Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 50 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 40

 

 

J – 13

 

Lorsque le réveil sonne, je suis toujours allongée dans mon lit, les yeux

rivés au plafond. Le sommeil n’est jamais venu. J’ai l’impression qu’un

semi-remorque m’est passé dessus. Pour la première fois depuis que j’ai

ouvert ma boutique, je n’ai aucune envie de me lever pour aller travailler.

Sauf que nous sommes samedi et que Noël est dans moins de deux

semaines.

Je rejette ma couverture et me force à poser les pieds au sol. C’est en

pilote automatique que je rejoins la salle de bains afin de prendre une

douche rapide, avant d’enfiler un jean et un pull choisi au hasard. Je

m’attache les cheveux en une queue-de-cheval haute, puis récupère mes

affaires pour quitter l’appartement en faisant l’impasse sur le petit déjeuner.

Ce que je ne fais jamais !

Avant de franchir le seuil de l’immeuble, je fais un arrêt à la boîte aux

lettres. S’il y a une chose qui peut m’aider à supporter cette journée, ce sont

bien les mots de Christmas, qu’importe qui se cache derrière ce

pseudonyme.

Toutefois, le sort s’acharne, aucune enveloppe ne m’attend ce matin. Je

ressens un énorme vide dans la poitrine et je suis à deux doigts de fondre en

larmes. Pourquoi faut-il qu’il arrête aujourd’hui ? La réponse est évidente, sauf que je refuse d’y croire. Je claque la porte en métal et quitte

rageusement l’immeuble.

Je rejoins la boutique sans prêter attention à tout ce qui m’entoure.

Habituellement, j’aime flâner dans les rues de Boston alors que la

population est encore endormie, mais aujourd’hui le cœur n’y est pas.

Lorsque j’arrive au magasin, je fonce directement dans mon refuge et sors

tout le nécessaire pour pâtisser. Dans un saladier, je mélange le beurre, le

sucre, la farine et les œufs. Je pétris la pâte énergiquement, j’y mets toute

ma tristesse, mes doutes et ma colère. Je suis remontée contre Hayden,

contre moi et même contre Greg, lui qui ne fait rien d’autre que m’aimer.

J’attrape le rouleau à pâtisserie et écrase la pâte de tout mon poids. C’est ce

moment que Sofia choisit pour entrer dans la pièce.

— Salut, patronne ! lance-t-elle de sa voix enjouée. Houlà, qu’est-ce

que ces pauvres sablés ont osé faire ?

— Mettre ma vie sens dessus dessous, grogné-je.

Sofia s’approche prudemment et pose une main sur mon épaule.

— Alyson.

Il n’en faut pas plus pour que la pression qui repose sur mes épaules soit

trop lourde à porter. Je ne retiens plus mes larmes, je m’autorise à me

laisser aller quelques minutes. Je préfère que ce soit maintenant que devant

les clients. Ils n’ont pas besoin de savoir que ma vie amoureuse se résume à

des lettres anonymes, un rencard avorté ainsi que mon meilleur ami, et que

tout ça me met dans tous mes états. Plus j’y pense, plus je me trouve

pathétique.

— Tu devrais rentrer chez toi, je peux gérer.

— Non. On est samedi, ça va être la course et le travail est comme une

thérapie. Ça m’aide à ne pas penser à mes problèmes.

Sofia hoche la tête. J’essuie mes larmes du dos de la main avant de me

remettre aux petits gâteaux qui attendent de passer au four.

— Tu m’aides ? lancé-je pour me redonner un peu de contenance.

— Évidemment, patronne.

Nous passons l’heure qui suit à découper des sapins et de petits

bonshommes à l’aide d’emporte-pièces. Je laisse Sofia faire la conversation

et me contente de réponses concises. Quand vient le moment d’ouvrir, je

regrette de ne pas être restée dans mon lit ce matin, j’ai peur de ne pas

pouvoir jouer à la petite vendeuse souriante aujourd’hui.

Je laisse ma collègue accueillir les clients derrière le comptoir et

prendre un moment privilégié avec chacun. Pour ma part, j’arrange les

rayons pour m’occuper les mains.

Lorsque la clochette de l’entrée tinte, je me fige. Sans que je ne sache

comment, j’ai deviné l’identité de celui qui vient de pénétrer dans la

boutique. Mon corps est traversé par un frisson et mes membres

s’engourdissent malgré moi. Je lève les yeux vers Hayden, qui se dirige

vers le salon de thé d’un pas déterminé. Il ne me cherche pas du regard et se

contente de passer derrière le comptoir et disparaître dans l’arrière-

boutique. Il refait surface en quelques secondes avec une petite boîte à

outils.

Je devine qu’il compte fuir comme un lâche, sans même m’adresser un

« bonjour ». La colère que je tentais d’enfouir au fond de moi refait surface

et je me jette en travers de son chemin. Les bras croisés sur la poitrine, je le

fusille du regard. Hayden est obligé de s’arrêter pour ne pas me rentrer

dedans, il passe nerveusement la main dans ses cheveux bruns et soupire.

— Laisse-moi passer.

— Tu comptes la jouer homme des cavernes ?

— Alyson, gronde-t-il.

— Je vois que tu n’as pas oublié comment je m’appelle. Je devrais peut-

être me sentir flattée.

Mon ton est acerbe. J’ai conscience qu’il n’est pas judicieux de se

donner en spectacle, toutefois, mon ego a été bafoué et il s’agit sans doute

de la seule possibilité que j’aurai de dire ce que je pense à cet abruti.

— Tu me fais quoi, là ? s’écrie Hayden.

— Tu me poses vraiment la question après m’avoir laissée tomber hier

soir ? Je t’ai attendu plus de deux heures comme une pauvre fille, tu te

pointes ce matin au magasin en te comportant comme un mufle, et tu penses

que je ne vais rien dire ?

— Je suis sûr que tu as trouvé de quoi te consoler de mon absence,

crache-t-il, amer.

Je suis sciée, incapable de répondre. L’image de mon meilleur ami et du

baiser qu’il m’a donné s’impose à moi. Il ne peut pas avoir deviné. Hayden

tente simplement de se déculpabiliser.

— Je ne vois pas de quoi tu parles.

— De la langue de Gregory qui te léchait la glotte devant chez toi.

Impossible !

— Eh oui, je suis venu ! J’étais aux urgences avec Axel et je n’avais

plus de batterie. Dès que nous avons quitté l’hôpital, je suis venu, mais tu

semblais bien occupée.

— Tu…

— Oui ! Je ne suis pas un connard, si je te propose un dîner, ce n’est pas

pour annuler, c’est parce que tu me plais. Mais je ne supporte pas d’être pris

pour un con, le message est passé, je ne compte pas te courir après.

Il me contourne pour sortir. Je reste là, les bras ballants, me sentant

idiote.

— Je pensais que tu ne viendrais pas, lancé-je avant qu’il ne disparaisse.

— Tu es vite passée à autre chose. Je me suis trompé sur toi.

Puis Hayden quitte la boutique pour de bon, ne me laissant plus que mes

yeux pour pleurer. Je devrais le suivre pour lui expliquer ce qu’il a vu, qu’il

s’agit simplement d’un malentendu. Sauf que ses derniers mots résonnent

en moi et me font mal. Si mal que je suis incapable de faire semblant une

minute de plus…

 

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