Une mère en cavale - Un protecteur si séduisant
Chapitre 15
15
Des battements sourds tirèrent Denver de son sommeil. Elle crut d’abord qu’il s’agissait du bruit de son propre cœur. Ou qu’elle rêvait toujours.
Elle redressa la tête et promena les yeux autour d’elle, se demandant où elle se trouvait. Mais elle n’avait pas oublié avec qui elle était. A la vue de J.D., allongé tout près d’elle, son cœur s’accéléra. La lumière des flammes jouait sur sa peau nue, lui donnant une chaude teinte cuivrée.
J.D. s’étira et lui sourit paresseusement. Puis il entendit lui aussi le bruit à l’extérieur et il se précipita à la fenêtre. Il faisait toujours nuit dehors. Mais la tempête avait cessé et la neige brillait sous le clair de lune.
J.D. poussa un juron.
— Un hélicoptère !
— Peut-être que quelqu’un nous cherche, dit-elle, encore pelotonnée sous les couvertures.
Il revint près d’elle et la prit dans ses bras.
— Qui sait que nous sommes là, Denny ? demanda-t-il.
— Davey, Cal et Lester, répondit-elle en se blottissant contre lui. Décidément, ce ne sont pas des enfants de chœur si leurs activités leur donnent les moyens de disposer d’un hélicoptère…
Le ronronnement des rotors envahissait le ciel. Il n’était plus question de se prélasser sous les couvertures. Denver se leva en hâte et se dépêcha de s’habiller.
— Ils nous ont sans doute repérés, dit-elle. J’ai trouvé une motoneige dans le hangar. Je ne suis pas sûre qu’elle marche mais elle peut nous permettre de leur échapper.
— Tu es merveilleuse ! dit-il en l’embrassant avec emportement.
Puis il s’écarta pour se vêtir à son tour. Denver essaya de se convaincre que ce n’était pas leur dernier baiser.
* * *
Quand ils sortirent du chalet pour se faufiler jusqu’au hangar, J.D. prit la pleine mesure du handicap que représentait son entorse : sa cheville le faisait souffrir à chaque pas et si la motoneige ne fonctionnait pas, il n’irait pas loin. Il devrait alors convaincre Denny de fuir sans lui. Les occupants de l’hélicoptère n’étaient certainement pas des amis.
— Pourquoi est-ce qu’ils n’atterrissent pas ? demanda Denver.
— Le pilote ne doit pas savoir où se poser en sécurité.
J.D. repéra la motoneige et tendit le fusil à Denny.
— C’est maintenant ou jamais, dit-il, le cœur serré.
L’hélicoptère tournait inlassablement au-dessus de leurs têtes. Tout à coup, un faisceau lumineux en jaillit et balaya les alentours.
— Ils ont un projecteur ! s’écria-t-elle.
Il devenait urgent de filer. J.D. tira sur la cordelette de démarrage. Sans succès. Il recommença. Une fois, deux fois.
Les ronflements des pales de l’hélicoptère devenaient énormes. Il était tout proche, à présent.
— Ils sont en train de se poser ! hurla Denver.
J.D. essaya une nouvelle fois de démarrer, de toutes ses forces. Et cette fois, le moteur se mit à ronronner. Avec un soupir de soulagement, il alluma les phares.
— Prête ?
Denver hocha la tête, un sourire triomphant aux lèvres. J.D. se promit que s’ils sortaient vivants de cette histoire, il s’arrangerait pour qu’elle sourie ainsi sa vie durant.
* * *
Quand ils sortirent du hangar, l’hélicoptère était en train de se poser dans une clairière, tout près de là. Ils comprirent que le pilote les avait vus. Denver sauta derrière J.D., enroulant ses bras autour de sa taille. Il accéléra aussitôt.
Mais, au même moment, un homme bondit hors de l’hélicoptère, un fusil à la main. C’était Pete. Il leur cria quelque chose, sans doute de s’arrêter. Denver l’avait reconnu, elle aussi. Mais elle ne demanda pas à J.D. de revenir en arrière. Ce dernier se mit à foncer dans la nuit.
Dans le rétroviseur, J.D. guettait la réaction de Pete, craignant qu’il ne leur tire dessus. Mais Pete retournait vers l’hélicoptère.
— Je suis désolée, Denny, soupira J.D.
Sans un mot, elle l’étreignit plus fort, enfouissant son visage dans son dos.
J.D. en voulait à Pete du chagrin qu’il infligeait à Denny. Celle-ci devait avoir bien du mal à comprendre le comportement de son ami de toujours. Comment avait-il pu la menacer d’une arme ? Il espérait surtout que ce n’était pas lui qui avait tué Max. Denver ne s’en remettrait pas.
Collée derrière J.D., le serrant le plus fort qu’elle le pouvait, Denver luttait contre la colère et la déception qui l’envahissaient. Pete, armé d’un fusil, avait tenté de les arrêter. Pourquoi ? Avait-il voulu venir à son secours ? Elle aurait aimé le croire. Mais seul Cal avait pu lui dire où ils se trouvaient.
J.D. se dirigeait à toute allure vers la voie express, serpentant entre les sapins. Derrière eux, l’hélicoptère ne tarderait pas à les rattraper. Blottie contre J.D., elle sentait sa chaleur et son amour.
Soudain, l’hélicoptère apparut. J.D. cria :
— Il faut couper le phare ! Nous sommes trop visibles.
L’obscurité les cerna et ils entendirent l’hélicoptère qui tournait au-dessus de leurs têtes. A la hâte, J.D. redémarra la motoneige. Pour échapper au projecteur qui balayait les arbres, il s’efforça de zigzaguer dans la nuit.
Le cœur lourd, Denver regardait la pente enneigée défiler sous elle. Comment la vie idyllique que Max lui avait fait vivre dans ce petit paradis qu’était le Montana avait-elle pu dégénérer ainsi ? Fermant les yeux, elle se serra contre J.D.
* * *
— Qu’est-ce que c’est que ça ? rugit soudain Pete en désignant une lumière dans la nuit.
— Le phare d’une autre motoneige, répondit le pilote.
Pete jura. Ils avaient perdu de vue Denver dans le noir et maintenant, quelqu’un d’autre était à leurs trousses.
— C’est sans doute Cal, dit-il. J’aurais dû m’en douter.
— Je ferais mieux de prévenir le patron par radio.
Pete l’en empêcha.
— Non, je gère cette affaire. Contentez-vous de suivre Cal. Il va nous conduire tout droit à Denver. Et je m’occuperai alors d’elle.
Le pilote n’eut pas l’air convaincu.
— Je pense vraiment que…
— Ne pensez pas, faites ce que je vous dis. Denver aurait dû être neutralisée depuis longtemps. Je vais m’en charger. Faites-moi confiance. Et vous, vous aurez droit à une prime.
Avec un rire entendu, le pilote se mit à suivre le phare de la motoneige. Les champs couverts de poudreuse brillaient au clair de lune. Denver était quelque part sous les sapins avec J.D. Et bientôt, Cal les aurait rattrapés.
* * *
En voyant qu’un autre véhicule les poursuivait, Denver étreignit plus fort J.D. Ils n’étaient plus très loin de la voie express mais avec un hélicoptère au-dessus de leurs têtes et un nouveau poursuivant derrière eux, ils avaient peu de chances d’en réchapper. Sans doute plus puissante que la leur, l’autre motoneige gagnait du terrain. Denver devina qui la conduisait.
J.D. se tourna vers elle.
— Nous sommes trop lourds pour espérer le distancer. Je vais sauter. Toi, tu continues seule, d’accord ?
Il la suppliait des yeux. Ils n’avaient pas de temps à perdre avec des discussions. Il fallait se décider tout de suite et elle hocha la tête.
J.D. fit un roulé-boulé sur la neige mais se releva aussi prestement qu’il le pouvait. Il avait le fusil à l’épaule et s’en empara avant de s’allonger derrière un sapin. Il vit s’approcher le phare de l’autre motoneige, moteur hurlant. Il reconnut le conducteur. Cal, bien sûr. D’un geste vif, il lui lança son fusil à la tête pour le faire chuter.
Comme il l’espérait, Cal, surpris, tomba de son engin qui, sans plus personne aux commandes, zigzagua avant de s’arrêter brutalement de lui-même.
J.D. rampa vers Cal et l’attrapa par le manteau.
— Espèce de salaud. Denver m’a tout raconté. Maintenant, vous n’avez plus le choix. Si vous voulez garder la vie sauve, dites-moi qui est derrière toute cette histoire.
Au-dessus d’eux, l’hélicoptère se rapprochait.
— J’aurai Denver, gronda Cal. Et elle paiera cher ce qu’elle m’a fait.
J.D. le frappa et répéta :
— Qui a tué Max ?
Cal tenta de se débattre mais, plus fort que lui, J.D. le dominait. A moitié assommé, il finit par renoncer.
— Pete, répondit-il en fermant les yeux. Pete Williams.
A ces mots, J.D. se sentit blêmir mais le temps pressait. Les occupants de l’hélicoptère avaient rallumé le projecteur. Ils cherchaient Denny. J.D. regretta d’avoir encouragé la jeune femme à continuer seule. Elle courait à présent un grave danger. Mais alors qu’il enfourchait l’engin de Cal et s’apprêtait à la rattraper, il entendit un bruit de moteur.
La vieille motoneige surgit soudain des sapins. Pour la première fois, J.D. se félicita que Denny ne l’ait pas écouté. Il s’avança vers elle pour la prendre dans ses bras et l’embrassa avec force.
— Je suis tellement heureux de te voir !
Elle s’accrocha à lui un instant et se tourna vers Cal.
— A-t-il dit quelque chose ?
— Non.
Il détourna la tête, un peu honteux de son mensonge. Il ne voulait rien lui dire maintenant. Plus tard, lorsqu’ils seraient tirés d’affaire, il le ferait.
Il tendit l’oreille, surpris de ne plus entendre le vrombissement de l’hélicoptère. Rapidement, il ramassa le fusil dans la neige et Denny le suivit vers la nouvelle motoneige. Il la démarra. Elle était nettement plus puissante que l’autre.
* * *
Ils roulaient depuis plusieurs kilomètres quand J.D. s’arrêta. Il désigna du doigt le pont qu’il leur fallait emprunter pour rejoindre la voie express.
— Il y a un autre passage ?
Denver secoua la tête. Il la sentit trembler, et ce n’était pas de froid…
— Non, reprit-elle, à moins de traverser la rivière à la nage. Pourquoi ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
Il ne pouvait répondre. Il avait seulement un mauvais pressentiment.
— Rien, dit-il en accélérant.
Ils avaient presque atteint le pont quand ils virent Pete surgir sur la route, leur bloquant le passage. Il tenait un pistolet à la main qu’il pointait sur J.D. et sur Denver.
Celle-ci laissa échapper un cri à la vue de l’expression de haine qu’elle découvrait sur son visage. Un instant, elle craignit que J.D. ne fonce sur Pete, le projetant dans l’eau glacée. Ou que Pete ne se mette à tirer.
J.D. s’arrêta et Pete se précipita pour couper le moteur.
— Je savais que tu ne pourrais m’échapper, dit-il à J.D. d’une voix mauvaise.
— Laisse-nous partir, dit J.D. d’un ton glacial. C’est fini. Nous sommes au courant pour le braconnage. Nous savons qui a tué Max.
Un instant, Denver se demanda s’il bluffait. Mais non ! Cal avait dû cracher le morceau. Pete avait tué Max. Elle hurla.
— Pete, non !
Pete la regarda en face.
— Ne crois pas ça, Denver. Ce sont des mensonges.
Il se frotta le visage, manifestement épuisé, avant de continuer :
— Nous n’avons pas beaucoup de temps alors je te supplie de m’écouter, Denver. J’aimerais pouvoir tout te raconter mais je ne le peux pas. Tu dois me faire confiance. Donne-moi quelques jours, ajouta-t-il en plantant les yeux dans les siens.
— Tu n’espères quand même pas qu’on va te faire confiance, protesta Denver. Pas après tout ce qui s’est passé.
Pete se retourna vers l’hélicoptère qui l’attendait puis reporta son attention sur eux.
— Vous sauver la vie ne suffit-il pas ? Je te demande juste quelques jours. Ensuite, je t’expliquerai tout.
— Pour que tu puisses faire disparaître les preuves du braconnage ? lança Denver. Pas question. J.D. a raison. C’est fini. Rends-toi, et tu…
Pete secoua la tête.
— J’aimerais que ce soit aussi simple. Donne-moi les bobines, Denver.
— Quelles bobines ? s’enquit-elle, la gorge serrée.
— Tu ne vas jamais nulle part sans ton appareil photo et comme Davey t’a parlé de l’opération, tu l’avais certainement emporté. Donne-moi ces photos, répéta-t-il.
Comme elle ne bougeait pas, il lui arracha le sac et, son arme toujours pointée sur eux, il s’empara des films puis ouvrit l’appareil pour voiler celui qu’il contenait.
Elle le fusilla du regard.
— J.D. m’a parlé du dossier de Max que tu as trouvé dans la cabane dans les arbres. Il s’agissait de cette histoire de braconnage, non ? Mais pourquoi avoir tué Max ? Pourquoi ?
— Donne-moi quelques jours et je t’expliquerai tout, répéta-t-il. Pour le moment, je n’en sais pas plus que toi.
— J’aimerais te croire, Pete. Mais je ne le peux plus, dit-elle, les larmes aux yeux. Tu m’as trop menti.
Il la regarda un moment avant de lui tendre le sac.
— Je t’avais dit de ne pas te mettre à la recherche du meurtrier de Max. Tu aurais dû m’écouter, Denver. Maintenant, tu ne me laisses plus le choix.
Il sortit un talkie-walkie de son manteau.
— Finissons-en, dit-il. On s’arrache.
Lentement les pales de l’hélicoptère se remirent à tourner. L’appareil se souleva au-dessus des arbres avant de se diriger vers eux.
C’est maintenant ou jamais, pensa J.D.
Il sentit les mains de Denny sur sa taille, qui tentaient de le retenir, puis il regarda le visage de Pete, y cherchant une raison d’espérer, mais il n’en trouva aucune. Ce qu’il y vit, au contraire, était très effrayant. Plus angoissant encore que le pistolet de Pete braqué sur eux. Pete était un homme en bout de course.
Prêt à tout, il démarra d’un coup et fonça vers la pente, un œil rivé sur Pete. Il le vit prendre sa décision en un éclair et appuyer sur la détente. Mais la balle se perdit dans les airs.
J.D. regarda alors droit devant lui et fonça vers le nord-ouest, vers Grayling Pass et son pick-up. L’hélicoptère ronronnait au-dessus d’eux.
Derrière les sapins, l’aube se levait enfin.
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