Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 290

Ce dernier nom nous éloigne donc de la Syrie méridionale, mais non pour nous amener dans la Syrie du nord, qui reste absolument en dehors de la descendance d’Aram, dans le tableau du chapitre X de la Genèse. Pour cette dernière région, c’est Loud qui l’y représente. C’est, en effet, de ce côté que la situation dans laquelle Loud est mentionné entre les fils de Schem, nous oblige à le chercher; et les généalogies traditionnelles des Arabes nous confirment dans cette voie, en faisant, dans quelques-unes de leurs versions, de Loud un fils d’Aram. Ces généalogies n’ont pas, sans doute, une bien grande autorité; cependant ici elles ne sauraient être absolument méprisées, car elles nomment Pharis

comme un fils de Loud ou Laoud, et dans le seul passage biblique où il soit encore question du peuple asiatique de Loud[139], il est associé à Paras comme fournissant tous deux des mercenaires aux armées de Tyr. Mais ce qui est bien plus sérieux et qui doit entrer au premier rang en ligne de compte pour la solution du problème des deux derniers fils de Schem, c’est que les monuments égyptiens donnent le nom de Routen à l’ensemble des peuples connus plus tard sous l’appellation générique d’Araméens.

Ils distinguent, du reste, ces peuples en deux groupes sous leur nom commun: le Routen inférieur ou Khar[140] qui correspond à l’Aram du tableau ethnographique de la Genèse, en y joignant le pays de Kena’an ou la Palestine; le Routen supérieur, auquel appartient, du reste, plus spécialement et plus en propre le nom de Routen, et que désigne ce nom quand il est employé absolument.

C’est la Syrie du Nord, entre la vallée de l’Oronte et l’Euphrate, avec la partie ouest de la Mésopotamie septentrionale, jusqu’à la frontière des Assyriens. Voilà le Loud de la Genèse, et il faut hésiter d’autant moins à l’y reconnaître que, dans la famille de Miçraïm, nous avons vu la forme biblique correspondre déjà à l’égyptien Rot=Loud; or, le Loud, fils de Schem, est exactement dans le même rapport philologique et phonétique avec le Rout-en, Lout-en des documents hiéroglyphiques, sauf l’addition à ce dernier d’une désinence en n, qui n’appartient pas à la constitution philologique du nom. Dans les sculptures des monuments égyptiens dont l’exécution est la plus soignée, il y a une différence sensible de figure et de costume sous le type commun de race entre les gens du Routen inférieur et du Routen supérieur ou du Khar et du Routen, différence qui justifie la distinction biblique entre Aram et Loud.

 

[Note 139: Ezech., XXVII, 10.]

 

[Illustration 314: Guerriers du peuple de Khar ou des Araméens méridionaux[2].]

 

[Note 2: Représentation égyptienne du temps de la XVIIIe dynastie, empruntée à l’ouvrage de Wilkinson.]

 

[Note 140: Ce nom égyptien de Khar est bien évidemment une corruption du sémitique A’har, «l’Ouest, le pays de l’Ouest,»

qui s’appliquait à l’ensemble de la Syrie et de la Palestine comme à la plus occidentale des possessions sémitiques.]