Intouchable (Ou Pas)
CHAPITRE 21 Madison
CHAPITRE 21
Madison
La porte s’ouvre.
En un éclair, je me compose une nouvelle expression, à la fois sérieuse et neutre.
– Tu es venue pour Balthazar ?
Impassible, Trevor me fixe et je ne réponds pas, me faisant la réflexion que ses yeux sont superbes. Ourlés de cils longs et drus, ils semblent être le seul passage vers son âme. Dommage qu’ils soient si froids en cette minute. Vêtu d’un tee-shirt blanc et d’un jean, il est pieds nus.
– Non, c’est toi que je viens voir, répliqué-je.
– Vraiment ?
Je vous explique. Après le départ de Trevor, et une fois ma colère tombée, je m’en suis voulu de ne pas lui avoir permis de se justifier. C’est un trait de mon caractère qu’il faut que je corrige absolument.
Ce qui m’a amenée à me questionner.
Bien que je le connaisse depuis quelque temps maintenant, je crois que je ne lui ai jamais objectivement fait confiance. Sans doute à cause de mes échecs sentimentaux précédents. Et cette découverte me fait réaliser à quel point Trevor est important à mes yeux. Parce que j’ai eu trop peur de le perdre. J’ai besoin que notre histoire se concrétise sur la durée.
Dans le passé, j’ai eu des petits amis, toutefois je n’ai pas rencontré d’amour authentique. De celui qui vous fait tourner la tête, battre le cœur à toute vitesse comme dans un grand huit et gâcher le sommeil. Quoique présenté de cette façon, je ne sais pas si ça donne envie… Enfin, soit ! À cause de ça, je me suis interdit tout attachement et engagement. Car je connais le mal qu’une rupture peut infliger à une femme amoureuse.
Mais Trevor est différent des autres. Il est honnête, il a une facette douce et tendre qu’il ne montre pas, mais qui me fait complètement craquer. C’est un homme prévenant. Respectable. Que la notoriété n’a pas encore entaché.
Idéal.
Parfait pour moi.
Frappée par mes conclusions, bourrée de remords quant à ma conduite, je me suis décidée à venir le voir pour mettre tout ça à plat.
Parce que je suis une fille bien et honnête avant tout. Et que j’en pince sérieusement pour lui, aussi.
– Je suis porteuse d’une demande d’excuses, d’une tentative de chantage affectif, et d’une proposition de paix, déclaré-je. C’est un peu stupide, mais j’assume.
– Si tu es venue pour m’amadouer, alors effectivement, tu es stupide, répond-il sans sourire.
Waouh ! Il n’a pas tendance à exagérer un chouia. D’accord, mon comportement n’a pas été très cordial, mais de là à utiliser des mots pareils, je trouve qu’il y va fort. Au bord des larmes, je me mords la lèvre. Si le drapeau blanc ne fonctionne pas, j’ai d’autres cartes dans ma manche. Je peux me la jouer Chat Potté avec le regard qui tue !
– Oh, Trevor ! Ne sois pas méchant avec ta petite Française préférée.
Mon humour a toujours réussi à le dérider. Sous mon air assuré, en fait, je n’en mène pas large. Du tout. Je sais que j’ai merdé. Un tremblement nerveux me parcourt.
– Je suis venue te dire que tu avais raison, et que je suis la plus grande tête de mule que la Terre ait jamais portée.
– Je n’ai jamais affirmé que tu étais une tête de mule.
– Oui, je te l’accorde.
– Mais je suis à blâmer aussi. Je crois que nous avons été tous les deux un peu immatures sur ce coup-là.
– Drapeau blanc ? suggéré-je.
Esquissant une moue des lèvres, je darde sur lui un autre regard de chien battu.
– Tu ne vas tout de même pas me faire poireauter sur le palier ?
– J’avoue que j’y ai songé.
– Laisse-moi entrer, que je puisse me jeter à tes pieds et implorer ton pardon.
– Tu vas le faire ?
– En théorie, oui. En pratique, je ne suis pas certaine de posséder autant de grandeur d’âme.
En prononçant ces paroles, je lui décoche mon plus joli sourire. Vaincu par mon aplomb (ou épuisé par ma ténacité), Trevor recule pour me permettre de passer.
– Entre.
En un clin d’œil, je me rue à l’intérieur de l’appartement. Moins de dix secondes plus tard, je suis penchée sur le canapé en train de grattouiller la bedaine offerte de Balthazar qui n’a cure des problèmes humains. Trevor nous contemple avec un air fermé. Et aussi avec un regard de propriétaire déçu par le manque de solidarité de son animal de compagnie.
Les mains glissées dans les poches de son jean, il ne dit rien. Je me retiens de caresser son visage, dans l’espoir d’effacer la colère froide qui déforme ses traits.
Je masque un soupir et me redresse pour poursuivre notre duel.
– Que veux-tu, Madison ?
– La paix.
À présent que je suis plus près, je note une lueur de doute au fond de ses yeux bleus.
– Ce serait dommage de gâcher une si belle complicité pour des futilités. J’étais sur les nerfs, j’ai démarré au quart de tour.
– Et qu’est-ce qui t’a convaincue que je ne mentais pas ?
– Toi. Tu es honnête, je le sais. Mais je suis faillible. J’ai douté.
Je baisse la tête et poursuis :
– Je suis désolée.
– Et moi, déçu.
– L’un ne va pas sans l’autre, je suppose.
– Tu as raison, lâche-t-il d’une voix tendue, contrôlée.
Je crois qu’il est vraiment en pétard.
– En général, je n’ai pas d’état d’âme à condamner quelqu’un. Là, je me sens seulement pathétique… Je suis désolée si je t’ai blessé. Sincèrement désolée. J’avais tellement peur de réaliser que tu te servais de moi que je n’ai plus gardé toute ma tête.
Et d’ajouter au bout d’un silence :
– Tu ne méritais pas que je te traite de cette manière.
Il plisse les yeux.
– Content de te l’entendre dire.
OK, je pensais que ça suffirait à le dérider, mais il semble que je vais devoir y mettre un peu plus de bonne volonté.
– En toute franchise, je te dois également des excuses. Je me suis mal conduit et tu avais le droit de te sentir offensée. Je me doute que mes paroles ont pu te blesser. Alors, pour ce que ça vaut, désolé…
Portée par un élan irrésistible de positivité, je lève la tête et le fixe.
– Alors, quel est le verdict, votre Honneur ? plaisanté-je.
Il s’approche et, d’un geste possessif, m’étreint. De soulagement, je me niche au creux de ses bras, l’esprit vide de toute pensée hormis celle d’être à ma place. Son parfum envahit mes narines.
– Suis-je pardonnée ?
Levant les yeux vers lui, je le vois entrouvrir ses lèvres et sourire.
– Tu me fais marcher depuis tout à l’heure ?
– C’est tellement bon de te découvrir si contrite.
– Oh ! le fourbe !
Je lui décoche un coup de poing dans le ventre (léger, hein, je n’ai pas envie de le voir cracher un poumon !) pour lui manifester mon mécontentement. Alors que je souris comme une bécasse. Cherchez l’erreur !
– Je suis heureux que tu sois ici, avoue-t-il.
– Et moi d’être venue.
Ses paumes chaudes enveloppent mon visage.
– Madison ? murmure-t-il comme s’il souhaitait obtenir mon consentement.
– Oui ? chuchoté-je en m’avançant.
Il va m’embrasser, c’est sûr. Son expression est éloquente. On dirait qu’il souffre de ne pas pouvoir le faire. Mes lèvres s’incurvent et se tendent en un baiser…
Viens à moi, mon prince charmant ! Roule-moi une pelle qui me laissera sans souffle !
– Tu m’écrases les pieds.
Dans un fracas de verre brisé, je renoue avec la réalité. Ce ne sont pas les mots que j’attendais. Pour le romantisme, on repassera. Confuse, je baisse la tête et constate la véracité de ses dires.
– Oups ! m’exclamé-je en m’éloignant.
Plutôt que de me laisser reculer, Trevor me tire à lui, prend mon visage en coupe et pose ses lèvres sur les miennes.
Enfin !
Dans mon cerveau, des « alléluia » retentissent en fanfare tandis qu’une cohorte d’anges s’envolent. Ne cherchez pas à comprendre. Parfois, je m’interroge aussi sur ma santé mentale…
Veillant à ne pas lui écraser les orteils à nouveau, je me hisse sur la pointe des pieds, remontant mes mains sur ses épaules, et noue les bras autour de son cou. Notre baiser s’approfondit. Il est teinté d’abandon, de volupté et de promesses. Après tout, nous sommes seuls, en sécurité chez lui, à l’abri des regards indiscrets. Ici, Trevor peut se laisser aller. Se départir de sa vigilance habituelle. Et je compte bien en profiter !
– Tu m’as manqué.
– Toi aussi.
La langue de Trevor s’entremêle à la mienne avec une avidité et une habileté démoniaque. Conquise, je plaque mon corps contre le sien. Je n’ai conscience que de la douceur de sa bouche, du parfum un peu mentholé de son palais et des quelques mèches qui viennent chatouiller mes paupières dans la passion de ce baiser. La pièce se réduit à la chaleur sensuelle de nos corps l’un contre l’autre.
Lorsque nos lèvres se séparent, il baisse les yeux sur moi avec un sourire conquérant. Je me consume.
– Suis-moi, murmure-t-il en me tendant la main.
Telle une automate, je lui obéis.
Nous gagnons sa chambre le sourire aux lèvres.
Tandis que Trevor m’attire contre lui, je prends conscience de l’accélération de mon pouls. Mon cœur, je le sens fort et palpitant dans ma poitrine à la mesure de mon excitation.
Mes seins n’ont jamais été aussi sensibles que quand il les touche et je me damnerais sans hésiter pour ses caresses.
Sous ses doigts, ils deviennent lourds et douloureux sous l’effet d’un désir que je ne maîtrise plus. Incapable de me retenir, je lui saisis une main pour la poser, d’autorité, sur l’un de mes seins. Un cri étranglé jaillit de ma gorge à ce contact et fait écho au gémissement qui franchit les lèvres, toujours sur les miennes, de Trevor.
Lorsqu’il m’enlève mon tee-shirt, je me fige au passage de ses paumes pareilles à du velours. Je croise son regard ardent. Je suis frappée par la flamme qui illumine ses yeux. Sous son charme, je l’autorise à poursuivre mon effeuillage. Il ne me laisse que mon soutien-gorge et ma petite culotte.
Ses iris, bleus et intenses, capturent les miens.
– S’il te plaît, n’arrête pas.
– Toi non plus.
Sans le quitter du regard, je faufile mes doigts sous son tee-shirt pour caresser avec délectation son ventre plat, et remonte jusqu’à son torse musclé. Incapable de refréner le besoin de le toucher, je lui fais passer son tee-shirt par-dessus la tête. Je lui souris et pose la main avec insistance sur la braguette dont la bosse attise mon désir, avant de m’attaquer à la ceinture de son jean. Mes doigts sont fébriles et il doit m’aider à me dévêtir.
Nom d’un chien ! Quel canon ! Pas possible qu’une telle perfection existe.
Presque nus, nous nous embrassons de nouveau ardemment.
La main de Trevor s’aventure dans mon dos afin de dégrafer mon soutien-gorge. Je m’en débarrasse en poussant un soupir d’aise. Trevor recule et couve ma silhouette d’un regard admiratif. Désormais, il n’y a plus de tissu entre nous.
– Madison, tu es la plus belle femme que j’aie jamais vue, murmure-t-il d’une voix vibrante.
– Et toi, tu es waouh !
Il sourit. Je ne suis pas sûre que ce soit le meilleur compliment que je puisse faire, mais c’est le seul que je suis capable de formuler. Sans conteste, Trevor est d’une beauté renversante.
Il est parfait.
J’appose une main légère sur son torse et, sous la pression de ma paume, je sens les battements de son cœur vifs et rapides à la mesure du mien. Je ne suis pas la seule à être ébranlée par notre étreinte.
– J’ai tant pensé au moment où nous referions l’amour. Tant imaginé, avoue-t-il.
– Moi aussi.
En réponse, il ne se contente plus de m’embrasser avec ardeur. Ses lèvres glissent dans mon cou avec une lenteur frustrante, puis descendent sur mes seins dont il mordille les pointes. Je me cambre, m’arc-boute, les lui présentant davantage par la même occasion. La volupté grandit en moi à une cadence régulière.
Je tremble d’impatience comme une feuille quand il retire ma culotte, de nouveau avec cette lenteur délicieusement provocante et sensuelle. Nue, je m’allonge sur le lit, offerte. Il me rejoint aussitôt. Puis il se positionne entre mes jambes.
Agenouillé devant moi, je le regarde passer un préservatif sur son membre tendu. C’est un spectacle scandaleusement décadent que cet homme à la beauté presque surnaturelle qui se prépare à me donner du plaisir.
Je mordille ma lèvre inférieure en sentant son sexe gainé de latex effleurer délicatement et voluptueusement ma féminité brûlante. Il me pénètre progressivement, centimètre par centimètre. Ondulant des hanches, je cède vite au maelstrom de sensations qui déferlent en moi. Encore quelques coups de reins et j’atteindrai les cimes de l’orgasme.
J’ai de la chance. Trevor n’est pas de ces types caricaturaux que l’on voit dans les romans et qui couvrent leur partenaire de paroles mièvres du genre qui indique à quel moment cette dernière peut jouir. Je crois que le jour où un homme me dira ça, je lui ferai un nœud avec sa… enfin, bon, je m’égare.
Je dois me concentrer sur mon Apollon qui est en train de me faire décoller.
– Embrasse-moi ! exigé-je.
Notre baiser se prolonge, devient plus profond, plus sensuel, plus étourdissant. Je veux sentir le goût de son cri quand l’orgasme le saisira. Je l’embrasse plus fougueusement lorsque son bassin se met en mouvement, nous plongeant dans une danse ancestrale érotique. Nous bougeons à l’unisson. Mon corps vient à la rencontre du sien de plus en plus frénétiquement. Dès que le premier spasme de jouissance me fait vibrer, mes hanches se soulèvent, formant un arc au-dessus du lit, et tout mon être tremble.
Je me cambre sans retenue quand la félicité déferle en moi, plantant mes ongles dans son dos. Mes cris d’extase fusent, et chaque cellule de mon corps explose. Peu à peu, le mouvement se ralentit et je retombe sur le matelas, glissant mollement à côté de lui.
Je suis une loque. Mais une loque heureuse. Oui, tout est dans la nuance.
Mon être entier est dans un état de plénitude que j’ai rarement atteint. Je suis comblée.
J’ouvre les yeux.
Trevor est à côté de moi. Si je veux être précise, je suis avachie sur lui dans une pose peu gracieuse. Genre étoile de mer. J’ai dû m’assoupir. Quand il soulève les paupières à son tour, je demeure un moment captive de ce regard bleu, assombri par la passion, et m’empare de ses lèvres pour un baiser enflammé.
– Reprenons notre histoire, propose-t-il.
– Pour mieux nous réconcilier la prochaine fois ?
– J’aime être avec toi…
Il se penche vers moi, me fait rouler sous lui et m’embrasse. De drôles de tiraillements naissent dans mon ventre.
Mode orgasmique enclenché.
– Il est interdit d’utiliser le sexe comme moyen de persuasion.
Avec un sourire en coin, il répond par un nouveau baiser, plus soutenu et ardent que le précédent. Mes mains le repoussent sans conviction.
– Alors ? dit-il.
– Non…
– Non ?
Sa bouche se rive dans mon cou, parsemant mon épiderme sensible d’une traînée de baisers brûlants. Sa main libre se glisse sous le drap au cœur de ma féminité. Je lâche un gémissement aigu. Comment résister à pareil traitement ?
– Tes méthodes sont déloyales, couiné-je, et rien ne dit que ça fonctionnera.
– Je ferai en sorte que ça marche, je te le promets.
– Ce n’est pas parce que tu l’assures que…
– Si ! me coupe-t-il péremptoire.
Mmm ! J’aime quand il agit en homme des cavernes. Ce côté autoritaire m’émoustille. Seulement, moi aussi, je dispose d’armes capables de l’ébranler.
Je me love contre lui avec délices, comblant l’espace entre nos corps, et il pousse un grognement quand j’effleure son sexe durci sous le drap.
– Est-ce que c’est ta main qui me frôle ?
– Non, répliqué-je innocemment.
Il se tétanise aussitôt. L’expérience Noisette doit lui revenir en mémoire, car son teint pâlit. Un sourire mutin relève mes lèvres.
– Ne me dis pas que…
C’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher d’éclater de rire.
– Rassure-toi, Noisette est dans sa cage à la maison. Ce n’est donc pas lui que tu as senti…
– Espèce de folle ! s’exclame-t-il en souriant. Je ne t’imaginais pas aussi machiavélique.
Mon rire est étouffé par un baiser vorace. Lorsqu’il roule sur moi, m’écrasant de sa puissante virilité, ses yeux océan étincellent de mille promesses.
– Et tu n’as encore rien vu !
Mais je ne demande que ça.
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