Bye Bye Elvis

Caroline De Mulder · Chapitre 39 sur 41

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Bye Bye Elvis

Jardin des lumières

 

Des morts sans phrases. Morts sans personne, sans fleurs et sans larmes, morts déjà de leur vivant et déjà oubliés avant de mourir, ils ne sont même plus des souvenirs, même plus des noms. Ils n’ont plus d’âge et plus de mère, et s’ils n’étaient pas nés, ça serait pareil, tant tout d’eux est effacé. Ils sont là des centaines et des milliers, et on dirait un cimetière militaire tout de pierres blanches serrées les unes contre les autres, numérotées sur le côté.

Leur espérance de vie avait été de quarante-trois ans, et leur espérance de mort est de cinq ans tout juste, ils ont cinq ans pour que quelqu’un se souvienne, cinq ans pour se faire déterrer, reconnaître, enterrer ailleurs dans un vrai cercueil avec des fleurs, des sentiments et des mots, quelques-uns en réchappent ainsi, les autres auront les os brûlés et les cendres dispersées, et il n’y aura plus trace nulle part.

Ici on vous jette sur le corps des sels chimiques pour accélérer. Ici le béton est étanche, mais on fait entrer l’oxygène par un tuyau pour sécher plus vite, et un filtre purifie votre dernier souffle, monoxyde de carbone méthane azote hydrogène. Ici tout est fait pour respirer mieux.

Parfois, malgré l’interdiction formelle, des mains anonymes déposent quelques fleurs.

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