Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant

Chapitre 7

7

 

 

Etendue sur une table d’examen dans l’une des salles des urgences de Cape Churn, Kayla écoutait les infirmières aller et venir dans le couloir.

Le docteur était déjà passé ; il avait promené une lampe devant ses yeux, s’était assuré qu’elle ne souffrait pas de commotion cérébrale et que le bébé allait bien. Il n’y avait pas de saignement, et le cœur battait normalement à ce stade de la grossesse. Kayla avait reçu l’autorisation de sortir.

Alors pourquoi était-ce aussi long ?

Elle se redressa sur son séant et s’assit sur le bord du lit, les jambes pendant dans le vide.

Pendant quelques instants, elle eut le tournis, mais ce genre de malaise n’avait rien d’inquiétant dans son état. C’était le lot de toute femme enceinte.

Elle aperçut son reflet dans le miroir fixé au-dessus du lavabo. Vêtue du jean et du T-shirt qu’elle avait insisté pour enfiler avant de quitter le cottage, les cheveux pleins de sang séché, elle n’était vraiment pas à son avantage… Et elle qui espérait faire bonne impression à son arrivée à Cape Churn !

La porte s’ouvrit et Gabe passa la tête dans l’entrebâillement, tenant à la main deux gobelets de café fumant, dont le riche arôme vint chatouiller les narines de Kayla.

— Puis-je entrer ?

— Je vous en prie !

— Désolé, mais ils n’avaient que du décaféiné.

— C’est parfait.

Elle serra son gobelet entre ses doigts, appréciant la réconfortante chaleur qui s’en dégageait.

— Pourquoi fait-il toujours aussi froid dans les hôpitaux ?

— Pour éviter la prolifération des bactéries. Le médecin est en train de signer l’autorisation de sortie, dit-il en souriant. Dès que l’infirmière vous aura lu les consignes à observer, vous serez libre.

Elle soupira.

— Tant mieux. L’odeur de l’antiseptique et du détergent me porte sur le cœur.

Elle lui adressa un pâle sourire, peu désireuse de lui expliquer pourquoi elle avait facilement la nausée. Elle n’était pas prête à lui avouer son secret. Elle se passa la main sur le ventre. Bientôt, celui-ci prendrait de l’ampleur, et elle ne pourrait plus cacher son état.

Au début, sachant qu’elle n’était pas à l’abri d’une fausse couche au cours du premier trimestre, elle avait préféré attendre pour en parler. Ensuite, il y avait eu l’agression, et elle avait eu autre chose en tête que d’annoncer sa grossesse. D’ailleurs, avec qui aurait-elle bien pu partager sa joie ?

Emma Jenkins, l’infirmière qui s’était occupée d’elle un peu plus tôt, fit son entrée, une écritoire à pince et un stylo à la main.

— Ah, je vois que c’est Gabe qui se charge de vous ramener ! C’est bien.

Il se tourna vers elle avec un grand sourire.

— Salut, Emma, comment vas-tu ? Tu es allée explorer les fonds marins, ces derniers temps ?

Elle haussa les épaules, ce qui fit valser sa queue-de-cheval blonde.

— Pas récemment. Mais j’espère pouvoir plonger la semaine prochaine. J’ai quatre jours de congé d’affilée.

— Vous connaissez donc tout le monde, ici ? demanda Kayla à Gabe.

Le sourire de ce dernier s’agrandit.

— Seulement les gens qui vivent ici à l’année. Emma était une petite fripouille qui me suivait comme mon ombre chaque fois que je me rendais à la marina. Maintenant, elle est assez grande pour y aller seule, dit-il en frottant affectueusement le sommet du crâne d’Emma de ses doigts repliés.

Celle-ci remit de l’ordre dans ses cheveux, un sourire désabusé aux lèvres.

— Cette image va me poursuivre jusqu’à la fin de mes jours, j’en ai peur…

Kayla enviait cette camaraderie facile entre amis de longue date. Elle rêvait d’appartenir à une communauté aussi unie, d’élever son enfant parmi des gens aimants, protecteurs, parfois curieux. Une soudaine tristesse s’abattit sur elle. Elle se secoua et demanda :

— Est-il vraiment nécessaire que quelqu’un me raccompagne ?

Emma posa une main sur sa hanche.

— De manière générale, il vaut mieux ne pas prendre le volant après avoir reçu un choc à la tête ayant entraîné une perte de connaissance. Et, de toute façon, vous n’avez pas de voiture, puisque c’est Gabe qui vous a amenée. Il vous faudra supporter sa présence, mais c’est un privilège que beaucoup de femmes aimeraient avoir !

Elle baissa les yeux sur son écritoire, et poursuivit :

— Même si, a priori, vous n’avez pas de commotion cérébrale, le médecin exige que quelqu’un veille sur vous cette nuit.

— Que quelqu’un veille sur moi ? répéta Kayla en fronçant les sourcils.

— Je m’en charge, décréta Gabe. Continue, ajouta-t-il à l’adresse d’Emma.

L’infirmière lança un coup d’œil à Kayla.

— Il est vraiment indispensable que vous ne restiez pas seule, au moins cette nuit.

— Je n’aime pas causer du dérangement, se justifia Kayla.

D’un autre côté, bien qu’elle ne soit pas prête à l’admettre, elle était soulagée que Gabe passe la nuit chez elle. L’idée que l’assassin était entré dans sa salle de bains l’horrifiait.

Emma poursuivit sa lecture :

— Appelez le médecin si vous avez l’un des symptômes suivants : sensation de faiblesse ou d’engourdissement, problèmes de coordination ou d’équilibre, confusion mentale, difficulté d’élocution, nausées et vomissements.

Elle la fixa d’un air sévère.

— En cas de saignements, revenez immédiatement aux urgences.

Kayla regarda Gabe à la dérobée, et porta sa main à sa tête, à l’endroit où on avait nettoyé et recousu la plaie. Ainsi, avec un peu de chance, il penserait qu’Emma faisait allusion à sa blessure. Après avoir gardé si longtemps le silence sur son état, il lui était devenu quasiment impossible d’aborder la question de façon naturelle, même avec l’homme qui lui avait porté secours.

L’infirmière lui tendit l’écritoire.

— Vous n’avez plus qu’à signer ici, et vous êtes libre.

Kayla s’exécuta, puis prit la liste des recommandations qu’on lui tendait.

— Evitez de porter des charges trop lourdes, et reposez-vous le plus possible dans les jours qui viennent. Je vais aller chercher un fauteuil roulant.

— C’est inutile.

— Désolée, mais c’est le règlement, trancha Emma. Nous sommes tenus de vous reconduire jusqu’à la sortie. En cas de besoin, vous savez où nous trouver !

Elle lui adressa un clin d’œil, puis sortit. Le bruit de ses pas décrut dans le couloir.

— J’espère que vous ne m’en voudrez pas, mais nous avons dû procéder à une recherche d’empreintes chez vous, déclara Gabe.

— En ce qui me concerne, vous pouvez faire tout ce que vous jugerez bon pour arrêter cet homme.

Elle s’assit plus près du bord et se laissa glisser au bas du lit. Quand ses pieds touchèrent le sol, elle fut prise de vertige et ses jambes flageolèrent.

Gabe passa son bras autour de sa taille.

— Vous devriez attendre qu’Emma amène le fauteuil roulant.

— De toute façon, je n’irai pas plus loin que la sortie avec. Il va bien falloir que je marche pour rentrer.

— Je vous porterai.

A cette seule idée, elle sentit une onde de chaleur courir sur sa peau. Mais aussitôt, une sonnette d’alarme se déclencha dans son esprit. Il ne fallait pas qu’elle s’habitue au réconfort de sa présence. Elle vivait seule et, à ce titre, se devait de rester autonome.

Rassemblant ses forces, elle se redressa et se dégagea.

— Je peux tenir sur mes jambes, vous voyez ?

A cet instant, Emma revint, poussant devant elle un fauteuil roulant. Sa queue-de-cheval se balançait au rythme de ses pas.

— Je vous raccompagne dehors.

— Merci, Emma, fit Gabe. Tu t’es bien occupée d’elle.

— A l’avenir, évitez de marcher pieds nus sur du carrelage mouillé, conseilla la jeune femme en agitant le doigt en direction de Kayla. C’est une mauvaise idée, surtout dans votre…

— D’accord, s’empressa de l’interrompre Kayla. A partir de maintenant, je me sécherai toujours avant de sauter hors de la baignoire.

Emma la poussa jusqu’à la sortie et attendit, debout à côté d’elle, que Gabe revienne avec la voiture.

— Il n’est pas au courant, n’est-ce pas ? questionna-t-elle en regardant le 4x4 quitter son emplacement.

— Non. Je n’ai rien dit à personne.

— Sans vouloir être indiscrète, puis-je vous demander pourquoi ?

Elle posa sur Kayla un regard noisette plein de bienveillance.

Kayla lui sourit.

— Je ne sais pas… Au début, j’avais décidé de ne pas en parler avant la fin du premier trimestre, par prudence. Et maintenant, avec ce qui vient de se passer… Je pourrais encore perdre le bébé. Je n’ai pas envie qu’on me traite différemment, que ce soit dans un sens ou dans l’autre.

— A l’évidence, vous avez besoin d’une amie, remarqua l’infirmière en ramenant une mèche de cheveux blonds derrière son oreille.

Kayla hocha la tête. Emma avait raison. Depuis la mort de Tony, elle s’était repliée sur elle-même, refusant de s’investir émotionnellement avec quiconque hormis son bébé. Elle avait peur de revivre la perte d’un être cher. Il était temps qu’elle surmonte ses craintes.

— Vous pensez à quelqu’un en particulier ? plaisanta-t-elle.

— Je suis en congé après-demain. Si le cœur vous en dit, nous pourrions déjeuner à la marina. Je dois m’y rendre pour préparer mon matériel de plongée et, en plus, le café là-bas est plutôt bon.

Touchée, Kayla hocha la tête.

— J’en serais ravie. Quelle heure ?

— Disons midi. J’aime bien faire la grasse matinée de temps en temps.

Comme Gabe se garait au bord du trottoir, Emma ouvrit la portière tandis qu’il faisait le tour du véhicule et offrait sa main à Kayla.

— Je n’ai pas besoin d’aide, je vous assure ! protesta-t-elle.

— Laissez-le jouer les preux chevaliers, cela redore son ego masculin, plaisanta Emma.

Il lui fit les gros yeux.

— Tu es une vilaine petite fille !

— Je ne suis pas une petite fille ! rétorqua-t-elle en lui assenant une tape sur l’épaule.

Kayla rit.

— Allez-vous cesser, tous les deux ?

— C’est elle qui a commencé !

Gabe attira son amie dans ses bras et la pressa contre son cœur.

— Cela m’a fait plaisir de te voir.

— A moi aussi, répondit-elle. Faites attention à vous. Je ne veux plus vous voir ici ! A après-demain, ajouta-t-elle en souriant à Kayla.

Kayla lui rendit son sourire et acquiesça d’un signe de tête.

* * *

Le trajet jusqu’au cottage se fit en silence. Dès que Gabe fut garé dans l’allée, Kayla se hâta de descendre avant qu’il n’ait eu le temps de lui proposer son aide.

C’était probablement mieux ainsi, se dit-il. S’il la touchait, il risquerait de ne pouvoir s’empêcher de l’embrasser.

Il fit le tour du 4x4 et lui offrit son bras.

— Appuyez-vous sur moi. Cela redorera mon ego masculin, dit-il en lui faisant un clin d’œil.

Elle glissa son bras sous le sien et marcha avec lui en direction de la maison. Toutes les pièces étaient éclairées, et la porte d’entrée, avec son cadre fendu, bâillait.

Laissant Kayla dehors, il entra seul pour s’assurer que tout était normal. Ici et là, il remarqua des traces de poussière noire à peine visibles. Il inspecta chaque pièce, chaque placard, chaque recoin, puis, satisfait, retourna dans le séjour, où l’attendait la jeune femme.

— Apparemment, les techniciens chargés de relever les empreintes ont fait un peu de ménage derrière eux. Sinon, il y aurait de la poudre de carbone partout.

— Faites-moi penser à remercier l’inspecteur en chef quand je le verrai.

Elle posa son sac à main sur le comptoir et resta un long moment sans bouger, évitant soigneusement son regard.

— Ecoutez, Gabe, vous n’êtes pas obligé de rester. Je vais bien.

Il la rejoignit en quelques enjambées.

— Vous avez entendu ce qu’a dit Emma. Quelqu’un doit veiller sur vous. Avez-vous des connaissances à Cape Churn ?

Elle secoua la tête.

— Dans ce cas, vous devrez supporter ma présence, conclut-il. Même si vous ne vous étiez pas cogné la tête, j’aurais insisté pour rester. L’assassin s’est introduit ici, et je ne prends pas son message à la légère.

Elle s’appuya lourdement au comptoir, toujours sans le regarder.

— Pourquoi tout cela m’arrive-t-il, à moi ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ?

Tout en se traitant mentalement d’insensé, il l’attira avec douceur dans ses bras. Comme elle ne résistait pas, il la serra plus étroitement contre lui. Il se devait de la protéger : jamais elle ne s’en sortirait seule avec ce tueur à ses trousses.

— Vous n’êtes pas plus responsable de ce qui vous arrive que de la mort de la jeune Kendricks.

Kayla avait déjà eu son content d’émotions pour la soirée et il ne voulait pas l’accabler davantage ; néanmoins, il était préférable qu’elle sache la vérité.

— Quand je suis arrivé tout à l’heure, je revenais du commissariat pour vous faire part de notre dernière découverte.

Elle leva vivement la tête vers lui.

— De quoi s’agit-il ?

Il prit une profonde inspiration avant de se lancer.

— Il se pourrait bien que nous ayons un tueur en série sur les bras.

Elle devint effroyablement pâle.

Quel idiot ! se morigéna-t-il. Il aurait mieux fait de se taire. Après tout ce qu’elle venait de traverser, elle n’avait pas besoin de cela en plus.

— En procédant à des recoupements de données sur un logiciel spécialisé, nous avons découvert qu’il existe d’autres affaires semblables. Les femmes assassinées se ressemblent et le mode opératoire est le même chaque fois, à une nuance près : les victimes précédentes ont été harcelées avant d’être étranglées, ce qui n’a pas été le cas pour Rachel Kendricks.

Kayla se mit à trembler.

— Je voudrais m’asseoir.

Il la guida jusqu’au canapé, s’assit et l’attira sur ses genoux.

Au lieu de protester, elle se blottit contre lui, nichant sa tête au creux de son épaule.

— Harcelées de quelle façon ? questionna-t-elle.

Il sentit son souffle chaud contre sa peau, et en fut davantage troublé qu’il ne l’aurait souhaité.

— L’assassin s’est emparé d’objets leur appartenant pour les replacer ailleurs, dans des endroits totalement insolites.

— Quel genre d’objets ?

La paume posée à plat sur son torse, les yeux rivés sur ses lèvres, elle attendait sa réponse.

— Des bibelots ayant une valeur sentimentale, des photographies, des… bijoux.

Les doigts de Kayla se contractèrent convulsivement, agrippant sa chemise.

— C’est lui.

— Toutes les victimes avaient les cheveux roux et les yeux verts. Je suis navré, Kayla.

— Comme Rachel et moi… Elle s’appelait Rachel, et je n’en savais rien !

Sa voix mourut dans un sanglot.

Gabe la tint serrée contre lui tandis qu’elle pleurait en silence. Que pouvait-il faire d’autre ? On n’avait pas besoin de lui au commissariat. Le FBI allait intervenir, et le chef serait prié de leur confier l’affaire, dans la mesure où il s’agissait d’un tueur en série, et où les crimes avaient été commis dans des Etats différents.

Au moins, en restant près de Kayla, il se rendait utile, se dit-il.

Au bout d’un moment, elle sécha ses larmes et se redressa, magnifique en dépit de ses paupières rougies et de ses cheveux en désordre.

— Désolée, fit-elle avec une petite grimace.

— Ne le soyez pas.

Il l’aida à se lever et resta debout à côté d’elle, regrettant de ne pouvoir la garder près de lui.

Sans même avoir à lui poser la question, il savait qu’elle n’apprécierait pas une attitude trop protectrice de sa part.

Elle parcourut le séjour du regard, comme si elle cherchait quelque chose à quoi se raccrocher. Enfin, elle dit :

— Etant donné que vous restez, cela vous dérangerait-il de dormir sur le canapé ?

— Pas le moins du monde.

— Je vais prendre une douche et me laver les cheveux.

— Etes-vous sûre que ce soit une bonne idée ?

Elle appuya doucement ses doigts sur son crâne et fit la grimace.

— Peu importe. J’ai du sang plein les cheveux, je me sens sale, et je déteste cela.

— Voulez-vous un coup de main ?

Elle rougit.

— Si j’ai besoin de vous, je crierai.

Elle parut hésiter, puis ajouta :

— Pourriez-vous…

— Inspecter la salle de bains ? Pas de souci.

Après avoir pris soin de bloquer la porte d’entrée endommagée avec une chaise, il se rendit dans la salle de bains. Le carrelage était toujours inondé, mais le miroir avait séché, et les mots tracés par l’assassin n’étaient plus visibles. En revanche, ils étaient encore gravés dans le subconscient de Gabe. Il prit la serviette posée sur le rebord de la baignoire encore pleine et frotta vigoureusement la surface réfléchissante, puis épongea le sol. Avant de quitter la pièce, il prit soin de vider la baignoire et disposa une serviette propre sur la chaise.

— On peut dire que vous ne faites pas les choses à moitié, observa Kayla, le sourire aux lèvres, depuis le seuil.

Elle avait troqué ses vêtements contre un peignoir en éponge, nota-t-il, le cœur battant. Affectant un air détaché, il haussa les épaules et jeta la serviette sale dans le panier à linge.

Pour éviter d’être tenté de poser les mains sur elle, il fit un geste vers la porte, mais elle lui barra le chemin.

— Merci, agent McGregor…

Elle entoura sa taille de ses bras et l’étreignit. Il n’eut d’autre choix que l’enlacer à son tour. Avec un soupir, elle posa sa tête contre son torse.

— Auprès de vous, j’ai l’impression que tous mes soucis s’envolent, murmura-t-elle. Je me sens en sécurité. Seriez-vous magicien ?

Il sourit.

— Je me contente de faire mon devoir.

— Vous êtes très consciencieux.

Elle posa la main sur sa joue, se hissa sur la pointe des pieds et déposa sur ses lèvres un baiser aussi doux et léger que les ailes d’un papillon.

Gabe demeura un instant pétrifié.

— Qu’est-ce que… Etes-vous… ?

— J’en ai envie, répondit-elle. Je vous en prie, aidez-moi à oublier cette journée…

Elle effleura ses lèvres d’un second baiser.

— S’il vous plaît, Gabe. J’ai besoin de vous.

Toutes les bonnes résolutions de Gabe furent balayées d’un seul coup.

Avec un léger râle, il l’attira vers lui, prit son visage dans ses mains et l’embrassa.

Posant ses paumes à plat sur son torse, Kayla se colla contre lui, tandis qu’il approfondissait leur baiser.

Fébrilement, elle entreprit de défaire les boutons de sa chemise, en commençant par celui du haut. Lorsqu’elle parvint au dernier, il la saisit par le poignet et l’obligea à reculer légèrement.

— Etes-vous certaine que c’est ce que vous voulez ? demanda-t-il, sondant ses yeux verts voilés par le désir.

Il avait le bas-ventre douloureusement tendu, chaque cellule de son corps la réclamait de façon urgente.

— J’en suis sûre, dit-elle dans un souffle. Mais si vous ne le souhaitez pas…, ajouta-t-elle en s’écartant.

— Oh ! mon Dieu, si ! dit-il en l’attirant de nouveau dans ses bras.

Avec habileté, elle dégrafa sa ceinture, déboutonna et abaissa la fermeture Eclair de son jean.

Le cœur battant, il dénoua le cordon qui enserrait la taille de Kayla, écarta les pans de son peignoir, et ne put retenir un gémissement rauque. Ses seins hauts et fermes, dont les pointes roses s’étaient durcies, appelaient la caresse. La courbe déliée de sa taille faisait écho à la rondeur parfaite de ses hanches.

Elle fit glisser la chemise de Gabe sur ses épaules, la lança un peu plus loin, avant de laisser son peignoir choir à ses pieds.

— Tu as l’avantage sur moi, remarqua-t-elle.

— Je crois que c’est plutôt le contraire.

Il referma une main sur sa nuque et s’empara de sa bouche, tandis que les mains de Kayla s’égaraient sur son dos et sur ses fesses.

Il releva la tête.

— Nous ne devrions pas… Tu es blessée à la tête, et tu dois te ménager.

— Oui, mais pour rien au monde je ne me priverais de ça…

Elle fit descendre son pantalon sur ses hanches, libérant son sexe en érection.

— Kayla…

— Je n’avais pas prévu cela. Et je sais que ce n’est pas raisonnable. Mais j’en ai désespérément envie.

Elle cueillit l’un de ses mamelons entre ses lèvres, tandis que ses doigts emprisonnaient son sexe tendu. Puis elle leva les yeux vers lui.

— Si tu n’en as pas envie, tu n’as qu’un mot à dire. Sinon, laisse-moi te toucher… Juste pour cette nuit. J’ai besoin de toi.

— C’est probablement une folie… mais tant pis !

La saisissant à bras-le-corps, il la souleva de terre et la déposa avec douceur dans la baignoire. Ensuite, il se débarrassa du reste de ses vêtements et la rejoignit, tirant le rideau de douche sur eux avant de tourner le robinet. Le jet froid lui éclaircit les idées, tempérant un peu son ardeur.

Quand l’eau fut chaude, il entoura Kayla de ses bras, la fit pivoter de façon à ce qu’elle se retrouve sous la douche, et la contempla, admiratif. L’eau tambourinait sur ses épaules, dévalait la saillie arrondie de ses seins, coulait en ruisseaux jusqu’au triangle soyeux niché au creux de ses cuisses.

Elle tendit la main vers le flacon de shampooing, mais il la prit de vitesse.

— Laisse-moi faire.

Il fit tomber une dose généreuse de gel dans sa paume, en imprégna ses cheveux emmêlés et lui massa le crâne avec douceur, en prenant garde de ne pas toucher les points de suture.

Puis elle pencha la tête en arrière, et ne put réprimer une grimace de douleur lorsque le jet frappa sa blessure.

Lorsque ses cheveux furent rincés et parfaitement propres, Gabe versa du savon liquide dans le creux de sa main, imité par Kayla, et ils s’enduisirent mutuellement de produit.

Il fit courir ses mains le long de ses épaules, et descendit vers ses seins qu’il prit en coupe, lui arrachant un soupir. A son tour, elle promena ses doigts dans la toison qui recouvrait son torse, puis le long de ses côtes, de sa taille, avant de s’aventurer plus bas sur son ventre.

— A ce rythme, je ne vais pas tenir longtemps, lâcha-t-il, les yeux clos, les dents serrées.

Il repoussa sa main.

— Laisse-moi te donner du plaisir, dit-il.

— Mais j’ai envie de te toucher !

— Tout à l’heure.

Il fit couler un peu plus de savon dans sa main et se mit à l’étaler sur ses hanches, sur ses cuisses. Pantelante, elle écrasa ses seins contre son torse, enroula sa jambe autour de la sienne.

— Viens en moi…

— Pas encore, dit-il, le cœur battant à se rompre.

Tenaillé par un désir impérieux, il était au supplice. Pourtant, il poursuivit son exploration, glissa ses doigts entre ses cuisses et s’insinua dans le repli le plus secret de son anatomie, pour taquiner son clitoris gonflé de désir.

Avec un soupir étranglé, elle planta ses ongles dans ses bras.

— Oh…

Il continua à lui infliger cette douce torture.

— Je n’en peux plus. Je t’en supplie…

— Quoi ? Que veux-tu ? souffla-t-il.

— Viens.

Elle prit son visage entre ses mains, le fixant avec des yeux agrandis.

Incapable de maîtriser plus longtemps son impatience, Gabe souleva Kayla, qui noua ses jambes autour de sa taille, puis sortit de la baignoire.

— Il faut que nous nous séchions, dit-il.

— Non… Je ne peux plus attendre.

— Je ne veux pas que tu prennes le risque de tomber de nouveau.

— D’accord, mais dépêchons-nous, alors.

Quand il l’eut déposée à terre, elle saisit une serviette et essora ses cheveux. La voyant grimacer de douleur, Gabe fut tiraillé par sa mauvaise conscience.

— Nous ne devrions pas faire l’amour alors que tu viens de faire une chute.

— Ne t’avise pas de changer d’avis maintenant, menaça-t-elle en s’avançant vers lui.

Elle passa la serviette autour de la taille de Gabe et l’attira contre elle, pressant son ventre contre son sexe dressé.

— Entendu, je me rends !

Il la souleva dans ses bras et la porta dans la chambre, où il la déposa sur le lit.

— As-tu de quoi te protéger ?

— Je reviens tout de suite.

Il retourna en courant à la salle de bains et plongea la main dans la poche de son jean, priant pour avoir un préservatif dans son portefeuille.

Enseveli sous divers papiers et cartes en tout genre, se trouvait un petit sachet brillant. De retour dans la chambre, il le déchira avec les dents et enfila la protection en latex.

Kayla lui sourit. Ses cheveux humides formaient une masse sombre sur les draps blancs. Elle lui tendit les bras.

Il se glissa entre ses jambes mais, sur le point d’entrer en elle, il s’arrêta.

— Si tu as changé d’avis, il est encore temps.

Elle enroula ses jambes autour de sa taille, et l’attira vers elle.

Il s’enfonça profondément en elle. Même avec le préservatif, c’était une sensation divine, parfaite.

Il commença par un lent et doux va-et-vient, puis augmenta progressivement la cadence, tandis que Kayla, les talons plantés dans le matelas, allait au-devant de lui. Agrippée à ses hanches, elle accompagnait chacun de ses mouvements.

La tension atteignit bientôt son point culminant, et il sut qu’il n’allait plus pouvoir se retenir.

Il donna un dernier coup de reins et, appuyé sur ses bras tendus, resta rivé en elle.

Kayla s’arqua, le visage crispé, les yeux fermés. Enfin, elle cria son nom et retomba sur le lit. Une fine pellicule de transpiration faisait briller sa peau blanche.

Lorsque les dernières vagues du plaisir eurent reflué, Gabe s’allongea à côté d’elle.

Elle ouvrit ses yeux verts, embrumés par la jouissance et la fatigue, et un sourire étira ses lèvres légèrement gonflées.

— Eh bien ! Dis donc…

Puis elle referma les paupières.

— Kayla ?

Elle ne répondit pas. Gabe la secoua avec douceur.

— Kayla, réponds-moi.

Ses yeux papillonnèrent, puis elle les referma aussitôt. Elle pressa sa joue sur son torse et se nicha contre lui.

— Mmm… Encore ? Je suis trop fatiguée.

Il émit un léger rire et se pencha pour déposer un baiser sur son front.

— Dors, mon ange.

La respiration de Kayla devint plus régulière, plus lente.

Durant un long moment, Gabe la garda dans ses bras, goûtant cette proximité tout en se répétant que ce n’était qu’un plaisir éphémère, une nuit sans lendemain. Un bonheur qu’il rêvait de revivre encore et encore.

Mon Dieu, que lui prenait-il ? Quelques heures auparavant, il s’était juré de ne plus s’engager dans une relation sentimentale, que ce soit avec elle ou avec une autre. Cela ne l’avait pas empêché de céder à la tentation. Parce qu’il la désirait intensément, il avait choisi de la croire lorsqu’elle lui avait dit que faire l’amour l’aiderait à se sentir mieux. Mais n’avait-il pas aggravé la situation, au contraire ?

La menace qui pesait sur elle était toujours bien réelle. Mais lui, saurait-il désormais conserver l’objectivité et la clarté d’esprit nécessaires pour la protéger efficacement contre le danger ?

Les événements de la journée lui revinrent à la mémoire. La jeune fille assassinée, le collier, l’inscription sur le miroir, Kayla inconsciente sur le sol, les informations fournies par la base de données…

Toutes ces pensées se bousculaient sans trêve dans son esprit. A la fin, n’y tenant plus, il se leva. Il fallait qu’il appelle Molly pour lui apprendre ce qui s’était passé, et la prévenir qu’il ne rentrerait pas cette nuit.

Il enfila son jean et, pieds nus, gagna le séjour. Tous les stores étaient baissés ; seule la fenêtre panoramique donnant sur Cape Churn en était dénuée.

Souhaitant admirer le paysage nocturne, il s’en approcha. Il n’y avait pas d’étoiles, constata-t-il, déçu. Le brouillard enveloppait le littoral, cachant l’océan.

Mais quelque chose d’autre masquait la vue. A cause de l’obscurité au-dehors, le panneau, presque aussi opaque qu’un miroir, était couvert de reflets, et il avait failli ne pas voir les cinq lettres majuscules peintes en rouge vif qui s’étalaient sur toute la largeur de la vitre.

« GARCE ! »

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