Où est J.D. ? reprit-elle.

— Il n’est pas dans le bus si c’est ce que vous croyez. J’ai dit à Cal de le ligoter et de le laisser dans les bois.

— Vous avez pensé à tout, espèce de…

Elle se mordit la lèvre pour ne pas se laisser emporter par sa colère. Il avait tué tous ceux qui auraient pu le menacer. Il la tuerait aussi si elle lui en laissait le loisir, ainsi que J.D. A présent, il y était obligé.

— Vous n’avez jamais fait l’armée avec Max, n’est-ce pas, reprit-elle ?

Il secoua la tête.

— Tout le monde connaît les histoires de Max. Il n’a vraiment pas été difficile de vous faire croire que nous étions de la même chambrée !

— Et le hold-up ? Qu’avez-vous fait du million de dollars que vous avez volé à la banque ?

— Je l’ai dépensé, bien sûr.

Ecœurée, elle sentit les larmes lui brûler les paupières.

— Vous avez tué mes parents pour de l’argent.

A cette idée, elle eut envie de tirer. Ce serait si facile. A la façon dont le visage de Taylor se figea, elle comprit qu’il envisageait aussi cette hypothèse.

— Personne n’aurait été blessé si votre père n’était pas entré en plein milieu du hold-up.

Elle bouillait de colère.

— Et Max ? Pourquoi l’avoir assassiné ?

— Il avait découvert le réseau de braconnage. Cal a eu peur qu’il finisse par réunir les morceaux du puzzle et par comprendre qui était William Collins. Pour ne pas courir de risque, j’ai préféré supprimer Max.

— Il devait avoir sacrément confiance en vous pour vous donner rendez-vous à l’ancienne décharge.

— Je pense que Max lui-même avait fini par croire que nous avions fait l’armée ensemble.

— Et pourquoi avoir viré de l’argent sur son compte ?

Il haussa les épaules.

— Pour convaincre Cline que Max était à la tête du réseau de braconnage. J’avais aussi donné des éléments à Sheila Walker qui tendaient à prouver que votre oncle était impliqué dans le trafic d’animaux sauvages et qu’il avait également joué un rôle non négligeable dans le hold-up.

— Ça n’aurait pas marché ! Tout le monde sait que Max était un type honnête.

— Les prisons sont remplies de gens honnêtes.

Il regarda le rétroviseur. Qui attendait-il ? Marsh ? Cline ?

— Cline est de mèche avec vous, non ?

— Cline ? Non, mon organisation n’a pas besoin d’imbéciles comme lui. Vous n’imaginez pas ce que j’ai mis en place. Ce commerce me rapporte des milliers de dollars.

Avec horreur, Denver comprit soudain que si Taylor se montrait aussi peu réticent à lui révéler tous les détails de l’affaire, c’était parce qu’il comptait la tuer. Elle regarda le revolver qu’elle tenait à la main.

— Il n’est pas chargé, dit-il, confirmant ses craintes.

Il le lui prit et y glissa des balles. Profitant de son inattention, elle ouvrit la portière et s’élança. Elle devait lui échapper, coûte que coûte.

Malheureusement, elle n’alla pas loin.

Taylor cria pour prévenir ses hommes et Cal la rattrapa avant qu’elle n’atteigne le semi-remorque.

— Je l’ai ! cria-t-il.

Pete surgit alors, un fusil à la main. Il semblait très en colère.

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