Mon calendrier de l’amour
Chapitre 19
J – 21
Hayden vient de franchir la porte en sens inverse sans tarir de
remerciements. Il est déjà remonté dans son 4x4, mais le sourire qui étire
mes lèvres ne faiblit pas. Cet homme est surprenant, je suis curieuse de
rencontrer son neveu et de voir comment ce mec taillé comme un bûcheron
canadien se comporte avec un petit bout de chou.
En attendant son retour, je dois me ressaisir. Je suis à la bourre, il va
falloir activer mon plan d’urgence. Je passe dans l’arrière-boutique et ouvre
le grand congélateur pour en sortir mes pâtisseries de secours. J’allume le
four, dispose les cookies sur la plaque et remplis les moules à muffins de
leur préparation. Aujourd’hui, on fera simple, et je me rattraperai demain
avec des sablés sur le thème de Noël et un pecan cake. Pendant que mes
gâteaux sont au four, je tire un petit chevalet en ardoise et une boîte de
craies. Toute la journée, je vais proposer une sélection de milk-shakes
spéciaux. C’est une tradition chaque année pour la semaine de Noël, mais
aux grands maux les grands remèdes. Rien ne m’empêchera d’en faire à
nouveau en temps voulu.
J’ouvre avec une demi-heure de retard et je me sens prête à affronter la
journée. Les premiers clients affluent dans la minute, et je suis sur les
chapeaux de roues. J’enchaîne les cafés et les encaissements pour les quelques courageux qui sont venus faire des emplettes. Je passe au client
suivant alors que je relance le percolateur.
— Bonjour, que puis-je pour vous ce matin ?
— Bonjour, patronne !
Je me tourne pour voir à qui appartient cette voix cristalline et découvre
Sofia, qui ressemble à la Mère Noël dans le style pin-up. Une jolie robe et
un bonnet qui repose sur ses cheveux crépus.
— Waouh, je vois que tu t’es imprégnée du thème. J’adore ! dis-je en
sifflant avec admiration.
— Merci. Je peux passer derrière avec vous ? Pas besoin d’un bac + 5
pour remplir des tasses, alors je peux gérer.
— Avec plaisir. Dès que ça se calme, on fait le point ; je te montrerai les
spécialités de la maison et toute la partie boutique.
La jolie métisse opine du chef et me rejoint sans perdre un instant. Dans
la foulée, elle prend plusieurs commandes et passe à l’action. Sofia est très
à l’aise, si bien que très vite je lui fais entièrement confiance et me
concentre sur les milk-shakes.
Ma nouvelle employée interroge le client suivant, et je reconnais sa voix
immédiatement. Je vais l’accueillir, le sourire aux lèvres.
— Hayden ! Contente de vous revoir.
— Moi de même.
Je me penche par-dessus le comptoir et mes yeux rencontrent
immédiatement les prunelles bleues d’un petit garçon qui ne doit pas avoir
plus de cinq ans, emmitouflé dans un manteau et une écharpe qui lui
remonte sur les yeux. Ses cheveux bruns sont en bataille, sans doute en
raison du bonnet qu’il tient entre ses mains.
— Enchantée, jeune homme, moi, c’est Alyson, et je crois qu’on va
passer la journée ensemble.
Il hoche la tête tout en se réfugiant derrière la jambe de son oncle.
— Axel, dis bonjour.
Puis Hayden met un genou à terre pour être au niveau du petit garçon.
— Tu te souviens de ce qu’on a dit dans la voiture ?
— Oui, répond-il du bout des lèvres.
— Tu peux répéter ?
— La dame est gentille et, si je reste avec elle, ce soir, on mange des
cheeseburgers.
Mon sourire s’élargit devant cette scène attendrissante. Je contourne le
comptoir et rejoins Axel. Je m’accroupis également et lui fais signe
d’approcher.
— Tonton t’a dit qu’on avait trois sapins à décorer aujourd’hui et que ce
serait toi le chef de la mission ?
Les yeux d’Axel s’illuminent et il se tourne vers moi avec l’engouement
d’un petit garçon à qui on vient de promettre la lune.
— C’est vrai ?
— Tout à fait, et on pourra s’y mettre dès que tu auras bu un chocolat
chaud avec une double dose de chantilly et des marshmallows.
Il me sourit et mon cœur se réchauffe. Le bonheur d’un enfant est la
plus belle chose au monde.
— C’est vrai que tu es gentille.
Je lui tends mon poing et il frappe dedans avec le sien. Je me relève et
adresse un clin d’œil à son oncle, qui me regarde comme si je venais de
réaliser un miracle de Noël. Je retourne à mon poste et m’occupe de leur
commande particulière. J’ajoute deux cookies et dresse un plateau, que
j’emporte en salle.
— Un chocolat chaud spécial et un café, annoncé-je en posant le tout
sur la table.
— Merci, me répond Hayden en plongeant son regard dans le mien.
— C’est moi qui devrais vous remercier. Vous avez mis du soleil dans
cette journée qui a mal commencé.
— Vous parlez de votre chute ?
— Entre autres, dis-je avant de me tourner vers le petit garçon. Quand
tu as fini, rejoins-moi derrière et on s’occupera des sapins.
Il acquiesce, la bouche pleine, ce qui me fait sourire. Je les laisse
profiter et retourne auprès de Sofia, qui ne semble même pas avoir
remarqué mon absence. Nous honorons encore quelques commandes, puis
le calme revient. Je lui offre un café et nous rejoignons l’arrière-boutique
pour faire le point. À peine la porte close, Sofia attaque en s’appuyant sur la
table qui trône au centre de la pièce.
— Alors, vous et Monsieur Canon ?
— Comment ça ?
— Vous vous fichez de moi ? La température a pris vingt degrés quand
vos regards se sont croisés.
Quoi ? Non ! Malgré moi, mes joues s’empourprent.
— Je ne drague pas les petits garçons, réponds-je pour me défaire de
son regard aiguisé.
— Mais les grands barbus aux allures de dieu grec… Vous savez,
patronne, un petit flirt n’a jamais tué personne, ajoute-t-elle face à mon
silence.
— Tu me prends pour une vierge effarouchée ? répliqué-je en haussant
un sourcil interrogateur.
— Je n’oserais pas, vous êtes ma boss.
— Justement, et si on parlait boulot ?
Sofia étouffe un rire, et pendant le quart d’heure qui suit je lui détaille le
fonctionnement du magasin. Elle intègre très vite et pose des questions
pertinentes. Je lui donne ensuite les recettes des milk-shakes. Pour le reste
de la journée, je lui confie le salon de thé et je gérerai la boutique. Nous
réglons les derniers détails concernant ses horaires et son contrat avant que
mon assistant d’un jour franchisse le seuil de la porte.
— Si tu as des questions ou besoin d’un coup de main, n’hésite pas,
conclus-je.
Sofia hoche la tête et part reprendre sa place derrière le comptoir. Avant
de disparaître, elle se retourne et lance :
— Désolée, patronne, pour mon comportement indiscret et trop familier,
je vais m’améliorer. Je vous le promets.
— Ne change rien, Sofia, répliqué-je. Enfin, si, arrête de m’appeler
patronne, Alyson suffira.
— OK, patronne !
Puis elle disparaît. Je secoue la tête, le sourire aux lèvres. Cette fille
haute en couleur me plaît et je sens que, toutes les deux, nous allons faire
des étincelles.
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