Intouchable (Ou Pas)
Découvrez un extrait de With You, Never
Découvrez un extrait de
With You, Never de Nelly M.C.
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Prologue
Tiana
Pourquoi ce rancard aurait-il été différent des autres ?
Quelle cruche ! J’aurais dû sentir arriver le connard à plein nez. Ce Vinz a réussi à me berner avec son air charmant, ses bonnes manières et sa beauté à couper le souffle. Du moins, au début du repas. J’ai vite compris que malgré nos quelques points en commun, nous n’étions pas du même monde. Il n’y avait qu’à voir ses photos où il ne pose qu’en costume-cravate alors que je me coltine des jeans tous les jours. Lui, il avait l’air tout droit sorti d’un magazine. Je pensais pouvoir passer outre, mais son avis sur la faune a fini de me dégoûter. Je crois que mon cerveau a cessé de l’écouter à l’exact instant où il m’a avoué détester les animaux. Moi, qui leur voue ma vie entière, c’était le comble de l’ironie. Qu’il ne les affectionne pas, je peux le comprendre, mais qu’il les dénigre, c’est autre chose. Il m’était inconcevable de construire une relation avec ce genre d’abruti.
Je tourne le dos sans aucun regret au restaurant que je viens de quitter et entame le chemin pour rentrer chez moi. Je referme les pans de ma veste en cuir autour de moi quand une bourrasque d’air frais me fouette le visage. Ce rendez-vous a sans doute été le pire que j’aie jamais eu, mais au moins il m’aura fait prendre conscience d’une chose ; les sites de rencontre, c’est fini pour moi ! C’est Lili et ma mère qui vont être contentes, elles qui détestaient ce genre de rancard avec des inconnus.
Une notification sur mon portable me tire de mes pensées. Je sors mon téléphone de mon sac à contrecœur, laissant le vent froid mordre les bouts de mes doigts. Heureusement que j’ai opté pour un jean, un pull et des baskets. Ce mois de janvier est plutôt frisquet. Je lève les yeux au ciel en lisant le message de ma cousine.
De Lili :
[Alors, ça se passe pas bien ton rendez-vous ?]
Je grogne en remarquant le ton ironique de son SMS, elle a le culot de se foutre de moi en plus. J’appuie sur l’icône « appel » et attends qu’elle décroche, ce qu’elle fait à la deuxième sonnerie. Je perçois immédiatement son rire narquois et sa musique électro en arrière-plan.
– Tu ne profites pas de ton rancard ?
– C’est ça, rajoutes-en une couche, si tu n’as pas peur que je te trucide quand je te croiserai.
Elle ricane encore plus.
– Pourquoi ? Parce que j’avais raison sur le fait que t’allais une fois de plus tomber sur un sale con ?
Je reste silencieuse. Lili enchaîne d’une voix plus sérieuse.
– Écoute, oublie tout ça, t’as besoin de te changer les idées. J’ai fini de me préparer, je viens te chercher.
Son ton ne me laisse aucune porte de sortie. Je souffle, mais lui envoie tout de même par message où je me trouve. L’accompagner je ne sais où ne pourra pas être pire que ce dîner de toute façon. Alors que je m’allume une cigarette, mon attention est attirée par un abominable crissement de pneus. Je jure entre mes dents, ce genre de bruit me hérisse le poil. Trois voitures roulent à toute vitesse sur la route déserte. Ma mâchoire se contracte à l’instant où je reconnais ces bagnoles de luxe. Ils ne peuvent pas rester dans leur trou ? Ils sont obligés de venir emmerder les autres avec leurs courses débiles ?
Putain de rodéo.
Sur le trottoir, le peu de passants présents les sifflent, le sourire aux lèvres. Je lève les yeux au ciel devant leur engouement. C’est illégal, tout le monde en est conscient, mais ces courses sont toujours aussi fréquentes, je ne sais pas ce que foutent les flics. Qu’est-ce qu’ils attendent pour les coffrer, bordel ? Combien de morts faudra-t-il encore pour que cette passion si dangereuse prenne fin ? J’inspire la nicotine rageusement. Je déteste ces rodéos, ils m’ont pris une partie de moi-même sans que je puisse y faire quoi que ce soit. Voir que ce manège continue comme si rien ne s’était passé me rend folle.
La voiture qui est en tête a les vitres ouvertes. La nana sur le siège passager en sort le buste et hurle de joie. Je n’aperçois pas le visage des autres participants, mais je suis certaine qu’ils doivent tirer la tronche à l’idée de perdre. Leurs véhicules s’éloignent aussi vite qu’ils sont arrivés, laissant derrière eux de gros nuages de fumée. Je secoue la tête en jetant mon mégot au sol.
– Bande de tarés.
Un quart d’heure plus tard, je suis dans la voiture de ma cousine. La musique en fond sonore, j’observe le paysage défiler par la fenêtre.
– Lili, on va où là ? lui demandé-je quand je remarque que je ne connais pas les routes qu’elle emprunte.
– Tu verras bien, déstresse, cousine, je ne t’envoie pas au casse-pipe, ricane-t-elle en tournant à droite.
La route qu’elle prend n’a rien pour me rassurer. Les arbres commencent à se regrouper aux alentours, le bitume a laissé place à de la terre et des cailloux. Soudain, des tas de lumières nous agressent les yeux. Puis enfin, je découvre l’endroit où ma cousine nous a emmenées.
Le pire qui existe.
Du béton partout, des drapeaux, des arbres, des tonnes de voitures hors de prix, une ligne d’arrivée, une route sans fin.
Qu’ai-je donc fait pour atterrir en enfer ?
Ma cousine se gare n’importe comment quand elle trouve une place de libre et coupe le moteur. Comment Lili a-t-elle pu m’amener ici ? Je ne savais même pas que ces dégénérés avaient établi une sorte de campement pour faire leurs putains de courses illégales. J’ai les mains qui tremblent d’énervement. Ou de peur, je ne sais pas trop. Mes yeux observent ces gens qui rigolent, qui boivent, qui se font des accolades. Il y en a même qui se passent de l’argent liquide, nom de Dieu !
Ma mâchoire se contracte quand mon regard tombe sur les quatre voitures qui s’apprêtent à démarrer leur rodéo. Jamais Lili n’aurait dû m’amener ici, je ne sais pas quelle mouche l’a piquée, mais il est hors de question que je reste là.
Ce monde, je ne veux pas en faire partie.
– Lili Hoffman, si tu tiens à la vie, tu fais demi-tour, tout de suite.
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