Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 12 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 11

 

 

J – 24

 

Il est 23 heures passées lorsque je franchis le seuil de mon appartement.

J’abandonne mes chaussures dans l’entrée ainsi que mon sac et mon

manteau. Je suis épuisée, moi qui voulais bosser sur mon offre d’emploi et

me faire couler un bain, ça sera pour une prochaine fois. Je fais un passage

éclair dans la salle de bains pour me démaquiller avant d’aller tout droit

m’effondrer dans mon lit. Malgré la fatigue, je ne trouve pas le sommeil

tout de suite. Je repense à cette fameuse lettre restée dans mon sac et à son

mystérieux expéditeur.

Je songe à Gregory et ses dessins inattendus, je ne sais toujours pas qui

est l’homme qui accompagne mon personnage, peut-être que je ne le saurai

jamais. Toutefois, j’ai ma propre idée sur la question et je ne sais pas quoi

en penser. Est-ce que mon ami de jeunesse a des sentiments pour moi ?

Cette réponse pourrait expliquer énormément de choses : son

comportement, ses dessins, la lettre. Je secoue la tête et me tapote les joues

pour m’éclaircir les idées.

— Ridicule !

Cette histoire d’admirateur secret me retourne complètement le cerveau,

et j’en viens à imaginer que mon meilleur ami est en train de tomber

amoureux de moi. C’est de la folie. La solitude me pèse davantage durant les fêtes familiales, si bien que je commence à devenir maboule. J’imagine

déjà le réveillon dans la grande maison de mes parents, mon frère, sa

femme et son fils, mes parents plus amoureux que jamais, et moi seule à

contempler les effusions d’amour. J’adore ma famille, et voir tous ses

membres heureux me comble de joie, mais j’ai l’impression d’avoir un train

de retard. Chaque année, ma mère espère que je franchirai le pas de sa porte

au bras d’un beau jeune homme qui sera rempli de bonnes manières et

constituera le gendre parfait. Même si je ne lui avoue pas, je rêve moi aussi

de ce jour-là.

Mes pensées me rendent mélancolique et je sens les larmes me monter

aux yeux. Je me pelotonne sous ma couette et serre un oreiller contre moi.

Je tente de penser aux délicieuses pâtisseries que je vais réaliser demain ou

aux travaux qui vont débuter, dans l’espoir de me remonter le moral. La

journée, je fais face devant tout le monde, mon sourire communicatif et

mon enthousiasme pour Noël ne sont pas feints, mais une fois que je suis

seule dans mon lit la réalité m’écrase de tout son poids. J’ai envie de vivre

une belle histoire, moi aussi.

Mon désespoir est tel que j’en viens à regretter d’avoir envoyé bouler

tous les prétendants que ma mère m’a présentés. Je n’ai jamais offert plus

de trois rendez-vous à ces hommes ; certains m’ont charmée au début,

toutefois, il y a toujours un petit quelque chose qui me fait faire machine

arrière. Quand il ne s’agit pas d’un problème d’ego ou de misogynie, c’est

un sentiment profondément ancré en moi qui m’incite à repousser l’homme

qui est en face de moi. Suis-je trop exigeante ? Sans doute. Néanmoins, je

ne suis pas prête à abandonner le romantisme sous prétexte que je suis une

célibataire désespérée.

Avec des pensées pareilles, je suis certaine de ne pas dormir tout de

suite, alors je me lève tout en gardant ma couette enroulée autour de mon

corps et me rends au salon. Je m’installe sur le canapé et allume la

télévision. Je zappe jusqu’à trouver un programme pas tout à fait inintéressant, mais qui n’aiguise pas ma curiosité non plus. Puis j’attrape

mon ordinateur portable et le pose sur mes genoux avant de relever l’écran.

J’ouvre une page Word et commence à taper mon texte d’offre d’emploi. Je

cherche quelqu’un de motivé ayant un bon relationnel. Pas d’expérience

exigée, si c’est un étudiant, c’est encore mieux. Je rajoute un descriptif du

poste et commence à m’amuser en créant un design qui attire l’œil.

Je ne sais pas combien de temps je passe à travailler sur cette affichette,

mais quand le sommeil me gagne je ne pense plus à tout ce qu’il me

manque pour être pleinement heureuse.

 

Le réveil est difficile, je devine que j’ai peu dormi, et ce matin la

musique n’est pas suffisante pour que je me prenne pour Rocky Balboa. Je

peine à m’extraire du canapé sur lequel j’ai passé la nuit. Je m’étire en

bâillant et me traîne jusqu’à la salle de bains. L’eau chaude sur ma peau me

fait du bien. Cette douche finit par me réveiller et me donner le courage qui

me manquait pour commencer cette journée.

Une serviette nouée autour de la poitrine et une autre dans les cheveux,

je me plante devant mon armoire à la recherche de ma tenue du jour. J’ai

envie de me sentir bien, cocoonée et dans le thème de la boutique. Je

choisis un jeans slim bleu marine et un col roulé rouge que je recouvre d’un

bombers décoré de petites boules de Noël. Je retourne dans la salle de bains

pour m’habiller et nouer mes cheveux en une queue-de-cheval haute. Je

passe un coup de mascara sur mes cils et je termine mon léger maquillage

avec mon éternel gloss à la cerise.

Cinq minutes plus tard, je suis en train d’enfiler mes bottes et de

récupérer mon manteau, prête à partir. Je descends l’escalier jusqu’au hall

d’entrée, dans lequel je m’arrête sans le vouloir. Je jette un œil mauvais aux

boîtes aux lettres en me demandant si un nouveau courrier qui m’empêchera

de trouver le sommeil m’attend ce matin.

 

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