Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 361

Toutes les langues agglutinantes, même celles entre lesquelles il est impossible de supposer une parenté, présentent un même mode de formation grammaticale, qui caractérise un stage particulier dans le développement intellectuel de l’humanité et dans celui de son langage. Mais l’affinité morphologique, la parité de mécanisme est surtout étroite entre les deux familles dravidienne et altaïque.

Elles ont aussi en commun, sinon l’harmonie vocalique formelle, qui n’est soumise à des règles fixes et constantes que dans la seconde, du moins une tendance générale à l’harmonisation euphonique de la vocalisation, avec une tendance non moins marquée à éviter les rencontres de deux consonnes, et à terminer toujours le mot fondamental ou radical par une voyelle. Il est donc bien difficile de ne pas les grouper ensemble dans une section particulière de la grande classe d’idiomes à laquelle elles appartiennent. Mais le lien incontestable qui les unit est-il celui d’une simple analogie résultant de la conformité des procédés de l’esprit humain dans les différentes races de notre espèce, ou bien celui d’une parenté réelle, qui permette de les faire découler d’une commune origine, possible à restituer par la science? C’est là une question qui, ainsi que nous l’avons déjà dit, reste pendante, sans que l’on puisse encore prévoir dans quel sens le progrès des études la résoudra définitivement. La théorie touranienne, à laquelle M.

Max Müller a attaché son nom, et que le grand linguiste d’Oxford persiste à maintenir, en dépit des dénégations d’un poids si considérable qu’elle a rencontrées de la part de Pott, de Schleicher et de M. Whitney, la théorie touranienne admet la parenté formelle et la communauté d’origine. Mais elle n’est pas parvenue jusqu’à présent à la démontrer, à rapprocher d’une manière scientifiquement acceptable les éléments qui constituent le fonds même des deux familles en question. À plus forte raison la démonstration n’est-elle pas faite dans le sens de ceux qui, outrant la théorie en question, vont jusqu’à vouloir rattacher à une même souche, sous le nom de langues touraniennes, non seulement les idiomes dravidiens et altaïques, mais ceux des familles malayo-polynésienne et caucasienne, et aussi le basque. À

mesure que l’on élargit ainsi la donnée du touranisme, on la rend plus invraisemblable, plus difficile à accepter à une sévère critique. Elle échappe au domaine des réalités positives de la science pour passer dans celui des hypothèses, ingénieuses peut-être mais indémontrables. Le problème est plus sérieusement posé quand il se restreint à la parenté ou à la simple analogie des 362 langues dravidiennes et altaïques entre elles, puis de leur parenté commune ou de la parenté de chacune de ces familles séparément avec le thibétain, qui prête à certains rapprochements dignes d’attention avec elles, bien que demeuré à l’état monosyllabique et n’étant pas encore entré dans le stage de l’agglutination. Ici la thèse affirmative n’est aucunement prouvée, car il ne suffit pas d’une similitude morphologique pour établir la parenté réelle de deux langues, et dans l’état actuel des études le matériel phonique des idiomes dravidiens et altaïques, et leurs racines, demeurent irréductibles. Mais d’un autre côté, on ne saurait non plus écarter cette thèse par une dédaigneuse fin de recevoir et tenir son impossibilité pour prouvée; car elle a, au contraire, en sa faveur des présomptions d’une certaine valeur, et il faut nécessairement attacher une importance considérable à l’opinion de l’auteur de la Grammaire comparative des langues dravidiennes, de M. Caldwell, universellement reconnu pour le premier des dravidistes de l’Europe, lequel adopte énergiquement la théorie touranienne, limitée à ces données raisonnables. Le seul parti sage est donc de s’abstenir de porter un jugement dans cette question, qui reste indécise, et de se borner à enregistrer les deux théories de la parenté et de la distinction radicale comme ayant toutes deux un caractère scientifique et des raisons sérieuses pour les appliquer.

Lorsque les maîtres de la linguistique sont en désaccord, ce n’est pas dans un ouvrage comme celui-ci que l’on peut prendre parti et prétendre trancher le débat.

 

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Suivant M. Maury, les vues de M. Max Müller sur l’existence d’un vaste ensemble de langues touraniennes, apparentées par une communauté d’origine quoique divisées en familles profondément différentes, seraient «corroborées par les recherches d’un ethnologiste éminent, M. H.-B. Hodgson, sur les langues horsok, parlées par les tribus nomades du Thibet septentrional, les langues si-fan, parlées par les populations appelées Sokpa, répandues au nord-est du Thibet, dans le Koko-noor, le Tangout, et d’autres qui s’avancent jusque sur les frontières de la Chine, les Amdo, les Thochu, les Gyarung et les Manyak, tous idiomes confinant à la fois aux langues indo-chinoises, thibétaines, dravidiennes, ougro-japonaises et caucasiennes, et pouvant être regardés comme établissant le passage entre ces diverses familles linguistiques.

L’étude de leurs grammaires y a fait même découvrir des affinités avec les langues tagales (de la famille malayo-polynésienne). Le 363 gyarung notamment, dont le verbe a conservé les formes les plus archaïques, donne une main aux langues de l’Archipel indien et l’autre aux langues du Caucase; il se lie au thakpa, au manyak et par suite à toute la formation linguistique du sûd-est; par le thochu, le horpa, le sokpa, il pousse une pointe, à travers le Kouenlun, jusque dans le domaine des langues ougro-sibériennes. M.

Hodgson a signalé dans le gyarung une tendance harmonique et un système analogue à celui des postpositions qui caractérise toute la famille ougro-japonaise. D’autre part, le sokpa tient au mongol par l’eulet, et le horpa se rapproche du turc.»

 

Ici encore nous enregistrons sans nous prononcer. Nous nous bornerons à remarquer que ces observations, dont il faut tenir un compte très sérieux, ne portent cependant jusqu’ici que sur des analogies morphologiques, mais non sur la question essentielle de la comparaison des racines et de leur réductibilité.

 

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Des éléments nouveaux et d’une grande importance seront très probablement introduits dans le débat de ce grand problème linguistique par une connaissance, plus approfondie qu’elle ne peut l’être aujourd’hui, des langues auxquelles nous restreignons dans ce livre l’appellation de touraniennes, faute d’une meilleure désignation à leur appliquer. Ce sont les idiomes nettement agglutinants, morts depuis des siècles, qui se parlaient au temps de la haute antiquité dans la région à l’est de la Mésopotamie, c’est-à-dire dans la Médie et la Susiane, et aussi dans la Babylonie et la Chaldée, concurremment avec l’assyrien de la famille sémitique. Ces idiomes, dont la connaissance est encore imparfaite, mais dont les principaux caractères grammaticaux sont déjà sûrement établis, nous ont été révélés par le déchiffrement des inscriptions cunéiformes anariennes, dont une partie est rédigée dans l’un ou dans l’autre. Ils constituent une famille parfaitement définie, dont l’unité est assurée par une communauté de racines qui se discerne déjà clairement, et par une analogie sensible dans la morphologie. Mais cette famille se subdivise à son tour en deux groupes qui ne sont point parvenus au même degré de développement grammatical, qui sont l’un envers l’autre dans une position très semblable à la position réciproque des langues turques et tongouses dans la famille altaïque.

 

Le premier est le groupe médo-susien, dont nous connaissons déjà quatre idiomes, assez étroitement apparentés entre eux pour que 364 l’on puisse hésiter sur la question de savoir si on ne devrait pas les définir comme quatre dialectes d’une même langue: Le proto-médique, langage de la population anté-aryenne de la Médie, qui se maintint dans l’usage même après la conquête du pays par les Iraniens, et qui fut mis au nombre des langues officielles de la chancellerie des rois de Perse de la dynastie des Achéménides, admis même à tenir le second rang dans leurs inscriptions cunéiformes trilingues; Le susien, dont l’étude est moins avancée, idiome des vieilles inscriptions indigènes de Suse et de son voisinage; on en possède quelques monuments d’une antiquité très reculée; mais la plupart de ceux qui ont été recueillis jusqu’ici appartiennent aux VIIIe et VIIe siècles avant l’ère chrétienne; L’amardien, dialecte très rapproché du susien, dans lequel sont conçues les inscriptions cunéiformes de Mal-Amir; Le kasschite ou cissien, langage du peuple de ce nom qui fournit, près de vingt siècles avant notre ère, une dynastie royale assez longue à la Babylonie; nous ne connaissons de cette langue, encore apparentée de fort près au susien, que d’assez nombreux noms propres; une tablette cunéiforme du Musée Britannique en contient une liste, dans laquelle ils sont accompagnés de leur traduction en assyrien.

 

De ces quatre idiomes, le proto-médique est le seul dont on connaisse le système grammatical d’une manière un peu complète; il a été définitivement élucidé par les récents travaux de M. Oppert.

Sa structure offre une très frappante analogie avec celle des langues turques et se montre aussi régulière. Le langage est ici parvenu juste au même degré de développement de l’agglutination.

 

L’idiome accadien ou sumérien, car les savants varient au sujet de l’application, de l’un ou de l’autre de ces noms, et il serait peut-être plus exact de l’appeler suméro-accadien, forme à lui seul la seconde division de la famille ou groupe chaldéen; on entrevoit, du reste, des variations dialectiques dans les textes qui en sont parvenus jusqu’à nous. C’est la langue du vieil élément non-sémitique de la population de la Babylonie et de la Chaldée.

L’accadien ou suméro-accadien est un langage qui s’est fixé de très bonne heure, que l’adoption de l’écriture dès une très haute antiquité a comme cristallisé, de même que le chinois, à un état de grammaire remarquablement primitif, dans le premier stage de 365 l’agglutination, quand il conservait encore de nombreuses traces de l’état isolant et rhématique. Les radicaux monosyllabiques y restent très nombreux, et une grande partie de ceux qui se présentent avec une forme dissyllabique ou polysyllabique se laissent clairement reconnaître comme des composés de monosyllabes agglomérés. Nulle distinction de radicaux verbaux et nominaux; les mots fondamentaux sont susceptibles d’exprimer indifféremment ces deux formes de l’idée, et ils ne se déterminent dans telle ou telle catégorie du langage que par la déclinaison ou la conjugaison. Les suffixes des cas de déclinaison sont des radicaux attributifs, qui restent parallèlement en usage dans les textes avec leur signification propre. Le verbe développe de nombreuses voix dérivées par l’addition de particules monosyllabiques ou dissyllabiques, qui sont aussi des radicaux attributifs. Ce qui est particulier au suméro-accadien parmi toutes les langues connues et qui peut être considéré comme la marque certaine d’un état singulièrement ancien de grammaire, ce qui le caractérise comme une langue figée par l’écriture à une période encore imparfaite de sa formation morphologique, c’est l’incertitude du mode d’agglutination au radical de ces particules formatives des voix ainsi que des pronoms sujets et régimes constituant la conjugaison.

Celle-ci peut être, en effet, indifféremment prépositive ou postpositive. Cependant la conjugaison par voie de préfixation des pronoms et des particules formatives est la plus habituellement employée.

 

En même temps que sa grammaire est restée à cet état primitif et imparfait, l’accadien ou suméro-accadien nous apparaît, dans les textes assez nombreux que nous en possédons, comme une langue déjà vieille, qui dans un long usage a subi d’une manière profonde l’action de tendances à l’altération phonétique. Ainsi ses mots radicaux, quand ils se montrent isolément et à l’état absolu, sans être munis de suffixes, offrent presque toujours une usure qui en a effacé la partie finale, la dernière consonne, quand ils étaient dissyllabiques ou se terminant par une consonne. C’est seulement suivis d’un suffixe qu’ils reprennent leur forme complète, le suffixe ayant ici un rôle conservateur et nécessitant la réapparition de l’articulation qui se corrode et disparaît dans l’état absolu.

 

Cet idiome est soumis à une loi d’harmonie vocalique incontestable, bien qu’imparfaite, qui le rapproche d’une façon marquée des langues de la famille altaïque.

 

Morphologiquement, les deux groupes des langues auxquelles nous 366 réservons ainsi spécialement le nom de touraniennes, offrent une analogie étroite avec les langues altaïques et les langues dravidiennes. Ceci coïncide avec le fait que l’aire géographique dans laquelle nous en constatons l’usage aux siècles de l’antiquité touchait d’un côté, au nord, vers la Caspienne, au domaine des idiomes altaïques, et de l’autre côté, au sud, par la Susiane, au domaine des langues dravidiennes, qui s’étendaient à cette époque reculée sur le littoral gédrosien et carmanien de la mer d’Oman.

Mais de cette analogie de structure et de mécanisme peut-on conclure à une parenté réelle, impliquant une commune origine?

Cette parenté existe-t-elle seulement avec l’une ou avec l’autre des deux familles à l’égard de qui il y a analogie? ou bien doit-on l’admettre avec les deux, de telle façon que les langues touraniennes formeraient le chaînon entre les altaïques et les dravidiennes, de même que leur habitat géographique était intermédiaire? Ce sont là autant de questions qui sont aujourd’hui posées, mais non résolues. La science linguistique est amenée à en aborder dès à présent l’examen, et le sera de plus en plus à mesure que la connaissance de ces idiomes, en progressant, mettra plus d’éléments à sa disposition. Mais ce que l’on peut déjà dire, c’est que la comparaison des langues touraniennes anciennes avec les langues altaïques, d’une part, et les dravidiennes, de l’autre, est nécessaire et scientifiquement justifiée, à condition qu’on y procède avec une sage méthode. Elle est, du reste, tout spécialement délicate et difficile, puisqu’on est obligé d’y mettre en parallèle des idiomes dont les monuments les plus récents datent de plusieurs siècles avant notre ère, et d’autres que l’on ne connaît que sous leur forme contemporaine ou dont, tout au plus, on n’a pas de texte remontant de plus de 5 ou 600 ans avant le siècle actuel; des idiomes entre lesquels existe, par conséquent, un énorme hiatus dans le temps. Ce serait à faire croire, au premier abord, que toute comparaison est impossible, si l’on ne constatait pas, pour celles des langues altaïques et dravidiennes dont on possède des monuments vieux de plusieurs siècles, qu’elles n’ont presque subi aucun changement sensible pendant cette période de temps, et qu’elles sont donc douées d’un privilège d’immobilité tout à fait à part, que l’on ne rencontre au même degré que chez les langues sémitiques ou syro-arabes. Et cette immobilité presque absolue est encore attestée par leur structure même, où se lit la certitude de leur fixation, presque absolument à l’état où nous les voyons encore aujourd’hui, dès une date assez reculée pour être 367 tenue comme contemporaine des monuments, venus jusqu’à nous, des antiques langues agglutinantes de la Médie, de la Susiane et de la Chaldée.

 

Jusqu’à présent on a tenté de pousser aussi loin que le permettait l’état des connaissances les rapprochements entre ces langues touraniennes et les langues altaïques. On a pu constater ainsi, non seulement de frappantes similitudes dans la morphologie grammaticale, mais la communauté des pronoms et d’un certain nombre de racines. Mais en même temps on s’est heurté à des divergences d’une incontestable gravité, surtout en ce qui touche au mécanisme du verbe suméro-accadien. On ne saurait donc encore prononcer de conclusions définitives et formelles au sujet de la question de parenté. Toute conclusion de ce genre sera d’ailleurs prématurée, tant qu’on n’aura pas également abordé la voie des comparaisons avec les langues dravidiennes. Et sous ce rapport rien n’a encore été fait. On n’a que l’assertion de M. Caldwell, qui affirme avoir relevé des affinités considérables entre le proto-médique et les idiomes objets de ses constantes études, mais sans en fournir de preuves suffisantes.

 

Ici donc nous nous trouvons une fois de plus en présence d’un problème ouvert, mais non tranché jusqu’à ce jour, et qui ne le sera pas d’ici à longtemps. Mais—je reviens encore sur ce point pour bien préciser ma pensée, de telle façon que le lecteur et la critique ne puissent pas s’y méprendre—toutes les fois que j’emploierai dans cet ouvrage l’expression de langues touraniennes, ce sera pour désigner spécialement et exclusivement ces langues agglutinantes de la portion orientale de l’Asie antérieure, de même que sous le nom de Touraniens j’entendrai uniquement les peuples qui les parlaient. Et en agissant ainsi je ne prétendrai pas préjuger, au delà d’une simple probabilité, la question de leur parenté d’origine avec les Altaïques ou les Dravidiens, non plus que je ne prendrai parti pour ou contre la théorie touranienne de MM. Bunsen et Max Müller.

 

§ 5.—LES LANGUES ‘HAMITIQUES

 

Abordons maintenant la classe des langues à flexions, dont nous avons indiqué déjà plus haut les caractères généraux et la division en trois grandes familles.

 

En les classant par ordre de l’ancienneté de leurs formes, en commençant par celle dont le système grammatical est resté le plus 368 rudimentaire et le moins développé, le premier rang doit, sans aucune contestation possible, appartenir à la famille des idiomes ‘hamitiques ou égypto-berbères.

 

Celle-ci se divise en trois groupes: égyptien, éthiopien et libyen.

 

Le premier groupe a pour type fondamental l’égyptien antique, retrouvé dans le déchiffrement des hiéroglyphes, si longtemps enveloppés de mystères, par Champollion et ses successeurs. C’est de toutes les langues du monde celle dont on possède les monuments écrits les plus anciens. Quelques siècles avant l’ère chrétienne, la langue des âges classiques de la monarchie des Pharaons n’était plus qu’un idiome savant et littéraire, qu’on écrivait encore mais qu’on ne parlait plus. S’altérant par un effet forcé du temps, elle avait produit le dialecte populaire dans lequel sont rédigés les documents en écriture démotique, contemporains de la domination perse et de la monarchie grecque des Lagides. Un pas de plus dans la voie de l’altération donna, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, naissance au copte, que l’on prit l’habitude d’écrire avec des lettres grecques auxquelles furent joints quelques signes empruntés aux formes cursives de l’ancienne écriture nationale. Le copte, à son tour, se conserva en usage jusqu’au XVIIe siècle de notre ère, date où il a définitivement disparu devant l’arabe, ne restant plus qu’à l’état de langue liturgique pour les chrétiens indigènes de l’Égypte. Ce ne sont pas là, du reste, trois langues différentes qui se sont enfantées l’une l’autre, comme le latin a enfanté les langues néo-latines. Ce sont trois états successifs d’une même langue, dont on suit l’histoire pendant au moins six mille ans; et ce qui est vraiment surprenant, c’est de constater combien elle a peu changé dans la durée d’une aussi énorme période de temps.

 

Le groupe éthiopien est constitué par les langues parlées entre le Nil Blanc et la mer, le galla et ses différents dialectes, le bedja, le saho, le dankâli, le somâli, qu’il importe de ne pas confondre avec les idiomes sémitiques ou syro-arabes de l’Abyssinie. Linguistiquement et géographiquement, le bischarri fait le lien entre ces langues et l’égyptien. Il paraît être le dernier débris de l’idiome antique dans lequel sont conçues les inscriptions hiéroglyphiques et démotiques des Éthiopiens de Méroé.

Mais presque rien n’a encore été fait pour le déchiffrement et l’étude de cet idiome antique, et dans les recherches comparatives de la science du langage, le groupe n’est encore représenté que par des langues modernes.