Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues
Chapitre 416
[Illustration 440: Dérivation des signes hiératiques égyptiens du tracé linéaire des hiéroglyphes[1].]
[Note 1: D’après la Grammaire hiéroglyphique de Champollion.]
Remarquons, du reste, que toutes les écritures d’origine hiéroglyphique qui combinent le phonétisme et l’alphabétisme, après avoir commencé par être figuratives, c’est-à-dire par se composer d’images d’hommes, d’animaux, de plantes, d’objets naturels ou manufacturés, etc., ont subi, par l’effet de l’usage, une transformation inévitable, qui leur a donné un autre aspect et un autre caractère. À force d’être tracées rapidement et abrégées, les figures s’altérèrent dans leurs formes et finirent par ne plus offrir que des signes conventionnels, où il était souvent bien difficile de reconnaître le type originel. Le fait s’observe déjà quelquefois dans les peintures mexicaines, mais il se produisit sur une bien plus grande échelle en Égypte, où l’écriture hiéroglyphique était usitée depuis un temps immémorial. On y substitua, pour le besoin journalier, une véritable tachygraphie, qu’on trouve employée spécialement sur les papyrus, et que les égyptologues nomment écriture hiératique (voy. les clichés des pages 436 et 437). Plus tard même on en imagina une plus cursive encore, reposant sur un système à certains égards plus avancé; c’est celle qu’on appelle démotique, parce qu’elle fut en usage aux derniers temps des Pharaons et sous les Ptolémées chez presque 417 toute la population égyptienne (voy. le cliché de la page 439). En Chine, les images grossièrement tracées furent aussi promptement défigurées, et elles ne présentèrent plus qu’un ensemble de traits que le scribe exécuta avec le pinceau, et dont l’assemblage ne garde, la plupart du temps, aucune ressemblance avec les figures dont elles sont cependant l’altération. Dans les écritures cursives employées chez les Chinois, les signes se sont corrompus davantage, et n’ont affecté que des formes toutes conventionnelles (voyez les figures des p. 428 et 429). Parvenue à ce point, l’écriture figurative cesse d’être une peinture pour devenir une sêmeiographie, c’est-à-dire un assemblage de caractères représentant des idées et constituant ce que l’on appelle des idéogrammes. L’écriture cunéiforme anarienne, qui comprend divers systèmes, contient une foule de signes de cette nature. Les traits offrant l’aspect de têtes de flèches ou de clous y forment par leur groupement, varié à l’infini, de véritables caractères. Ces groupes cunéiformes, comme les plus anciens caractères chinois, reproduisaient grossièrement à l’origine la configuration des objets; mais les images se sont ensuite si fort altérées, qu’à de rares exceptions près on ne peut plus remonter aux prototypes iconographiques. On n’est en présence que de signes ayant un caractère purement mnémonique et dont un grand nombre affectent une valeur phonétique. La méthode sêmeiographique n’évinça pas, d’ailleurs, les symboles, les emblèmes, les images combinées; elle ne fit qu’en altérer l’aspect d’une manière à peu près complète. On retrouve dans l’hiératique égyptien, comme dans l’écriture chinoise actuelle, comme dans le cunéiforme assyrien, la même proportion d’idéogrammes originairement figuratifs ou symboliques que dans les écritures qui ont gardé leur ancien aspect hiéroglyphique et où les images sont demeurées reconnaissables.