Intouchable (Ou Pas)

Delman · Chapitre 25 sur 35

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Intouchable (Ou Pas)

CHAPITRE 24 Trevor

CHAPITRE 24

Trevor

 

Je n’étais pas amoureux de Madison.

Des mots que je me suis efforcé de me répéter comme un mantra.

Je me sentais blessé, j’étais en colère. Pendant un temps, j’ai été dévasté, avant de me dire que cette séparation était arrivée à point nommé. En nous heurtant l’un à l’autre, nous avions peut-être évité une rupture plus douloureuse quelques semaines plus tard.

Essaye au moins de t’en persuader avant de penser des trucs comme ça, me soufflait ma conscience.

Je n’étais pas amoureux de Madison.

Elle avait été la providence que je cherchais, celle qui m’avait permis de renouer avec ma vie d’avant. Ou presque.

En vérité, ce qui me faisait peur, c’était de me rendre compte que je m’étais attaché à elle par reconnaissance. J’en étais même venu à penser que Rob nous avait rendu service à tous les deux en me forçant à plier bagage. Car si je n’étais pas capable de rester loin d’elle, cela signifierait qu’elle était plus qu’une simple amourette. Pour en avoir le cœur net, il n’y avait pas trente-six solutions.

Alors je suis parti.

Quand la vie te fait douter à ce point, il faut prendre du recul pour ne pas te retrouver avec un futur saccagé plus qu’il ne l’est déjà.

Prendre du recul, mon œil ! Tu t’es sauvé ! Comme tu l’as toujours fait depuis ce jour-là.

Je secoue la tête pour chasser cette voix qui me titille plus que de raison aujourd’hui.

Dès mon arrivée aux États-Unis, j’ai volontairement cessé toute correspondance avec elle, l’abandonnant avec l’idée que j’avais beaucoup de travail. Que notre histoire était finie.

Mais tout cela n’était que mensonge.

Parce que ce qui m’a tenu si occupé durant ces trois derniers mois n’est pas mon travail. Mais une chose plus importante que tout. Une chose que je suis impatient de révéler à Madison.

Parce que cette occupation monopolisait toutes mes forces. J’ai dû me battre de toute mon âme contre cette histoire qui m’a laissé impuissant à toucher une femme. C’est un de ces traumatismes que l’on traîne comme un fardeau. Déjà, elle m’a rendu inapte à faire confiance. Incapable ensuite de croire qu’un jour, je serais libre d’aimer. Je me suis dit que tôt ou tard je ne suffirais plus à Madison.

C’est ça qui a déclenché ma remise en question.

Assez ruminé, m’intimé-je.

Il faut que j’aille acheter des fleurs pour Madison. Et je dois aussi appeler Julianne pour l’informer que je suis bien arrivé. Et, enfin, commencer à vouloir des choses que je peux désirer dorénavant.

L’écran de mon portable s’illumine. La photo qui apparaît est celle de Madison. Du bout des doigts, j’effleure les contours de son visage. Cette fille est celle qui m’est destinée. J’en suis sûr maintenant. Mais je me suis comporté comme un con en pensant que l’éloignement géographique serait un moyen de me confirmer que notre relation n’avait pas lieu d’être.

Aujourd’hui, je suis de retour après des semaines de silence.

Aujourd’hui, ce sera une bonne journée.

J’en ai l’intime conviction.

Une fois dehors, je sens quelque chose se déposer sur mon épaule avec un bruit pareil à un « splitch ». D’un léger mouvement de la tête, je regarde ce dont il s’agit.

Un rire nerveux me secoue.

– Un oiseau vient de me déféquer dessus. OK… Normal. Je ne vais pas laisser cet incident assombrir ma journée.

Non, aujourd’hui, c’est positivité à outrance.

Je nettoie la salissure, puis consulte le SMS que j’ai reçu plus tôt. Il m’indique avec précision l’endroit où se trouve Madison. Je m’y rends sans tarder. Impatient et inquiet à la fois.

 

Comme prévu, elle déambule sur la place du Martroi avec un de ses protégés canins. In petto, je remercie Donna pour ses renseignements qui se révèlent une fois de plus exacts.

Je l’observe avec attention et avidité. Elle a attaché ses cheveux, signe qu’elle travaille depuis un moment déjà et qu’elle a chaud. Elle ne semble pas maquillée, donc elle n’a pas l’intention de plaire à quelqu’un. Elle porte un jean, un vieux tee-shirt et des baskets.

Je toussote pour m’éclaircir la voix, m’efforçant de garder mon esprit centré sur le discours préparé à son intention, et non sur la courbe de ses lèvres ou sur l’arrondi de sa nuque…

Je me rappelle la première fois où j’ai embrassé Madison. La douceur, le goût, la chaleur de ce baiser. La révélation qu’il a déclenchée en moi.

Avec ce baiser, j’ai eu le sentiment que ma vie venait de basculer. J’ai tout fait pour me convaincre que Madison était la pet-sitter de ma sœur, une jeune femme… gentille, rien de plus.

Mais je ressens toujours son ardeur et son enthousiasme. Nos deux corps soudain en fusion. En cette minute, nous ne formions plus qu’un. Madison s’est offerte tout entière dans ce baiser. Généreuse à son image. Ne demandant rien en retour. Douce et forte, chaude et pleine de désir. Elle m’a tout donné.

À partir de ce moment-là, je me suis intéressé à elle parce qu’elle venait de m’ouvrir de nouveaux horizons. J’avoue l’avoir utilisée dans un premier temps. Mais sa gentillesse naturelle et sa générosité envers tout le monde m’ont conquis à mon insu.

Tout comme la façon dont elle s’est offerte à moi.

J’ai songé que je parviendrais sans peine à me défaire de cette femme. Mais je me suis leurré. Avec elle, j’ai trouvé une stabilité émotionnelle et physique. Je sens encore le contact de ses doigts dans mes cheveux, ses lèvres sur les miennes, m’embrassant avec tant de passion que j’en restais chaviré. J’éprouvais alors l’envie furieuse et irraisonnée de la serrer dans mes bras et de la garder ainsi contre moi pour l’éternité.

Un éclat de rire me rappelle au présent.

Madison respire la joie de vivre. Elle lance un bâton au chien qui l’accompagne et celui-ci s’élance pour le happer en plein vol. Puis il se met à courir dans sa direction. Faisant volte-face, elle fait mine de partir, mais elle ne m’a pas vu arriver derrière elle.

Elle me percute de plein fouet. Sous le choc, elle bascule en arrière. Son équilibre n’est maintenu que par ses talons, mais je sens que ça ne va pas durer. Sans lâcher la laisse, elle tente de donner une impulsion en avant pour se rétablir.

Mon bras se glisse autour de sa taille, et la seconde suivante, son corps se retrouve pressé contre le mien.

Quand elle lève les yeux sur moi, une multitude d’émotions défilent dans son regard écarquillé.

– Trevor ? souffle-t-elle comme si j’étais un fantôme.

– En chair et en os.

Je lui souris, heureux de sentir son corps trembler dans mes bras.

– Je suis de retour, ajouté-je.

Reprenant ses esprits, elle se dégage rapidement de mon étreinte. Puis, elle recule de deux pas.

– Pas de garde du corps ?

– Non, comme tu le vois.

Elle arque un sourcil inquisiteur.

– Qu’est-ce qui t’amène ?

– D’abord, le travail…

– Quelle coïncidence ! Juste dans ma ville, comme par hasard ?

– Ma sœur habite ici. J’y ai aussi mon appartement.

Elle ouvre la bouche en grand, comme pour rétorquer quelque chose, mais se ravise.

– Je reconnais cependant que ta présence a été le facteur décisif, ajouté-je avec un brin de malice.

– Ce n’est pas parce que je suis la seule personne capable de te toucher ?

– Ça n’a rien à voir !

– Permets-moi d’avoir des doutes. Je ne veux pas que tu gâches ta vie à cause de ça. Et puis, tu n’as donné aucune nouvelle. Alors, comment suis-je censée le prendre ?

– J’avoue que sur ce point, j’ai merdé.

– Carrément.

– Mais j’avais une excellente raison.

Elle hausse les épaules.

– Les hommes ont toujours d’excellentes raisons pour justifier leur connerie.

– Attends de voir et tu comprendras.

Je me retourne, scrute les quelques passants qui se promènent non loin de nous et distingue la candidate idéale. Je file la rejoindre sous les yeux intrigués de Madison. Lorsque je serre la femme entre mes bras et pose pour un selfie, je vois son expression aller de la suspicion à l’inquiétude, puis finir par un ahurissement total.

Satisfait de mon tour, je reviens vers elle à pas lents.

– Tu es guéri ? s’exclame-t-elle, abasourdie.

Je hoche la tête.

– Tu vois, je ne suis pas de retour parce que tu es la seule femme que je puisse toucher. À présent, je suis capable de côtoyer les autres sans suffoquer. Si j’en suis là, c’est grâce à toi. Tes encouragements m’ont poussé à suivre une thérapie de choc. Et voilà le résultat.

– Tu n’en as jamais rien dit.

– Je ne voulais pas te bercer d’espérances si ça échouait. Ça a été très dur pour moi, tu sais. J’ai raté plusieurs fois. Mais, à chaque chute, je me suis relevé en pensant à toi.

Elle secoue la tête et son visage se pare d’un masque impassible. Décontenancé, je m’approche d’elle et caresse sa joue du revers de la main.

– Je suis contente pour toi. Sincèrement. Maintenant, tu peux vivre comme tu le souhaitais. Dorénavant, je ne vois pas l’intérêt de ressasser ce qui s’est passé entre nous.

– Moi, si.

– Trevor… Je n’ai pas oublié ce jour à l’aéroport. Tu m’as fait comprendre que tu ne tenais pas à ce que nous continuions cette histoire.

– Madison, je crevais de peur ! J’étais effrayé à l’idée d’échouer. De devoir affronter ma propre faiblesse sans être certain de la surmonter. Mais le pire, ça aurait été de te forcer à sortir avec un type capable de s’évanouir à chaque fois qu’une femme le touche. Quand je suis parti, je n’étais sûr de rien. C’est aussi pour cette raison que j’ai mis fin à notre relation. Pour te protéger.

Elle me regarde sans répondre.

– Aucun de nous n’a réussi à passer à autre chose. Reconnais-le au moins ! C’est la preuve que toi et moi…

– Toi et moi ? Arrête, s’il te plaît ! Les journaux m’ont donné un petit aperçu de tes récentes conquêtes. Le célibataire le plus en vue n’est plus celui que j’ai connu.

– C’est vrai, j’ai eu beaucoup de révélations ces dernières semaines. Mais aucune histoire sentimentale avec une autre femme. Tu es la seule qui compte.

– Et tu estimes normal de te pointer après presque trois mois d’absence sans donner de nouvelles en pensant que nous allons reprendre là où nous en étions, déclare-t-elle. Ça ne marche pas comme ça. J’ai souffert Trevor ! J’ai eu mal.

Je la plaque contre moi, plongeant mon nez dans ses cheveux. Seigneur, elle sent si bon ! Son parfum, son corps. Elle m’a tellement manqué. Mon désir pour elle n’est pas quelque chose dont je pourrais me débarrasser. Il est ancré en moi comme les sentiments que j’éprouve à l’égard de cette tête de mule.

– Je le sais, confessé-je doucement. Je suis désolé.

Je m’en veux d’autant plus que chaque fois que je tombais au cours de cette thérapie du contact, chaque fois que j’étais submergé par une crise de panique, c’était à Madison que je pensais. Dans ma tête, je revivais nos moments de complicité. Ces instants magiques gravés dans mon esprit à jamais.

Combien de fois m’ont-ils tiré de ma léthargie ? Du marasme dans lequel je m’enfonçais ?

Elle a été ma planche de salut pendant cette traversée du désert.

Je la laisse partir quand elle se libère de mon étreinte.

– Nous sommes trop différents l’un de l’autre, déclare-t-elle alors. Ce n’est pas parce que nous avons connu une relation physique incroyable qu’il faut en déduire quoi que ce soit.

L’étincelle rebelle que j’aime illumine de nouveau ses yeux. Ma guerrière est de retour.

– Au moins, tu reconnais que le sexe ensemble est fabuleux. C’est un bon point. Mais à ton avis, notre liaison était-elle basée simplement sur la qualité de mes prouesses en chambre ?

En dépit de sa colère, elle ne peut s’empêcher de sourire. Par chance, je détiens encore ce pouvoir. Cela m’encourage à pousser mon avantage.

– L’attirance que nous éprouvons l’un pour l’autre ne va pas s’effacer d’un coup de baguette magique, Madison. Elle dure depuis le premier jour et elle n’a en rien diminué...

– Six mois et deux jours, murmure-t-elle.

Si elle tient un compte aussi précis, alors rien n’est perdu.

– Tu t’acharnes à me repousser, mais je réclame une trêve.

– Nous ne sommes pas en guerre. Ce que tu peux être enfantin ! grommelle-t-elle.

– Nous savons tous les deux que tu ne le penses pas vraiment.

– Quand bien même. J’ai bien réfléchi pendant ton absence. Il faut se rendre à l’évidence. Notre relation ne mènera à rien. Et ce n’est pas une pseudo-trêve qui y changera quoi que ce soit. Je te propose que nous restions de simples amis, conclut-elle sur un ton qui se veut convaincant, mais qui sonne faux à mes oreilles.

– Je n’imagine pas que tu puisses renoncer à nous de façon aussi radicale.

– Je tenais beaucoup à toi, mais je n’ai pas la force de supporter ce que les journaux montrent de toi. Toutes ces photos, ces ragots sur tes aventures... C’est trop épuisant pour mes nerfs.

– Ça, je peux le comprendre. Mais de là à me tourner le dos…

Je me retiens de mentionner la douleur que sa décision provoque en moi. Mais Trevor Davies, ce n’est qu’une image de papier glacé. Elle doit entendre que je suis un autre homme. Et que jamais je ne renoncerai à elle.

– C’est ainsi. Si c’était à refaire, ajoute-t-elle d’une voix plus douce, j’agirais sans doute différemment.

Je la scrute avec attention avant de lui poser la question qui m’obsède depuis tout ce temps.

– Est-ce que tu m’aimes ?

– En quoi est-ce important ?

– Ça l’est pour moi.

Je n’ai pas le pouvoir de revenir en arrière. Je peux seulement me contenter d’espérer et d’avancer. En commençant par ce repas auquel j’escompte la convier pour renouer la complicité qui nous unissait. Je refuse de croire qu’elle a tout oublié. Et puis je rêve de l’embrasser. Mais pas ici. Pas sous les flashs de paparazzis qui se régaleraient de ce scoop. Madison, je veux la protéger.

Comme pour illustrer mes pensées, je note que plusieurs femmes me dévisagent du coin de l’œil. Je leur adresse un sourire forcé. Je souhaite poursuivre ma conversation avec Madison, mais ce ne sera pas possible dans cet endroit.

– Tu n’as donné aucune nouvelle, se plaint-elle.

Malgré moi, je sens une lueur d’espoir naître au fond de mon cœur. Tout n’est pas perdu. Je peux la reconquérir.

– Cela faisait partie de ma thérapie. J’avais ordre de ne pas te joindre. Par aucun moyen que ce soit. Sais-tu combien de fois j’ai dû résister à l’envie de te téléphoner ? De t’envoyer un mail ? Et de t’avouer ce que je faisais réellement ? Je n’ai pas eu le choix. Pour atteindre mon objectif, il fallait que je me détache de toi un temps. Je me disais que tu aurais des nouvelles de moi par le biais des magazines ou des journaux télévisés…

– Très juste. Et aucun ne parlait vraiment de toi, si ce n’est de tes nombreuses conquêtes.

– Tu sais bien que ce sont des ragots, rien de tout ça n’est vrai, Madison.

Je devine qu’elle inspire un grand coup pour ne pas être tentée de me secouer dans tous les sens.

– Ce que j’attendais de toi, c’était… non, laisse tomber.

Je la retiens par les épaules.

– Non, je t’en prie, poursuis. Je veux connaître le fond de ta pensée.

Comment lui avouer que je désire m’investir dans notre relation ? Comment lui dire qu’elle doit s’accrocher pour que ça fonctionne, sans baisser les bras à la première difficulté… ? Mais rien ne jaillit. Je reste muet.

– Écoute, tu m’as sorti le grand jeu. J’y ai cru et c’était parfait pour un temps. Mais si tu imagines qu’il suffit que tu reviennes la bouche en cœur pour m’avoir, tu te trompes complètement.

– J’ai agi avec les meilleures intentions, pour ton bien et le mien. J’avais besoin de trouver ma place. Je n’avais personne…

– Tu m’avais moi, me coupe-t-elle. Seulement, tu n’en as pas tenu compte non plus !

Sensible à la nervosité de Madison, le chien commence à montrer des signes d’impatience et se tortille au bout de sa laisse. Ce qui oblige Madison à le houspiller.

Je balaye les alentours du regard, conscient de l’intérêt que nous portent certains badauds.

– Ne nous donnons pas en spectacle, allons chez toi ! S’il te plaît.

 

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