Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 43 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 34

 

J – 16

 

— Victoire ! crié-je après avoir tourné la dernière vis de ce fichu

meuble.

Ça fait trois heures que Hayden et moi vissons-dévissons des planches

entre elles pour former de magnifiques présentoirs dans les rayons de la

boutique. Mon acolyte a bien évidemment le coup de main et en est à son

cinquième meuble tandis que je termine seulement le premier. Il

m’applaudit gentiment sans faire de remarque sur mon manque de

productivité. Je suis habituée au mobilier en kit ultra-simple à monter, sauf

que Hayden ne s’est pas moqué de moi et s’est fourni dans un catalogue

professionnel. Du coup, mon bac + 5 Ikea ne me sert à rien.

— Je pense qu’on va s’arrêter là pour aujourd’hui, lance Hayden en se

redressant.

Il étire ses muscles, sans doute engourdis par la position qu’il tient

depuis des heures. Je ne parviens pas à contenir mon regard et il finit par se

balader allègrement sur son corps. Mes dents s’enfoncent dans ma lèvre

inférieure lorsque son T-shirt remonte, dévoilant ainsi une fine bande de

peau. Hayden n’a pas besoin de se déshabiller pour qu’on voie qu’il

s’entretient. Son ventre est plat et on devine des abdominaux fermes bien qu’ils ne soient pas proéminents. Je me ressaisis avant de me mettre à baver.

Pas très sexy, comme image.

Je masque mon trouble en époussetant mon jean, les yeux rivés vers

mes pieds. J’embrasse la boutique du regard et me rends compte que nous

avons encore beaucoup de travail avant de pouvoir la rouvrir au public.

Sofia a proposé une activité de click & collect pour ne pas manquer de

rentrée d’argent, sauf qu’en deux jours ce serait dépenser beaucoup

d’énergie pour pas grand-chose, nous n’aurons pas le temps de faire la

communication sur ce nouveau concept. Notre chiffre d’affaires est bon,

alors cette fermeture ne devrait pas nous causer de tort.

Je récupère mon manteau et mon sac dans l’arrière-boutique avant

d’éteindre toutes les lumières, puis je rejoins Hayden devant l’entrée. Le

spectacle qui s’offre à nous est indescriptible. Boston n’existe plus, la

nature a repris ses droits et l’hiver s’est installé. Le bitume a disparu pour

laisser place à la neige. Une poudre blanche et compacte, d’au moins trente

centimètres d’épaisseur, recouvre la route et les trottoirs. La vie semble

comme paralysée, plus aucune voiture ne circule, certaines sont même

abandonnées au milieu de la voie. Rares sont les aventuriers qui osent

arpenter la ville à pied. Boston s’est endormie.

— Je crains que nous ayons un petit problème, m’indique Hayden en

pointant son 4x4 du doigt.

— Je t’avais prévenu qu’il était risqué de revenir ce soir.

Il soupire tandis que je fais demi-tour pour aller chercher la pelle que je

garde pour ce genre d’événements.

— Tu comptes déblayer la route jusque chez moi avec ton engin ? dit-il,

moqueur.

— Non, mais dégager la neige qui nous empêche de sortir,

certainement !

Je dépasse le bel artisan et ouvre la porte. Une envolée de flocons

pénètre dans la boutique, et le vent glacial tente de s’insinuer sous mes vêtements. Je ne perds pas une seconde et commence mon labeur. Il ne me

faut que quelques pelletées pour être en sueur. Je sens le regard de Hayden

posé sur moi et devine son petit sourire, je suis certaine qu’il apprécie de

me voir essoufflée par l’effort. Toutefois, en quelques minutes, nous

pouvons enfin rejoindre le trottoir sans risquer une avalanche dans ma

boutique. Je range mon outil avant de verrouiller la porte, puis, le sourire

aux lèvres, je prends la direction de mon appartement.

Je ne me suis éloignée que de quelques pas lorsque je m’arrête et me

retourne. Hayden est adossé à sa voiture, son téléphone dans la main et un

air grognon sur le visage. Qu’est-ce qu’il fabrique ?

— Tu comptes me suivre ou tu es tenté par une nuit à la belle étoile ?

Il lâche son portable des yeux, surpris par mon intervention. Il ne

semble pas décidé à bouger, alors j’insiste :

— J’ai un canapé, le chauffage et même de quoi dîner. Après, si tu veux

jouer les Robinson Crusoé, qu’à cela ne tienne, mais je t’aurai au moins

proposé le gîte et le couvert.

— Tu es en train de m’inviter à passer la nuit chez toi ? rétorque-t-il,

une lueur inconnue dans le regard.

Le rouge me monte aux joues. Dit comme ça, on dirait que je lui

propose quelque chose d’indécent.

— Tu… Je… Je me sentirais coupable de te laisser mourir de froid alors

que tu as passé la fin de la journée à m’aider pour le magasin.

Et je bégaye, maintenant… Bravo !

— Tu es sûre que ça ne te dérange pas ? me demande-t-il en ayant repris

son sérieux.

Nos regards sont rivés l’un à l’autre, et l’espace d’un instant je ne sens

plus du tout le froid ambiant. Hayden s’est rapproché. Bien que nous ne

soyons pas collés au point de partager le même air, mon corps a conscience

du moindre mouvement de l’homme qui me fait face et je suis comme

suspendue à ses yeux azur.

— Certaine, murmuré-je d’un souffle.

Il opine du chef et, d’un geste de la main, m’invite à passer devant.

Pendant les quinze minutes qui nous séparent de mon immeuble, nous

gardons le silence. Habituellement, je ne suis jamais à court de réparties,

sans doute parce que le vide me met mal à l’aise ; cependant, cette fois, je

ne ressens pas le besoin de me perdre en babillage. Pendant que nous

marchons côte à côte, je me plonge dans la contemplation des illuminations

de Noël. Même si je les connais par cœur, je ne peux m’empêcher de

m’émerveiller devant ces loupiotes qui habillent les arbres et les

lampadaires. Toutefois, ce n’est pas ce que je préfère…

Nous passons devant une bijouterie qui au premier abord ne paye pas de

mine, pourtant, elle cache un secret. Comme chaque soir, je passe devant un

détecteur de mouvements situé juste au-dessus de la porte et la vitrine

s’allume. Là, devant nos yeux se dresse un tableau enchanté. Nous

découvrons une petite maison en pain d’épice devant laquelle s’anime un

casse-noisette. Si nous suivons le parcours du bonhomme de bois, il nous

révèle que la maison est en réalité une usine. La vitrine voisine nous montre

l’intérieur. C’est somptueux. Dans un dédale d’étagères, de présentoirs et de

piédestaux, des bijoux sont présentés au milieu d’un décor féerique.

— Je suis fasciné par ta passion pour cette fête.

La voix de Hayden me surprend, j’avais oublié sa présence. Toutefois,

je ne suis pas gênée de me montrer telle une enfant devant ses cadeaux le

matin de Noël. Ça fait partie de moi.

— Tu sais où on peut voir toute une allée de vitrines de ce genre ? dit-il.

Je secoue la tête en attendant la réponse.

— À Paris.

Paris… Je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec mon

admirateur secret. Serait-ce possible ? Je ne pense pas. Je n’ai rencontré

Hayden que très récemment et, bien qu’il y ait une certaine alchimie entre

nous, je ne suis pas certaine que ça aille au-delà de l’attirance physique. Ou peut-être que si ? Bien sûr que non ! Je chasse cette idée de ma tête et me

reconcentre sur celui qui m’accompagne.

— Tu as déjà visité la France ?

Non, je ne cherche pas d’indices !

— Jamais, seule Suzy y est allée lorsqu’elle était au lycée. Le voyage

m’a coûté un bras, mais rien ne vaudra jamais les étoiles qu’elle avait dans

les yeux lorsqu’elle est rentrée.

— Vous avez l’air d’avoir une sacrée relation, tous les deux.

— On prend soin l’un de l’autre, répond-il en se renfrognant.

Il glisse ses mains dans les poches de son jean et reprend la route en

direction de chez moi. J’en conclus que le sujet est clos, Hayden n’aime pas

parler de lui et encore moins de ce qui touche à sa famille, et c’est quelque

chose que je respecte. Alors c’est sans plus échanger un mot que nous

rejoignons mon immeuble.

 

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