Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues
Chapitre 369
Pour ce qui est du groupe libyen, son type antique est la langue des Libyens et des Numides, dont on possède dès à présent un certain nombre d’inscriptions, lesquelles par malheur ne contiennent guères, pour la plupart, que des noms propres. Mais elles suffisent à montrer que c’est de cet idiome antique que dérive directement la langue berbère actuelle, avec ses nombreux dialectes répandus parmi les populations du nord de l’Afrique: le kabyle-algérien, le mozaby, le schaouia, le schelouh, le zénatya de la province de Constantine, le temâscheq des Touaregs, le dialecte de l’oasis de Syouah et celui de Ghadamès. Une langue très voisine du berbère était jadis parlée par les Guanches dans les îles Canaries. Le haoussa, idiome riche et harmonieux, parlé à Kano, Katsina, Zanfara, et en général entre le Bornou et le Niger, ainsi que dans le pays montagneux d’Asben, appartient au même groupe.
C’est la langue commerciale de l’Afrique centrale.
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Parmi les traits essentiels qui sont communs à tous les idiomes de la famille ‘hamitique ou égypto-berbère, notons la formation du féminin par un élément ti ou t, que l’on peut indifféremment préfixer ou suffixer, et que même, dans quelques langues du groupe libyen, l’on attache deux fois, en préfixe et en suffixe, au même mot. Le signe du pluriel est en principe et originairement an; quelquefois on y substitue at ou bien ou, qui n’est peut-être que secondaire de an. Quant à la flexion nominale proprement dite, cette famille de langues n’en offre point de traces; on y a recours à des particules distinctes, que l’on place avant ou après le nom, pour exprimer ses relations avec le reste de la phrase. Les formes de la conjugaison sont nombreuses, comme dans les langues sémitiques. Quant au système des temps, il est tout élémentaire et très peu développé, également comme celui de la famille syro-arabe ou sémitique. Au reste, la conjugaison de l’égyptien, comme celle de toutes les autres langues ‘hamitiques est presque purement agglutinante. Et n’était leur rapport étroit avec les idiomes sémitiques, qui oblige à les grouper avec eux, dans la même classe, on hésiterait à les compter parmi les langues à flexion.
La parenté des langues ‘hamitiques et sémitiques, ou égypto-berbères et syro-arabes, sorties d’une source commune et formant en réalité deux rameaux d’une même famille primordiale, est 370 un fait actuellement acquis à la science d’une manière inébranlable. De part et d’autre le système grammatical est foncièrement le même; il y a identité dans les racines des pronoms, dans la formation du féminin et dans celle du pluriel. L’organisme est seulement moins complet, moins perfectionné dans les langues ‘hamitiques. Quant au vocabulaire, une bonne moitié de ses racines pour le moins est commune aux deux familles. Les langues ‘hamitiques les présentent seulement dans un état plus ancien, antérieur au travail, sous bien des rapports tout artificiel, qui les amena dans les langues syro-arabes à une forme invariablement dissyllabiques. Le reste du vocabulaire, dans les langues ‘hamitiques, même en égyptien, provient des langues proprement africaines, de celles que parlent les peuples noirs.
On peut, du reste, définir, avec M. Friedrich Müller, la parenté qui existe entre les deux familles des langues ‘hamitiques et sémitiques, comme étant plutôt dans l’identité de l’organisme que dans la coïncidence des formes toutes faites. Les deux familles ont dû se séparer à une époque où leur langue commune était encore dans une période fort peu avancée de développement. En même temps, la persistance des langues sémitiques dans leurs formes anciennes à travers toute la période historique, est un gage du grand éloignement de l’âge où langues sémitiques et langues ‘hamitiques n’étaient pas encore nées, mais où existait un idiome à jamais disparu dont elles devaient procéder les unes et les autres. Enfin, la famille ‘hamitique parait s’être divisée de très bonne heure en différents rameaux; les idiomes qui la composent sont alliés de bien moins près les uns aux autres que ne le sont entre eux les idiomes sémitiques ou syro-arabes.
Le lecteur ne sera pas sans remarquer combien ces données linguistiques viennent confirmer les observations que nous avons eu l’occasion de faire plus haut sur le caractère des peuples que la Genèse place dans la descendance de ‘Ham, et sur leur relation ethnologique et historique avec ceux dont le texte sacré fait les enfants de Schem. Elles font aussi mieux comprendre comment un certain nombre de nations que l’ethnographie biblique fait ‘hamites, et avec toute raison, ne se montrent dans l’histoire que faisant usage d’idiomes franchement sémitiques.