Bye Bye Elvis
Rejoindre Jesse Garon
C’est une petite boîte en pin, une petite caisse de bois pas faite pour ça, il n’y a pas d’argent pour un vrai cercueil, et on va l’enterrer là-dedans, il porte de petits habits blancs et sur le ventre on lui a posé un crucifix, des fois qu’il y aurait un paradis. Le tout petit garçon aux yeux bleus aux yeux fermés est allongé là-dedans, à côté d’un ours en peluche pour qu’il ait l’air moins seul, car les enfants morts ont perdu leur maman.
Gladys disait toujours, Pense à Jesse Garon, qui là-haut nous protège, Il respire l’air du paradis, Et prions pour Jesse Garon, qui est ton jumeau, ton âme sœur, ton cœur brisé, et même s’il est ton aîné, ton tout petit frère, Beau comme toi, mais plus fragile, Il vit en toi et tu vivras pour deux, Avec la force des deux, À chacun de tes anniversaires nous venons ici près de lui, c’est aussi l’anniversaire de sa mort, Car je n’ai pas réussi à le protéger, Et il est mort pour que tu vives, Que Jesse Garon nous pardonne ! Nous prierons et nous resterons près de lui, Nous poserons nos fleurs sur la pierre, des roses blanches, ses fleurs préférées, parce qu’il est pur et innocent, Et de là-haut il les voit fleurir et mourir et fleurir et leurs pétales tomber et pousser et mourir et le vent les bercer les frôler et elles tombent moisissent fondent dans la boue, Il est ton tout petit frère et il est mon tout petit enfant, Il est sous la pierre, il est là-haut. Elvis était triste et souvent disait, Je veux mourir, maman, pour retrouver Jesse Garon.
Retrouver le petit frère tout pareil, qui n’a pas respiré, pas pleuré, a-t-il au moins vu la lumière. Le petit frère est mort en plein sommeil, mort avant de s’éveiller. Il n’a pas pleuré pas joué, ses yeux se sont-ils ouverts, a-t-il vu la lumière, a-t-il connu le jour. Il n’a pas crié. Il n’a pas eu mal pas mal au cœur pas eu peur, il est mort sans une larme, il n’a pas ri pas souri pas aimé, il est mort tellement seul, il n’a connu les bras de personne. Pour le prendre dans les bras, il était déjà trop tard, trop tard pour l’embrasser, trop tard si tôt. Le petit frère est mort pour deux. Peut-être aurait-il vécu si l’autre enfant n’était pas né, si on ne s’était pas occupé de celui en train de naître, aurait-on dégagé ses poumons ses bronches sa gorge, aurait-il respiré. Mais non, le petit frère est mort étouffé mort noyé mort né, a-t-il eu mal, a-t-il souffert. Il est mort parfait, et ses petites mains parfaites étaient vides et intactes, et ses petits pieds doux à peau si fine n’ont pas touché le sol, il n’a pas connu la gravité. Il n’a connu que le flottement, le bercement, le frôlement. Il a connu la vie des fleurs, qui se tendent vers la lumière, la vie des fleurs d’eau, il a flotté et dormi et ne s’est pas éveillé. Petit frère âme sœur âme fleur le bercement n’a pas duré longtemps.
La mère pleure, l’enfant crie, et le petit frère a cessé de dormir, il se refroidit, il se tait, on ne l’a même pas donné à sa mère, il faut qu’elle s’occupe de l’autre, l’autre que la lumière et l’air cru épouvantent, que la séparation brutale affole, qui a déjà eu le temps de souffrir et d’être consolé, mais sa mère pleure toujours. Le plus petit ne se réveille pas, on l’a emporté, son petit corps parfait enveloppé dans un linge blanc, il est parti, parti pour deux, sa mère ne l’a même pas regardé, on le lui a enlevé des yeux. Tout petit, et son frère imperceptiblement grandit de minute en minute, d’heure en heure, les yeux fermés et le visage enfoui dans les seins de sa mère, il vit dans le lait et les larmes et la peau de sa mère dont il connaît déjà l’odeur, dont il reconnaît la chaleur. Il accepte la lumière et l’air cruels, et s’endort épuisé de la longue lutte qu’il a gagnée.
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Le lecteur désireux d’en savoir plus se reportera aux ouvrages suivants :
ACIN Nikola, Qui a tué Elvis ? Mort(s) d’un Roi, Clamecy, Les Cahiers du rock, 2008.
BEAULIEU , Priscilla Presley, Elvis et moi, Paris, France Loisirs, 1985. DUNDY Elaine, Elvis and Gladys, Jackson, University Press of Mississippi, 2004.
GELLER Larry, If I Can Dream. Elvis’Own Story, New York, Avon Books, 1990.
GOLDMANN Albert, Elvis. Un phénomène américain, Paris, Robert Laffont, 1982.
GOLDMANN Albert, Elvis : The Last 24 Hours, Londres, Pan Books ltd, 1991.
GREIL Marcus, Dead Elvis : chronique d’une obsession culturelle, Paris, Allia, 2003.
GULNARIK Peter, Le Temps de l’innocence (1935-1958), Paris, Le Castor Astral, 2007.
GULNARIK Peter, Au royaume de Graceland (1958-1977), Paris, Le Castor Astral, 2008.
NASH Alanna, Le Colonel Parker. L’Homme dans l’ombre d’Elvis, Outremont, Alain Stanké, 2006.
NASH Alanna, Baby, Let’s Play House. Elvis Presley and the Women Who Loved Him, New York, Harper Collins Publishers, 2010. NASH Alanna with Billy Smith, Marty Lacker and Lamar Fike, The Memphis Mafia, Aurum Press ltd, 2005. OSBORNE Jerry, Elvis. Word for Word. What he said, exactly how he said it, New York, Harmony Books, 1999.
POUZENC Jean-Marie, 50 ans avec Elvis : l’histoire vraie du King, Paris, Didier Carpentier, 2007.
POUZENC Jean-Marie, Le jour où Elvis a chanté à Paris, Paris, Didier Carpentier, 2012.
SEGRÉ Gabriel, Elvis est vivant ! Résurrection(s) du Roi, Clamecy, Les Cahiers du rock, 2007.
TODD SCHULTZ William, “The music of Elvis Presley”, Handbook of Psychobiography, Oxford University Press, 2005.
Quelques-uns des livres de chevet d’Elvis Presley ont été évoqués : GIBRAN Kahlil, The Prophet
BENNER Joseph, The Impersonal Life Cheiro’s Book of Numbers
YOGANANDA Paramahansa, Autobiography of a Yogi OHMORI Koichiro, Over the Himalaya Le “Livre” dont Elvis redoutait tant la parution, écrit par trois “Gars” et paru deux semaines avant sa mort :
WEST Red, WEST Sonny, HEBLER David, Elvis, What Happened ?, 1977.
L’extrait reproduit sous le titre Te Sens-Tu Seule ce Soir ? est une traduction de Are You Lonesome Tonight ?, chanson écrite en 1926 par Roy Turk, pour les paroles et Lou Handman, pour la musique.
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