Intouchable (Ou Pas)

Delman · Chapitre 32 sur 35

Pages du PDF

Intouchable (Ou Pas)

Épilogue

 

Toutes les belles histoires d’amour finissent par un mariage, n’est-ce pas ?

Aujourd’hui, c’est le mien.

Tadam !

Oui, vous avez bien lu !

Je suis la mariée, celle sur qui tous les regards sont tournés aujourd’hui. La vedette du jour…

Un mariage est une affaire délicate. Souvent, il n’est pas le résultat d’une décision rationnelle. Avant toute chose, c’est un saut dans l’inconnu, l’acte d’un cœur amoureux. Et pour réussir une telle cérémonie, il faut, semble-t-il, des femmes voluptueuses à souhait, des tenues chatoyantes, mais aussi du chaos, de la panique et des cris. C’est à la fois déroutant et amusant de voir chacun courir dans tous les sens avec autant de dynamisme.

Des invités prestigieux sont attendus. Des vedettes du cinéma et de la chanson. Mais aussi, ma cousine Mélissa et son mari Mathias. Shane des Black Obsidian et sa compagne Jordan. Et encore beaucoup d’autres.

– Mademoiselle, par ici !

Les photographes me mitraillent. Les médias sont en transe. J’ai l’impression d’être une célébrité à la montée des marches du Festival de Cannes. Les journaux balancent des titres du genre « La vie secrète du top model enfin dévoilée au grand jour » ou « Un mariage d’amour ».

Depuis que ma relation avec Trevor a été officialisée, je me sens dans la peau d’une star. Plus d’une starlette, en réalité. Je ne m’expose pas, après un gros passage sous Photoshop, en bikini dans une superbe piscine à l’eau bleu lagon et un décor digne des îles paradisiaques qu’on voit sur les brochures de tourisme. Non, moi, c’est plutôt jean et baskets, et sans retouches. Naturelle, quoi !

D’ailleurs, ma photo préférée est celle d’un article consacré aux animaux où l’on découvre Noisette sur ma tête en train de fourrager allégrement dans mes cheveux.

 

Au début, ça a été dur de gérer toute cette pression. Trevor a exigé que les médias me laissent tranquille, mais même les menaces de procès n’ont pas mis un frein à la folie de certains. Pour exemple, j’ai eu un jour la stupéfaction de trouver un journaliste dans ma cour. Par chance, j’avais Fritz, un dogue allemand en accueil chez moi. Autant vous dire que le paparazzi n’a pas traîné à déguerpir…

Les semaines qui ont suivi, Trevor et moi avons appris à nous connaître. À approfondir notre relation. Mes parents ont été surpris de me voir avec un tel Apollon (d’ailleurs, ma mère ne s’en est pas encore remise) alors que ses parents m’ont accueillie à bras ouverts. Je les ai rencontrés deux fois déjà et même si je ne comprends pas la plupart de leurs paroles, à cause de cet accent américain déplorable, je me sens acceptée. Tout comme Julianne qui a deviné assez tôt l’intérêt particulier que son frère me portait et se réjouit de mon arrivée dans sa famille.

 

Quand Trevor m’a demandé ma main au beau milieu d’un restaurant hyper chic, avec tout le tralala qui s’impose, genou à terre, bague superbe, fleurs et musique, j’ai d’abord refusé.

Quoi ? Ben oui, j’ai le droit.

Je me suis dit que ce n’était pas pour moi. Je ne me voyais pas mariée, à attendre le retour de mon homme à la maison en pondant un gamin tous les neuf mois. Des scrupules qu’il a tout de suite cernés et acceptés.

Je pensais que ma réaction sonnerait le glas de notre relation. Qu’il ne supporterait pas d’avoir été rejeté en public. Après tout, il est l’un des mannequins les plus courtisés du monde. Je sais que peu de personnes osent lui refuser quoi que ce soit…

Mais au contraire, je crois qu’il a saisi que je n’étais tout simplement pas encore prête. Ses sentiments se sont renforcés avec le temps. Les miens aussi. Ensemble, nous avons fait évoluer notre histoire en en consolidant les bases.

Cela ne l’a pas empêché, en vaillant chevalier qu’il est, de monter à l’assaut de la citadelle que je suis. Et de me prouver par x ou y que notre vie serait tranquille (enfin autant qu’elle puisse l’être quand on épouse un mannequin à la renommée internationale). Que les enfants n’étaient pas une priorité si je ne le désirais pas (mais que six ou sept ne lui faisaient pas peur). Que jamais, il ne m’interdirait d’exercer ma profession (mais n’irait pas jusqu’à partager son lit avec une autre bête à poil que moi). Charmant, n’est-ce pas ?

Il a même poussé le vice jusqu’à prendre soin de Noisette, et quand on sait à quel point il appréhende les animaux, c’est une attitude que je ne peux que louer.

Aussi, lorsqu’il a renouvelé sa demande au sommet de la grande roue pendant le marché de Noël d’Orléans, il a fait fort.

Il a d’abord attendu que le feu d’artifice commandé m’en mette plein la vue, puis il s’est coiffé d’un serre-tête avec des globes lumineux multicolores, et enfin s’est enroulé une guirlande brillante autour du cou, à la manière d’une écharpe. Sur quelqu’un d’autre, j’aurais jugé ça ridicule. Ce jour-là, j’ai trouvé cette initiative absolument craquante. D’autant qu’elle ne porte en rien atteinte à la virilité de mon homme décidément pas comme les autres.

Et puis il a posé un genou à terre dans la nacelle et m’a offert une splendide bague avec un saphir gros comme une noisette. Le tout en plastique bon marché, imitant à la perfection un bijou de plusieurs milliers d’euros.

Je n’ai pas pu m’empêcher de rire devant son humilité et son amour sincère. Incapable de le rejeter une seconde fois, j’ai tout bonnement accepté.

Bon, après, j’ai vomi parce que j’ai le vertige et qu’il l’avait oublié, mais ça, c’est une autre histoire…

 

Voilà pourquoi je me trouve actuellement au sein de cette église, prête à unir ma destinée à cet homme. Bien que l’on soit à la mi-juin, le temps est clément et la température plutôt douce. Parfait pour une cérémonie. Dehors, un cortège de voitures klaxonnent bruyamment et de nombreux badauds se regroupent pour assister au spectacle, en criant aux passants de venir voir ça. Comme si une telle cérémonie était rare !

Concentre-toi sur le moment présent ! Carpe Diem !

Juin, le mois des amours, le mois où je vais épouser Trevor Davies…

Sous la robe vaporeuse agrémentée de dentelle et de froufrous qui me font ressembler à un muffin géant, je sens mes genoux trembler. C’est assez intimidant d’assister à son propre mariage. Nous avons prévu un simple échange de vœux, ces traditionnels mots qui ont été répétés des millions de fois, par tant d’autres couples.

Au loin, j’aperçois l’élu de mon cœur.

Celui qui va partager ma vie « pour le meilleur et pour le pire », comme on dit.

En cette minute précise, je me fiche d’être le centre d’intérêt de tous les commérages de la ville. Je ne pense plus au quotidien dans lequel je vais devoir bientôt évoluer. Je ne me préoccupe plus d’éviter d’éclater de rire au moment le plus inopportun, d’être trop jeune, de devoir endurer les regards curieux de l’assistance.

Non, tout ça n’a plus aucune importance au regard de ce qui se déroule.

Nos yeux s’accrochent pour ne plus se lâcher. Les siens possèdent une telle profondeur que j’ai l’impression de plonger aux tréfonds de son âme. Mon nœud au ventre disparaît, mon appréhension s’envole.

Un élan de passion m’envahit.

Je cours, je me précipite.

Je suis Bébé dans « Dirty dancing ». Je vais exécuter un porté qui va tous les laisser sans voix… Euh, non peut-être pas, mais quand je vois le sourire de Trevor qui m’attend là-bas près de l’autel, je me sens pousser des ailes.

Dans ma tête résonne la chanson de R. Kelly « I believe I can fly ». Un air qui est d’actualité avec mon état émotionnel.

Au fur et à mesure que j’approche, mes jambes tremblent. Attention, plus que cinq mètres, quatre, tro…

Et merde !

Au lieu de m’avancer tel un ange éthéré, je me coince les pieds dans l’ourlet de ma robe, et je m’affale sans aucune grâce. Si encore tout s’était arrêté là, j’aurais pu m’en sortir juste avec la honte. Mais ce destin de tragicomédie qui me colle aux basques depuis un bon moment prend un malin plaisir à faire perdurer cette lamentable minute. Je plonge en avant au ralenti, enregistrant au cours de ce laps de temps les différentes expressions des invités présents. De la stupeur à la tristesse, voire la résignation.

Et pendant ce temps, je glisse sur le sol…

Me demandant quand cela va cesser.

Je glisse mieux qu’une swiffer… tout en douceur. Avec une certaine élégance même pour une serpillière humaine. Il faut bien le reconnaître.

Lorsqu’enfin tout s’arrête, je suis mortifiée.

Autour de moi, je perçois des exclamations outrées, des rires et des murmures. Peut-être aussi les crépitements de quelques appareils photo. Cette fois, ma vie est terminée.

Je ne suis plus sûre de savoir encore comment je m’appelle.

Face contre terre, bras et jambes écartés dans la position de l’étoile de mer, je me demande si je serai capable de me relever. Dans tous les sens du terme. D’autant que les cerceaux de ma robe ne cachent rien de mes dessous. Je le sens à l’air frais qui caresse mes fesses puisque pour l’occasion, j’ai eu la merveilleuse idée de mettre un tanga.

Submergée par une soudaine envie de pleurer, je cligne des paupières. Pas question de fondre en larmes ici, au vu et au su de tous ces gens. Je ne leur offrirai pas cette satisfaction. Ils n’attendent que ça, bien sûr. De me voir éclater en sanglots en pleine église. Moi, le vilain canard qui prétend épouser le cygne majestueux.

Ça y est, voilà que je délire !

Trevor s’avance vers moi.

Il me tend la main et je note à son expression qu’il se retient de rire. Tant bien que mal, empêtrée dans ma robe qui ressemble cette fois à une meringue explosée, je n’ose contempler l’assistance.

Dans cet antre de solennité, j’époussette ma tenue, et pleine de modestie, je donne à mon visage un air de sainte repentie. Une attitude que j’ai du mal à conserver quand je croise le regard de mon futur mari.

– Désolée pour mon entrée fracassante, chuchoté-je.

Ses mains se posent sur mes épaules avant de glisser le long de mes bras. Ce simple contact déclenche une suite de frissons dans mon corps. J’humecte mes lèvres.

Ses yeux semblent s’assombrir quand il me fixe avec une telle intensité que j’en ai le souffle coupé. Alors il se penche vers moi, et la force magnétique de son regard m’attire vers lui.

Je suis un papillon tendu vers la lumière.

Quand nos lèvres se touchent, je ferme les paupières et ne ressens plus rien d’autre qu’un besoin instinctif de répondre à son baiser. Ivre de désir, je le sens libérer sa main pour prendre mon visage en coupe et approfondir notre contact jusqu’à ce que tout son corps se mette à trembler. J’en viens à me demander si j’ai déjà connu un baiser aussi tendre. Aussi sensuel.

Soudain, l’expression de mon fiancé change du tout au tout.

– Pourquoi me ridiculises-tu devant tout le monde, Madison ?

Hein ?

Je suis si stupéfaite par la virulence de ses paroles que je suis incapable de lui répondre.

– Pourquoi, Madison ? répète-t-il en me secouant. Pourquoi ?

Ma tête ballotte d’avant en arrière avec de plus en plus de force. S’il continue comme ça, je vais finir par la perdre. Pourquoi un tel revirement ? Je ne comprends pas. Ce n’est pas ma faute si cette meringue dont on m’a affublée n’est pas confortable.

– Madison ! Madison !

Un éclair blanc envahit mon champ de vision et je cligne plusieurs fois des yeux. Le visage en face du mien n’est pas celui de Trevor. Il s’agit de Donna qui soupire en me voyant la fixer.

Je me redresse en sursaut.

Où suis-je ?

– C’est l’heure, me chuchote-t-elle en souriant.

– L’heure de quoi ?

Elle pouffe de rire.

– De ton mariage, enfin !

– Quoi ? Mais…

Je ne me suis pas vautrée sur le sol devant toute l’assemblée ?

– Mon mariage !

Éberluée, Donna me voit bondir sur mes pieds comme si j’avais des ressorts sous mes semelles pour me ruer dans ses bras et la serrer fort contre moi.

– Trevor m’aime et c’est mon mariage, déclaré-je dans un état second.

– Euh… Madison…

– Je crois qu’elle vient de réaliser, se moque Julianne, superbe dans un tailleur bleu ciel cintré.

Des mains, je me tapote le crâne.

– De quoi ai-je l’air ? Ne suis-je pas décoiffée ?

– Tu es parfaite, assure mon amie. 

Un rire hystérique me secoue. Donna me regarde, un sourcil arqué. Elle doit sûrement se demander si je ne suis pas en train de craquer nerveusement. J’ai souvent vu ça dans les téléfilms. Il y a même des spécialistes du genre.

– Tu vas bien, ma chérie ?

– Oui, je suis contente.

– Tu n’en donnes pas l’air. On dirait que tu viens de te réveiller d’un cauchemar et que tu vas prendre tes jambes à ton cou. Rassure-moi, tu ne vas pas nous la jouer future mariée en fuite, hein ?

Je secoue la tête, faisant voltiger les anglaises qui encadrent mon visage.

– Aucune chance !

– Tant mieux, parce qu’il est temps d’y aller.

J’inspire un grand coup, juchée sur mes escarpins, et j’avance au-dehors de la salle pour rejoindre celui qui va partager ma vie.

Il est là, près de l’autel, magnifique dans son costume noir. Une fois de plus, je bénis la bonne fortune d’avoir rencontré Trevor. Nous avons pu nous aider mutuellement.

La musique retentit.

Trevor m’adresse un sourire lumineux.

Je suis complètement subjuguée par sa beauté et n’ai d’yeux que pour lui. Chacun de ses sourires me transporte et fait de moi la plus heureuse des femmes.

Maintenant que j’y pense, comment ai-je pu vivre jusqu’alors sans ce bonheur ?

 

FIN

 

OceanofPDF.com