Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant
Un protecteur si séduisant
OceanofPDF.com
Prologue
L’enterrement se déroulait sous une pluie battante et glacée. Dissimulé sous un bosquet de sapins, J.D. Garrison suivait la cérémonie depuis la colline enneigée qui surplombait le petit cimetière de Fir Ridge. A l’abri des regards, il observait la foule qui se pressait entre les tombes sous de gros nuages noirs.
Les années passant, il avait fini par oublier les rigueurs du climat du Montana. Tout en tirant sur son col, il observait le paysage familier, même s’il regrettait que ce soit la mort qui l’ait poussé à revenir sur les lieux de son enfance.
Malgré le déluge, la moitié du pays était venu rendre un dernier hommage à Max McCallahan. Des bribes de l’éloge funèbre parvinrent aux oreilles de J.D. Le portrait de l’ancien détective privé, donné par le pasteur, le fit sourire. Max devait se retourner dans sa tombe en entendant proférer de telles sornettes sur son compte. Pourquoi l’ecclésiastique ne se contentait-il pas de la simple vérité ? Max avait été une grande gueule d’Irlandais, fier de l’être. Il avait aimé faire la fête, partager des bières avec ses amis et il n’avait jamais refusé une bonne bagarre. Mais il avait aussi un côté doux, gentil, aimant, parce qu’une petite fille était entrée dans sa vie.
Comme le pasteur entamait une prière, J.D. chercha des yeux la petite fille en question — Denver McCallahan, la nièce de Max. Elle n’avait plus rien d’une enfant, à présent, mais sa fine silhouette lui donnait un air jeune et fragile. Debout près de la pierre tombale et coiffée d’un chapeau noir qui dissimulait en partie ses longs cheveux auburn, elle semblait calme, presque en paix. J.D. n’était pas dupe de cette apparence. Max avait été la seule famille de Denver : elle n’aurait pas hésité à tuer pour lui. J.D. en était certain.
* * *
A la vue du grand jeune homme qui s’approcha de Denver pour lui enlacer les épaules, il serra les mâchoires. Ce jeune homme, il l’aurait reconnu n’importe où : ses cheveux blonds, son arrogance et son chapeau blanc qu’il tenait à la main. J.D. jura, surpris de sa réaction. Après tout, il était logique que Pete Williams, son vieil ami d’enfance, soutienne Denver dans cette épreuve.
Une femme d’une cinquantaine d’années le rejoignit au même moment dans sa retraite sous les arbres. Elle portait une vieille veste de chasse, qui avait sans aucun doute appartenu à Max, un jean et des bottes.
— Que je suis contente que tu sois là ! dit-elle en se jetant à son cou.
Il la serra contre lui et fut surpris de la sentir si forte. Max l’avait répété sa vie durant : Maggie était fiable, solide. Elle avait été son amie, son amante, sa confidente. Même s’ils ne s’étaient jamais mariés et avaient vécu chacun chez soi, Maggie avait été le grand amour de Max.
Elle s’écarta pour jeter un coup d’œil vers le cimetière. Les parapluies noirs se rapprochaient de la tombe, pareils à des vampires. Denver lança une rose rouge sur le cercueil de son oncle. Malgré la distance, J.D. réalisa à quel point elle avait changé depuis qu’il avait quitté le Montana. Beaucoup de choses avaient changé, se dit-il en la regardant aux côtés de Pete.
— Pourquoi restons-nous à l’écart ? demanda-t-il à Maggie.
— Max connaissait mon aversion pour les enterrements, répondit-elle avec douceur. Et je préférais que Denver n’apprenne pas trop vite ton retour.
Il leva un sourcil surpris.
— Et pourquoi ?
— Avant que tu la revoies, je voulais te mettre au courant de quelque chose. Elle est en grand danger.
J.D. faillit éclater de rire. Depuis qu’ils étaient gosses, Denver McCallahan avait toujours méprisé le danger. Il admirait même son caractère passionné. Mais il n’eut pas besoin de réfléchir beaucoup pour deviner l’origine des inquiétudes de Maggie.
— C’est à cause des rumeurs ? Celles qui accusent Max d’avoir trempé dans des affaires louches ? Connaissant Denver, j’imagine qu’elle est déterminée à prouver l’innocence de son oncle et à le réhabiliter.
— Tu la connais bien. Et, dans la foulée, elle a l’intention de démasquer son meurtrier et de le présenter à la justice.
J.D. n’en était pas étonné le moins du monde.
— Et je suppose que tu comptes sur moi pour la protéger ? Tu ne mesures pas ce que tu me demandes, dit-il en secouant la tête.
Quand Maggie planta les yeux dans les siens, il fut surpris d’y voir briller une sourde colère.
— Je te demande bien davantage, J.D. J’aimerais que tu la tiennes à l’écart de Pete Williams.
— Tu plaisantes ! Pourquoi ferais-je une chose pareille ?
La pluie tombait plus fort, criblant l’épais tapis de neige à leurs pieds.
Maggie détourna la tête.
— J’ai découvert certaines choses sur Pete… Tu dois tout faire pour éloigner Denver de lui. C’est très important.
— Même si je le voulais, je ne le pourrais pas.
Voilà près de dix ans qu’il avait quitté la région et quand il était parti, tous deux n’étaient pas dans les meilleurs termes.
Maggie serra les pans de la veste contre elle.
— Denver sait que je n’ai jamais apprécié Pete, poursuivit-
il. Elle ne m’écoutera pas.
Il reporta son attention sur le cimetière et regarda Denver appuyée contre Pete. A présent, tous deux se recueillaient seuls devant la tombe.
— Denny ne…
Il s’interrompit, surpris de la désigner par ce sobriquet dont il l’affublait lorsqu’ils étaient enfants.
— Denver n’acceptera jamais que je me mêle de sa vie, reprit-il.
— J.D., tu connais ses sentiments à ton égard.
— Elle a eu un béguin pour moi à seize ans, Maggie. Crois-moi, cela n’a pas duré.
Il se souvenait très bien de la colère de Denver lorsqu’ils s’étaient retrouvés à la tour de guet de Horse Butte et qu’il lui avait appris qu’il s’en allait. Son départ l’avait profondément blessée et il s’en était voulu de la faire souffrir. Il l’avait toujours considérée comme une petite sœur.
— Si quelqu’un peut avoir la moindre influence sur elle, c’est toi, répliqua Maggie.
— Je ne pense pas qu’un seul homme au monde puisse l’influencer de quelque manière que ce soit.
Dans le cimetière, la cérémonie s’achevait et les gens regagnaient leurs voitures. Il neigeait, à présent.
— Promets-moi seulement de faire tout ton possible pour la tenir à l’écart de Pete, insista Maggie. Sinon…
Comme elle tournait les talons pour s’éloigner, J.D. la retint par le bras.
— Attends ! Sinon quoi ? Qu’allais-tu dire ?
Il ne pouvait croire que Denver ait quoi que ce soit à craindre de Pete.
— Donne-moi une raison, une seule raison, de faire ça.
A sa grande surprise, il vit ses yeux se remplir de larmes et une profonde douleur prendre la place de la colère qui y brillait, un instant plus tôt.
— C’est Pete Williams qui a tué Max, J.D.
OceanofPDF.com