Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 25

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La religion de Zarathoustra (Zoroastre) est la seule, parmi les religions savantes et orgueilleuses de l’ancien monde, qui rapporte la création à l’opération libre d’un dieu personnel, distinct de la matière primordiale. C’est Ahouramazda, le dieu bon et grand, qui a créé l’univers et l’homme en six périodes successives, lesquelles, au lieu d’embrasser seulement une semaine, comme dans la Genèse, forment par leur réunion une année de 365 jours; l’homme est l’être par lequel il a terminé son oeuvre. Le premier des humains, sorti sans tache des mains du créateur, est appelé Gayômaretan, «vie mortelle!» Les Écritures les plus antiques, attribuées au prophète de l’Iran, bornent ici leurs indications; mais nous trouvons une histoire plus développée des origines de l’espèce humaine dans le livre intitulé Boundehesch, consacré à l’exposition d’une cosmogonie complète. Ce livre est écrit en langue pehlevie, et non plus en zend comme ceux de Zarathoustra; la rédaction que nous en possédons est postérieure à la conquête de la Perse par les Musulmans. Malgré cette date récente, il relate des traditions dont tous les savants compétents ont reconnu le caractère antique et nettement indigène.

 

D’après le Boundehesch, Ahouramazda achève sa création en produisant à la fois Gayômaretan, l’homme type, et le taureau type, deux créatures d’une pureté parfaite, qui vivent d’abord 3,000 ans sur la terre, dans un état de béatitude et sans craindre de maux jusqu’au moment où Angrômainyous, le représentant du mauvais principe, commence à faire sentir sa puissance dans le monde.

Celui-ci frappe d’abord de mort le taureau type; mais du corps de sa victime naissent les plantes utiles et les animaux qui servent à l’homme. Trente ans après, c’est au tour de Gayômaretan de périr sous les coups d’Angrômainyous. Cependant le sang de l’homme type, répandu à terre au moment de sa mort, y germe au bout de quarante ans. Du sol s’élève une plante de reivas, sorte de rhubarbe employée à l’alimentation par les Iraniens. Au centre de cette plante se dresse une tige qui a la forme d’un double corps d’homme et de femme, soudés entre eux par leur partie postérieure.

Ahouramazda les divise, leur donne le mouvement et l’activité, place en eux une âme intelligente et leur prescrit «d’être humbles 26 de coeur; d’observer la loi; d’être purs dans leurs pensées, purs dans leurs paroles, purs dans leurs actions.» Ainsi naissent Maschya et Maschyâna, le couple d’où descendent tous les humains.

 

La notion exprimée dans ce récit, que le premier couple humain a formé originairement un seul être androgyne à deux faces, séparé ensuite en deux personnages par la puissance créatrice, se trouve aussi chez les Indiens, dans la narration cosmogonique du Çatapatha Brâhmana. Ce dernier écrit est compris dans la collection du Rig-Vêda, mais très postérieur à la composition des hymnes du recueil. Le récit tiré par Bérose des documents chaldéens place aussi «des hommes à deux têtes, l’une d’homme et l’autre de femme, sur un seul corps, et avec les deux sexes en même temps,»

dans la création première, née au sein du chaos avant la production des êtres qui peuplent actuellement la terre. Platon, dans son Banquet, fait raconter par Aristophane l’histoire des androgynes primordiaux, séparés ensuite par les dieux en homme et femme, que les philosophes de l’école ionienne avaient empruntée à l’Asie et fait connaître à la Grèce.

 

§2.—LE PREMIER PÉCHÉ.

 

L’idée de la félicité édénique des premiers humains constitue l’une des traditions universelles. Pour les Égyptiens, le règne terrestre du dieu Râ, qui avait inauguré l’existence du monde et de l’humanité, était un âge d’or auquel ils ne songeaient jamais sans regret et sans envie; pour dire d’une chose qu’elle était supérieure à tout ce qu’on pouvait imaginer, ils affirmaient «ne pas en avoir vu la pareille depuis les jours du dieu Râ.»

 

Cette croyance à un âge de bonheur et d’innocence par lequel débuta l’humanité se trouve aussi chez tous les peuples de race aryenne ou japhétique; c’est une de celles qu’ils possédaient déjà antérieurement à leur séparation, et tous les érudits ont depuis longtemps remarqué que c’est là un des points où leurs traditions se rattachent le plus formellement à un fond commun avec celles des Sémites, avec celles dont nous avons l’expression dans la Genèse.

Mais chez les nations aryennes, cette croyance se lie intimement à une conception qui leur est spéciale, celle des quatre âges successifs du monde. C’est dans l’Inde que nous trouvons cette conception à son état de plus complet développement.