La tentation de Faust ou la science dévoyée

Michel Faucheux · Chapitre 14 sur 43

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La tentation de Faust ou la science dévoyée

5 - la Science au Service de L’extermination

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LA SCIENCE AU SERVICE DE

L’EXTERMINATION

 

La rupture anthropologique amorcée par la révolution industrielle est poursuivie, comme on l’a vu, par la Première Guerre mondiale qui brutalise les corps, transforme les êtres humains en chair à canon, en matériel. Comme l’écrit Georges Bensoussan, « sur plus de quatre années, des États modernes […] ont mené une politique d’abattoir industriel qui a accoutumé les esprits, les plus jeunes en particulier, à cette violence de masse. […] Les charniers de 1914-1918 en appellent d’autres. La description de cette mort met en lumière le lien de ces hécatombes au meurtre de masse. Elle éclaire un temps où la personne humaine n’est pas seulement l’objet du pouvoir mais où, plus radicalement encore, elle semble être en

trop70 ». De fait, l’être humain réduit à un matériel se trouve engagé dans une vie de plus en plus mécanisée, ce dont rendent compte la littérature ou le cinéma. Ce n’est pas un hasard si la figure du robot, dévastateur de la vie, destructeur de l’espèce humaine, apparaît dans la pièce R. U.R. de Karel Čapek ou dans le film Metropolis de Fritz Lang au sortir de la Première Guerre mondiale. La « brutalisation » que provoque le déferlement guerrier de la technique annonce l’extermination, tout comme la Première Guerre mondiale ouvre la voie aux totalitarismes.

Ce qui relie la Première Guerre mondiale (entre 9 et 10

millions de morts) au IIIe Reich, c’est d’abord la dissolution de l’individu dans la masse, objet du matraquage de la propagande, au cours de cérémonies, mobilisant tout l’appareil de la technique, filmées pour être projetées à l’infini, telles les grandes messes du parti nazi organisées à Nuremberg. C’est aussi la légitimation idéologique du meurtre de masse qui justifie la mobilisation industrielle de la technique. Pas de mobilisation de la technique sans mobilisation du langage transformé en une LTI qui instille dans les mots le poison d’une rupture d’avec les êtres et le réel humain. Ainsi les esprits de l’époque adhèrent-ils à l’idée que « la tuerie de masse changera un monde perçu comme un organisme malade dont il s’agit d’extraire le corps atrophié ou débile. Il faut exterminer l’adversaire (cf. l’utilisation des gaz de combat en 1915) pour se sauver soi-même. Le lien qui va des tranchées de 1914-1918 aux massacres de 1941-1945 court ainsi en filigrane dans cette