Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 11 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 10

 

 

J – 24

 

Le reste de la journée passe à toute vitesse, il est 21 heures lorsque je

ferme la porte de la boutique à clé. Les températures ont chuté et le froid

s’insinue sous mes vêtements. Je me frictionne les bras tout en commençant

à marcher en direction de l’atelier de Gregory. Je dois passer récupérer les

flyers et discuter avec mon ami. Je n’ai pas oublié son comportement d’hier

et je m’inquiète pour lui. Il me faut une petite demi-heure pour arriver.

Quand je tente de pousser la porte, cette dernière est verrouillée. Je suis

surprise, je ne me suis jamais retrouvée face à une porte close depuis plus

de dix ans. Je lève le nez vers son appartement, et de la lumière filtre à

travers les rideaux tirés. J’oublie l’atelier pour monter à son appartement,

situé au premier étage, je frappe à la porte et patiente. Rien ne se passe. Je

recommence en appelant mon ami :

— Greg, c’est Alyson, ouvre !

Je continue de toquer jusqu’à ce que mon ami apparaisse. Il semble

surpris de me voir, mais se reprend vite et s’efface sans rien dire pour me

laisser entrer. Je n’ai pas envie de tourner autour du pot, ce soir, alors je me

plante devant lui, les poings sur les hanches, tout en soutenant son regard.

— Parle, Harington. Maintenant.

Gregory soupire et passe une main lasse dans ses cheveux bruns un peu

trop longs.

— Je ne vois pas ce que tu veux dire, répond-il.

— Greg, grondé-je. On se connaît depuis suffisamment longtemps pour

que je le remarque quand quelque chose ne va pas. Tu peux me parler.

— Je vais bien, ne t’en fais pas, un simple coup de cafard.

— C’est ton père ?

— Non, répond-il sèchement.

Je sais qu’il me cache quelque chose, toutefois, je n’arrive pas à mettre

le doigt dessus. Je n’ai jamais eu à lui tirer les vers du nez, depuis que nous

sommes devenus amis, nous n’avons aucun secret l’un pour l’autre. Qu’il

cherche à me dissimuler quelque chose me fait de la peine, il fait partie des

personnes les plus importantes de ma vie.

— Je n’aime pas te voir comme ça, j’ai le sentiment que la lumière qui

te fait vivre s’éteint.

— La lumière ? Aly, tu n’aurais pas fait des space cakes, par hasard ?

— Non, dis-je en riant. Greg, tu es quelqu’un de rayonnant, tout ce que

tu fais a une aura particulière. C’est peut-être ton « âme d’artiste » ou alors

c’est juste toi. Qu’importe, c’est l’une des choses que je préfère chez toi et

ça me fait mal au cœur de te voir ainsi.

Le silence nous enveloppe un moment et nous communiquons par des

regards et des sourires. Je vois le Greg bougon se dissiper peu à peu. Je

laisse mon sac tomber au sol près du portemanteau et me déshabille un peu

pour me mettre à l’aise.

— Tu m’invites à dîner ce soir ? Merci, tu es un amour, dis-je, faisant

les questions et les réponses toute seule.

— Hamburgers maison, ça te va ?

— Avec double dose de cheddar ?

— Évidemment, répond Greg en prenant le chemin de la cuisine.

Je le suis, mais au lieu de rejoindre les fourneaux je bifurque vers son

salon, où des feuilles et des fusains sont éparpillés sur la table basse. Ça

faisait longtemps que je n’avais pas vu Greg dessiner chez lui ;

généralement, il préfère descendre dans son atelier, car il y a moins de

distractions et l’ambiance y est propice. Je m’assois sur le tapis doux qui

recouvre le carrelage glacé pour me pencher avec attention sur les dessins.

Tous sont sur le thème de Noël, il y a des forêts de sapins recouverts d’une

épaisse couche de neige, diverses représentations du Père Noël, des chalets,

des boules disposées avec élégance et plein d’autres choses.

— Tu travailles sur un nouveau projet ?

— Oui, une grande chaîne de magasins m’a commandé 13 dessins,

qu’ils sortiront en série dans quelques jours.

— Tu pactises avec l’ennemi, dis-je, faussement offusquée.

— On a tous besoin de gagner sa vie.

Je comprends tout à fait et ne lui en veux pas le moins du monde.

Gregory a fait une fac d’arts appliqués, alors pour lui il est impensable de

vivre d’autre chose que de sa passion, et je le respecte pour ça.

— Tu me ferais des originaux pour la boutique ? Pour les saisons

prochaines.

— Hmm hmm.

Je continue à farfouiller parmi les feuilles étalées et découvre un dessin

qui me désarçonne complètement. Son réalisme est saisissant, il reflète avec

exactitude les émotions des personnages sans pour autant que leur visage

soit net. Tout est en suggestions et pourtant j’ai le sentiment d’être face à

une photo, ou plus exactement un miroir. Je caresse du bout des doigts le

tracé précis. J’ai le souffle coupé.

— Qu’est-ce que tu regardes ? me demande mon ami en arrivant dans

mon dos.

— C’est moi ?

Je lève les yeux vers Gregory, dont les joues rosissent quand il

acquiesce. Je regarde le second personnage, un homme, grand, élancé, aux

cheveux foncés. Ses traits ne sont pas dessinés et pourtant j’ai l’impression

de le connaître. Spontanément, j’aurais dit qu’il s’agissait de mon ami, mais

la proximité et les émotions entre les deux protagonistes me font douter.

Pour la première fois, je n’ose pas poser la question. La réponse me fait

peur. Si c’est lui sur ce dessin, je peux presque affirmer qu’il est l’auteur de

la lettre que j’ai reçue ce matin. Suis-je prête à voir évoluer notre relation ?

En ai-je envie ? Toutes ces questions restent en suspens lorsque Gregory me

ramène sur terre en un clin d’œil. Je ne l’ai pas entendu s’éloigner de moi

qu’il revient déjà avec deux assiettes entre les mains.

— À table !

 

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