Intouchable (Ou Pas)
CHAPITRE 30 Trevor
CHAPITRE 30
Trevor
Je la garde tout contre moi tandis que l’ascenseur entame sa descente sans nous.
– Est-ce que ça va ? demande-t-elle, inquiète.
Je baisse la tête et presse fermement mes lèvres contre son front.
– Oui.
Nous sommes tous les deux dans un piteux état. On dirait qu’on vient de participer à un combat de catch dans la boue. Nous avons été raccompagnés chez moi par une voiture banalisée de la police après avoir déposé plainte et rempli d’innombrables paperasses. Elle comme moi avons décliné l’offre de Julianne de nous réfugier chez elle. Nous n’avions qu’une envie : nous retrouver seuls.
Parvenus à mon appartement, nous avons procédé à un minutieux nettoyage afin d’enlever les saletés qui nous couvraient comme une seconde peau.
Maintenant, nous voilà dans la cuisine.
Je serre les mains autour de la tasse de chocolat chaud que m’a apportée Madison et contemple la jeune femme debout à quelques mètres de moi. Tous les deux, nous avons pris une sacrée claque aujourd’hui, et à présent, nous nous retrouvons l’un en face de l’autre sans parler. Comme si les mots étaient superflus.
Ma guerrière ! pensé-je avec fierté.
Son regard lointain me dit qu’elle ressasse sans doute ce qui s’est passé plus tôt. Entre ses doigts, une tasse identique à la mienne fume, mais elle semble ailleurs.
– Madison ?
– Mmm…
– J’ai besoin que tu me répètes ces mots que tu as lâchés dans le feu de l’action.
– Quels mots ? Oh ! Ces mots !
– Oui. Dis-moi juste maintenant si tu peux encore m’aimer ou non, malgré tout ce qui s’est passé. Dis-moi...
– Ta question est idiote.
– Réponds-y. S’il te plaît.
Elle me fixe longuement sans manifester aucune émotion et je suis sur des charbons ardents.
– Je t’aime, Trevor Davies, et je ressentirai toujours la même chose pour toi quand j’aurai 90 ans, un dentier et un déambulateur, déclare-t-elle. Bien sûr, tu n’es pas obligé d’accepter cet amour véritable que je t’offre. Mais je dois te prévenir que tu ferais une boulette monumentale.
– Que tu m’aimes, c’est tout ce que j’avais besoin d’entendre.
Je pose mon mug sur la table, m’avance jusqu’à elle et plaque ma bouche sur la sienne. Elle ne résiste pas. Non pas parce qu’elle n’en a pas la force. Je suis conscient qu’elle pourrait me déboîter la mâchoire d’un seul coup si elle le voulait, vu ses prouesses de la journée, mais parce qu’elle n’en a pas la volonté.
Elle reconnaît sa défaite. Et moi, la mienne.
Ce baiser que nous échangeons est porteur de promesses, de tous ces mots qui sont encore en nous et attendent le moment opportun pour être prononcés. Ce qui me convient parfaitement. Avec Madison, je vais prendre mon temps et savourer la vie. Celle que je n’ai jamais vraiment appréhendée depuis le drame de mon enfance.
Elle me rend mon baiser, et je sens mon cœur battre la chamade tandis que ma respiration se transforme en halètement et que mes doigts se pressent sur son visage.
Son corps épouse chaque courbe du mien, et je suis heureux de ne pas avoir donné raison à la première impression qu’elle m’a faite ce jour-là, sur le plateau de tournage. J’aurais loupé la chance de ma vie.
Mes mains jouent sur ses traits, comme les siennes courent sur ma peau. Et les secondes sont rares durant lesquelles nos lèvres se séparent.
Lorsque je commence à manquer de souffle, je plonge mes yeux dans les siens, brillants et lumineux, et devine que moi aussi, j’ai gagné quelque chose d’inestimable. Parce que plus rien n’a d’importance, sinon l’assurance que j’ai désormais de pouvoir rester à ses côtés.
– Je t’aime, répète-t-elle.
En entendant ces paroles, je me laisse enfin submerger par mes émotions. Je suis à la limite de verser des larmes de joie, car tout ce que je désire se réalise.
Mon front posé contre le sien, je lâche tout à trac :
– Il y a quelque chose dont je dois te parler.
Elle doit se douter que le moment est grave, car elle reste sérieuse. Son regard porte en lui une incommensurable compréhension. Avec l’intuition qui caractérise les femmes, ce sixième sens qui nous fait défaut à nous, les hommes, sent-elle que je vais passer aux aveux ? Me libérer de ce fardeau avec lequel je vis depuis toutes ces années ?
– Je t’écoute.
Pris d’une soudaine peur irraisonnée, je recule et allume la radio. La station sélectionnée ne diffuse que de vieux tubes. D’habitude, je les fredonne seul. Je les connais par cœur.
– Tu aimes ce genre de musique ? interroge-t-elle.
– Oui, tu trouves ça ringard ?
– Pas du tout. Mais tu voulais me dire quelque chose.
Je lui lance un regard perdu.
– Ne m’avoueras-tu jamais ce qui s’est passé ? poursuit-elle, un peu hésitante, car de toute évidence, elle ne tient pas à gâcher notre moment.
– En vérité, je me demande si c’est tellement important.
– Non, pas si c’est trop difficile pour toi de te confier. Mais je ne peux m’empêcher de m’interroger... Pour ton information, je n’ai rien exigé de Julianne. Je veux que ce soit toi qui veuilles me le dire.
Ses yeux s’assombrissent lorsqu’ils plongent dans les miens. Je me perds dans leur contemplation pendant de longues minutes.
– Madison…, dis-je, tandis que ma respiration s’accélère.
Je réalise alors que sa main libre remonte le long de mon torse dans une caresse lente et mesurée. En une fraction de seconde, mon être entier s’embrase. J’oublie ma peur.
– Fais-moi confiance, murmure-t-elle.
Un long soupir franchit mes lèvres. Je plonge dans ses yeux pour me donner du courage. Ce que j’y lis me convainc de me lancer. Après avoir saisi ses mains dans les miennes, je commence à lui parler de ma famille. Mes parents, ma venue au monde. Mes premières années. De temps à autre, je vérifie d’un rapide coup d’œil comment elle réagit. Impassible, elle attend patiemment la suite.
– J’avais 6 ans et j’étais en train de devenir l’étoile montante du mannequinat juvénile. Un jour, j’ai accompagné mon père chez un ami. Il avait des dossiers à lui donner. Mon père est assez tête en l’air. Cette femme m’a repéré dans la rue alors que je me rendais seul à la voiture familiale.
J’inspire profondément.
– J’en garde un souvenir très net. C’était il y a vingt et un ans, et pourtant ma mémoire n’efface pas ce qui s’est passé... Tout comme je me rappelle bien ce que j’ai éprouvé quand elle m’a enlevé. Ce n’est pas quelque chose de facile à oublier.
Je m’étonne du calme avec lequel je suis capable de discuter sur ce qui m’est arrivé et qui a meurtri mon existence si longtemps. Jusqu’à ce qu’elle débarque.
– T’a-t-elle avoué la raison de son geste ?
– Pas vraiment. J’étais mignon. Elle ne pouvait pas avoir d’enfant. Mes yeux lui plaisaient beaucoup. Elle m’a souvent répété que je ne méritais pas de vivre. Que ma place était au ciel avec les anges et qu’elle allait me purifier et m’y envoyer.
– Quelle horrible chose à dire à un enfant !
– Elle a affirmé cependant que c’était plus facile avec moi parce que j’étais mignon et innocent, ajouté-je.
Il est difficile pour moi de ne pas sentir son contact même après tout ce temps. Je perçois encore son haleine, ses mains comme des serres sur mes bras. Ces trois jours de captivité ont été un enfer pour l’enfant que j’étais.
– Est-ce qu’elle t’a...
Nous n’avons jamais parlé de cela auparavant, et ce mot qui veut franchir ses lèvres, elle ne peut se résoudre à le prononcer.
– Non.
Elle semble soulagée. Je ne continue pas tout de suite, comme si je devais employer les termes justes.
– Elle a touché mon corps. Elle me forçait à prendre des bains et me nettoyait elle-même. Ses mains sur moi sont un souvenir atroce. Pour elle, ce n’était pas mal agir. Moi, je savais que si. Mais pour survivre, j’ai dû la laisser faire.
Je me concentre sur les mots, repoussant dans les ténèbres cette sensation dégoûtante qui me taraude toujours quand j’évoque ce moment. Mon innocence a été volée par des caresses équivoques qui n’auraient pas dû être. Maintenant que Madison a réussi à faire tomber ce voile d’obscurité, je me sens soulagé de pouvoir exprimer cela.
Rien qu’au pli de ses lèvres, je soupçonne qu’elle s’imagine plus. Elle doit réprimer sa curiosité, je le devine. Puisque j’ai emprunté ce chemin de la vérité, je me dois d’aller jusqu’au bout.
– Comment as-tu été sauvé ?
– Ça n’a pas été simple. Pour moi, ça a juste été une attente très, très douloureuse. Après trois jours de détention, la police est intervenue avant qu’elle ne puisse me crever les yeux comme elle me le promettait chaque jour. Heureusement, j’ai été sa seule victime. Même si elle envisageait de me donner un compagnon pour que je ne m’ennuie pas.
– Quelle horreur !
Mes mains se crispent.
– Elle voulait mes yeux pour les enchâsser sur un collier.
Un long silence suit cette déclaration.
– Et tes parents ?
– Ils ont été dévastés, comme tu peux l’imaginer. Mon père voulait rompre tous mes contrats. J’ai insisté pour qu’il ne le fasse pas. Avec du recul, je crois que je pensais que c’était à moi d’endurer ce calvaire que je vivais désormais tous les jours, comme pour me punir.
– Te punir de quoi ?
– De n’avoir pas su me défendre. De n’avoir pas su l’empêcher de se tuer, elle.
– Trevor, tu avais 6 ans !
– Ce n’est pas une raison.
– Je suis désolée de ne pas être de ton avis. À cet âge, on ne possède pas la maturité d’un adulte. Et encore, il arrive que même les grandes personnes soient à côté de la plaque. Pourquoi t’en vouloir d’une chose dont tu n’es pas responsable ?
Sa véhémence me met du baume au cœur.
– Trevor, c’était toi la victime, pas elle !
Ce n’est que bien plus tard que j’ai compris cela. Après des années de thérapie. Le corps grandit, l’esprit évolue. Cela ne chasse pas pour autant cette pointe de culpabilité qui se terre au fond de moi et se rappelle à mon souvenir. Je commence aujourd’hui seulement à me rendre compte combien mon auto-affliction a été éprouvante.
– J’en ai voulu à ma mère aussi.
– Pourquoi ?
Mes émotions, je les ai conservées enfouies si longtemps que je ne suis pas certain de pouvoir les retranscrire clairement. Mais en contemplant Madison, je devine soudain que si quelqu’un peut me comprendre, c’est bien elle.
– Je n’avais plus aucune confiance en elle, avoué-je. Quand j’étais petit, j’avais fait d’elle mon ange gardien, celle qui veillait sur moi et combattait le mal de toutes ses forces. Même si ce n’était pas sa faute, je lui en ai voulu de ne pas avoir su me protéger.
– Ce n’est pas vrai. Tu le sais ?
Son expression déborde de compassion.
Ma mère, je suis resté longtemps à lui en vouloir. J’avais 6 ans, et je ne comprenais pas qu’elle m’ait abandonnée, qu’elle n’ait pas lutté davantage. Si elle m’aimait, elle aurait éloigné le danger. Et puis un jour, j’ai lâché prise. Après avoir médité très soigneusement sur ce problème dont je commençais juste à entrevoir certains aspects, j’ai décidé de faire comme si rien ne s’était passé. Les souvenirs des temps heureux sont revenus, et j’ai pu les chérir de nouveau.
Me jetant un coup d’œil incisif, Madison presse ma main dans la sienne.
– Oui.
– C’était un secret bien lourd à porter pour un enfant.
– Pendant des années, j’ai eu l’impression de traîner un boulet. Et j’ai caché à tout le monde ce que je ressentais parce que c’était plus facile pour eux. Oublier cet événement, les attouchements… Seulement, j’ai découvert, aujourd’hui, que tout ça était inutile. Que je me faisais plus de mal que de bien. Ma phobie du contact était la matérialisation de mes peurs refoulées. Et quand je l’ai compris, je n’ai pas su quoi faire de cette révélation.
– Tu dois lâcher prise, conseille-t-elle.
– Mais ce ne sont pas des souvenirs heureux, dis-je.
– Alors, fabriques-en ! Passe du temps avec les gens que tu aimes. Sors avec ta famille, invite ta sœur au restaurant, découvre qui tu es vraiment. Tu es en vie. Ne laisse pas s’envoler cette chance.
– Je suis pitoyable, n’est-ce pas ?
Je suis sur le point d’ajouter : « je suis désolé », mais je réalise à ce moment-là que Madison est en train de rire.
– Madison ! m’énervé-je de sa réaction alors que je viens de me mettre à nu. Il n’y a rien de drôle là-dedans !
– Tu as raison, admet-elle sans pour autant recouvrer son sérieux dans la minute qui suit.
D’un seul pas, elle s’avance sur moi et me serre entre ses bras dans une étreinte puissante.
– Honnêtement, je suis soulagée que tu sois parvenu à dépasser toute cette macabre histoire. Tu es un guerrier ! La vie est belle. Voilà la raison pour laquelle je ris.
Alors je me mets à rire, moi aussi.
Oui, la vie est belle. Cet instant est parfait, et cette femme est une bénédiction. Même si elle risque de me faire tourner en bourrique, je ne voudrais aucune autre femme près de moi. L’amour fonctionne ainsi. Quand on aime quelqu’un, la logique n’a plus cours.
J’ai trouvé l’épaule sur laquelle m’appuyer en cas de doutes, d’incertitudes et de tourments. Je suis sûr qu’elle sera à mes côtés à chaque instant, car ce qui nous lie est incroyable.
Je l’embrasse alors avec tendresse et adoration. J’oublie celui que je suis, les lieux, l’heure, la raison… me rappelant juste qu’elle m’aime, qu’elle me désire, que je suis à elle pour l’éternité.
Sans effort, je la soulève dans mes bras et la mène jusqu’à la porte de la chambre. Je parviens à l’ouvrir en la tenant toujours serrée contre moi. Elle a commencé à me déboutonner la chemise que j’ai enfilée à la va-vite, et pour rien au monde je ne souhaite qu’elle arrête.
Cette soirée appelle à la gentillesse, aux douces caresses et aux lents baisers, qui nous rappellent à tous les deux que nous sommes vivants et ensemble. Je veux qu’elle sente que je lui appartiens corps et âme. Je veux qu’elle sache que je suis avec elle et que je n’ai nullement l’intention de m’en aller.
Ni l’un ni l’autre n’éprouvons le besoin de parler. Madison entre mes bras, je la dépose sur mon lit où elle se débarrasse de ses vêtements. Les miens disparaissent en un clin d’œil. Malicieux, je sors un paquet de préservatifs d’un tiroir. C’est en riant qu’elle achève de se déshabiller. Allongée sur le dos, elle me laisse explorer chaque centimètre carré de sa peau. Je me noie dans cette quête sensuelle, humant ces senteurs de fleurs dont elle aime se parfumer. Je suis captif de ma belle amazone.
Je ne la fais pas attendre de trop et bientôt nos corps entament cette danse lente et voluptueuse connue des amants. Je me fonds en elle comme dans un refuge inaltérable. Je m’enfonce dans la douce chaleur qu’elle m’offre sans réserve.
Plus tard, beaucoup plus tard, alors que Madison ronfle déjà, alanguie dans mes bras, je sais que la bonne fortune m’a accordé mon souhait. J’ai trouvé mon âme sœur. Et grâce à cette chance qui m’est donnée, en cet instant précis, je suis profondément heureux.
Et je réalise avec surprise que c’est elle que j’attends depuis bien plus longtemps que je le pense.
Dans mon métier, j’ai eu des amis, mais aucun de si vrai, ni aucun amour authentique. De peur d’être déçu et blessé, je me suis interdit tout attachement et engagement. Je connais la souffrance qu’engendre la désillusion.
Mais Madison n’est décidément pas comme les autres. Elle est honnête, elle porte des valeurs. C’est une femme sur laquelle je peux m’appuyer. Un roc au cœur tendre.
Idéale pour moi.
Quasiment parfaite, pensé-je avec humour.
Comme si le sort voulait rembourser cette dette envers l’enfant de 6 ans que j’étais.
Oui, elle est définitivement faite pour moi.
Frappé par ces conclusions, je suis porté vers elle par un élan irrésistible. Je tends la main, l’approche pour caresser sa joue. Dans un geste instinctif, elle se blottit dans mes bras et m’étreint. Baissant les yeux vers elle, je la vois entrouvrir les siens.
– Trevor ? murmure-t-elle comme si elle cherchait à se rassurer. Tout va bien ?
– Embrasse-moi…
Je prends son visage en coupe, et m’inclinant avec un sourire, appuie ma bouche sur la sienne. Notre baiser est gorgé d’abandon et de douceur. Nous sommes seuls, et j’ai toute la vie devant moi pour l’aimer. Et comme nous sommes chez moi en sécurité, je peux baisser ma vigilance. Me poser et profiter de l’existence. Ce sentiment qui m’envahit chaque fois que je suis avec Madison. Et je compte bien ne pas m’en priver.
Ma langue s’introduit entre ses lèvres, pour s’entremêler avec avidité à la sienne.
Tandis que je la presse contre moi, jouissant de son corps souple et palpitant, je réalise que mon pouls s’accélère et que je suis déjà excité. Avec elle, mes émotions et réactions m’échappent. J’empaume ses seins parfaitement adaptés à ma main, en proie à un désir plus puissant. Ce contact lui arrache un cri étranglé qui fait écho au gémissement qui jaillit de mes lèvres, toujours sur les siennes.
Peut-être a-t-elle raison, après tout. Et puis, comment réfléchir et lui résister en même temps ? Madison ne me laisse pas le choix. Ses lèvres dévorent les miennes, exigeantes et tendres à la fois.
C’est elle qui mène la danse.
Les yeux clos, je m’abandonne totalement.
Dans ces baisers que nous échangeons, il y a autre chose qu’un simple désir sexuel. Comme une sorte d’éblouissement, de respect mutuel et d’intimité nouvelle, parce que nous avons découvert le miracle du véritable amour.
Quand nos corps se séparent enfin, j’enfouis mon visage dans ses cheveux.
– Je t’aime, Madison.
En effet, ce qui se passe entre nous est bien plus fort.
Pourtant, j’attends sa réponse, tendu.
– Je t’aime aussi Trevor.
Cette nuit-là, j’ai eu du mal à m’endormir. Dans ma tête, j’ai revécu et ressassé plusieurs fois les dernières vingt-quatre heures. En commençant par le dîner raté avec Madison. Moi qui avais prévu une belle déclaration... Il me faudra me rattraper plus tard puisque la chance m’est offerte. Puis, les heures écoulées aux mains de cette folle à attendre anxieusement la suite…
Je me remémore ce que Madison m’a dit après la révélation de mon enlèvement. J’y réfléchis longtemps.
Je glisse mes mains sur le corps alangui de ma compagne. La serrer me donne le sentiment d’être à l’abri, d’être invincible presque. Non, je ne suis plus une victime de mon passé. Je ne dois plus laisser cet événement me pourrir la vie. En entamant cette thérapie de choc qui me permet désormais de toucher d’autres femmes que Madison, j’ai fait un énorme pas en avant. Pourquoi elle ? Je me suis posé la question un million de fois sans jamais trouver la réponse. L’amour est au-delà de toute logique. Plus on aime une personne, moins cela a de sens.
Ma vie étant déjà un casse-tête, je m’oblige à réfléchir à autre chose. Les yeux clos, emporté par le sommeil, je bascule des années en arrière. L’image de ma ravisseuse s’impose à moi.
Lorsque je rêve, je me retrouve une fois de plus dans cet endroit sombre, sauf que je n’ai plus peur. Je tiens la main de Madison tandis qu’elle m’entraîne vers un chemin pavé de lumière.
Cette fois, le cauchemar est bien terminé…
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