Histoire ancienne de l'Orient jusqu'aux guerres médiques (1/6) I. Les origines, les races et les langues

Chapitre 304

[Illustration 328: Captif nègre, représentation égyptienne[2].]

 

[Note 2: D’après les sculptures de Médinet-Abou.]

 

Or, de son temps on n’avait ni en Égypte, ni en Palestine, ni à Babylone aucune notion de l’existence des Chinois ou de la race rouge américaine. Les nègres, au contraire, étaient parfaitement connus. On en rencontrait sur tous les marchés d’esclaves de l’Asie; l’Égypte, sur laquelle l’écrivain sacré avait tant et de si sûres notions[146], les voyait surtout ramener par milliers à l’état de captifs dans ses cités et dans ses campagnes, à la suite des grandes razzias décorées du nom d’expéditions militaires, que les Pharaons poussaient périodiquement dans le Soudan; des représentations de vaincus de race noire étaient sculptées sur les murailles de tous ses temples; de nombreuses tribus de cette race, dans les régions du Haut-Nil, reconnaissaient sa suprématie politique et obéissaient aux gouverneurs qu’elle envoyait en Éthiopie. Sur plusieurs des points où s’étendaient leurs navigations, les Phéniciens abordaient dans des pays habités par des nègres et commerçaient avec eux. L’auteur du tableau ethnographique, si parfaitement renseigné sur les populations kouschites du Haut-Nil et de la côte orientale de l’Afrique, ne pouvait ignorer qu’elles étaient en contact direct avec les noirs.

Il est encore plus impossible de croire qu’il n’ait pas connu le système de l’ethnographie égyptienne, où les trois grandes races 305 des Rotou, des Âmou et des Ta’hennou ou Tama’hou correspondent si exactement, ainsi que nous l’avons déjà montré (p. 110), à ses trois races de ‘Ham, Schem et Yapheth, et que, par conséquent, il n’ait pas su que les nègres y formaient une quatrième race, sous le nom de Na’hasiou. Tout ceci rend inadmissible que ce soit par ignorance ou par omission qu’il ne les ait pas fait figurer dans son énumération des descendants des trois fils de Noa’h. On ne saurait douter que, s’il l’a fait, ç’a été volontairement et avec une intention formelle, bien que nous ne puissions pas l’expliquer avec certitude.

 

[Note 146: J’évite ici de tirer un argument de la rédaction mosaïque des livres du Pentateuque; il n’est pas nécessaire dans la question, et si la tradition religieuse affirme que Moscheh (Moïse) est l’auteur des cinq premiers livres de la Bible, on sait que cette tradition est aujourd’hui contestée d’une façon très sérieuse sur le terrain scientifique. Ce débat est d’une nature trop grave pour être tranché en passant et pour ne pas imposer une grande réserve, tant que l’on n’a pas exposé les raisons qui y font prendre parti dans tel ou tel sens. Nous l’examinerons dans le livre de cette histoire qui traitera des Israélites. Disons seulement dès à présent que, quelle qu’en soit la solution, cette question de date et d’auteur ne porte en réalité aucune atteinte à la valeur historique et religieuse, non plus qu’à l’inspiration des livres au sujet desquels elle est soulevée.]

 

[Illustration 329: J. Hansen Distribution géographique des races admises par les Égyptiens[1].]

 

[Note 1: Cette carte nous a paru utile à mettre en regard de celle où nous résumons l’ethnographie du chapitre X de la Genèse.

 

Les noms en lettres capitales sont ceux des quatre grandes races humaines admises par l’ethnographie des monuments pharaoniques.

Les noms en minuscules sont ceux des peuples que les Égyptiens représentent avec des traits étroitement analogues à ceux de leur propre race.]