Intouchable (Ou Pas)
CHAPITRE 10 Trevor
CHAPITRE 10
Trevor
Debout sur mon balcon, je contemple le ciel azuré, un verre d’eau à la main.
Je ne sais pas ce qui m’a pris de l’embrasser.
Quand elle a ouvert la bouche, j’ai eu l’impression de boire trois vodkas d’affilée. C’est peut-être ce qui m’a embrumé l’esprit.
Cette idée me fait sourire.
En fait, lorsqu’elle a glissé sa main dans la mienne, je me suis figé. Victime d’un flux d’émotions contradictoires, je suis resté pétrifié sur place. Il y avait si longtemps. Si longtemps que je n’avais pas touché une femme autre que ma sœur. Pas depuis…
Je me mords la lèvre et inspire profondément. J’ai juré à Julianne que je pourrais prendre ma vie à bras le corps quoi qu’il arrive. Il est hors de question de la décevoir. Je peux le faire. Je peux gérer. Et Madison, c’est l’opportunité pour moi de franchir cet obstacle. Si j’y parviens, alors ce sera une étape supplémentaire vers la guérison.
Je lève la main à hauteur de mes yeux.
Il me semble encore sentir le contact de sa peau contre la mienne.
Avec douceur, j’ai pressé ses doigts qui s’entremêlaient aux miens avec la peur nouée au ventre de voir le miracle s’envoler. Mais non, rien n’a changé. Elle n’a pas disparu.
Pour vous, ça peut paraître anodin, mais pour moi, c’est délirant, sensationnel, incroyable…
Ignorant le signal d’alarme qui a retenti dans mon esprit, j’ai abandonné toute réserve et je me suis laissé emporter par mes émotions. Mon cerveau me hurlait qu’il fallait interrompre ça, que c’était de la folie ! Mais ma raison était impuissante à maîtriser mes pulsions et, lâchant la bride à la fièvre qui couvait en moi, je lui ai rendu son baiser. Je n’ai pas pu m’arrêter de l’embrasser encore et encore. Langoureusement. Passionnément.
Un acte inévitable depuis notre première rencontre, ce jour où elle a bouleversé ma vie.
Son souffle chaud était ensorcelant, ses lèvres grisantes. Et son corps pressé contre le mien, un vrai miracle. Je l’ai serré entre mes bras, ce miracle. Mes paumes posées sur ses hanches, pour la plaquer contre moi. Emporté par un feu ardent, j’ai dévoré sa bouche.
Balayés, les doutes et la retenue, j’ai compris en cette seconde que j’avais raison à son sujet. Ce moment dont j’ai rêvé en secret durant des années était en train de se réaliser. Son corps épousait le mien. Le parfum de sa chevelure et de sa peau s’insinuait en moi. En resserrant mon étreinte, j’ai eu l’étrange sensation que mon cœur endormi se réchauffait enfin. Son corps ferme et menu plaqué contre le mien, elle enfouissait ses mains dans mes cheveux, m’électrisant de la tête aux pieds pour la première fois de ma vie.
Pourtant, alors que mes hormones s’agitaient avec fureur, je me suis promis de ne pas la brusquer et de me montrer prudent, bien qu’une infime partie de mon cerveau juge cette patience surfaite et m’encourage à profiter de l’instant présent.
Ce qu’il rejetait en bloc, par contre, était l’idée absurde de tomber amoureux d’elle. Comme tout remède, Madison devrait être utilisée à court terme. La tenir dans mes bras ne me dédommagerait pas de tout ce que j’avais enduré. Mais par ce simple baiser, elle me rendait au centuple une dignité qui m’avait été volée jadis. Sans même s’en rendre compte.
À bout de souffle, j’ai mis fin à ce contact incroyable. Madison semblait aussi bouleversée que moi. Elle a soupiré et s’est blottie contre moi pour mieux savourer notre retour à la réalité. Hormis son « waouh » tonitruant, elle était incapable de prononcer une parole. Bien que j’aie entamé un recul stratégique, elle est restée abandonnée contre moi, la tête appuyée contre mon torse. Impuissant à résister, j’ai levé les mains pour caresser son visage. Sa façon de me regarder a fait chavirer mon cœur tout en me rassurant.
Après un temps à peser le pour et le contre, et ce malgré le désir sauvage qui courait dans mes veines, j’ai jugé qu’il valait mieux en rester là pour une première expérience et ne pas prolonger cette minute magique. La réserve de Madison finirait par resurgir une fois qu’elle serait dégrisée, et la jeune femme, passionnée et excentrique un instant auparavant, se transformerait en un moulin à contritions quant à son comportement.
Pourtant, je reconnais de manière égoïste que j’aurais voulu faire durer ce bonheur, promener les doigts dans sa chevelure soyeuse, appuyer mes lèvres contre les ombres douces de son cou et ses joues pour en atténuer la rougeur, sentir contre mon torse la pression de sa poitrine.
À cet instant, j’ai compris que mon désir d’elle ne provenait pas uniquement de ce baiser, mais que je l’avais espéré depuis plus longtemps. Et plus j’apprenais à la connaître, plus cette soif d’elle grandissait. Et ça m’a fait peur.
Parce que je ne peux pas m’attacher à quelqu’un.
Je me refuse de faire souffrir une personne que j’aime. Je vois où cela a mené mes parents et ma sœur. Toujours à se demander si je ne perdrais pas la tête un jour au point d’en finir…
En m’attendrissant sur Madison, je cours le risque de succomber à ses charmes, le temps de quelques heures ou même pour le restant de ma vie si je n’y prends pas garde, et j’en ai de plus en plus l’intuition.
Mais cette prise de conscience ne m’empêche pas d’avoir envie de la toucher. Mes doigts brûlent d’impatience de lui ôter ses vêtements l’un après l’autre pour découvrir enfin la douceur de sa peau. Je rêve de les glisser sous son tee-shirt et de la caresser, juste pour profiter de ce contact dont je suis privé depuis tant d’années.
– Est-ce vraiment mal d’aspirer à la normalité ? formulé-je à voix haute.
Libéré de toutes entraves, mon cerveau se met à fantasmer. Dans un scénario sorti de nulle part, je la fais s’allonger nue sur mon lit. Je m’imagine en train d’observer la jouissance marquer son visage quand, ouverte, parfaitement offerte, je m’immisce dans son corps. Je la vois se détendre et gémir, parcourue par un plaisir démesuré, chaque cellule dansant de joie lorsque sa tête part mollement en arrière dans un soupir d’abandon qui attise en moi un désir incontrôlable.
Ça fait trop longtemps que j’espère ce moment, pensé-je en sentant mes muscles se contracter et mon souffle s’accélérer. Oui, vraiment trop longtemps.
Je referme mes doigts sur ma paume pour étouffer cette brutale montée de testostérone.
Mais au fond de moi, je n’y crois plus. J’ai peur.
Trop de désillusions ont jalonné ma vie pour que je me laisse aller à cette vision utopique. En fait, les choses auraient été différentes si mon enfance n’avait pas été balayée par ce tsunami. J’étais le plus sociable des gamins, observant le monde avec la candeur de mon âge, le jaugeant.
Encore sous le coup de l’émotion, je relève la tête et m’écarte du balcon. Mes doigts sont tellement crispés sur mon verre que mes phalanges ont blanchi. C’est un miracle qu’il n’ait pas explosé.
Malgré la frustration qui me torture, je me force à reprendre le contrôle de mon corps. Ce genre de comportement irrationnel et impulsif ne me ressemble pas du tout.
De la main, je balaye mon visage comme pour en chasser mon trouble.
Oh ! Seigneur. Suis-je en train de devenir cinglé ?
L’enjeu est trop grand pour tout abandonner. Je dois d’abord remettre en place les remparts que j’ai soigneusement érigés autour de mon cœur. Sinon, la peur dévorante et le chagrin prendront le dessus. Et alors, je n’aurai qu’une envie : fuir. Me replier sur moi-même dans mon cocon sécurisé. Et tout espoir sera perdu…
– Non, je n’abandonnerai pas ! déclaré-je à voix haute comme pour me donner du courage.
Un bruit de klaxons, suivi d’une bordée d’injures, me rappelle à la réalité. Rien de tel pour me sortir de ma torpeur. Il est neuf heures du matin et la ville est déjà animée. Je suis heureux d’avoir recouvré mon appartement. Julianne va profiter de sa paix enfin retrouvée et moi de la mienne.
– Je vais prendre l’air, dis-je à la silhouette de mon chat alanguie dans les draps froissés. Je reviens bientôt.
Les iris félins qui me contemplent sous les paupières mi-closes ne me jugent pas. Balthazar s’étire, pousse un profond soupir et me tourne le dos. Maintenant que j’ai récupéré mon appartement, j’ai pu le tirer de la pension dans laquelle je l’avais placé en attendant la fin des travaux. Mon chat n’est pas difficile tant qu’il bénéficie de son petit confort.
– Ne me raccompagne pas, surtout !
Un regard impassible, voire désintéressé, escorte ma sortie. Je ne m’en formalise pas. Notre relation est ainsi.
Je me coiffe les cheveux d’un bonnet et cache mes yeux derrière des lunettes noires. Disons que j’en ai besoin : il y a, chez moi, un petit quelque chose qui attire irrésistiblement les femmes. Que je sois apprêté ou pas ! Mais à l’inverse des autres hommes, je ne suis pas à l’aise quand il s’agit de goûter leur compagnie. Face à elles, aucun mot d’esprit, aucun compliment bien tourné ne me vient jamais aux lèvres. Je joue à la perfection le rôle du type froid. Une attitude qui les charme.
Rob prétend souvent en riant que mon air distant est justement ce qui plaît aux femmes. Plus je leur montre d’indifférence, plus elles sont captivées. Mais je ne suis pas idiot, je devine exactement ce qu’elles attendent de moi. Un avenir où je refuse de m’engager. La plupart n’ont qu’une idée en tête : sortir avec moi, faire la Une des médias et me passer la corde au cou. C’est pourquoi je ne les ménage pas. Au fond de moi depuis l’enfance, est ancrée l’intime conviction que l’amour n’est pas pour moi. Il y a des choses brisées qui ne peuvent être recollées.
Les mains dans les poches, je déambule au gré de ma fantaisie, sans but réel, me plaquant contre le mur pour éviter le contact des piétons. Mes pensées désordonnées m’ont coupé l’appétit et je n’ai même pas pris de petit-déjeuner. Une erreur que je vais devoir réparer si je ne veux pas me choper une crise d’hypoglycémie. À force de veiller à conserver un poids idéal et à faire du sport à haute dose, je ne me rappelle plus avoir mangé quelque chose de sucré. Je me mets donc en recherche d’une boulangerie. Hélas, la rue Royale offre beaucoup de commerces très chic et des établissements de luxe. Rien qui m’intéresse véritablement.
Je prends sur moi de ne pas me retourner pour vérifier que mon garde du corps est présent. Je sais qu’il est là, ombre fidèle.
Jusqu’à ce que j’aperçoive une silhouette familière. Pour une fois, je ne distingue aucune bête à poils ou à plumes dans son sillage. Un exploit !
Sans le réaliser vraiment, je ralentis mon allure. Debout face à une boutique de prêt-à-porter, une jeune femme observe les modèles présentés sur les mannequins. On dirait qu’un pull noir ouvert au niveau des bras lui plaît beaucoup.
Elle plonge la main dans son sac et en extirpe un objet. Je devine qu’il s’agit d’un bonbon. Elle le déballe rapidement et fait mine de le mettre dans sa bouche lorsqu’elle aperçoit mon reflet dans la vitrine. Elle pivote aussitôt, la friandise toujours en main.
Le geste en suspens, elle me fixe comme si j’étais un cauchemar en train de prendre vie. Pas la peine d’être devin pour savoir qu’un tas de questions défile dans son esprit. Elles s’inscrivent sur son visage. Ses yeux, je ne peux pas les voir, puisqu’ils sont dissimulés par une paire de lunettes noires.
– Qu’est-ce que vous faites là ?
Je note le retour du vouvoiement, sans m’en formaliser.
– Je me balade.
– Bien sûr… et comme par hasard, on se croise ?
– Que je sache, cette rue ne t’appartient pas.
– En effet.
Se ressaisissant, elle enfourne le bonbon, puis avance d’un pas.
– Mais, que je sache, dit-elle en reprenant mes mots, je ne vous dois plus rien. Nous n’avons plus la moindre raison de faire semblant de nous connaître.
– Tu dois bien être la seule à tenir ce genre de discours.
– Pourquoi ? Ah ! parce que je ne me suis pas épanchée en mercis pour votre invitation, sans doute !
– Un souvenir mémorable.
– Rassurez-vous, mister Davies, je ne vous ai pas vu à la Une des journaux ce matin. Personne ne saura ce qui s’est passé.
– Il y a une différence entre faire parler de soi tout en préservant sa réputation auprès du grand public ou des clients, et devenir la risée des médias et le jouet de la presse à scandales.
– Tu penses que je ne la connais pas ? reprend-elle en me tutoyant de nouveau, preuve flagrante de son trouble.
– Disons que ton attitude hier au bar a failli me coûter cher.
Elle tressaille à ce souvenir et porte la main à son front comme si sa tête allait exploser. Puis elle ouvre la bouche, semble prête à me lancer une vanne, avant de se ressaisir.
– Allez, bye !
Elle tourne les talons et avance de quelques pas quand un vertige me saisit sans crier gare.
Sous mon crâne, je perçois des élancements. Une migraine carabinée se prépare. Mes étourdissements s’accentuent. Que se passe-t-il ? Mes tympans sont vrillés par un son aigu persistant. Et ces douleurs circulant dans mon corps sont insupportables… J’ouvre la bouche pour parler, mais aucune parole n’en sort. Mes tempes bourdonnent. On dirait presque qu’un essaim d’abeilles me tourne autour. Dans une sorte de brouillard cotonneux, je perçois un déplacement sur ma droite.
La voix de Madison me fait sursauter. Elle s’est matérialisée près de moi sans que je m’en aperçoive.
– Trevor ! Tu es tout pâle… Tu m’entends ?
J’essaye d’opiner du chef, incapable de prononcer un mot, mais ce simple geste accentue mes vertiges.
Merde ! Comme je le craignais, mon taux de sucre est si bas que je sens déjà la crise se profiler. Il me faut absorber quelque chose de sucré. Or, nous sommes trop éloignés de la moindre boulangerie. Ici, ce sont les boutiques de prêt-à-porter qui priment.
Mon regard effleure les lèvres humides de Madison. Elle va encore croire que je lui joue un tour.
Tant pis ! Qu’elle pense ce qu’elle veut !
Je glisse une main impérieuse sur sa nuque et attire son visage près du mien. Elle écarquille les yeux une microseconde avant que ma bouche s’empare de la sienne.
Une saveur acidulée envahit immédiatement mon palais. Nos bouches soudées l’une à l’autre, je respire son goût, m’en imprègne. Sous le coup de la surprise, elle ne bouge pas. Je pousse mon avantage et la force à ouvrir la bouche. Son bonbon bascule dans la mienne et je me sens électrisé. C’est le remède le plus prompt et le plus efficace que j’aie absorbé de ma vie. Sous ce doux contact sucré, mon corps s’éveille. Toutes les parties de mon corps, d’ailleurs…
Le violent malaise commence à refluer, me laissant un goût étrange.
Entre-temps, Madison a repris ses esprits et me repousse avec une brutalité qui n’est pas sans conséquence puisque je m’en vais heurter le mur. J’entends juste son cri quand l’arrière de ma tête entre en contact avec celui-ci. Des passants nous observent.
Immédiatement, elle se presse contre moi.
Je distingue la silhouette de mon garde du corps qui approche, mais d’un geste de la main, je lui intime l’ordre de ne pas avancer.
– Désolée, je ne voulais pas. Parfois, je ne mesure pas ma force et… mais c’est ta faute, après tout ! s’exclame-t-elle. Qu’est-ce qui t’a pris de m’embrasser comme ça ?
Plié en deux, les mains posées sur mes genoux, je tente de refouler la douleur.
– Hypoglycémie.
Il lui faut quelques secondes pour comprendre et relier les événements entre eux.
– Tu ne pouvais pas le dire ? J’avais d’autres bonbons dans mon sac.
– J’ai paré au plus pressé.
La moue qui étire sa bouche montre qu’elle doute de ma version, mais c’est bien la vérité. Je lui lance un coup d’œil en me relevant. Je devine que je vais écoper d’une belle bosse.
Délaissant son expression dubitative, Madison s’approche.
– Comment te sens-tu ?
– Mieux.
Malgré son embarras, cette réponse la rassure. Et ce qui d’ordinaire aurait pu me fâcher en devient presque risible. Cette spontanéité qui la caractérise me permet de relativiser et de maîtriser mes pensées. À la différence des autres femmes, elle ne cherche pas à me plaire. Pourtant, elle connaît mon identité.
Plaquant un sourire sur mon visage, je lui tends la main.
Qu’est-ce que j’espère ?
Que tout s’effondre, sans doute. Pour me donner raison.
Il ne se passe rien de tel. Cette fille ne cesse de me surprendre, de me défier, de m’embraser malgré moi. Elle me coupe le souffle et m’emporte vers des horizons que je ne pensais plus explorer un jour.
Je sais que ce changement est lié à elle. Lorsqu’elle est à côté de moi, je me sens différent. Plus fort et plus courageux.
– Raccompagne-moi et nous serons quittes.
Elle me lance un regard de biais, puis finit par accepter.
– Julianne va s’occuper de toi.
– Non.
– Ah bon ?
– C’est chez moi que nous allons. Rue Dunois.
Cette fois, son regard devient soupçonneux.
– En tout bien tout honneur, précisé-je.
– OK, je te dois bien ça.
C’est étrange, cette sensation de marcher comme un anonyme. De ne pas me sentir agressé par les gens. Tout ça parce qu’elle se tient à mon côté.
Elle ne commente pas le quartier où je réside. Ne rajoute rien quand je la fais entrer dans le hall. Ses yeux furètent partout. Et je prends plaisir à l’observer.
Une fois dans l’ascenseur, elle se poste à distance respectueuse, mais le destin s’échine à nous mettre dans une situation pittoresque. En effet, au moment de franchir le premier étage, la cabine effectue un raté. Nous nous trouvons brutalement secoués. Par réflexe, Madison tend les mains pour conserver son équilibre. Comme je suis l’unique personne près d’elle, elle m’agrippe, mais ses doigts glissent. Emportée par son élan, elle tombe avant que je puisse la retenir et se retrouve à genoux devant moi.
S’il n’y avait que ça, ce ne serait pas amusant, n’est-ce pas ?
À ce moment-là, les portes de l’ascenseur s’ouvrent.
Le couple qui apparaît nous fixe d’un air ébahi. Je ne vous fais pas un dessin : Madison à genoux devant moi, les cheveux ébouriffés et le visage empourpré.
D’un geste instinctif, je me place devant elle, mais je ne me fais aucune illusion : les gens vont probablement interpréter à tort ce qui vient de se passer.
– Bonjour, dis-je au premier qui ne sait pas s’il va entrer dans la cabine ou rester sur le seuil. Vous vous rendez à quel étage ?
Le visage de mon interlocuteur s’empourpre.
Derrière moi, Madison se relève et garde la tête baissée pour dissimuler sa figure sans doute écarlate.
– Aucune importance, dit l’homme en reculant sur le palier. Nous prendrons le suivant.
Les portes se referment tandis que l’ascenseur entame sa course sans eux.
– Est-ce que ça va ? demandé-je en me tournant vers Madison.
Je suis sur le point d’ajouter : « Tu ne t’es pas blessée ? », mais je m’aperçois que Madison est en train de rire. Alors je l’imite moi aussi.
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