Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant

Chapitre 16

16

 

 

Lorsqu’ils parvinrent devant le pick-up, Denver était à peu près certaine qu’il ne démarrerait pas. Elle frissonna tandis que J.D. retirait rapidement la neige du pare-brise et s’installait au volant.

— Ils ont dû bousiller le moteur.

Elle regarda la montagne encore plongée dans la pénombre pour quelques minutes, se demandant où se trouvait l’hélicoptère.

J.D. tourna une nouvelle fois la clé de contact.

— Si le pick-up ne marche pas, nous prendrons la motoneige pour rejoindre la ville.

Elle hocha la tête, doutant qu’ils puissent aller loin. Pete était dans les parages. Cal aussi. Elle le sentait.

A la troisième tentative, le moteur se mit à ronronner. Mais ni ce bruit ni le sourire de J.D. ne parvinrent à la rassurer. Pourquoi Pete n’avait-il pas mis leur véhicule hors d’état de rouler ? Cela aurait été plus logique.

Elle regarda J.D. contrôler les freins. Lui aussi s’interrogeait. Si une bombe avait été dissimulée sous le châssis, aurait-elle déjà explosé ? Quand ils se mirent en route, elle se retourna à plusieurs reprises, s’attendant à tout moment à voir surgir les visages de Pete ou de Cal.

L’aube se levait lentement sur la montagne et les premiers rayons jouaient à cache-cache avec les sapins. Aucun hélicoptère ne tachait le ciel, aucun projecteur ne balayait les alentours, aucune motoneige n’approchait.

— Où sont-ils passés ? demanda Denver.

Il n’était pas possible que leurs ennemis aient soudain renoncé à les poursuivre.

— Je ne comprends pas non plus, ajouta J.D. Bon, à présent, que faisons-nous ? Nous pouvons tenter de fuir ou décider qu’il est temps d’aller trouver la police. Que décides-tu ?

Les émotions ravageaient Denver. La colère prenait le pas sur la fatigue, sur la déception et la désillusion. Elle ne pouvait admettre la culpabilité de Pete. Non, ce n’était pas possible.

— Je veux les arrêter, dit-elle. Rejoindre West Yellowstone serait sans doute risqué mais il y a des gardes forestiers à Hebgen Dam qui pourront nous entendre et nous aider.

Elle avait les larmes aux yeux et il lui prit la main pour la réconforter.

— Qui est le garde forestier en charge, là-bas ?

— Roland Marsh.

— Roland Marsh ? répéta-t-il en fronçant les sourcils. Denny, ce nom me dit quelque chose. Oui, je m’en souviens maintenant, ajouta-t-il en frappant le volant. Son numéro de téléphone était griffonné sur un papier dans le portefeuille de Max.

Denver se pinça les lèvres.

— Marsh était peut-être son contact avec le FBI.

Mais, dans ce cas, Max n’avait pas été très prudent de laisser ses coordonnées dans son portefeuille. Cela dit, Max avait du mal à se mémoriser les numéros de téléphone.

— Allons-y, reprit-elle. Nos poursuivants ne s’attendent pas à ce que nous prenions cette direction. Enfin, je l’espère.

Tandis que le pick-up gravissait la longue côte, Denver retenait son souffle. Elle ne pouvait s’empêcher d’imaginer déjà l’hélicoptère posé plus loin, leur barrant la route.

Mais lorsqu’ils atteignirent le sommet, il n’y avait rien. Les phares se promenèrent sur les arbres nus. Ils ne virent aucun hélicoptère, aucune motoneige, aucun véhicule.

— Ils ont dû renoncer, dit J.D. Pete a récupéré les photos, il doit estimer qu’il n’a plus rien à craindre.

Denver ferma les paupières, n’y croyant pas vraiment. Et J.D. partageait certainement ses inquiétudes.

Il lui prit de nouveau la main et la serra avec force.

— Je suis désolé à propos de Pete, Denny.

— Comment a-t-il pu s’impliquer dans un trafic d’animaux sauvages, et avec Cal en plus ?

J.D. soupira.

— Je me pose les mêmes questions.

Le jour nouveau se levait, découvrant un paysage noyé de blanc. Denver s’appuya contre l’épaule de J.D. et ferma les paupières. Pete. Pete, son ami de toujours, celui qui l’avait aidée à se remettre de sa rupture avec J.D., celui qui lui avait demandé de lui faire confiance, Pete l’avait menacée d’une arme. Comment avait-elle pu se tromper à ce point sur lui ? Personne ne l’avait jamais autant déçue.

* * *

La voie express était déserte. Seuls des flocons de neige les accompagnaient. J.D. parvint enfin devant le chalet de Roland Marsh, flanqué sur la montagne, face au lac Hebgen. Les rideaux étaient tirés mais la fumée qui s’échappait de la cheminée prouvait que la petite maison était occupée. Un frisson incompréhensible parcourut Denver. Pourquoi Cal ou Pete n’avaient-ils pas tenté de les arrêter ? Sans doute parce que sans les photos, plus rien ne pouvait prouver le braconnage dont ils avaient été témoins. Cal et Pete allaient certainement cacher les bois des wapitis. Ensuite, ce serait parole contre parole.

Comme ils se dirigeaient vers la porte, elle remarqua que J.D. boitait. Sa cheville le faisait souffrir. Elle sentit son cœur se serrer. Il fallait que toute cette histoire se termine le plus vite possible.

En gravissant les marches du perron, elle eut le sentiment d’être épiée. Avaient-ils été suivis ? Comme J.D. frappait à la porte, elle enfonça les mains dans les poches de son manteau. Ses doigts effleurèrent une bobine de pellicule. Miracle ! Soudain, elle se souvint que dans sa hâte, elle y avait glissé le dernier film. Pete ne lui avait pas volé toutes ses photos des braconniers. Elle avait des preuves !

Alors qu’elle s’apprêtait à le dire à J.D., la porte du chalet s’ouvrit.

Roland Marsh apparut vêtu d’une vieille robe de chambre. Agé d’une cinquantaine d’années, mince, il arborait une moustache aussi blanche que ses cheveux.

— Nous sommes désolés de vous déranger si tôt, dit J.D. en jetant un œil derrière lui.

— Entrez. Vous êtes J.D. Garrison, si je ne m’abuse, ajouta-t-il en souriant. Ma femme fait partie de vos fans. Elle ne se pardonnera jamais son absence ce matin.

Il les introduisit dans son salon.

— Et Denver McCallahan, reprit le garde forestier. Quelle surprise !

— Je ne pensais pas que vous vous souviendriez de moi.

Elle avait pris des clichés l’année précédente pour une brochure sur le parc national.

— J’ai été désolé d’apprendre la mort de votre oncle. Il va terriblement nous manquer.

Denver se détendit. Roland Marsh avait connu Max, ce qui pouvait expliquer que Max ait ses coordonnées dans son portefeuille. Peut-être avaient-ils enfin trouvé quelqu’un qui les aiderait.

— Maintenant, que puis-je faire pour vous ? reprit Marsh en souriant comme s’il croyait à une visite de courtoisie.

— Nous avons découvert un réseau de braconniers, dit J.D., un trafic d’animaux sauvages dans le parc de Yellowstone.

— Il ne s’agit pas de promeneurs qui ramassent des bois au détour d’une promenade, poursuivit Denny. Mais d’opérations d’envergure.

Marsh parut étonné.

— Je n’ai jamais entendu parler de braconnage à Yellowstone. Etes-vous sûrs de ce que vous avancez ?

— Nous les avons vus à l’œuvre, répondit Denny, les larmes aux yeux. J’espérais que vous seriez au courant de cette histoire. J’espérais que Max…

— Max enquêtait sur cette affaire, reprit J.D. Nous nous disions qu’il le faisait peut-être en collaboration avec vous.

Le visage grave, Marsh secoua la tête.

— C’est la première fois que j’en entends parler. Et j’ai du mal à croire que…

— Il y a d’énormes caches dans le parc, expliqua Denver. Nous avons vu un des braconniers tuer un ours. Malheureusement, ils nous ont repérés.

— Et ils ont tenté de nous tuer, ajouta J.D. Sans doute pour nous empêcher de raconter aux autorités la scène dont nous avons été témoins.

Marsh les regarda tour à tour, incrédule.

— Vous ne parlez pas sérieusement ! Pardonnez-moi, mais pourquoi des braconniers voudraient-ils vous tuer ? Même s’ils étaient attrapés, ils ne risqueraient pas grand-chose. Alors, comment les imaginer vous tuer pour se protéger ?

J.D. prit la main de Denver.

— Nous avons des preuves de ce que nous avançons, dit-elle.

— Des preuves ? reprit Marsh.

— Oui, j’ai pris des photos des braconniers en train de transporter des bois de wapiti. Sur l’un des clichés, on en voit un tuer un ourson. Ces types nous ont arrêtés pour nous confisquer ces clichés mais j’ai réussi à sauver une des bobines.

Marsh regarda le film qu’elle lui tendait puis, le glissant dans sa poche, il se leva pour gagner la cuisine.

— Je vais nous préparer un café. Comme vous avez photographié ces hommes, seriez-vous en mesure de les identifier ?

Denver déglutit avec peine. Elle ne voulait pas parler de Pete mais elle savait qu’elle le devait.

— Comme vous le verrez sur le film…

Mais au moment où elle entrait dans la cuisine sur les talons de Marsh, elle vit quelque chose qui la réduisit aussitôt au silence. Lorsqu’elle retrouva l’usage de sa voix, elle mentit.

— Malheureusement, non. La tempête s’était levée, la visibilité n’était pas bonne et nous étions trop loin d’eux.

Elle sentit sur elle le regard étonné de J.D.

— Bien sûr, la tempête, dit Marsh.

Il l’observa avec une intensité qui la fit frissonner. Il devait savoir qu’elle mentait. Allait-il les empêcher de partir ?

— Vous devez être exténués, dit-il. Vous devriez rester un moment ici pour vous reposer.

— Merci de votre hospitalité mais je préfère retourner chez moi, répondit-elle.

J.D. lui enlaça les épaules pour la rassurer.

— Si vous retrouvez ces braconniers, vous nous contacterez ?

Marsh hocha la tête d’un air soulagé.

— Je vous appellerai dans l’après-midi.

— Merci de votre aide, dit J.D. tandis qu’il gagnait la porte.

— Un instant !

Denver se pétrifia, le cœur battant. Qu’allait-il faire ?

Quand elle se retourna, Marsh leur tendait un bloc de papier.

— Cela vous ennuie-t-il de me laisser un autographe pour ma femme ?

— Bien sûr que non, dit J.D. Quel est son prénom ?

— Annabelle.

J.D. griffonna quelques mots et tendit le papier à Marsh qui sourit.

— Merci. Et ne vous inquiétez pas. Je m’occupe de tout.

— J’en suis sûre, dit Denver.

Quand ils furent dans le jardin, J.D. se tourna vers elle.

— Pourquoi as-tu fait marche arrière ? Pourquoi as-tu menti ?

— Continue de marcher. Plus tôt nous serons loin d’ici, mieux cela vaudra. Si nous arrivons à partir.

— Tu crois que nous avons été suivis ? demanda-t-il, surpris.

— Non, dit-elle en grimpant dans le pick-up, nous n’avons pas été suivis. Nous nous sommes jetés dans la gueule du loup. C’était un piège, nous sommes tombés dedans. J’ai vu le chapeau de Pete sur la table de la cuisine. Pete était là, ajouta-t-elle, les larmes aux yeux.

J.D. la dévisagea, stupéfait.

— Comment a-t-il pu deviner où nous nous rendions ? Comment a-t-il fait ? Ils doivent nous surveiller. Nous devons retourner en ville, faire semblant d’aller chez toi.

— Oui. Et à Duck Creek, nous bifurquerons pour nous rendre à Bozeman, dit Denver. Mais une fois là-bas, que ferons-nous ?

Il la serra contre lui.

— Apparemment, nous devrons nous débrouiller seuls, Sunshine.

— J.D., dit-elle d’un air pensif. Comment Pete nous a-t-il trouvés dans le chalet de Duck Creek ? Et nous a-t-il devancés chez Marsh ? Penses-tu ce que je pense ?

Il jura.

— Ils ont mis un mouchard sur mon pick-up. Pour nous suivre à la trace.

— Pas nous, dit-elle en regardant la montre que Pete lui avait donnée le lendemain du jour où Max était mort. Moi.

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