Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 251

[Illustration 274: Tahitien[1].]

 

[Note 1: D’après Prichard. Type de la sous-race malayo-polynésienne dans sa division canaque ou polynésienne.]

 

Les dates que nous venons d’indiquer prouvent que cette migration est étrangère à l’histoire ancienne, de même que le domaine où elle s’est développée est en dehors de l’aire géographique des civilisations dont les époques les plus antiques font le sujet du présent ouvrage. Il en est de même du peuplement de l’Amérique, dont l’époque et le mode ne sont pas aussi bien éclaircis, et où il faut sûrement admettre des époques différentes et des couches d’immigrations successives. La question se complique ici par le fait de l’existence sur le nouveau continent, dès l’époque quaternaire, d’une population humaine encore imparfaitement connue, qui n’a peut-être pas été étrangère à la formation de la race rouge, à laquelle appartient l’immense majorité des indigènes de l’Amérique. L’homme américain des temps géologiques a dû passer d’Asie en Amérique par le Nord, où les îles Aléoutiennes établissent entre l’extrémité orientale de l’Asie et le Nouveau-Monde une chaîne ininterrompue, dont les anneaux sont si rapprochés que le passage par cette voie rentrait plutôt dans la donnée des migrations terrestres que dans celle des migrations maritimes. Mais en dehors de la race rouge, le continent américain a présenté à ses premiers explorateurs des îlots de populations appartenant de la manière la plus formelle aux trois races, jaune, noire et blanche, isolés au milieu de la masse des indigènes, qui 252 est de race rouge. Et l’existence de ces îlots sporadiques ne peut s’expliquer que par des faits de dissémination accidentelle, produits des tempêtes et des grands courants marins, faits ayant pour théâtres le littoral de l’Océan Pacifique, de la Californie au Pérou, le long du trajet du vaste courant que les Japonais appellent Kouro-Sivo ou «fleuve noir,» ou bien le littoral de l’Atlantique, là où portent le Gulf-stream et son contre-courant.

 

Je ne veux pas, du reste, m’appesantir plus longuement sur des ordres de faits qui n’intéressent pas directement le sujet spécial de l’histoire que j’ai entrepris de raconter. Il était cependant impossible de les passer absolument sous silence, en touchant d’une manière générale à la question de la diffusion, sur toutes les parties de la surface terrestre, de l’homme, sorti d’une source unique sur un point déterminé du globe. Mais il me suffit d’y avoir trouvé dans le passé la justification de ces belles paroles du grand géologue anglais Lyell, aussi fermement convaincu de l’unité de l’espèce humaine, et de la sortie de tous ses rameaux d’un centre commun, que de son antiquité géologique: «En supposant que le genre humain disparût en entier, à l’exception d’une seule famille, fût-elle placée sur l’Océan ou sur le nouveau continent, en Australie ou sur quelque îlot madréporique de l’Océan Pacifique, nous pouvons être certains que ses descendants finiraient dans le cours des âges par envahir la terre entière, alors même qu’ils n’atteindraient pas à un degré de civilisation plus élevé que les Esquimaux ou les insulaires de la mer du Sud.»

 

§ 3.—GRANDES DIVISIONS DES RACES HUMAINES, TYPES FONDAMENTAUX ET

TYPES SECONDAIRES.

 

Entre les nombreuses variétés de l’espèce humaine, dont nous avons indiqué un peu plus haut, à grands traits, la distribution géographique, on ne peut pas toujours distinguer les plus anciennes, celles qui sont pures ou du moins constituées depuis des milliers d’années, de celles qui résultent de croisements.

«Toutefois, dit M. Maury, en s’appuyant sur ce fait fourni par la physiologie végétale que les espèces pures varient peu ou restent dans leurs variations soumises à des lois végétales, tandis que chez les hybrides la forme se dissout, d’une génération à l’autre, en variations individuelles, on peut admettre que les races humaines dont le type est le plus persistant, sont les moins mélangées. En tenant compte de toutes les variétés spécifiques, et 253 en rangeant les unes à côté des autres, par ordre d’affinités, toutes les races humaines, on arrive à reconnaître qu’elles se groupent autour de trois types principaux: «Un type blanc,

 

«Un type jaune,

 

«Et un type noir.

 

«On passe de l’un à l’autre type par une série de types intermédiaires, qui représentent des races mixtes. Quoique à certains égards indépendant du climat et de latitude, quoique persistant un laps de temps fort long quand il est transporté en d’autres régions que celle où il est indigène, le type ne peut être considéré comme ayant une origine étrangère à la constitution du pays où il se produit. Au contraire, tout donne à penser aujourd’hui que la race, émigrée sous un autre ciel, revient peu à peu au type propre à ce nouveau climat. C’est ainsi que l’Anglo-Américain tend à se rapprocher du type indien, qu’il perd chaque jour davantage de sa physionomie européenne pour prendre celle des anciens indigènes, avec lesquels il évite pourtant de se croiser; de même le nègre établi dans les contrées froides perd, après plusieurs générations, en partie le pigment noir de sa peau et prend une couleur grisâtre. Ce phénomène nous explique comment les populations aryennes ont pu en Europe revêtir un type tout septentrional. Inversement, les Portugais établis depuis plusieurs générations dans l’Inde, sans se croiser avec les Hindous, ont pris peu à peu, par l’action du climat, la coloration et le type de ceux-ci. Ce phénomène tend donc à faire attribuer un caractère plus géographique que physiologique à la distinction des races.

 

«Le type blanc semble avoir son berceau dans le plateau de l’Iran, d’où il a rayonné dans l’Inde, l’Arabie, la Syrie, l’Asie-Mineure et l’Europe, circonstance qui a fait donner à la race blanche le nom assez impropre de caucasique.

 

«Le type jaune existe en Chine depuis la plus haute antiquité; il se présente dans toutes les contrées habitées par les populations mongoliennes; de là l’épithète de mongolique appliquée à la race chez laquelle il s’observe. Cette race s’est répandue, au sud, jusque dans les deux presqu’îles de l’Inde et dans la Malaisie; au nord, elle confine aux régions polaires.

 

«Le type noir répond à l’Afrique centrale et occidentale, et paraît s’être étendu sous la zone intertropicale, depuis la côte orientale 254 de l’Afrique jusqu’en Australie.» Son centre primitif de formation a peut-être été dans une partie de l’Inde ou vers l’Éthiopie asiatique des anciens, le Beloutchistan actuel. C’est ainsi qu’on s’expliquerait le mieux le double courant divergent de migration qui a répandu les populations de ce type, d’un côté en Afrique, de l’autre dans l’Inde méridionale, dont les traditions semi-historiques conservent le souvenir de peuples noirs, dans les Philippines, où nous rencontrons les Negritos, dans la Papuasie et dans une portion de l’Océanie, dans celle qu’on appelle spécialement la Mélanésie.

 

Les nègres du type le plus caractérisé ont le crâne allongé, comprimé, étroit surtout aux tempes. L’os de la mâchoire supérieure se projette en avant, par cette disposition que les naturalistes appellent prognathisme; de là les traits les plus saillants du visage de la race noire, le peu de saillie du nez, son épatement à l’endroit des narines et le développement exagéré des lèvres. Les cheveux sont noirs, courts et crépus, le système pileux en général très peu développé, ce qui se remarque aussi chez les différents mammifères des pays qu’habite le nègre. Avec quelques particularités dans la forme du torse et une courbure sensible des jambes, ce sont là les caractères essentiels et distinctifs de la race noire, bien plus que la couleur, car il est tel peuple de race blanche, comme les Abyssins, à qui un long séjour dans l’Afrique équatoriale a donné une teinte de peau tout aussi foncée.

 

Le crâne de la race jaune présente une forme arrondie; l’ovale de la tête est plus large que chez les Européens. Les pommettes sont fortement saillantes, les joues relevées vers les tempes; par suite, l’angle externe des yeux se trouve élevé, les paupières comme bridées et à demi-closes. Le front s’aplatit au-dessus des yeux. Le nez est écrasé vers le front, le menton court, les oreilles démesurément grandes et détachées de la tête. La couleur de la peau se montre généralement jaune et tourne au brun dans certains rameaux. Les poils sont durs et presque constamment noirs comme les yeux.

 

Quant à notre race blanche, elle est avant tout caractérisée par la beauté de l’ovale que forme sa tête. Les yeux sont horizontaux et plus ou moins largement découverts par les paupières; le nez est plus saillant que large; la bouche est petite ou modérément fendue, les lèvres sont assez minces. La barbe est fournie, les cheveux longs, lisses ou bouclés, et de couleur variable. La peau, d’un 255 blanc rosé, a plus ou moins de transparence, selon le climat, les habitudes et le tempérament. Sous le rapport intellectuel et moral, la race blanche a une supériorité marquée sur les autres. C’est parmi les peuples qui y appartiennent que nous rencontrons, depuis une haute antiquité, le plus grand développement de civilisation et les tendances les plus progressives.

 

[Illustration 278: Australien[1].]

 

[Note 1: D’après Prichard.]

 

Peut-être faut-il joindre à ces trois types, comme celui d’une quatrième race fondamentale de l’humanité, le type rouge, propre à l’Amérique, où il s’est certainement constitué. Nous avons indiqué déjà plus haut les principaux traits qui distinguent le visage de l’homme de ce type, très voisin dans sa construction osseuse du type blanc, mais s’en distinguant par la couleur, toujours d’un brun rouge ou cuivrée, avec plus ou moins d’intensité dans le ton, puis par la rareté du système pileux, car toutes les populations américaines ont les cheveux rares et courts, et sont imberbes.

 

On ne saurait déterminer toutes les variétés sorties des innombrables mélanges opérés entre les trois races primordiales, ou dues à l’action combinée des influences sous lesquelles chacune de ces trois grandes races a pris naissance. Quelques-unes ont cependant des caractères spécifiques assez tranchés, assez permanents pour constituer des sous-races particulières.

 

Ce sont: