Les jaloux
Chapitre 32
32
Je dînai tôt avec mes parents, puis passai prendre Valerie et nous roulâmes jusqu’au camping où les amis baptistes de Loren tenaient leurs assemblées. Il était traversé par un ruisseau d’un marron laiteux, bordé de cèdres et de pins ; il y avait des balançoires et des tape-culs sur une aire de jeux, et un grand bâtiment vert délabré à l’intérieur duquel se trouvaient des tables de ping-pong et un terrain de basket. Je n’avais jamais assisté à une réunion protestante. À cette époque, du moins dans le Sud, on regardait souvent les catholiques avec méfiance. Et à nous, on nous enseignait d’éviter de nous trouver régulièrement en compagnie de descendants de Martin Luther et de Jean Calvin.
« Je me sens en territoire hostile, dis-je.
– Pourquoi les gênerais-tu, alors qu’ils ont à leur disposition la meurtrière du Christ que je suis ? » dit Valerie.
Que répondre à ça ?
Un bus jaune, vide, était garé près du bâtiment au milieu des alignements de pick-up et de vieilles voitures. Loren fumait une cigarette devant la portière du bus, vêtu d’un pantalon bleu marine remonté haut sur ses hanches et d’une chemise de cowboy blanche à manches longues, avec une cravate couleur argent munie d’un fermoir, ses cheveux humides et peignés au-dessus de son col. Je me garai près du bus, pris mon étui à guitare sur le siège arrière et le lui tendis. « Il y a quelques médiators différents à l’intérieur, dis-je.
– Merci. » Il laissa tomber sa cigarette sur le sol et l’écrasa sous sa semelle. Puis il la ramassa, la déchira et laissa le tabac filer dans le vent. Il prit une profonde inspiration et remonta son col.
« Tu es nerveux ? dis-je.
– Je suis trempé de sueur.
– Tu vas très bien te débrouiller, dit Valerie. J’ai appris une chose dans mon club d’éloquence : Ne regarde personne en particulier. Regarde le mur du fond. Chacun pensera que tu le regardes personnellement, que ce soit un garçon ou une fille. »
C’est comme ça que Valerie parlait. Elle ne commettait jamais de faute de grammaire ; chaque mot qu’elle utilisait donnait à la phrase une signification plus précise qu’il n’était nécessaire. Tandis que je regardais son profil dans le soir tombant, l’éclat de sa peau et la joie dans ses yeux, je compris que jamais je ne pourrais me séparer d’elle, quoi qu’il pût arriver dans nos vies, y compris la mort. J’avais la sensation que nous ne faisions déjà qu’une seule chair, qu’une seule âme, que nous étions des amants presque incestueux, comme un frère et une sœur, compagnons jusqu’à la tombe, et au-delà. C’était une sensation étrange.
« Qu’est-ce que vous allez chanter ? demandai-je.
– “Keep on the Sunny Side”, “Blue Moon of Kentucky”, et deux autres, si on ne se fait pas jeter.
– C’est super, Loren, dis-je.
– Tu crois que je vais y arriver ?
– On sera au premier rang », dit Valerie. Inutile qu’elle en dise plus.
Il entra par la porte de derrière du bâtiment avec mon étui à guitare, tandis que Valerie et moi entrions par-devant, et nous asseyions sur les bancs entourant le terrain de basket. En quelques minutes, le bâtiment fut bondé. Des enfants couraient autour du terrain avec des ballons au bout de baguettes, pendant que les musiciens s’installaient sur la scène. Les spectateurs assis près de nous étaient brunis par le soleil, et avaient les mains rudes et les traits tirés de ceux pour qui les privations et un dur travail physique étaient aussi naturels que le soleil levant. Leurs vêtements étaient délavés, amidonnés et repassés, leurs yeux remplis d’attente et de plaisir à l’idée d’assister à un événement qui était comme une consécration de la vie qu’ils menaient.
Le groupe de Loren apparut sur la scène. S’il était nerveux, il le cachait bien. À cause de sa taille, il devait se pencher sur le micro pour chanter “Blue Moon of Kentucky”. La lumière des projecteurs le baignait, ses cheveux noirs étaient moites et brillants, ses joues creuses, sa gamme vocale digne de celle de Porter Wagoner. Le public commença à applaudir, d’abord lentement, puis ce fut de la folie. Je crois que Loren fut le premier surpris. Il regardait autour de lui comme s’ils hurlaient et tapaient des pieds pour quelqu’un d’autre. Il se lança immédiatement dans la chanson emblématique de la Carter Family, “Keep on the Sunny Side”. Puis il chanta “I Saw the Light”, et revint pour cinq rappels.
Valerie regarda autour d’elle. « Je n’avais jamais vu un truc pareil.
– Demain, j’appellerai Biff Collie. Biff est un brave type.
– Qui ?
– Il est disc-jockey et maître des cérémonies au Cook’s Hoedown.
– Tu y es passé, Aaron ?
– Non.
– Loren fait semblant de tout contrôler, mais il n’a aucune confiance en lui. Il m’a dit que c’était toi qui lui avais montré ses premiers accords. Tu n’imagines pas à quel point ça compte pour lui. »
À l’entracte, nous achetâmes des hot-dogs et des Coca à une longue table couverte de nourriture. Loren fendit la foule avec mon étui de guitare, serrant les mains des gens, secouant la tête, gêné par leurs compliments et leur chaleur. Il me glissa dans la main la poignée de l’étui. « Il faut que je sorte.
– Pour quoi faire ? demandai-je.
– J’ai l’impression d’avoir la tête remplie d’hélium. Je vais m’évanouir.
– Mange un hot-dog, dit Valerie.
– J’ai été OK, hein ? »
Valerie et moi fîmes de larges sourires.
« Ça vous a plu ? dit-il.
– À ton avis ? » dis-je.
Puis il se trouva entouré de filles. Valerie et moi sortîmes. À l’ouest, le ciel était rouge comme une forge. Une MG rouge sang quitta la nationale à deux voies, traversa l’herbe et se gara non loin du bus de l’église. Grady Harrelson en sortit et regarda derrière lui, puis nous fixa sans bouger. Je ne savais pas s’il était fier de sa voiture de sport anglaise, ou s’il avait peur du genre de gens au milieu desquels il se trouvait.
« Qu’est-ce qu’il fait ici ? dis-je.
– Je n’en sais rien, mais il vaudrait mieux que Loren ne le voie pas, dit Valerie.
– Loren a dit quelque chose ?
– Il pense que Grady est responsable de la mort de sa cousine.
– Je pense la même chose.
– Laisse-moi lui parler, dit Valerie.
– Et si on lui parlait tous les deux ? Et si on lui disait tous les deux de nous ficher la paix ?
– Regarde-le. Il est pitoyable », dit-elle.
Je ne discutai pas. Elle avait sans doute raison. Mais j’étais en train d’apprendre que les gens pitoyables, quand ils n’ont rien à perdre, sont capables de vous réduire en miettes.
Il s’avéra que Grady n’avait pas envie de nous voir « tous les deux ». « Salut, Valerie, dit-il. Que se passe-t-il, Aaron ? Viens faire un tour avec moi.
– Comment savais-tu où nous étions ? demanda Valerie.
– Un de tes voisins me l’a dit. Je peux dire un mot à Aaron ?
– Tu nous parles à tous les deux, ou on ne se parle pas », dis-je.
Il portait un jean, des sandales et une chemise de golf avec un crocodile sur la poche. Une grosse mèche lui pendait sur un œil. D’une certaine façon, Grady avait toujours une pose qui semblait incarner notre époque – irritable, content de lui, naturellement séduisant, et dangereux, incapable d’introspection. « J’ai un camp de chasse au sud de Beaumont. Si vous quittiez un peu la ville un moment, tous les deux ? Laisser passer tout ça.
– Quoi, “ça” ? » dis-je.
Il se retourna et regarda le ciel. « On dirait que les nuages sont en feu, non ? dit-il.
– Qu’est-ce qui te tourmente, Grady ? dis-je.
– Les choses ne sont plus sous contrôle. Ça arrive. C’est ce que je suis en train de dire. Je ne veux pas qu’on vous fasse du mal.
– Alors cesse de te conduire comme un imbécile, dit Valerie. Tu es venu ici à propos de ces tueurs siciliens ? »
Il blêmit. « Vous les avez vus ? Ils sont ici ?
– C’est Vick qui les a envoyés, ou c’est son vieux ? » dis-je.
Il recula d’un pas, sans répondre.
« C’est Vick qui les a envoyés ? répétai-je.
– Vick ne me fait pas de confidences. Vous parler à vous deux, c’est une perte de temps. Je préférerais ne t’avoir jamais vu, Broussard.
– Je ne t’ai jamais fait de mal, Grady. J’ai toujours eu pitié de toi.
– Pitié de moi ? dit-il. D’où est-ce que tu sors ça ?
– Merci d’être passé », dis-je.
Il avait l’expression d’un enfant blessé. Son regard se tourna vers le bâtiment vert. « Je ne savais pas que vous étiez avec lui. »
Je me retournai. Loren se dirigeait vers nous.
« Rentre chez toi, Grady, dit Valerie. Tout de suite.
– Dis à Broussard de rentrer chez lui, dit-il. Avant qu’il ne foute le bordel, tu étais ma nana. »
Les enjambées de Loren dévoraient la distance qui nous séparait. Grady recula encore d’un pas. Loren pointa un doigt sur lui, et dit : « Toi !
– Va-t’en, dit Valerie à Grady, presque en un murmure. Je vais lui parler.
– Non, tu ne lui parleras pas », dit Grady. Il s’écarta de nous, les bras pendant à ses côtés. Il déglutit.
« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Loren.
– Je parle à mes amis, dit Grady.
– C’est chez nous, dit Loren.
– Qu’est-ce que veut dire “chez vous” ?
– Ce que j’ai dit. Tu n’as pas d’amis ici.
– On est dans un pays libre », dit Grady.
Tels étaient exactement les mots que j’avais dits à Grady quand je m’étais mêlé de la discussion qu’il avait avec Valerie, au drive-in.
« Non, on n’est pas dans un pays libre, Harrelson, dit Loren. Tu es responsable de la mort de ma cousine Wanda, et tu t’en es tiré parce que tout le monde se fiche qu’une pute mexicaine se fasse briser la nuque. Tu es un minable de River Oaks qui n’a pas été pris dans les Marines, alors tu es revenu à la maison chez papa et tu as voulu passer pour un dur en baisant avec une pauvre fille qui n’avait pas dépassé la troisième.
– Je suis venu ici pour faire une bonne action, dit Grady. Je pense que c’était une erreur.
– Tu as raison. Retourne dans ton côté de la ville, dit Loren.
– Vous êtes trop, les gars comme vous, dit Grady.
– “Les gars comme nous” ? Tu veux que je te remette dans ta voiture et que tout le monde voie le coyote à foie jaune que tu es ?
– Débarrasse le plancher. Je m’en vais, dit Grady.
– Que je fasse quoi ?
– Demande à Valerie de t’emmener à la bibliothèque. Ils ont un livre qui s’appelle un dictionnaire. Ça te bottera. »
Je vis de la gêne dans l’expression de Loren, son impuissance face à une expression qu’il entendait pour la première fois.
« Mon père nous a largués quand j’étais gosse, dit-il. Mais s’il était encore là aujourd’hui, je n’aurais pas peur de jouer ma musique devant lui. »
Les mains de Grady s’ouvraient et se refermaient à ses côtés. Il avait la tête légèrement tournée sur le côté, comme s’il essayait d’éviter un vent brûlant. « De quoi est-ce que tu parles ?
– Un de nos amis riait du fait que ton vieux ne te laissait pas passer Gatemouth Brown chez toi, dit Loren. Wanda était trop bien pour toi. Je pense que c’est pour ça que tu lui as fait du mal. À chaque fois que tu regardes dans une glace, où que tu sois, tu vois un minable qui te rend ton regard. »
Si j’ai jamais vu quelqu’un craquer mentalement, ce fut à cet instant. La bouche de Grady parut s’effondrer et ses yeux se mettre à voir trouble, comme si la terre avait bougé sous ses pieds. « Ah ouais ?
– Et maintenant casse-toi, dit Loren. C’est notre quartier. Ce sont les règles, mec. Tu devrais les connaître. C’est vous qui les avez faites. »
C’est alors que Grady fit la chose la plus étrange que j’aie jamais vu un jeune homme faire en public. Il retira sa chemise de golf et se retourna, arquant sous nos yeux son dos bronzé. En travers de ses omoplates était tatoué le mot VALERIE, chaque lettre formée par une chaîne de cœurs rouges. « Elle sera toujours avec moi, et tu ne pourras rien y faire, Broussard. Quant à toi, Nichols, tu étais un loser quand tu es sorti de ta mère. J’espère que tu seras avec Broussard quand il aura son compte. »
Je sentis que je marchais vers lui.
« J’y vais, dit-il. Ayez tous une super vie. À bientôt, Val. Que tu le croies ou non, j’ai pensé que tu étais la femme de ma vie. »
Il s’éloigna de nous torse nu, serrant sa chemise dans sa main. Je soupçonne le père de Grady de lui avoir appris beaucoup de choses, y compris à chercher l’os et le nerf pour laisser la blessure la plus irrégulière possible. Je le rattrapai avant qu’il n’arrive à sa MG. Il souriait tout seul.
« Je ne sais pas de quoi il s’agit, mais j’ai loupé un truc, dis-je. C’était un détail, un truc que tu as dit, ou que Valerie a dit, ou qu’a dit un flic du nom de Jenks. Ça a un rapport avec ton alibi. »
Le ciel était maintenant d’un rouge terne, le camping tombait dans l’ombre. Il scruta mon visage. « Tu ferais un joueur de poker minable.
– Ce n’est pas moi qui ai de la sueur sur la lèvre », dis-je.
La soirée n’était pas finie. Après le départ de Grady, je repérai une berline noire garée au milieu des cèdres et des pins bordant le ruisselet qui sinuait à travers le camping. Un homme corpulent coiffé d’un feutre était au volant. Il porta une paire de jumelles à ses yeux.
« Ne te retourne pas, dis-je.
– Qu’y a-t-il ? dit Valerie.
– La voiture qu’on a vue devant le cinéma est garée près des arbres. Un type nous regarde avec des jumelles.
– Celui qui avait l’appareil ?
– Je n’en suis pas certain.
– Tu es en train de parler de ces tueurs ? dit Loren, ses yeux rivés aux miens.
– Juste un. Le type dans la voiture, dis-je. C’est la voiture qu’on a vue devant un cinéma, avec à l’intérieur un type qui nous prenait en photo.
– Tu es sûr que c’est cette voiture ? dit Loren.
– Il n’y a aucun doute là-dessus. »
Puis l’homme qui était au volant commit une erreur. Il posa ses jumelles et alluma une cigarette, la flamme éclairant son visage. Juste avant qu’il ne jette l’allumette, il se tourna et me regarda en face, et je vis ses yeux écartés et sa peau rugueuse, les doigts pareils à des saucisses.
Négligeant mon avertissement, Loren se retourna. Puis il ramena les yeux sur moi. « C’est ce type ?
– Pas de doute.
– Démarre ta caisse, dit-il.
– Quoi que tu penses faire, ne le fais pas, dis-je.
– Penser me fait mal à la tête.
– Les flics t’expédieront à Huntsville, Loren, dit Valerie. S’ils ne t’ont pas tué d’abord.
– Ils n’ont rien à foutre des petits chauffards, dit-il.
– Petits chauffards ? » dit Valerie.
Loren s’éloigna, faisant tourner un porte-clefs autour de son doigt.
J’aurais pu l’arrêter. Je n’avais pas envie de le voir blessé ou tabassé par les flics ou envoyé dans une prison de droit commun, même si j’ignorais si ça allait se passer comme ça. Je crois que je le respectais trop pour me mettre sur son chemin.
Mais j’essayai. « Loren ! Reviens ! Il y a à l’intérieur un tas de gens qui veulent te parler ! Je vais appeler Biff Collie ! Je ne plaisante pas, je le connais ! »
Je pense qu’en hurlant à propos d’un disc-jockey local, j’avais l’air d’un fou. Valerie posa la main sur mon bras, et le serra. « Laisse-le faire. C’est sa façon à lui. C’est pour ça qu’il n’est pas comme les autres. »
Mon père disait toujours que ceux qui se font crucifier ont en général recherché leur destin, car ce n’est qu’après les avoir assassinés que nous faisons d’eux nos porteurs de torches. J’espérais que Loren n’était pas en train de chercher son propre attirail de marteau et de clous. Il se mit au volant de son bus et entreprit de le démarrer. Portière ouverte, il recula en demi-cercle, redressa, visa par le rétroviseur extérieur et appuya sur l’accélérateur.
Ce fut magnifique à voir. Le bus gémit en marche arrière à travers la pelouse, oscillant et rebondissant sur les bosses, se ruant sur l’homme dans la berline noire. Au début, l’homme parut incapable de comprendre ce qui se passait. Puis sa bouche s’ouvrit sous le coup de la surprise et il recula comme si une boule de démolition se balançait dans sa direction. L’impact aplatit les portières, le marchepied et l’aile avant et renversa à moitié la voiture. Puis la voiture retomba sur ses quatre pneus, le pare-brise avant éclatant sur le capot comme de la glace pilée.
Loren passa en première, redressa, puis fit à nouveau reculer le bus sur la berline qu’il commença à pousser, comme l’aurait fait un bulldozer, par-dessus le bord de la rigole. La berline se renversa sur le côté, glissa sur la pente dans un nuage de poussière et atterrit dans l’eau. Les gens commencèrent à sortir du bâtiment et à se précipiter sur le parking. Le conducteur de la berline remonta en rampant la rive opposée, ses chaussures creusant la boue pour trouver une prise, son feutre envolé exposant sa courte brosse grise. Il agrippa une racine et se hissa sur un terrain plat, puis se releva, son costume et sa chemise de soirée zébrés de boue. C’était un homme énorme, les joues gonflées comme celles d’un hamster, le cou cerclé de graisse. Il se tint immobile, comme en train de prendre une décision, puis disparut au milieu des cèdres et des kakis, des brindilles et des branches mortes se brisant sous ses pas.
Loren sauta du bus et courut à ma bagnole. Il s’affala sur le siège arrière. « Qu’est-ce que t’attends ? »
J’étais incapable de faire un geste. Pareil pour Valerie.
« Démarre, dit-il. Il est temps de se tirer. Boogie Time. »
Valerie me secoua le bras. « Il a raison. Allons-y, Aaron. Tirons-nous de là. »
Je ne pensais pas aux dégâts qu’il venait de faire subir au bus de l’école, ni au chaos sur le parking, ni au fait que Loren risquât de prendre bientôt le chemin de la prison. Il avait prononcé le mot dont je ne parvenais pas à me souvenir, le mot magique qui ouvrait le coffre, le détail que j’avais raté, un détail pourtant bien en vue qui révélerait la réalité du monde taché de sang, du monde de régicide, de culpabilité et d’ambition, dans lequel vivait Grady Harrelson.
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