Intouchable (Ou Pas)

Delman · Chapitre 4 sur 35

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Intouchable (Ou Pas)

CHAPITRE 3 Madison

CHAPITRE 3

Madison

 

Quand j’ai dit que je ne voulais pas le revoir, j’étais sérieuse.

Sauf que le lendemain après-midi, je me retrouve au milieu du salon avec lui, puisque Julianne ne veut que moi pour s’occuper de Barry…

Elle gagatise sur son Trevor, raide comme la justice à côté d’elle.

– N’est-il pas adorable ? dit-elle en lui pinçant les joues comme à un gamin alors qu’il la dépasse d’au moins vingt centimètres.

Un sourire malicieux et revanchard s’ébauche sur mes lèvres jusqu’à ce que je croise le regard assassin de ce charmant Trevor. Décidément, rien ne peut émouvoir ce mec. Toujours aussi froid. Et puis adorable, ce n’est pas le qualificatif que j’aurais choisi. Non, plutôt grincheux. Prétentieux. Désagréable…

Un connard, quoi !

Julianne se retourne vers moi, les yeux grands ouverts. Tout comme sa bouche. C’est alors que je réalise que je viens de m’exprimer à haute voix. Oui, j’ai clairement traité l’homme que je suppose être le petit ami de ma patronne de « connard ».

Foutu cerveau ! Foutue langue !

De toute évidence, mon franc-parler finira par me causer de gros ennuis.

– Je… je faisais allusion à un sale type qui a essayé de donner un coup de pied à Barry tout à l’heure.

– Un coup de pied à mon trésor ! s’exclame-t-elle, oubliant sur-le-champ ma vulgarité.

Dans ma tête, un mini-moi se met à danser. Je suis soulagée de ce retournement de situation. Grâce à mon ingéniosité, j’ai pu détourner son attention. Normal, Barry compte énormément à ses yeux. Elle ne supporte pas l’idée qu’on puisse vouloir lui faire du mal. Un stratagème qui fait ses preuves aujourd’hui. Je suis ravie d’avoir si bien su cerner ma cliente.

Même si mon enthousiasme est douché par l’aura glaciale qui émane de l’homme debout près d’elle.

Oups ! je l’avais presque oublié, celui-là.

Trevor ne me quitte pas des yeux. S’il avait des mitraillettes à la place, je crois que je serais morte à ses pieds.

Je me retiens de lui tirer la langue. Je suis une jeune femme mature. Je ne m’abaisserais pas à ce genre de comportement infantile. Non, un doigt d’honneur serait bien plus percutant…

Mais j’ai déjà commis assez de bévues ces derniers temps. Mieux vaut faire profil bas et éviter les ennuis supplémentaires.

Ma mission promenade terminée, je balbutie quelques salutations courtoises et quitte l’appartement. Barry était mon dernier « client ».

Une fois à l’extérieur, je bascule la tête en arrière et laisse un long râle fuser de ma bouche.

Maintenant, direction le bureau !

 

Avec sa façade en briques claires et sa porte rouge foncé banale, l’agence ne se distingue en rien des autres maisons avoisinantes. Il n’y a que l’enseigne et la plaque qui renseignent les promeneurs.

Youpianimo a été créé par ma patronne Donna, une cinquantenaire quelque peu exubérante et un chouia difficile à suivre émotionnellement. Cette plantureuse Africaine au sourire éblouissant est un amour. Son seul défaut est d’alterner les joies béates et la seconde d’après une dépression carabinée. Vous voyez le genre ?

Ça ne m’empêche pas de beaucoup l’apprécier. Au fil des jours, elle est même devenue une amie. Presque une seconde maman.

– Salut, c’est moi ! lancé-je en entrant.

La clochette tinte à mon passage. Assise à son bureau, encadrée par des piles de papiers qui vacillent dangereusement, Donna me lance un regard intrigué par-dessus ses lunettes.

– Alors, bonne journée ? demandé-je avec un sourire.

– Excellente. Les affaires marchent bien... Et toi ? Tu as réussi à faire tout ce que tu voulais cette semaine ?

Je meurs d’envie de lui raconter ma mésaventure de la veille dans la ruelle, mais je n’en ai pas le courage. Je me contente donc de résumer par une phrase bateau.

– Super !

Mais on ne la fait pas à Donna. Elle dispose d’un radar intégré qui s’agite dès que quelqu’un cache un secret.

– Tu te sens bien ?

Ses capacités d’observation me déstabilisent.

– Oui, je suis fatiguée. J’ai l’intention de me coucher tôt.

– Tu as l’air tendue.

Pourquoi, pourquoi donc faut-il qu’elle se montre aussi attentive justement aujourd’hui ?

– Vraiment ?

Un peu léger, comme réponse. J’en conviens. Mais c’est la seule que j’ai en réserve. Donna pose son stylo sur l’unique coin de bureau qui ne soit pas enseveli sous une tonne de papiers. Elle bascule la tête en arrière et se masse la nuque.

– On est vendredi. Tu n’as pas de plan pour la soirée ? demande-t-elle en poussant un profond soupir.

– Non. J’ai juste envie de sauter dans mon lit et de dormir.

– Seule ?

Je lui adresse un regard entendu avec une inflexion prononcée du sourcil.

– Je vois. Les garçons du coin ne sont pas à ton goût ? plaisante-t-elle, bien que son ton soit intrigué.

– Je n’en ai pas encore repéré un seul qui en vaille la peine.

– Et ce Vincent ? Tu disais qu’il était sympa.

– Ce n’est qu’une vague connaissance.

Du genre bon copain. Rien d’autre. Son sex-appeal me laisse de marbre. Et bien que j’éprouve de manière de plus en plus pressante l’envie de faire l’amour, je ne le ferai pas avec le premier venu. J’ai beau être jeune, j’ai des principes.

Et puis, je ne suis pas du style à m’épancher au sujet de ma vie privée. Seule Donna en sait plus que les autres avec son côté mère poule. Si un jour je dois faire des confidences à quelqu’un, ce sera à elle.

– De toute façon, tu es jeune. Tu as tout le temps.

– C’est ça, lancé-je en me dirigeant vers la porte et en agitant la main en guise d’au revoir. À demain !

– Bonne soirée, ma chérie.

 

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