Intouchable (Ou Pas)
CHAPITRE 15 Madison
CHAPITRE 15
Madison
S’il croit me prendre au dépourvu, il se fourre le doigt dans l’œil jusqu’au coude !
Imperturbable, je saisis son poignet et exerce une légère torsion. Un rictus à la fois de souffrance et de surprise étire ses traits.
– On ne t’a jamais dit qu’il ne faut jamais lever la main sur une femme ? Alors, laisse tomber si tu ne veux pas que je me fâche.
– Lâche-moi, connasse !
Il est manifestement dur à la détente. Et égratigner l’orgueil du mâle tout-puissant devant un parterre féminin qui lui semble acquis n’arrange pas les affaires. Son visage se fige dans une expression de colère et il se rapproche de moi.
Je lève mon genou aussi vite et haut que j’en suis capable, visant son entrejambe.
Jusque-là, je n’ai jamais rencontré d’adversaire doté de réflexes suffisamment affûtés pour esquiver mes mouvements et celui-ci ne déroge pas à la règle. Le coup l’atteint de plein fouet et lui arrache une autre grimace.
De toute évidence, ce type n’est pas coutumier de la douleur.
Je ne lui laisse pas le temps de réagir et lui décoche un coup de poing dans le plexus qui le plie en deux.
Le souffle court, il pousse un grognement tandis que des cris outrés fusent autour de nous. Le champion de ces dames recule de quelques pas en chancelant.
– Pour info, je ne suis pas une connasse, déclaré-je avec fermeté. Et je ne supporte pas les injures ! Merde, quoi !
Hélas ! Mon éclat fédère autour de mon agresseur cette troupe d’hormones en folie qui me dévisage à présent comme si j’étais l’ennemie numéro un. La bête à abattre.
Je serre les poings et me mets en position de combat, prête à parer ou à encaisser les coups s’il choisit de riposter ou si ces femmes ont prévu de se comporter en hooligans.
S’ils décident de s’y mettre tous ensemble, c’est clair que je ne ferai pas long feu. Mes poings et mes pieds sont des armes, mais je ne suis pas de ces héroïnes qui brisent des os d’un simple coup et se mesurent sans peur à une quinzaine de personnes enragées.
Si seulement Trevor intervenait ! Mais non ! Il reste immobile, l’air absent, le regard dans le vague.
À cet instant, un type balèze nous rejoint et se place à ma droite. Son expression hostile me ferait presque peur. Quand je distingue un écouteur dans son oreille, je réalise qu’il s’agit du fameux garde du corps dont j’ai évoqué l’inefficacité.
Une femme profite de mon inattention pour me saisir les cheveux et les tirer. Je suis certaine qu’en arracher une poignée lui ferait plaisir. Elle a un petit rictus sadique qui ne m’a pas échappé.
En réponse à son attaque, je tends la main. Ma paume va heurter son menton. Elle me libère aussitôt et j’enchaîne avec un coup de poing sur le nez. Un geste instinctif. Une combinaison vue et revue durant mes cours d’autodéfense.
La femme pousse un hurlement d’agonie alors que je lui ai juste éclaté le… abîmé le nez.
– C’est une folle ! braille-t-elle à qui veut l’entendre.
Le garde du corps prend la relève et tempère de quelques coups bien placés deux individus téméraires.
Notre confrontation a ameuté quelques policiers qui traînaient dans le coin et ceux-ci nous séparent. Bien que plus personne n’ose nous approcher, Trevor et moi. Le groupe de fans pépie à n’en plus finir. On se croirait dans un marché à la criée.
Le policier lève une main dans un geste d’apaisement, l’autre retenant la jeune femme hystérique.
– Désolée, mon comportement peut paraître déplacé, mais je n’ai fait que me défendre, expliqué-je avec calme.
– Oui… euh…, hésite-t-il. Ne recommencez pas.
– Il faut l’emprichonner ! exige ma « victime ». Mon fichache est ruiné ! Ché une folle furieuche !
Les autres abondent dans son sens. De leur part, je ne m’attendais pas à des excuses, surtout après ce que je leur ai fait. Cependant, Trevor peut témoigner en ma faveur. Quand je me tourne pour l’apostropher, le policier me retient par le coude.
– Est-ce vous qui avez frappé en premier ?
– Faux ! C’est son visage qui est entré en collision avec mon poing.
– Ne jouez pas sur les mots, mademoiselle ! me conseille-t-il. Vous pouvez être inculpée pour coups et blessures.
Oups ! Il marque un point, là !
– Je n’ai fait que me défendre, martelé-je.
– Elle est fiolente ! Ch’en chui la preuf ! pleurniche la femme en se tenant la joue.
Effectivement, elle porte la trace des coups que je lui ai infligés. Et je suis prête à recommencer quand je vois l’expression de martyre qu’elle affiche. Ça me donne envie de cogner plus fort. Lorsque je fais mine d’avancer vers elle, elle se ratatine avec une lueur apeurée dans les yeux.
J’ai l’impression d’être un caïd de banlieue.
– Allons éclaircir cette affaire au poste, déclare le policier.
Alors qu’il me tire vers lui, le garde du corps s’interpose.
– Qui êtes-vous ? s’étonne-t-il.
– Quentin Broquin, agent de protection rapprochée de monsieur Trevor Davies.
Waouh ! Rien que ces mots, ça en jette !
– Les caméras ont filmé l’agression, poursuit-il.
Vraiment ? Je n’y aurais pas songé.
– Cette personne, dit-il en désignant la femme, est à l’origine de l’altercation. Mon employeur a été dérangé alors qu’il se promenait en compagnie de son amie ici présente. Elle a dû jouer des poings pour le défendre. Voici les coordonnées de maître Shefford, l’avocat de monsieur Davies.
Avocat, comme célébrité, doit être un mot magique.
En quelques minutes, l’affaire est close. Après s’être assuré que la situation était sous contrôle, le garde du corps et les policiers s’éloignent de quelques mètres, nous laissant enfin seuls, Trevor et moi.
– Sérieux ! l’interpellé-je. Tu ne pouvais pas lui flanquer un coup de pied ? Tu parles d’un homme ! Pas fichu de se défendre ! Je sais que ton visage est ton gagne-pain, mais quand même ! Il te suffisait simplement de…
Mes paroles meurent d’elles-mêmes sur mes lèvres. Trevor est debout, mais je remarque que ses poings sont serrés si forts que ses phalanges en sont blanchies. Il est tendu à mort, immobile, les yeux pleins de douleur.
– Ohé ! Tu vas bien ?
Pas de réponse.
Son regard est fixe. On dirait qu’il est en état de choc.
Lorsque j’avance, il esquisse un léger mouvement de recul.
Je me fige. Il ne va pas me refaire une crise de panique, quand même ?
– Elle t’a blessé ?
Anxieuse, je m’approche, lui prends la main d’autorité et la scrute. Je ne vois rien. Idem avec l’autre.
Soudain, il tressaille et m’enveloppe de ses bras. Il me serre. Son visage se cale dans mon cou.
Je demeure un instant, pétrifiée, à essayer de comprendre tandis que mes pensées défilent fébrilement. Mon cœur bat à un rythme assourdissant dans ma poitrine. Mais le plus déroutant, c’est Trevor. Je ne rêve pas. Il tremble comme une feuille. Comme s’il était en état de choc.
Nous restons longtemps dans cette posture. Le silence est juste entrecoupé par sa respiration haletante.
– Tu n’as pas à avoir peur, chuchoté-je d’une voix mal assurée.
– Je suis désolé.
– Tu es désolé ? Pour quelle raison ?
Le son de ma voix est éraillé, et traduit mon émotion. Moi aussi, je suis encore sous le coup de l’adrénaline et mon corps vibre. À cet instant, le comportement de Trevor me donne envie de le protéger comme une louve le ferait avec ses petits.
– Désolé…, répète-t-il avant de se laisser aller.
Nom d’un chien ! Il pèse sur moi comme s’il était fait de plomb.
– Trevor ? Trevor ? Ohé !
Cette fois, je suis mal. Trevor est évanoui pour de bon et je suis à la limite de vaciller sous son poids.
– Nous allons vous aider, mademoiselle.
Comme par magie, le garde du corps se matérialise près de moi. Il soutient le corps amolli de Trevor, me permettant de respirer.
– Que lui arrive-t-il ? m’inquiété-je.
– Les secours sont là. Nous allons l’emmener à l’hôpital. Vous n’avez plus à vous occuper de rien. Je prends le relais. Merci de votre aide.
Ce type possède l’art et la manière de vous congédier en quelques mots. On emporte Trevor loin de moi. Je reste une seconde les bras ballants avant de me ressaisir. Je dégaine mon téléphone.
– Julianne, je suis désolée de vous déranger, mais il faut que vous veniez à l’hôpital. Trevor a été malmené et…
– Est-il blessé ? me coupe-t-elle aussitôt, la voix tendue.
– Non, pas vraiment, mais…
– Je suis tout près, j’arrive. Accompagnez-le, Madison. Il ne doit pas rester seul !
– Attendez, je… Julianne ? Julianne ?
Aucune réponse ne me parvient : Julianne a déjà raccroché.
Forte de cette recommandation (et aussi parce que je suis très inquiète, il faut le reconnaître), je me glisse dans le véhicule d’urgence. Prête à palabrer, j’ai la joie de voir que le garde du corps ne me repousse pas.
Le trajet est assez rapide. Allongé sur le brancard, Trevor est toujours inconscient. Un masque à oxygène mange la majeure partie de son visage, son rythme cardiaque est erratique, mais il respire, c’est le principal.
À destination, j’entre dans l’hôpital par la porte de service des urgences tandis que Trevor est emmené. Il n’a pas repris connaissance.
L’hôpital n’est pas une bâtisse récente, mais il dispose de l’équipement médical le plus pointu. Je tente de me repérer dans le labyrinthe de l’unité de soins intensifs, localise la porte menant à la salle d’attente, les admissions, les ascenseurs. Tandis que je me dirige vers ces derniers, j’essaye de réorganiser mes pensées.
Je m’y engouffre avec un soupir de contrariété. Alors que les portes se referment, quelqu’un les fait se rouvrir.
– Madison !
Je pivote et vois Julianne en tailleur et talons aiguilles s’élancer dans ma direction pour me prendre les mains. Les siennes sont glacées.
– Comment va-t-il ?
– Je ne sais pas. Il a été emmené au troisième sans que j’en apprenne davantage.
Tout en m’écoutant, Julianne appuie plusieurs fois sur le bouton et la cage métallique s’ébranle enfin.
– Que s’est-il passé ?
Elle se mordille la lèvre inférieure.
– Je ne devrais pas vous le dire, mais… j’ai confiance en vous. Trevor a une peur panique des femmes.
Hein ? Elle me coule un regard en biais.
– Difficile à croire, n’est-ce pas ?
– Vous êtes sérieuse ?
– Hélas !
– Je ne comprends pas…
Elle émet un profond soupir et j’attends la suite avec curiosité.
– Tout petit, il attirait l’attention. Sa beauté a poussé ma mère à l’inscrire dans une agence de mannequinat pour enfants. Le succès a été immédiat. Un jour, une femme l’a kidnappé et séquestré. C’était une folle. La police est heureusement intervenue avant qu’elle le défigure à coups de couteau.
Je frissonne. Une boule se forme dans ma gorge. A-t-il revécu ces traumatisantes réminiscences à la vue de cette déséquilibrée ? A-t-il eu le sentiment de voir ce piège se refermer une nouvelle fois sur lui ? Tout s’expliquerait.
– Je suis désolée. Je ne savais pas.
Et dire que je l’ai houspillé en le rabaissant. Bon sang, j’ai envie de me claquer.
Idiote ! Triple buse !
Comment pourrai-je encore le regarder en face ?
Ce traumatisme remonte à un passé plus lointain que je le pensais. Il a subi ces mauvais traitements alors qu’il n’était qu’un enfant.
Pas étonnant qu’il ait été si perturbé en découvrant cette horde de fans qui l’attendait. Son visage exprimait la peur, une angoisse viscérale. La colère s’empare de moi alors que j’imagine la terreur de ce petit garçon aux mains de cette femme. Je serre les poings de rage. M’exhortant au calme, je reporte mon attention sur ma voisine. Elle ne m’a pas quittée des yeux.
– C’est la première fois que mon frère se rapproche d’une femme depuis cette vieille histoire. J’étais la seule à pouvoir le toucher jusqu’à vous.
– Mais son travail…
– Il doit se gaver de relaxants pour endurer le moindre contact avec une personne du sexe opposé.
Avec le recul, je comprends maintenant son ébahissement la toute première fois qu’elle nous a vus entortillés sur son canapé à cause de la laisse de Barry.
– Je dois m’en aller, dis-je en faisant marche arrière. Maintenant que vous êtes là, je ne suis plus utile.
La main ferme de Julianne se referme sur mon poignet. Je lui jette un regard perplexe.
– S’il te plaît, Madison, j’aimerais te demander un service, dit-elle en me tutoyant.
– Oui ?
Pourquoi je pressens que la suite ne va pas forcément me plaire ?
– Je souhaiterais que tu restes l’amie de Trevor.
– Nous ne sommes pas vraiment des amis, précisé-je.
– Quel que soit votre lien, ça lui fait du bien. Je ne l’ai jamais vu aussi épanoui depuis des années. Ta présence lui est bénéfique.
Je laisse sa question en suspens et nous traversons le service pour gagner la chambre réservée à la suite de l’arrivée de Trevor.
Elle est située en retrait pour éviter les débordements que peut engendrer la venue d’une star. Nous longeons les couloirs qui y mènent sans prendre garde à ce qui nous entoure.
Mes jambes se mettent à trembler si fort que je dois m’appuyer contre le mur. Pourquoi ai-je accepté de lui parler ? Pourquoi ne suis-je pas tout simplement rentrée chez moi ?
– Tu vas bien ? s’inquiète Julianne.
– Oui.
– OK, je vais voir Trevor. Rejoins-nous quand tu te sentiras mieux.
– D’accord.
Elle s’éloigne rapidement et je me retrouve seule.
Secouant la tête, je me reprends. Je me suis toujours flattée d’être une personne bienveillante et altruiste. Je peux bien rendre ce service à Julianne. Ce n’est pas ça qui va me déstabiliser !
C’est donc avec une volonté inébranlable (en apparence !) que je me dirige vers sa chambre, me trompant néanmoins délibérément de couloir une fois pour m’accorder plus de temps. Il n’y a personne. Hormis le garde du corps à la porte.
Allongé sur son lit, Trevor me regarde avancer. Son teint est blême, ses joues creusées. Mes yeux papillotent et mon sourire tend à flancher. Mais je reste forte.
À mon arrivée, Julianne se lève. Elle a les yeux rouges.
– Je vous laisse un moment, le temps d’aller régler les paperasseries administratives, dit-elle avec un faible sourire.
Elle me contourne non sans avoir échangé un rapide regard avec moi. Une fois la porte fermée, je reporte mon attention sur Trevor.
– Comment vas-tu ?
Question stupide, jugé-je à la seconde où les mots sortent de ma bouche.
Je m’avance pour le toucher, mais je refrène mon geste au dernier instant, ne sachant plus trop si cela lui sera pénible ou pas. Il plisse les yeux.
– Julianne t’a tout raconté, n’est-ce pas ?
Son affirmation me prend au dépourvu. Je pince les lèvres sans savoir quelle réponse donner.
– J’en conclus que oui.
Bon, comme je suis une piètre comédienne, autant jouer franc-jeu. Je hoche la tête.
– Dans les grandes lignes. C’est la vérité ?
Il bat des paupières.
– Pourquoi ? réplique-t-il. Maintenant que tu sais, tu vas me regarder avec pitié. Pauvre Trevor, incapable de se défendre seul !
Je reste silencieuse, ne sachant comment réagir.
Certes, il a raison : je ne peux pas m’empêcher d’éprouver une certaine forme de compassion à son égard, mais pas celle qu’il décrit. Plutôt une émotion liée à de l’incompréhension. Il n’a pas sciemment décidé de souffrir de ce trouble. Enfermé dans son monde, il lutte pour se fondre dans la masse et être accepté. Pour ma part, je ne sais pas si j’en serais capable. Il faut être sacrément solide pour affronter tout ça avec le métier qu’il exerce.
– Je m’en doutais, ricane-t-il en réponse à mon mutisme.
Pour un homme comme lui, ce doit être difficile de reconnaître ce problème. Il doit sûrement se demander ce qui me traverse l’esprit. En vérité, depuis que je sais qu’il ne peut pas approcher de femmes sans éprouver une peur panique, je ne suis pas parvenue à exprimer un avis tranché sur cette situation. Parce que je dois bien avouer que jamais je n’aurais supposé qu’il souffrait d’un tel mal.
Dès notre première rencontre, il a été un homme normal à mes yeux. Parfois charmant, dans certains cas exaspérant. Un homme, quoi !
– Je vais te laisser, dis-je en me reculant.
Une pulsion soudaine lui fait tendre le bras et il m’agrippe. Abasourdie et déstabilisée, je manque de m’effondrer sur lui. Il me retient de justesse. Ce faisant, je remarque une griffure près de sa tempe, au niveau de la lisière de son cuir chevelu. Avec tout ce qui s’est passé, je ne me suis pas rendu compte que cette foldingue avait réussi à le blesser.
Lorsque j’avance la main et que je le touche, il tressaille, puis se fige.
– Avec cette éraflure, tu sembles moins divin, murmuré-je en rivant mon regard au sien.
Dans ses grands yeux bleus, je discerne un maelstrom d’émotions. De la défiance, de la crainte, et quelque chose d’indéfinissable.
– Qui es-tu réellement, Trevor Davies ?
Du bout des doigts, je me mets à caresser la peau douce de sa tempe, juste sous une mèche, me remémorant la première fois où j’ai vu ce visage, sur le plateau de tournage.
Plus je le chasse de mon esprit, plus il s’y installe. Il me fascine. Je le trouve très beau, bien sûr, mais aussi sensible et chaleureux derrière cette apparence de glace. Je comprends maintenant pour quelle raison il dissimule cette facette de sa personnalité. Ce qui le rend d’autant plus humain et attirant.
Il secoue la tête, une lueur de crainte voilant ses yeux bleus.
– Je ne suis personne. Personne en particulier.
Il n’ajoute rien, visiblement incapable d’approfondir sa pensée, sur le moment. Combien de temps je reste là, sans faire le moindre geste ? Je ne sais pas. L’atmosphère entre nous paraît lourde de sentiments impossibles à exprimer.
Cet homme est une énigme, mais à présent, je connais une partie de la vérité et je ne peux pas l’abandonner.
Je croise son regard, scrutant la moindre de ses réactions.
– Je regrette sincèrement que tu aies été blessé.
Mes paroles l’atteignent et il demeure sans voix. Mon cœur se serre lorsque je vois une larme glisser sur sa joue. Il pose son front contre le mien.
– Tu aurais dû me parler. J’aurais agi différemment si j’avais su pourquoi tu n’aimais pas que l’on te touche…
Nos sourcils se frôlent tandis que je cherche son regard. Ce contact innocent éveille pourtant en moi un violent désir. Je me force à l’ignorer.
– C’est du passé, chuchote-t-il.
– Trevor…
Une autre larme serpente sur sa joue et je me penche pour la recueillir entre mes lèvres. Rien de tout cela ne semble réel. J’ai l’impression d’être une héroïne qui tente de libérer un prince pris au piège de ses propres démons.
Un imperceptible soupir franchit ses lèvres et il dépose un baiser sur ma bouche. Je sens ses lèvres trembler sous les miennes. Néanmoins, je ne me dérobe pas. Nous échangeons un tendre baiser dans lequel je lui insuffle tout le courage que je possède. Les questions viendront plus tard.
À bout de souffle, il émet un petit râle et me libère. Les mains sur son torse, je le repousse délicatement et me relève.
– Je… je crois que je vais vraiment y aller cette fois, dis-je en reculant.
Il me laisse partir.
– Je ne te parais plus aussi « excitant » qu’avant ? fait-il sur le ton de la plaisanterie.
C’est tout le contraire, mais je ne suis pas certaine de vouloir le lui avouer.
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