Bye Bye Elvis
L’idole
14 janvier 1973, Aloha from Hawaii. Un défi de taille, le dernier. Il demande à Bill Belew un costume qui, aux yeux du monde, représente l’Amérique. Entame, avec plusieurs de ses Gars, un régime violent et le fait deux fois d’affilée ; cinq cents calories par jour sous forme d’aliments lyophilisés et injections d’urine à gogo. Deux semaines avant le concert, il arrête les médicaments.
Délesté de douze kilos et tout de blanc vêtu, l’Aigle américain grand ouvert sur sa cape, Elvis multiplie les tableaux vivants, Elvis Messie à bras ouverts et les paumes tendues vers vous, Elvis genou en terre, les doigts écartés et l’index pourfendeur, Elvis aux ailes déployées prêt à s’envoler pour d’autres cieux, meilleurs. Malgré le régime, la ligne du menton est molle. Dans la salle, ambiance religieuse, ce n’est plus un homme, c’est un monument, ce n’est plus une idole, c’est une relique.
Immense succès commercial. À cette occasion, une lettre émue du Colonel : Mon cher Elvis toi et moi n’avons pas besoin de nous jeter dans les bras l’un de l’autre pour savoir ce que nous ressentons, il nous suffit de nous lancer un regard, toi du haut, moi du bas de la scène. Elvis est bien content. Quelques heures après le concert, il félicite chaudement les Gars, veut offrir des visons à leurs femmes, mais à Hawaii les fourrures ne courent pas les rues, et le ratissage de l’île ne donne rien ; il se rabat sur des bijoux onéreux. Tout le monde bat des mains.
Le lendemain matin, les Gars viennent frapper à la porte de la suite d’Elvis. S’ils sont prêts, lui et Linda ? Et Linda leur ouvre, mais Elvis n’est pas prêt, il se repose. Sur une chaise longue, il se repose les yeux dilatés et l’air assommé, et si on veut l’en faire sortir, de sa chaise, il faudra le soulever sous les aisselles et le porter, un homme d’un côté et un de l’autre. Il transpire affreusement, une serviette autour du cou et incapable de parler, Demerol Dilaudid Nembutal Seconal, Elvis a replongé.
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