Intouchable (Ou Pas)

Delman · Chapitre 19 sur 35

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Intouchable (Ou Pas)

CHAPITRE 18 Trevor

CHAPITRE 18

 

Trevor

 

Je sursaute en entendant un bip. J’ouvre les yeux, et il me faut un certain temps pour reconnaître les lieux. Surpris, je frissonne à la perception d’un corps fluide et chaud contre le mien. Mes sens sont encore engourdis.

Madison, nue, est blottie tout contre moi. Une de ses jambes est entrelacée à ma cuisse et sa main abandonnée sur mon épaule. Un nouveau bip retentit. Il émane de mon portable.

Suis-je assoupi depuis longtemps ?

Je me penche pour consulter l’écran de mon téléphone. Je note qu’il est huit heures passées.

Un sourire étire mes lèvres au souvenir de nos ébats. Nous avons fait l’amour plusieurs fois, d’abord tendrement, puis plus passionnément, et aussi de façon langoureuse, avant de nous endormir d’épuisement. Madison est un ange de bienveillance. Bien que peu expérimenté, je m’attendais à une amante fougueuse, enflammée, car c’est ainsi qu’elle est dans la vie de tous les jours. Pourtant, dans l’intimité, elle n’est que douceur. Ce qui m’a à la fois étonné et touché.

– Madison, murmuré-je en repoussant une mèche de cheveux rebelle.

Coucher avec quelqu’un ne m’a jamais vraiment intéressé. Depuis l’adolescence, je me suis occupé de mes besoins seul. Jusqu’à ce qu’elle arrive…

Je soupire d’aise. Jamais je ne me suis senti aussi détendu. Bien entendu, en apparence, ce n’est que du sexe, mais pour moi, c’est beaucoup plus…

Je l’ai su quand je me suis fondu en elle. Elle m’a offert un voyage des sens infini, insoupçonné. J’ai compris alors que je ne pourrais plus faire marche arrière. À partir de ce moment, je me suis donné totalement à elle, corps et âme. Du coup, je redoute d’avoir à me convaincre qu’une seule nuit suffira à apaiser la faim qui me tenaille en sa présence. Au lieu de ça, tel un assoiffé en plein désert, je rêve de nombreuses autres nuits comme celle-ci à l’avenir.

De nouveau, le téléphone émet un bip. Madison affiche une expression contrariée et remue dans son sommeil. Aussitôt, j’éteins mon portable. Pour rien au monde, je ne veux être dérangé.

Ce moment m’appartient.

Je baisse les yeux vers celle qui dort près de moi.

Ses cheveux s’enchevêtrent autour de son visage délicat et sensuel. L’ombre de ses cils se projette sur ses pommettes bien dessinées. L’une de ses mains repose sur moi tandis que l’autre est collée le long de son corps. Je détaille son nez parfait, autant par la forme que par la taille. J’adore quand elle le plisse. Son menton volontaire est surplombé par des lèvres pulpeuses et rouges, bien que gonflées par les baisers échangés.

Madison.

Un prénom qui lui correspond à merveille. Il glisse dans la bouche quand on le prononce. Un peu comme mes mains sur les courbes de son corps. Je coule un œil gourmand sur ses seins ronds, le creux de sa taille, ses hanches féminines, ses jambes fines et longues...

Dans son sommeil, elle s’agite soudain.

Elle doit être en train de rêver.

Cette femme est la personne la plus entêtante qu’il m’ait jamais été donné de contempler et, plongée dans ce sommeil réparateur, elle a quelque chose de la Belle au bois dormant.

J’ignore si elle s’est rendu compte de mon inexpérience. Car il s’agit de ma première fois. Oui, le dire ainsi est assez étonnant. Personne dans mon entourage professionnel n’est au courant de ma phobie. C’est un secret que j’ai conservé et avec lequel je pensais mourir.

Mais Madison est entrée dans ma vie et tout a changé.

C’était tellement formidable de faire l’amour avec elle.

J’ignorais à quel point il pouvait être bon de se fondre dans un autre être humain d’une façon aussi intime.

Tellement bouleversant.

Jamais je n’espérais connaître un bonheur semblable. Ce mélange de passion, de douceur. Cette générosité dans l’acte lui-même qui transcende l’âme. Je me suis senti à la fois conquérant et terriblement humble face à ces sensations quasi célestes.

Et tout ça, c’est à Madison que je le dois. Je n’éprouve aucun regret. Quelques semaines plus tôt, je ne connaissais même pas son visage. Aujourd’hui, je ne peux pas m’empêcher de le contempler.

Elle est mon miracle. Celui que j’ai espéré et attendu depuis si longtemps…

– Trevor…, murmure-t-elle à nouveau.

À son tour, elle se réveille. Il lui faut quelques secondes pour regrouper ses pensées avant de me sourire. Dans son regard, je découvre le bonheur d’une femme comblée. Son visage exprime cet épuisement extatique dû au bien-être voluptueux consécutif à des étreintes réussies qui satisfont mon côté masculin. Madison prend lentement possession de mon cœur. Et ce constat me bouleverse.

– Quoi ?

– Tu sais que tu parles en dormant ?

– Est-ce que j’ai dévoilé mes secrets les plus infâmes ?

– Non.

– Ouf !

– Mais j’avoue que ta cote de séduction a sérieusement chuté, la taquiné-je.

Elle fait la moue, ce qui me donne envie de l’embrasser.

– Toi, tu ronfles ! me reproche-t-elle en me coulant un regard déçu.

– Impossible.

– Je t’assure que si. J’ai passé une partie de la nuit à sauter dans le lit pour t’en empêcher.

J’affiche une mine contrite de circonstance. À ma décharge, c’est la première fois que je dors avec une femme. Et Julianne ne m’a jamais précisé ce détail.

– Comment me faire pardonner ?

– Une semaine d’abstinence, décrète-t-elle.

– Pas ça !

Je l’attrape dans mes bras et la fais rouler sur le dos. Avec ses cheveux emmêlés, elle est ravissante. Ses pommettes se parent de rose et ses lèvres s’entrouvrent sur son souffle rapide.

– Voilà qui n’est pas très chevaleresque.

– Ne me demande pas de faire preuve de noblesse d’âme quand tu me menaces de telles représailles.

– Mmm, quelle autorité !

Je la fixe, soudain sérieux.

– Tu sais que les choses ont changé entre nous désormais, déclaré-je en me penchant un peu vers elle pour appuyer mon propos. Je ne suis plus un simple ami maintenant.

– Ah bon ? Je n’avais pas remarqué, rétorque-t-elle avec un sourire moqueur.

Je donne un léger coup de reins pour lui faire prendre conscience de mon érection naissante.

– Ne me dis pas que tu as oublié !

– Non, non ! Et mon vagin t’en remercie, c’était super !

– Je suis disponible pour te prouver que ce n’était pas dû à la chance du débutant.

Ses bras se nouent autour de mon cou pour m’attirer un peu plus dans ses filets.

 

C’est ainsi que nous passons l’heure suivante à nous cajoler, nous découvrir. Pour ma part, ce sont des révélations qui s’enchaînent. Je suis un autre homme. Je reviens à la vie.

Mais toutes les bonnes choses ont une fin. On ne peut demeurer dans un lit éternellement. Et Madison n’est pas du genre à rester enfermée quand dehors le soleil brille. Comme de coutume, elle m’affuble d’un déguisement et nous sortons nous promener. J’ai prévenu Rob que je faisais un break de deux jours. Une demande que je n’ai jamais formulée depuis que je travaille et qui l’a surpris, mais je suis resté ferme.

– Trevor ?

Je relève la tête et plonge mon regard dans ses grands yeux avant de descendre sur sa bouche. Ses lèvres sont humides et pleines. Tentatrices à souhait. Je suis à deux doigts d’entrer en combustion spontanée.

– Trevor, tu m’écoutes ?

– Oui, oui…

Madison s’est mise en tête de me faire découvrir le tir à l’arc qu’elle a pratiqué en club. Elle a installé une cible dans sa cour et me montre les gestes techniques de base.

– Tu tiens comme ça, et tu lâches ! explique-t-elle.

Sauf que son coude effectue un mouvement imprévu. Au lieu de partir vers l’avant, il recule… en plein dans mon visage. Enfin, sur mon œil, si je veux être précis.

– Oh ! mon Dieu, je suis désolée ! Tu vas bien ?

Je conserve la paume plaquée sur mon œil. Je crains de le perdre si je l’ôte. L’élancement que je ressens cesse bien vite, mais je prends un malin plaisir à en accentuer les effets, rien que pour me faire consoler par Madison.

 

***

 

Le surlendemain, j’arbore un magnifique coquard au grand dam de Rob qui s’agite dans tous les sens en se demandant comment effacer cette marque ignominieuse de mon visage. Il est si énervé qu’il s’en prend à son assistante. La pauvre Millie encaisse sans rien dire. À tel point que je me sens obligé d’intervenir en sa faveur. En retour, elle me lance un regard débordant de reconnaissance.

Venue me rendre visite sur le plateau d’un tournage d’un spot publicitaire vantant les mérites d’un shampoing, Julianne partage l’étonnement de mon agent.

– Tu as l’air en forme.

– Tu trouves ? répliqué-je en lui désignant mon hématome.

– Oui, tu rayonnes. Est-ce l’effet Madison ?

Je lui lance un coup d’œil rapide. J’ignore ce qu’elle sait et il est clair que Madison ne lui a pas parlé de nous deux. Elle ne peut donc que conjecturer.

– Ça te poserait problème si c’était le cas ?

– Ne lui fais pas mal, c’est tout ce que je te demande.

– Julianne, est-ce que tu imagines ce que ça me fait de pouvoir toucher quelqu’un sans médication ?

– Non, je le reconnais.

Je lève ma main à hauteur de mes yeux et fais jouer mes doigts.

– C’est comme trouver le saint Graal. Je me sens à nouveau normal.

– Je sais que c’est difficile de faire confiance aux gens, déclare-t-elle en reculant. Je suis consciente que tu t’en sors tout seul depuis très longtemps.

– Je ne le suis plus désormais.

Madison est à mes côtés. J’ai accepté son aide. J’ai baissé ma garde et reconnu qu’elle me faisait le plus grand bien.

– Madison est une chic fille et…

Je l’interromps en prenant une profonde inspiration.

– Personne ne sera blessé à cause de moi, assuré-je. Je te le promets. Ça n’arrivera pas.

Tout du moins, je l’espère…

Avec Madison à mes côtés, je réapprends à vivre. Le mot semble exagéré, pourtant, c’est ainsi que je le perçois. Bien qu’elle prenne plaisir à m’affubler de postiches et de lunettes noires, je sais qu’elle est sincère à mon égard.

Avec l’enthousiasme qui la caractérise, les jours suivants, elle me fait découvrir les coins pittoresques du Loiret. Dès que mon travail est terminé, nous partons nous promener. Madison ne résiste jamais à l’envie de me taquiner. Elle prend également son pied à me travestir. Elle a même poussé le vice jusqu’à m’accoutrer de vêtements féminins. Si je n’étais pas mannequin, mon orgueil en aurait sans doute pris un coup. Mais dans ce métier, il faut parfois porter des tenues qui ne nous correspondent pas.

Le soir, épuisés, nous rejoignons mon appartement et nous faisons l’amour. Sans elle, je n’aurais peut-être jamais su que cela me procurerait une pareille félicité. C’est incroyable de découvrir à 27 ans qu’il reste encore de si délicieux territoires à explorer.

Quand elle adresse un énième regard noir à une femme qui fait mine de s’approcher, je ne peux m’empêcher de pouffer de rire.

– Quoi ? grommelle-t-elle.

– Rien, je me disais juste que tu étais redoutable en matière de force de dissuasion.

– Je ne partage jamais. Sache-le.

Réprimant un sourire, je lui saisis le poignet. Une idée germe dans mon esprit.

– Tu ne veux pas être ma garde du corps ?

Elle me regarde comme si j’avais perdu la raison.

– Je travaille avec des animaux uniquement.

– Parfait, ne m’as-tu pas dit que j’avais un caractère de chien ?

– Tu n’as rien de commun avec eux. Et puis, je te signale que ce n’était pas un compliment !

– Si, je suis gentil, loyal et fidèle.

– J’ai un doute sur « gentil », maugrée-t-elle. Et de plus, la déontologie interdit à un garde du corps de nouer une relation amoureuse avec la personne dont il a la charge. Donc, toi et moi ne pouvons pas envisager cet arrangement.

– Waouh ! Tu parles tellement bien !

Elle me coule un regard en biais.

– C’est ça, prends-moi pour une andouille, en plus !

– Non, je te jure. Tu es surprenante.

– En général, ce n’est pas avec ce qualificatif que l’on me dépeint, mais je l’accepte volontiers.

***

 

Les jours qui suivent sont un rêve éveillé.

Dès que je finis mes activités, je file la rejoindre. Si elle est occupée avec son job, je patiente dans la voiture comme un ado ou je vais squatter chez ma sœur. Cette dernière a noté un changement en moi, mais j’élude le sujet chaque fois qu’elle s’y intéresse. Elle sait que Madison et moi entretenons plus qu’une simple amitié, mais je me refuse à lui en révéler davantage.

Madison est mon miracle, mais je ne suis pas encore certain d’être guéri. Pour cela, il faudra que je teste. Mais je n’en ai pas envie pour le moment. Je savoure ce retour à la vie.

Comme en cette minute où je me trouve chez elle, dans le salon. Les mains dans les poches, plongé dans mes pensées, je regarde la pelouse par la baie vitrée.

La radio est allumée. La chanson You Can Leave Your Hat On de Joe Cocker retentit dans la pièce. Je me retourne. Madison chaloupe des hanches en rythme, et je reste scotché face à ce balancement hypnotique.

Lentement, elle s’approche de moi avec une moue amusée. Ses mains se lèvent à la hauteur de mes épaules. Elle continue de danser en mimant les paroles de la chanson.

Mais un faux mouvement orchestré par l’apparition diabolique et soudaine de Noisette perturbe ce moment des plus romantiques. En voulant éviter de marcher dessus, elle fait un pas en arrière plus ample que les autres, ce qui la déséquilibre. Par réflexe, elle s’agrippe à la personne la plus proche d’elle. Moi, en l’occurrence…

Nous voilà tous les deux en chute libre.

Mais les miracles existent. Si, si…

Au lieu de nous fracturer le crâne sur le carrelage, nous tombons sur le canapé. Je me retrouve vautré sur elle, le souffle court. Une position qui n’est pas sans me rappeler notre première rencontre.

Elle éclate de rire.

– À quoi penses-tu ? demande-t-elle en caressant mes épaules du bout des doigts.

La voir étendue sous moi, les cheveux épars autour de son visage, les pommettes rouges et les iris brillants, intensifie le désir que sa mise en scène a éveillé en moi. En cet instant précis, elle est à mes yeux la quintessence de la beauté.

– Je te laisse deviner.

Je remonte les mains le long de sa poitrine ronde, puis je prends hardiment ses seins au creux de ma paume. Sans la quitter du regard. En réponse à mon initiative, elle mordille sa lèvre inférieure et ce geste m’électrise. La puissance de mon envie pour elle ne se fait pas attendre et devient flagrante.

– Mmm, surtout, ne t’arrête pas, susurre-t-elle.

Cambrée, la tête renversée en arrière, avec sa chevelure qui cascade en liberté, elle est mon fantasme incarné. Plongeant la bouche au creux de son cou, je l’embrasse, picore sa peau d’une traînée de baisers. En sentant les battements affolés de son pouls, je devine que son excitation est à la mesure de la mienne et qu’elle ne peut plus attendre.

Alors, je me penche et oublie tout.

 

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