La tentation de Faust ou la science dévoyée
Euthanasie et stérilisation sous le IIIe Reich
peur biologique d’un ennemi massifié71 ». Cette peur biologique d’une masse ennemie se double d’un fantasme de pureté, lui-même mortifère, exterminateur.
Euthanasie et stérilisation sous le IIIe Reich
Les scientifiques allemands vont être partie prenante de ce processus qui mène à l’extermination. L’idéologie de l’hygiène raciale légitime l’euthanasie et la stérilisation qui, en vertu de la loi spéciale de 1933, concernent les malades mentaux, les individus atteints de maladies congénitales telles que la cécité, la surdité, tout comme les alcooliques. Comme l’écrit John Cornwell : « Dans la propagande de l’époque, la perspective d’une crise nationale, telle qu’une guerre de survie nationale, où les gens normaux seraient appelés à consentir d’énormes sacrifices, justifiait l’élimination de vies qui n’étaient pas seulement dénuées
de toute valeur mais affectées d’une valeur négative72. »
Bientôt, la stérilisation mise en place par les médecins du
IIIe Reich va aussi inclure les condamnés, les prostituées, les enfants récalcitrants des orphelinats puis, à partir de 1941, les Juifs et les Gitans. Selon des historiens, de 300 000 à 400 000 personnes auraient été stérilisées entre 1934 et 1944. L’idéologie de la pureté raciale ne cessant de s’étendre à un plus grand nombre d’êtres humains, ce sont aussi les handicapés mentaux qui vont en faire les frais. À partir de 1938 est mise en place la tuerie légalisée d’enfants souffrant de maladies mentales ou de difformités physiques. Karl Brandt, l’un des médecins personnels d’Adolf Hitler, est chargé par celui-ci de lancer un programme autorisant le meurtre d’enfants handicapés par injection mortelle. La machine de meurtre, sous couvert de
la médecine, est lancée. Le décret daté du 1er septembre 1939 inclut les adultes souffrant de maladies mentales. Philipp Bouhler et Karl Brandt sont chargés de l’exécution de ce programme d’euthanasie à grande échelle. Ils doivent « accroître l’autorité de médecins, nommément désignés, afin que les patients jugés incurables par les meilleurs spécialistes, compte tenu de leur état de santé, se voient
accordés une mort miséricordieuse 73 ».
Une organisation bureaucratique du meurtre est mise en place, sous le nom d’« Aktion T4 ». Les médecins qui en font partie ont la charge de trier les malades qui seront euthanasiés, assassinés ou pas. On aura compris que l’Aktion T4 (ainsi nommé parce que son QG est situé au 4, Tiergarten) préfigure le dispositif qui présidera à la solution finale. Des centres de tueries sont ouverts dans toute l’Allemagne, supervisés par des médecins qui éliminent leurs victimes dans des chambres à gaz ayant l’aspect de simples douches. Le fantasme criminel de la pureté raciale s’incarne dans des lieux qui renvoient au geste de propreté. La médecine devient un acte hygiénique inséparable de l’acte de tuer qui est partie prenante de cet hygiénisme.