Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues
Chapitre 346
3° Les langues malayo-polynésiennes, que l’on distingue en trois groupes: mélanésien, polynésien et malay, ce dernier se subdivisant dans les deux branches tagale et malayo-javanaise.
4° Les langues des Papous ou Nègres Pélagiens, encore très imparfaitement connues.
5° Les langues australiennes.
6° Les langues hottentotes ou langues à kliks, caractérisées par l’aspiration bizarre ainsi désignée, qui se place au commencement d’une foule de mots. Ce sont des sons qui se produisent en détachant rapidement la langue du palais et en imprimant à la bouche un mouvement de succion.
7° Les langues cafres ou bantou, qui remontent toutes d’une manière manifeste à une langue mère aujourd’hui perdue, et que M. Friedrich Müller divise en trois branches.
8° Les langues nilotiques ou nubiennes, parlées dans la Nubie, le Darfour et le Kordofan.
9° Les langues atlantiques ou du nord-ouest de l’Afrique, de la région du Sénégal et de Sierra-Leone.
10° Les langues mandingues, parlées dans l’ancien empire africain de Mali et répandues dans le nord-ouest du haut Soudan.
11° Les langues de la haute Guinée.
12° Les langues du delta du Niger.
13° Les langues wolofes, parlées dans le Cayor, le Walo, le Dhiolof et le Dakhar.
14° Les langues du nord-est du haut Soudan.
15° Les langues du Bornou, dans l’Afrique centrale.
16° Les langues poules, propres à un peuple originaire de la côte orientale d’Afrique, qui occupe aujourd’hui dans le centre du continent un espace d’environ 750 lieues de long sur 125 de large, coupé au milieu par le Niger, entre les dixième et quinzième degrés de latitude nord.
Toutes les familles de langues africaines que nous venons d’énumérer, appartenant à des peuples d’un type nègre plus ou moins prononcé, sont encore fort mal connues. Elles ont une physionomie analogue et quelques traits communs. Mais on ne saurait, dans l’état actuel de la science, les grouper d’une manière plus intime, bien qu’on puisse déjà soupçonner que la majorité d’entre elles pourront être rattachées à une même formation, s’étendant à travers 347 toute l’Afrique. Il est donc probable qu’une connaissance plus approfondie permettra un jour de diminuer ici le nombre des familles irréductibles, en établissant des rapprochements qui ne sauraient être aujourd’hui scientifiquement possibles.
17° Le basque, descendant direct de l’ancien idiome des Ibères, qui présente un type linguistique absolument isolé dans l’Europe occidentale, véritable phénomène de permanence et de conservation.
Peut-être devra-t-on lui chercher des affinités avec les idiomes africains atlantiques. Car toutes les recherches les plus récentes de l’anthropologie et de la linguistique semblent conduire à cette conclusion que le basque est le dernier débris des langues de cette grande race des Atlantes, qui, dans une antiquité extrêmement reculée, avant l’arrivée des populations libyeo-berbères dans le nord de l’Afrique et des premiers Aryens en Europe, s’étendit sur l’angle nord-ouest du continent africain et sur une partie de l’Europe occidentale, depuis l’Espagne jusqu’aux Îles Britanniques, dans une direction, et jusqu’à la Sicile, dans une autre.
18° Les langues caucasiennes, parlées comme le basque par des blancs allophyles. Elles se divisent en deux grands groupes, septentrional et méridional, occupant chacun l’un des versants de la chaîne du Caucase, groupes dont il serait peut-être plus sage de faire deux familles indépendantes. Le premier se subdivise à son tour en trois rameaux: lesghien, dont on peut citer comme types l’avare, le kasi-koumyk et le kourine; kiste, représenté par le thousch, le tchetchenze et l’oude, ainsi que d’autres dialectes qui leur sont étroitement apparentés; enfin tcherkesse ou circassien, qui à lui seul comprend presque autant d’idiomes que les autres subdivisions de la famille. Quant au groupe méridional, il comprend d’une part les langues kartwéliennes, telles que le géorgien, le plus grammaticalement développé des idiomes du Caucase et le seul qui ait une culture littéraire, l’iméréthien, le mingrélien et le grousien, de l’autre le laze et le souane. Ce groupe est d’une grande unité et les langues qui le composent remontent sûrement à une origine commune. L’alarodien des inscriptions cunéiformes des pays de Van et de l’Ararat devra, suivant toutes les probabilités, y être rattaché et en fournira un type dans l’antiquité.
Le basque et les langues caucasiennes nous offrent des traces d’une tendance à l’exagération de l’agglutination qui peut s’étendre 348 jusqu’à comprendre toute une phrase en un seul mot, de telle façon que le radical même du verbe est susceptible de s’unir, par voie d’agglomération, à quelques mots de signification indépendante. Ces deux familles occupent donc, au point de vue morphologique et sans que ceci doive être pris comme un indice de parenté, une position intermédiaire entre les autres langues agglutinantes et la sous-classe des langues américaines, répartie en un certain nombre de familles entre lesquelles on ne retrouve aucune communauté de racines, bien que le mécanisme y reste toujours conforme aux mêmes principes.
Les langues américaines sont holophrastiques ou incorporantes et polysynthétiques. Elles sont holophrastiques en ce qu’elles ramènent toute une phrase à la forme d’un seul mot par l’incorporation des noms au verbe. Du moins elles en sont universellement susceptibles, car elles ne présentent pas toutes à un degré égal le développement de ce caractère; et il n’y a pas une d’entre elles où l’on n’observe, dans des proportions diverses, l’emploi simultané des procédés analytiques. Il n’y a pas, du reste, dans le procédé holophrastique des langues américaines, une simple synthèse qui rapproche en un seul mot de tous les éléments de l’idée la plus complète, il y a encore enchevêtrement des mots les uns dans les autres; c’est ce que M. F. Lieber a appelé l’encapsulation, comparant la manière dont les mots isolés rentrent dans le mot-phrase, à une boîte dans laquelle en serait contenue une autre, laquelle en contiendrait une troisième, en contenant à son tour une quatrième, et ainsi de suite. Ainsi l’algonquin nadholineen, «amenez-nous le canot,» est formé de naten «amener,» amochol «canot» i euphonique et neen «à nous;» dans la composition du chippeway sogininginitizoyan, «si je ne prends pas la main,» entrent, avec des particules grammaticales notant les relations de modalité, sogénât «prendre»
et oninjina, «main.» «Les formations de cette espèce, remarque avec raison M. Hovelacque, ne sont qu’une simple extension du principe de l’incorporation au verbe de l’idée de régime. On a remarqué qu’un certain nombre de locutions des langues romanes modernes sont de véritables exemples d’une incorporation rudimentaire. Lorsque l’italien dit portandovi «vous portant,»
portandovelo «vous le portant,» lorsque le gascon dit deche-m droumi «laisse-moi dormir,» leur procédé nous rappelle l’incorporation du basque et des langues américaines.» Il y a cependant cette grande différence que, dans ces dernières, 349 l’incorporation des mots se pousse jusqu’à une telle exagération qu’elle amène la mutilation profonde des mots incorporés.
C’est là une des applications du principe du polysynthétisme. On désigne ainsi la façon dont toutes les langues américaines réunissent un grand nombre d’idées sous la forme d’un seul et même mot composé, holophrastique ou non. Ce mot, généralement fort long, est l’agglomération intime de mots divers, qui souvent sont réduits à de simples lettres que l’on intercale. Ainsi l’algonquin pilâpé, «jeune homme non marié,» est formé de pilsitt «chaste»
et lenâpé «homme.» amanganachquiminchi, «chêne à larges feuilles,» de amangi, «grand, gros,» nachk, «main,» quim, «fruit à coque,» et achpansi, «tronc d’arbre;» le chippeway totochabo, «vin,» est un composé de toto «lait,» et chominabo, «grappe de raisin;» le nahuatl ou mexicain nicalchihua, «je construis une maison,» se décompose en ni, «je,» cal, «maison,» et chihua, «faire;» le nom de lieu de la même langue Achichillacachocan, qui veut dire «le lieu où les hommes pleurent parce que l’eau est rouge,» est formé par agglutination de atl, «eau,» chichiltic, «rouge,» tlacatl, «homme,» et choca, «pleurer.» Le polysynthétisme consiste donc en une composition par syncope, tels composants perdant leurs premières syllabes et tels autres leurs dernières.
«La ténacité de ce caractère, dit M. Maury, est un des indices les moins équivoques que les populations américaines sont liées par une parenté originelle. Le moule commun dans lequel leurs langues sont coulées, dénote qu’aucune des tribus indiennes n’avait dépassé l’état intellectuel auquel correspond la période d’agglutination.
Le grand développement du polysynthétisme n’empêche pas qu’on ne puisse retrouver aisément dans ces idiomes le radical primitif.
Mais ce radical n’a point la fixité qu’il garde dans les autres groupes linguistiques; il varie beaucoup, parce qu’il participe de la mobilité que le système de l’agglutination imprime aux sons vocaux. Comme l’on peut par un tel procédé former des mots à l’infini, il en résulte que deux langues d’abord soeurs arrivent à s’éloigner promptement du type auquel elles appartenaient. Le fond primitif du vocabulaire est d’ailleurs très pauvre dans les idiomes du Nouveau-Monde, et peut aisément disparaître, de façon que les traits qui seraient de nature à faire reconnaître la parenté originelle, sont rapidement effacés. Une peuplade substitue ainsi 350 facilement aux mots de la langue parlée par la nation dont elle était sortie, un ensemble de mots tout à fait différents.»
Il suffit de ces indications générales des caractères propres aux idiomes américains pour le tableau général que nous voulions donner ici des principaux types des langues. Nous nous dispenserons donc d’allonger ces pages outre mesure en entrant dans le détail particulier des idiomes de l’Amérique et de leur classification par familles et par groupes. Ils sont, en effet, absolument étrangers au cadre historique qu’embrasse notre livre; et par suite ils ne nous y intéressent que par la place qu’ils occupent dans l’ensemble de la série morphologique des langages humains. C’est aussi pour cela que nous nous sommes borné à une simple énumération des familles de langues purement agglutinantes autres que les altaïques et les dravidiennes, nous réservant de revenir bientôt sur ces dernières.
Les idiomes hyperboréens, parlés par les différents peuples des régions arctiques, tels que le youkaghir, le tchouktche, le koriak, le kamtchadale, du nord-est de l’Asie, et les différents dialectes esquimaux, ne sont que très peu connus et leur groupement est tout à fait imparfait. D’un côté ils semblent donner la main aux langues altaïques de la Sibérie, de l’autre aux langues américaines. Ils fourniront peut-être des chaînons dont on ne soupçonne encore qu’à moitié l’importance. Ces idiomes appartiennent à la classe des langues agglutinantes et à la sous-classe des langues holophrastiques et polysynthétiques. Il est remarquable, du reste, que les caractères qui déterminent ce dernier classement sont plus prononcés chez ceux du continent américain, chez l’esquimau que chez aucun autre. Ainsi l’esquimau groënlandais nous offre des formes comme aulisariartorasuarpok, «il s’est hâté d’aller à la pêche,» formé de aulisar, «pêcher,» peartor, «être à faire quelque chose,» et pinnesuarpok, «il se hâte;» ou bien aglekkigiartorasuarniarpok, «il s’en va rapidement et se hâte d’écrire.»
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Les langues à flexions, qui forment la troisième division dans le classement naturel des variétés du langage, sont propres à la race blanche, aux trois rameaux que l’ethnographie biblique, ainsi que nous l’avons vu tout à l’heure, distingue dans l’humanité noa’hide.
Ce sont celles qui ont atteint le plus haut degré de développement.
351 Elles sont le produit du développement le plus complet de la pensée et de la civilisation.
«Dans ces langues, dit M. Maury, dont nous nous plaisons à reproduire les excellentes définitions, le radical subit une altération phonétique, destinée à exprimer les modifications résultant des différences de relation qui le lient aux autres mots.
Les éléments qui gardent encore un caractère rigide et non modifiable chez les langues d’agglutination, sont devenus dans celles-ci plus simples et plus organiques. Une langue à flexions représente le plus haut degré de structure grammaticale, et se prête le mieux à l’expression et au développement des idées.
«Rien ne peut mieux faire ressortir la différence qui sépare les langues d’agglutination des langues à flexions, que le rapprochement des systèmes de déclinaisons et de conjugaison respectifs de ces deux classes d’idiomes.
Dans la déclinaison des langues d’agglutination, la séparation entre le cas et sa postposition est peu sensible; une simple terminaison indique le nombre; la fusion entre les mots indiquant la relation et le radical n’a pas encore lieu; les genres sont à peine distingués. Dans les langues à flexions, au contraire, toutes les circonstances d’un mot, circonstances de genre, de nombre, de relation, sont exprimées par des modifications qui portent sur le substantif même et en changent incessamment le son, la forme et l’accent.
Dans le verbe, la transformation du radical est plus complète, plus profonde. On n’y trouve plus, comme pour le verbe des langues d’agglutination, la syllabe extérieurement accolée; c’est tout le corps du mot qui se modifie suivant les temps et les modes; quelques-unes des articulations du radical subsistent cependant et rappellent le sens originel modifié par celles-ci.»
«La flexion des personnes et des nombres, écrit Schleicher[151], diffère tout à fait, dans les langues de flexion, de ce qu’on voit d’analogue dans les idiomes d’agglutination. Chez ces dernières langues, les personnes sont indiquées par un pronom suffixe faiblement altéré, et le pluriel est souvent marqué par le signe du pluriel du substantif. Il n’en saurait être autrement, puisque, dans les idiomes d’incorporation, la différence du substantif et du pronom ne fait que commencer.
[Note 151: Les langues de l’Europe moderne, trad. française, p.
153.]