Intouchable (Ou Pas)
CHAPITRE 9 Madison
CHAPITRE 9
Madison
Malgré les jours écoulés, j’ai toujours du mal à réaliser que j’ai palpé les bijoux de famille d’une star des podiums. Oui, car Internet m’a appris que Trevor n’est pas juste un voyou qui se la joue bad boy, mais bel et bien un mannequin de renommée mondiale. Ses parents vivent aux États-Unis où il est né. Et il a une sœur aînée. Il est mannequin depuis qu’il est bébé et engrange des contrats avec les plus importantes marques de prêt-à-porter, de parfumerie et autres. Toujours entre deux avions, sa vie me fatigue rien que de la lire.
Grâce aux informations complémentaires glanées sur Wikipédia, je sais désormais que Trevor Davies a 27 ans, et qu’il est célibataire (au grand soulagement de ses fans). Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de me demander : est-ce que les médias savent qu’il a une petite amie ? Et que je suis la pet-sitter du chien de cette dernière ? Qui pourrait concevoir que par un beau dimanche ensoleillé, je suis celle qui promène le chien d’une star ? Qui pourrait même imaginer une seconde que mes doigts ont palp…
Stoooop ! hurle mon cerveau.
Si je me remets à penser à notre secret, je risque l’implosion.
Surtout que j’ai rendez-vous au studio où bosse Trevor pour tenter de réparer la bourde du chat fugueur. L’animal n’ayant pas été retrouvé malgré les recherches intensives, le producteur s’est résolu à trouver un remplaçant et à porter plainte contre moi (oui, oui, vous avez bien lu !). Dans l’espoir d’arranger les choses, j’ai décidé de prouver que tout pouvait rentrer dans l’ordre avec un minimum de bonne volonté.
À mon arrivée, le colosse me laisse passer. Depuis ma dernière visite, il a retenu la leçon. Sans besoin de carte, je me dirige vers le plateau principal. Je vais finir par en connaître tous les recoins à force de m’y promener.
Je remarque attroupement de preneurs de son, de cameramen, d’assistants en tout genre et du réalisateur, coiffé de son éternelle casquette. Tous sont en train de discuter.
– Elle ne viendra pas.
– On ne peut pas annuler la séance d’aujourd’hui, ça va nous coûter des millions !
– Attendez, j’ai une solution !
Plusieurs paires d’yeux se rivent sur moi dans l’attente d’un surplus d’explications.
Avec un sourire, je lève la cage dans laquelle se prélasse Salem. Un courant d’air traverse l’atmosphère soudain tendue, puis c’est un soulagement général qui s’empare de tous. Il faut dire que mon chat en impose. Il est splendide, avec son poil soyeux et ses iris, deux émeraudes enchâssées dans du velours.
– Les gars, au boulot ! ordonne le réalisateur en tapant dans ses mains.
Tout le monde se met en mouvement d’un coup. J’ai l’impression d’avoir atterri dans une fourmilière. J’interpelle une femme pour lui demander de quoi il retourne.
– Il s’agit de Black, la chanson composée par Shane, le chanteur des Black Obsidian.
Waouh ! J’adore ce groupe ! Je raffolerais que Salem joue dans le clip ! Charge à moi de le motiver.
Sauf qu’il ne collabore pas du tout. Durant l’heure qui suit, je me plie en quatre pour satisfaire la moindre exigence du réalisateur, mais Salem s’en contrefiche. Il reste assis sur son derrière à regarder d’un œil circonspect tous ces humains qui s’agitent sans raison. À quatre pattes, je me faufile près de lui pour l’encourager.
Ce chat ferait n’importe quoi pour de la Vache qui rit. J’ai fouiné partout sur le plateau pour essayer d’en trouver. Malheureusement, personne n’en possède, et je n’ai pas le temps d’aller en acheter à la supérette du coin.
– Allez, Salem ! Tu peux le faire ! Tu n’as qu’à sauter sur le banc ici.
En digne représentant de la race féline, Salem prend le contre-pied exact de cet ordre. Il se détourne, grimpe sur mes épaules, s’installe autour de mon cou façon écharpe moelleuse et commence à ronronner bruyamment.
Le visage du réalisateur s’empourpre de nouveau. Il est au bord de l’apoplexie. Et moi, je suis morte de honte.
Je dois me rendre à l’évidence. C’est un ratage monumental. Je lui lance un regard assassin quand il se dirige dans sa caisse de transport sans que j’aie besoin de le lui demander. Allez savoir ce qui peut se passer dans cette cervelle féline.
Quoi qu’il en soit, il m’a trahie devant des centaines de personnes. Mon ego en prend un coup.
Quelle ingratitude !
La voix criarde du réalisateur s’élève :
– Coupez !
– Que fait-on ?
Un soupir las me répond. Mes doigts s’entortillent tellement sous l’effet de la nervosité que j’ignore si je parviendrai à enlever les nœuds que je suis en train de créer.
– Je suis désolée, je ne sais pas ce qui lui arrive. D’habitude, il est très docile. Je pense que c’est toute cette agitation autour de lui qui le perturbe.
– Ce ne sont pas vos excuses qui vont m’aider à boucler mon clip, bougonne le réalisateur. Je me demande comment vous n’avez pas songé plus tôt à vérifier que cet animal sache obéir !
Que puis-je lui rétorquer ?
J’en ai conscience du tout au tout. Je suis fautive. À cent pour cent !
Mon regard glisse alors vers Trevor, en quête de soutien. Les bras croisés, il demeure statique. Son expression ne reflète rien. Aucune émotion. Il n’éprouve pas la moindre envie de se porter à mon secours tandis que le réalisateur se lamente.
– Des centaines de milliers de dollars jetés par la fenêtre ! ronchonne-t-il en lançant ses papiers sur son bureau dans un geste empreint de colère.
– Peut-être pas…
Nos regards se dirigent sur Trevor.
– Tu as une solution ?
Avec un naturel confondant, il enveloppe les épaules du réalisateur et lui chuchote une suite de paroles rapides.
– Peter, et si…
J’ai beau me hisser sur la pointe des pieds, me pencher pour tendre l’oreille au risque de chuter, il m’est impossible de comprendre ce qu’ils se murmurent. Quand ils terminent leur aparté, je fais comme si de rien n’était alors que je suis dévorée par la curiosité.
Le réalisateur darde sur moi son regard.
– Oui. Pourquoi pas…
Il affiche une mine conspiratrice qui me fait redouter le pire. Pourquoi, tout à coup, est-ce que je me sens comme une souris devant un chat qui se pourlèche les babines ?
– Madison, vous savez que l’heure est grave, dit-il en posant les mains à plat sur son bureau.
– Oui.
– Et que vous avez ruiné notre production en intervenant de manière tout à fait déplacée.
– Euh oui…
– Et que tout cela nous fera perdre de l’argent.
– Oui, mais…
– Et, je suis certain que vous aurez à cœur de réparer vos torts.
– Oui, si je le peux, je…
– Vous feriez donc tout votre possible pour nous aider, n’est-ce pas ?
– Oui, mais…
Bon sang ! Est-ce qu’il va me laisser en placer une ?
– Parfait !
Ces mots sonnent comme un glas. Je ne sais pas exactement ce que je viens d’accepter, mais j’ai l’impression que je vais me jeter dans la gueule du loup.
– Millie ! hurle-t-il au point que mes tympans sont à la limite de l’implosion.
Une jeune femme, encombrée de papiers et d’au moins trois sacoches autour du cou, se précipite aussitôt. Apparemment, c’est son assistante. Ou sa boniche, vu comme il se permet de lui parler.
– Oui, monsieur !
Oh ! Une Française ! Je me sens soudain moins seule.
– Demande à l’équipe de Brian de s’occuper de la demoiselle. Harnachez-la pour la motion capture.
La quoi ? Est-ce qu’ils vont tenter une expérience étrange sur moi ? C’est déjà pénible à comprendre quand il s’exprime dans sa langue maternelle, mais alors quand il essaye de parler français avec cet accent à couper au couteau, je suis larguée. Complètement. Sans décodeur sous la main, je dois me fier à sa bonne foi.
– Vous êtes sûr, monsieur ? insiste l’assistante.
– Certain ! Si l’on veut limiter les dégâts, c’est la seule solution.
– OK !
Millie se tourne vers moi et me fait signe de la suivre. Je quitte la pièce en jetant un dernier regard à Trevor. L’ombre d’un sourire danse sur ses lèvres. Cependant, je n’ai pas le temps de m’appesantir sur ce détail. Impatiente, Millie agrippe ma main un peu brusquement et me force à lui emboîter le pas.
– Vous travaillez pour Brian depuis longtemps ? demandé-je en chemin, histoire de meubler le silence.
– Je bosse pour Rob, pas pour Brian. Et non, pour répondre à votre question.
– Je vois, vous êtes une stagiaire ? Une intérimaire ?
– Et alors ?
OK, un peu sensible, la fille !
Je souris.
– Ce n’était pas une critique ! Je suis admirative de votre capacité à vous adapter à ces gens. Je ne comprends pas la moitié de ce qu’ils disent.
Elle me conduit dans une caravane, à l’écart des autres.
– Ne bougez pas d’ici.
– OK.
En effet, moins de cinq minutes après, une femme au teint hâlé et aux cheveux noirs s’engouffre dans l’espace. Son sourire jovial est un baume sur mon cœur tourmenté.
Déposant des affaires sur une tablette, elle me montre une tenue pliée avec soin, emballée sous un film plastique. À une vitesse incroyable, elle me débite les instructions sauf que je ne bouge pas et la regarde d’un air hébété.
– Sorry, j’ai fait Allemand... euh… deutsch in the premier langage. At the school. I speak pas english correctly.
Mon Dieu, elle ne va rien comprendre à mon baragouinage. Peut-être qu’un dessin serait plus parlant. Dois-je me mettre en quête d’un crayon et d’une feuille de papier ?
– Oh ! s’exclame-t-elle, la bouche formant un O parfait.
Elle secoue la tête avec un large sourire.
– Sorry. Toi porter habit, articule-t-elle en désignant le tissu noir. For the motion. Pour le clip.
Je suis littéralement suspendue à ses lèvres. Quand l’information pénètre mon cerveau, je suis ravie de constater que j’ai plus ou moins compris ses directives.
– Vous voulez que je mette ça ?
– Yes !
– Bon, si ça peut aider.
Il me semble inévitable que je doive me dévêtir pour passer cette tenue. La maille est fine, et pourtant opaque.
Nom de non ! Qu’est-ce que c’est que ce truc ? Une gaine ?
Je dois me tortiller pour enfiler ce qui s’avère être une combinaison d’un noir profond. On dirait que j’ai une seconde peau. C’est à la fois incommodant et confortable. J’esquisse plusieurs mouvements pour tester la solidité du tissu et il semble résistant à toute épreuve.
– Miss, it’s good! You peux venir ! Ah merde, comment on dit déjà ? Ah oui ! You can come !
Moins de deux secondes plus tard, la tête de la jeune femme apparaît. Elle tend les deux pouces en avant dans un geste de triomphe. A priori, j’ai fait ce qu’il fallait.
Ensemble, nous sortons de la caravane. J’ai l’impression de faire partie d’un commando d’élite alien avec cette tenue.
Je remarque Trevor. En un clin d’œil, je lui saute dessus. Il ne paraît pas surpris de me voir habillée de la sorte.
– Qu’est-ce que je dois faire ? Pourquoi on m’a demandé d’enfiler cette combinaison moulante ?
Il me lance un regard inquisiteur. Ses yeux partent de mes pieds et remontent jusqu’à mon visage. Visage qui doit osciller entre le blanc blafard de l’appréhension et le rouge tomate de la honte.
– On va te poser des capteurs sur le corps. Ils vont enregistrer tes mouvements. Tu as obtenu le rôle principal. Félicitations !
Le temps que ses paroles gagnent mon cerveau, je m’écrie :
– Mais je ne suis pas un chat !
– Tu devras faire comme si.
– Ça t’amuse, hein !
– Pas du tout. Tu peux toujours refuser. Mais dans ce cas, il faudra que tu te débrouilles pour rembourser les dégâts que tu as occasionnés sur le plateau.
Je marmonne toute seule en lui lançant une œillade assassine. Il sait que je ne dispose pas d’une telle somme. Je baisse les yeux sur ma tenue.
– J’ai l’impression de ressembler à Gollum.
– Quand on cherche bien, on trouve un petit air de famille, se moque-t-il.
Lèvres pincées, je me tourne et attends avec patience ma mission. Rob me fixe d’un air fermé. Derrière lui, son assistante multi-tâches me dévisage avec un sérieux qui me ferait presque peur. Mais passons… Pour éviter plainte et remboursement, je suis prête à donner le meilleur de moi-même.
Ce qui fait que je me retrouve à prendre des postures improbables, souvent à quatre pattes (n’y voyez rien de salace...)
– Lance-moi un regard passionné, exige Trevor.
Je m’approche en plissant les yeux, le nez froncé.
– Non, non, non ! On dirait que tu as des problèmes de vue ou que tu vas éternuer.
Je grimace. J’espère que ce n’est pas à cause de moi.
– C’est pas un peu chelou, votre truc, là ? Depuis quand un chat doit faire ça ? ironisé-je en sentant tout mon corps devenir fébrile.
Quel traître, celui-là…
Je proteste pour la forme parce qu’il faut avouer que Trevor est canon. Seulement, je suis expansive et d’une nature affectueuse, alors que lui est aussi démonstratif qu’une moule. Mais ne dit-on pas que les contraires s’attirent ? Et qui se ressemble s’assemble…
Foutus dictons !
Quand la journée se termine, je suis éreintée. Je rêve de prendre un bain et de me faire masser. Trevor me rejoint une fois que je suis de nouveau présentable.
– Allez, viens, je te paye un verre. Tu l’as mérité.
Je regarde autour de moi pour être sûre qu’il s’adresse à moi.
– Tu m’invites ?
– Oui, c’est à toi que je parle, dit-il en se penchant pour me fixer.
– Vraiment ? Ce n’est pas encore un de tes coups foireux ?
– Promis !
La raison me pousse à refuser. Me montrer en public avec Trevor constitue une gageure que, pour une fois, je ne suis pas certaine de vouloir relever. Mais, je décide de passer outre mes atermoiements.
Situé en limite d’Orléans, le Golden Boy (tout un programme !) arbore un style résolument moderne. On sent d’emblée que les clients pèsent lourd en termes de fortune. C’est la première fois que je viens dans un bar aussi select. Rien à voir avec les cafés du coin. Non, ici, j’ai même du mal à poser mes fesses sur les tabourets tellement ils sont travaillés.
Je reporte mon attention sur ma tenue. Jean et tee-shirt : de toute évidence, l’accès à ce club dépend davantage du statut social que de la garde-robe. Et de toute façon, Trevor est avec moi et lui est toujours superbe, quoi qu’il porte. D’ailleurs, il ne semble pas dérangé par cette atmosphère luxueuse. Je suppose qu’il a l’habitude d’évoluer dans de tels endroits à cause de son métier. Accoudée au bar, je le regarde commander, puis s’éloigner en direction des toilettes. Ça me fait drôle de me retrouver ici avec lui. Comme si nous étions un couple. Attends ! Est-ce qu’il s’agit d’un rencard ?
Je suis si perturbée que je saisis le premier verre qui me tombe sous la main et le bois cul sec.
– Mademoiselle ! s’exclame le barman avec de grands yeux. Ce n’est pas à vous !
La bouche grande ouverte, je dois papilloter des paupières pour en chasser les larmes qui les envahissent.
– Nom d’un chien, c’est quoi, ce truc ?
– Vodka, me renseigne-t-il.
– Donnez-moi de l’eau, par pitié ! Un jus de fruits, ou une grenadine, que je puisse étouffer l’incendie dans ma gorge !
Il s’exécute aussitôt. Je jette un coup d’œil aux environs. Pas de trace de Trevor. Une aubaine !
– Un negroni, un ! lance quelqu’un près de moi.
Je pivote quand le barman pose un verre. Celui qui se trouve sur le bar doit être pour moi. Avec sa jolie couleur rouge, c’est sans aucun doute la grenadine que j’ai demandée. Sans attendre, je le vide d’un trait.
Ma gorge se transforme en torrent de lave. Je saisis le bord du bar à deux mains tandis que de la fumée sort de mes oreilles. Comme dans les dessins animés.
– Mademoiselle, vous allez bien ?
Je lève un pouce.
– Vous venez d’ingurgiter un mélange gin-vodka, explique-t-il.
Pas étonnant que mon corps entier soit parcouru par une vague de chaleur. On va me prendre pour une pochetronne !
– Tout va bien ? demande la voix de Trevor près de moi.
Je me fige. Quand on parle du loup… Comme il marque une pause, j’ai tout le loisir d’admirer ses yeux envoûtants. Son sourire est si beau que je le dévisage à la manière d’une idiote.
– Madison, que se passe-t-il ?
Comme je demeure incapable d’aligner trois mots cohérents, le barman le renseigne avec obligeance.
– OK, tu as assez bu, dit-il en glissant son bras autour de mes épaules. C’est terminé, le bar est fermé.
– Quoi ? m’étonné-je. Ils sont à court de grenadine, tu crois ?
– Oui, tu as tout sifflé.
– Rhoo non ! Pour une fois que je m’amuse !
Un hoquet m’agite et fait remonter dans ma gorge un drôle de goût.
– Je crois que je vais vomir.
– Pas sur moi, s’il te plaît !
Tandis que nous quittons l’intérieur, je me libère de son étreinte et darde sur lui un index curieusement tordu. Depuis quand est-ce que je souffre de rhumatisme ?
Je secoue la tête et pointe Trevor, toujours impassible.
– Pour être franche, une relation avec toi ne m’intéresse pas. Je sors d’une année extrêmement pénible sur le plan sentimental. Et n’oublie pas que j’ai palpé tes coucougnettes. Tout ça pour te dire que je…
Oups ! je ne sais plus ce qui doit suivre. En fait, c’est très difficile pour moi de penser tout court. Je glousse. Les yeux de Trevor sont d’un bleu si profond, m’observent de façon si intense… J’ignore ce qu’il lit dans les miens, mais l’alcool aidant, je dois avoir l’air d’une pauvre fille. Or, je refuse de me laisser submerger par le trouble qu’il provoque en moi.
Je lui accroche la main pour l’empêcher de se détourner.
– Dis donc, toi, arrête de me regarder comme si tu me jugeais ! Si tu te décidais plutôt une bonne fois pour toutes à m’embrasser !
Ça, c’est tout moi !
Sous l’emprise de l’alcool, je n’ai plus rien d’une jeune femme réfléchie et avenante. Je suis une dévergondée ! Voilà. C’est pour cette raison que j’évite de boire.
Comme il ne bouge pas et me fixe avec une sorte de pitié qui me fouette le sang, je choisis de lui donner une bonne leçon. Je m’agrippe au revers de sa veste et pose mes lèvres sur les siennes. Elles sont douces, fermes et veloutées. Il vacille sous mon assaut. Toutefois, il ne me repousse pas. Encouragée, je me plaque contre lui et noue mes bras autour de son cou.
Je n’ai encore jamais embrassé un homme ainsi. J’ignorais même être capable de prodiguer un tel baiser. Langoureux, sensuel et intense. Quand il réagit enfin et pose ses mains sur ma taille en se mettant à explorer ma bouche, approfondissant son baiser de seconde en seconde, je sens le sol se dérober sous moi.
Un petit gémissement monte de ma gorge. Éperdue de désir, je me laisse emporter par la passion. Cette magie du moment qui me permet d’être audacieuse.
Et cet homme me rend dingue. Tout en lui attise mes sens : son parfum, sa peau, son goût… Quand nous devons mettre fin au baiser faute d’oxygène, j’ai les lèvres gonflées et les jambes en coton. Et ma libido en mode thermostat maximal.
– C’était…. Waouh ! m’exclamé-je en riant.
– Quel spectacle ! lance une voix près de nous.
Quand je tourne la tête et m’apprête à hurler, les mots s’étranglent dans ma gorge. Une dizaine de personnes en terrasse nous observent avec des étoiles au fond des yeux.
Je pique un fard et deviens écarlate jusqu’à la pointe des cheveux (oui, c’est possible !). Je me promets intérieurement de ne plus jamais embrasser un homme sans vérifier les alentours. C’est bien trop gênant.
– J’ai la tête qui tourne, murmuré-je.
Pas que… mon estomac se rebelle aussi…
– On s’est juste embrassés, rien de plus.
Il affirme ça comme s’il avait besoin de se convaincre qu’il n’y avait effectivement rien d’autre. C’était pourtant un baiser bien passionné pour un homme qui se prétend si indifférent. Voilà néanmoins qui va m’aider à combattre le désir qui enflamme mon bas-ventre.
– Viens, je te raccompagne. Il est temps de rentrer.
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