Mon calendrier de l’amour
Chapitre 52
J – 5
Après un passage éclair au vestiaire pour récupérer mon sac à main, je
pousse la porte battante des toilettes des femmes, le sourire aux lèvres.
Cette soirée est tout simplement parfaite, Hayden s’entend bien avec ma
famille, il est d’une galanterie exemplaire, ce qui a fini de charmer mon
frère.
Je me penche en avant, les mains posées de chaque côté de la vasque, et
me contemple dans le miroir. Mon maquillage a légèrement coulé à cause
de mes larmes et du temps passé sur la piste de danse. J’attrape un
mouchoir que j’humidifie pour me tamponner les yeux afin d’effacer toute
trace noire en dessous. Puis je tire mon mascara de mon kit de retouche,
ainsi que mon rouge à lèvres.
Une fois que je suis prête à retourner me mêler aux invités, je rends
mon sac au groom dans le couloir et pénètre à nouveau dans la salle de
réception. Je fais un détour par le buffet, affamée. Je me laisse tenter par un
assortiment de petits-fours et un grand verre d’eau. Sans que je m’y attende,
j’entends mon prénom au détour d’une conversation. Je me retourne et
découvre Hayden et mes parents en pleine discussion non loin de moi.
Aucun ne m’a repérée parmi les convives qui se servent de quoi manger.
Curieuse, je tends l’oreille.
— Tu as réussi à charmer ma fille rapidement, je pensais que ça serait
plus difficile. Alyson peut être assez exigeante.
Je fronce les sourcils. Il est vrai que je ne me jette pas dans les bras de
n’importe quel homme qui m’accorde de l’intérêt. Toutefois, je ne
comprends pas quel est le lien avec notre relation, à Hayden et moi.
— J’ai suivi votre conseil et je lui ai sorti le grand jeu.
— Je ne te pensais pas du genre à écrire des lettres d’amour, je dois
l’avouer, tu m’épates, ajoute mon père sur un ton taquin.
Impossible ! En moins d’une minute, mon rêve vient de se transformer
en cauchemar. Je recule sous le coup de la surprise et m’appuie sur la table
qui se trouve derrière moi pour ne pas m’effondrer. Tout cela n’était qu’une
mascarade, un plan élaboré par mes parents pour que je ne sois plus une
pauvre fille triste et célibataire. J’ai l’impression qu’on vient de me
poignarder en plein cœur. Ce que je pensais être mon miracle de Noël n’est
en réalité qu’un coup monté entre mon père et un homme qu’il a choisi pour
jouer le rôle de petit ami. Hayden est un putain d’acteur !
Les petits-fours que je viens d’avaler me semblent soudain recouverts
d’un acide qui me brûle l’estomac. Les larmes me montent aux yeux et je
suis subitement à bout de forces. En bonne professionnelle, je ne souhaite
pas faire d’esclandre, ce serait mauvais pour l’image de la boutique ainsi
que pour l’entreprise de mon père et celle de Hayden. De toute façon, je ne
suis pas du genre à laver mon linge sale en public. Alors, pour notre bien à
tous les trois, je choisis la fuite.
Je pars sans me retourner. Lorsque j’arrive au vestiaire, je récupère mon
manteau ainsi que mon sac, duquel je sors mon téléphone afin de
commander un taxi. Il est hors de question que Hayden me raccompagne
chez moi. Je ne veux pas le voir pour le moment.
Dix minutes plus tard, mon chauffeur arrive tandis que je patiente sur le
trottoir dans une rue adjacente à celle du bureau de mon père. Je n’ai pas envie de risquer qu’il m’aperçoive en train de quitter sa soirée, il
chercherait une explication que je ne suis pas prête à lui donner.
Lorsque la portière claque et que la voiture démarre, j’éclate en
sanglots, incapable de contenir ma peine plus longtemps. Il y a encore
quelques minutes, tout me semblait parfait, je vivais un rêve, sauf que je
viens de me réveiller et le retour à la réalité est violent. La douleur me
lacère le cœur. Hayden s’est joué de moi, et, pire que ça, mes parents m’ont
trahie.
Le trajet jusqu’à mon appartement se fait dans le brouillard. Je ne me
souviens pas avoir gravi les étages jusqu’à atteindre mon palier, ni avoir
ouvert la porte. Je me retrouve dans mon entrée, mon mascara noircissant
mes joues ; dans ma tenue de gala, j’ai l’impression d’être une imposture. Je
me défais de mon manteau avec rage, il tombe au sol mais je ne m’en
préoccupe pas, je m’attaque à la dentelle de ma robe. Je m’en débarrasse
comme si elle me brûlait la peau avant de filer sous le jet brûlant de la
douche.
Je reste là un long moment, mes larmes se mêlent à l’eau qui ruisselle
sur mon corps. La chaleur fait rosir mon épiderme et je me concentre là-
dessus pour tenter d’éclipser mon chagrin. Quand je commence à avoir
froid, je ferme le mitigeur et j’attrape une serviette dans laquelle je
m’enroule. Je n’ose pas regarder mon reflet dans le miroir, je dois faire peur
à voir. Je rejoins immédiatement ma chambre pour enfiler mon pyjama et
me glisser sous les draps. Je voudrais me réfugier dans le sommeil,
rejoindre le monde des songes où Hayden est toujours le prince charmant
que j’ai vu en lui.
Les heures défilent et je ne parviens toujours pas à fermer l’œil. Je
ressasse, encore et encore, les événements de la soirée, de tout le mois qui
vient de s’écouler, à la recherche d’indices à côté desquels j’ai pu passer me
prouvant que tout cela n’était qu’illusion. Ils ont tous bien joué leur rôle. Alors que je me confiais à ma mère sur mon dilemme concernant mes
sentiments pour mon meilleur ami et l’artisan de mon père, elle faisait
l’ignorante alors qu’elle savait pertinemment ce qui se tramait. Mon père,
quant à lui, a tout simplement orchestré toute mon histoire avec Hayden.
Malgré tout, je sais qu’avec le temps je leur pardonnerai, pas tout de suite,
mais c’est un fait. Ma famille est bien trop importante à mes yeux pour que
je me brouille avec elle indéfiniment. Concernant Hayden, je ne pense pas
pouvoir lui accorder une nouvelle fois ma confiance. Il s’est servi de ce que
mes parents connaissent de moi pour se façonner un personnage. À cette
idée, je sens la colère m’envahir. Est-ce qu’une seule chose qu’il m’a dite
est vraie ? A-t-il réellement séjourné à l’orphelinat de Mme Andersen, ou
cela fait également partie de son personnage ?
En prise avec mes doutes, j’ouvre le tiroir de ma table de nuit qui
contient toutes les lettres qu’il a fait livrer chez moi. J’ai conscience que je
ne devrais pas faire ça, le mieux serait qu’elles restent enfermées, car je
risque de me faire encore plus de mal. Mais c’est plus fort que moi. Je
parcours les pages qu’il a noircies de son écriture.
Je lis et relis ses missives des heures durant. Ses mots foudroient mon
cœur, le faisant saigner à chaque marque de tendresse, à chaque mensonge.
Des rais de lumières illuminent ma chambre et je comprends que le jour se
lève. Un coup d’œil à mon réveil me confirme que je suis déjà en retard. Je
voudrais bien rester sous la couette aujourd’hui, mais je ne peux pas laisser
Sofia seule à la boutique à quelques jours de Noël. Et puis il est hors de
question qu’un homme me fasse négliger l’une des choses qui comptent le
plus pour moi, alors je rejette les draps et me tire du lit pour affronter cette
nouvelle journée.
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