Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 192

[Illustration 217: Épées de bronze[1].]

 

[Note 1: Ces trois spécimens sont de France et de Danemark.

 

La forme de ces épées et le style de leur ornementation que l’on retrouvera sur les autres objets du même âges figurés ci-après, restent invariablement les mêmes depuis l’Asie Mineure jusqu’au fond de la Scandinavie ou de l’Irlande. On a donc là les produits d’une métallurgie singulièrement une dans ses procédés, dans ses formes et dans son style, malgré la vaste étendue du territoire sur lequel elle s’est propagée. Elle représente une époque des débuts de la civilisation des peuples de l’Europe, époque où l’emploi du bronze était, sinon exclusif, du moins de beaucoup prédominant. Les débuts de cette civilisation de l’âge du bronze, importée de l’extérieur, des contrées orientales, par le commerce ou peut-être par des tribus qui faisaient le métier de métallurgistes ambulants, comme encore aujourd’hui les Tziganes dans les pays danubiens, les débuts de cette civilisation ont dû être à peu près synchroniques dans la majeure partie de l’Europe.

Mais sa durée a été très variable suivant les pays. En Grèce elle finissait à l’époque de la composition des poèmes homériques. En Italie aussi, elle a fait place de bonne heure à une civilisation plus perfectionnée. Dans la Gaule, son abandon correspond à l’établissement des Gaulois proprement dits. Dans la Scandinavie, au contraire, l’âge du bronze et sa civilisation propre se sont prolongés jusque dans les environs de l’ère chrétienne.

 

Tout semble indiquer actuellement à la science que le berceau et le point de départ de cette métallurgie doivent être cherchés dans le nord de l’Asie-Mineure, au voisinage du Caucase, c’est-à-dire dans le pays des Tibaréniens et des Chalybes.]

 

En effet, c’est au groupe ougro-finnois qu’il faut rattacher cette population des Tchoudes, qui a laissé dans toute la région entre la chaîne de l’Oural et le bassin du Yénisséï les traces de son existence et de sa multiplication considérable, dans une multitude de tumulus, ainsi que de mines abandonnées depuis des siècles et de fourneaux en ruines. Cette population avait déjà disparu quand l’aurore de l’histoire, se lève pour les contrées où l’on découvre ses vestiges, et elle avait été remplacée par les Hakas, les Turcs et les Mongols, dont, les plus anciens monuments funéraires se superposent aux siens, en s’en distinguant facilement. Ses travaux de mines remontent à une haute antiquité, à en juger par l’état de pétrification des bois qu’on y trouve. Le fer se rencontre dans les tumulus et dans les anciennes galeries de mines des Tchoudes, mais il y est rare; les métaux prédominants sont le cuivre pur et le bronze à l’alliage caractéristique de 10 p. 100 d’étain. On y découvre aussi de nombreux objets en or, car les Tchoudes exploitaient également ce métal. C’est sans doute leur nom qu’Hérodote a transformé en Thyssagètes; et le père de l’histoire connaît les populations de mineurs et de métallurgistes de l’Oural, ces Arimaspes à qui la renommée populaire faisait disputer l’or aux griffons, et qui transmettaient leurs métaux précieux aux Argippéens, tribu d’un caractère sacré qui paraît avoir été en possession du privilège de fournir les chamans de tous leurs voisins de même race. Les marchands grecs, venus des colonies milésiennes du Pont-Euxin, fréquentaient le pays des Argippéens, d’où ils tiraient l’or des Arimaspes; ils s’avançaient même encore 193 plus loin vers l’est, dans la Sibérie méridionale, entre le Tobol et l’Irtysch, jusque chez les Issédons, peuple de marchands dont les caravanes allaient chercher l’or extrait des gisements de l’Altaï. Les exploitations minières et métallurgiques de la région qui va de l’Oural à l’Altaï, et où se rencontrent les antiquités tchoudes, étaient donc en pleine activité quand écrivait Hérodote, et les richesses qu’en amenait une ligne de commerce de caravanes aboutissant à la mer Noire faisaient alors la fortune de la cité grecque d’Olbia, comme un peu plus tard celle de Panticapée. Mais ces colonies helléniques avaient succédé elles-mêmes au rôle et à la prospérité de la Colchide, plus ancien terme de la route du même commerce pour atteindre la mer, de la Colchide où Hérodote place une antique colonie égyptienne ou plutôt éthiopienne, terre classique de la toison d’or, but de la navigation des Argonautes, que les Phéniciens avaient précédé dans la fréquentation des mêmes parages. Le cycle des légendes de la toison d’or et des richesses de la Colchide fait remonter bien haut l’existence de ce commerce et des exploitations minières qui l’alimentaient.

 

Au sud de l’Altaï, dans le Thian-chan, toutes les traditions conservées par les Chinois et par les écrivains musulmans nous montrent les peuplades turco-tartares, qui l’habitent de temps immémorial, adonnées depuis la plus grande antiquité à la fabrication du fer, et en ayant poussé très loin les procédés.

Elles touchent aux tribus tibétaines, dont font partie les Miao-tseu de la Chine et les Sères des écrivains grecs et latins.

Les Miao-tseu, nous l’avons dit tout à l’heure, travaillaient le fer antérieurement à l’arrivée de la migration chinoise, c’est-à-dire au moins vingt-cinq siècles avant Jésus-Christ. Les Sères étaient célèbres à Rome par leur fer, qui passait pour supérieur à tout autre, et qui arrivait sur les bords de l’Océan Indien à travers les immenses plateaux du Tibet.