Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues
Chapitre 194
Transportons-nous maintenant à l’extrémité méridionale de la diffusion des populations que nous appelons touraniennes, chez les Schoumers et les Akkads de la Chaldée primitive. Dans cette contrée qu’habitent deux populations d’origines différentes, dont la plus anciennement établie et civilisée est la touranienne, la non-sémitique, nous reconnaissons le siége d’une antique et florissante industrie des métaux, dont les produits, l’exemple et l’influence ont rayonné sur l’Assyrie, la Syrie et l’Arabie. Les tombeaux les plus vieux de la Chaldée, qui ne remontent pas moins haut que les sépultures égyptiennes de l’Ancien Empire, nous présentent des objets en or, en bronze et même en fer. A côté se rencontrent encore, et concurremment employés, des instruments et des armes en silex taillé et poli, têtes de flèches, haches et marteaux. Le métal le plus répandu est le bronze; c’est en bronze que sont tous les ustensiles et tous les instruments métalliques, et il restera toujours prédominant dans le bassin de l’Euphrate et du Tigre. Quant au fer, il est plus rare, et semble avoir encore le caractère d’un métal précieux par la difficulté de sa production; au lieu d’en faire des outils, on en forme des bracelets et d’autres parures grossières. Malgré cela, comme on le voit, la métallurgie est complète et ne se borne pas au bronze. Il n’en était pas de même au temps bien plus reculé, jusqu’auquel ne nous font pas remonter les monuments actuellement connus, où les Schoumers et les Akkads inventèrent les hiéroglyphes rudimentaires et primitifs d’où est sortie l’écriture cunéiforme. Parmi ces hiéroglyphes, il y a deux signes simples spéciaux pour désigner, d’une part les métaux nobles, comme l’or et l’argent, d’autre part le cuivre; mais le bronze et le fer, comme l’étain, ont leurs noms exprimés par des combinaisons complexes de caractères, de formation postérieure et secondaire. Mais si l’écriture cunéiforme paraît n’avoir reçu ses derniers développements et sa constitution définitive que dans la Chaldée même, après l’établissement des Schoumers et des Akkads dans les plaines où se réunissent l’Euphrate et le Tigre, une importante et féconde remarque de M.
Oppert est de nature à faire penser qu’ils en avaient apporté les premiers éléments d’un autre séjour, d’une étape antérieure de leur migration. En effet, lorsqu’on étudie les signes constitutifs de cette écriture en essayant de remonter aux images d’objets matériels qu’ils représentaient d’abord, la nature des objets ainsi devenus des éléments graphiques semble conduire, comme lieu d’origine de l’écriture, à une autre région que la Chaldée, à une 195 région plus septentrionale, dont la faune et la flore étaient notablement différentes, où, par exemple, ni le lion, ni aucun des grands carnassiers de race féline n’étaient connus, et où le palmier n’existait pas. Pour retrouver le berceau des premiers essais du système d’écriture des Schoumers et Akkads de la Chaldée, et de leur métallurgie, qui était déjà complète au temps de ces premiers essais, il faut donc remonter en partie la route de leur migration, la route que la Genèse fait suivre aux constructeurs de la tour de Babel, venus «de l’Orient» dans le pays de Schine’ar, la route qui aboutit à cette montagne du nord-est qui joue un si grand rôle dans les traditions chaldéennes et dans les textes cunéiformes, au double titre de point d’origine de la race humaine et de lieu de l’assemblée des dieux, et dont nous avons déjà longuement parlé dans le livre précédent[110].
[Illustration 220: Dagues en bronze[1].]
[Note 1: Provenant d’Irlande et du Danemark.]
[Note 110: Plus haut, p. 104 et suiv.]