Mon calendrier de l’amour
Chapitre 56
J – 1
J’arrête ma voiture devant la maison de Hayden. Son 4x4 n’est pas là, je
balaye la rue du regard afin d’être certaine qu’il ne l’a pas garé plus loin. Il
est absent. Je suis soulagée, j’ai envie de le voir, d’expliquer mon
comportement et de laisser cette erreur derrière nous, mais il est hors de
question qu’on se dispute la veille de Noël.
J’ai réfléchi tout l’après-midi, hier, une fois qu’Elsa est repartie
travailler, et une partie de la nuit, dans le but de mettre au point des excuses
dignes du romantisme dont Hayden a fait preuve.
Je monte les quelques marches qui me séparent de la porte d’entrée. Il
me faut une bonne dose de courage et une profonde inspiration avant de
frapper. Moins d’une minute plus tard, le battant s’ouvre sur Suzy, encore
vêtue de son pyjama en pilou. Elle fronce les sourcils en me voyant et
croise les bras sur sa poitrine.
— Que fais-tu là, Alyson ? Hayden est absent, j’espère que tu n’es pas
venue lui dire à quel point il est un minable menteur, un traître ou je ne sais
quel autre nom d’oiseau. On est le 24 décembre, putain !
— Rien de tout ça, dis-je en secouant la tête. Au contraire, je lui dois
des excuses.
— Ça serait la moindre des choses, en effet.
Derrière son air revêche, je sens poindre un soupçon de curiosité, alors
je me lance.
— J’ai pris la mouche en entendant une conversation entre Hayden et
mon père, mais en réalité j’ai tout compris de travers et j’ai dit des horreurs
à ton frère. Je suis là parce que j’ai besoin de ton aide pour me rattraper.
Acceptes-tu de me donner un coup de main ?
Je la supplie du regard, je serais même capable de me mettre à genoux
si ça pouvait la convaincre. Néanmoins, ça ne sera pas nécessaire, Suzy est
une belle âme. Elle attrape ma main et me fait entrer, le sourire aux lèvres.
— Dis-moi ce que je peux faire, je veux tout savoir !
Son enthousiasme déteint sur moi et fait disparaître le nœud qui
enserrait mon estomac.
— J’ai besoin que tu conduises Hayden à l’église de Roxbury pour la
messe de minuit. Viens avec Axel, avec un peu de chance, je parviendrai à
convaincre ton frère de m’accompagner chez mes parents ensuite. Vous êtes
tous les bienvenus.
Suzy acquiesce. Je me garde de lui donner les détails de mon plan pour
reconquérir son frère, j’ai encore besoin de le peaufiner. Sa participation est
l’étape primordiale, sans ça, il serait impossible que je rencontre Hayden ce
soir.
— Mon frère et toi êtes faits l’un pour l’autre, c’est un peu cliché mais
je suis certaine que tu es celle qui pourra le rendre heureux. Alors je ferai
tout pour que vous vous retrouviez. Tu peux compter sur moi.
— Merci, ajouté-je en la serrant dans mes bras.
J’ai le cœur plus léger en repartant. Rien n’est encore joué, j’en ai
conscience, toutefois, je suis sûre de pouvoir parler à Hayden ce soir.
Je remonte dans ma voiture et prends la route en direction de ma maison
d’enfance. Aujourd’hui, ainsi que pour les deux jours à venir, la boutique
reste fermée afin que je puisse me consacrer à ma famille. Il me faut une
vingtaine de minutes pour couper le contact devant chez mes parents. Je récupère ma petite valise et mon fourre-tout qui contient les cadeaux et de
quoi aider ma mère en cuisine.
J’entre sans frapper, hélant qui veut bien m’entendre.
— C’est moi !
Adam fait irruption depuis le salon pour me débarrasser.
— Ravi de voir que tu es toujours aussi dingue de Noël, petite sœur.
— Et je compte bien initier ton enfant dès qu’il pointera le bout de son
nez, rétorqué-je en le bousculant d’un léger coup d’épaule.
— Je n’en attendais pas moins de toi. Maman et Baley sont dans la
cuisine, je pense qu’on n’est pas loin d’une troisième guerre mondiale. Ma
femme est loin d’être un cordon-bleu, mais elle ne supporte pas de rester à
rien faire. Et puis tu connais maman.
En effet, s’il y a quelqu’un qui plaisante encore moins que moi avec le
dîner du réveillon, c’est bien notre mère. Du plus loin que je me souvienne,
elle a toujours visé la perfection. Noël est sacré chez les Hale. Lorsque ma
grand-mère est décédée, il a fallu reprendre le flambeau pour honorer la
tradition. Du coup, chaque année, ma mère se met une pression immense
pour tenter de surpasser la fois précédente.
Je rejoins la cuisine afin de constater l’ampleur des dégâts. Baley a le
visage couvert de farine et d’œufs, tandis que ma mère se bat avec une
dinde qui pourrait nourrir une équipe de foot.
— Besoin d’un coup de main ? lancé-je tout en me retenant de rire.
— Non ! crient-elles à l’unisson.
Deux paires d’yeux me lancent des éclairs avant de s’adoucir enfin.
— En réalité, je voudrais bien que tu t’occupes de mélanger la pâte. Le
bébé semble en avoir marre que je m’agite dans tous les sens.
Je souris et m’approche de ma belle-sœur pour prendre le relais. Malgré
sa fatigue évidente, elle rayonne. Nous passons l’heure qui suit à discuter
des derniers mois écoulés, des travaux de leur maison, des projets à venir
pour chacun. L’ambiance est à la fête, on ressent déjà la magie du réveillon opérer. Ce moment où nous sommes tous réunis et où tous les tracas du
quotidien disparaissent un temps.
La journée est passée à toute vitesse. Le repas est prêt, la table est
dressée et d’ici quelques minutes les derniers convives devraient arriver. Je
finis de boucler mes cheveux après une bonne heure passée à me préparer.
Chaque année, je choisis ma tenue avec soin afin qu’elle reflète l’esprit de
Noël. Mais cette fois ce n’est pas pour honorer un homme en costume
rouge, ni la tradition chrétienne, que je me suis habillée ; mon esprit est
dirigé vers un autre but.
Je me suis interdit de songer à Hayden avant minuit afin de profiter de
la soirée, pourtant, chacune de mes pensées me ramène à lui, à la possibilité
qu’il ne me pardonne pas de l’avoir rejeté.
Le grincement de la porte de ma chambre d’enfant me ramène à
l’instant présent. Mon père fait irruption dans la pièce, un air inquiet lui
barrant le visage.
— Tu es prête, ma puce ?
— Oui, soufflé-je tout en essayant de lui offrir un sourire sincère.
Il s’approche de moi et saisit mon menton entre ses doigts.
— Tout va bien se passer, Alyson. J’en suis convaincu. Il te faut
simplement être patiente.
— J’espère que tu as raison.
— Ton vieux père a toujours raison, déclare-t-il. Allez, nous devrions
descendre, Sandra ne devrait plus tarder et ton oncle non plus.
J’opine avant de le suivre. À peine sommes-nous arrivés en bas de
l’escalier que la sonnette retentit. Ma mère se hâte d’ouvrir et fait entrer
Mme Harington. L’espace d’un instant, je crois que Gregory va la suivre,
mais la porte se referme et il n’est pas là. Mon meilleur ami me manque.
C’est le premier Noël que nous passons séparés depuis que lui et sa mère
ont intégré notre famille, ça me fait tout drôle.
Je ne résiste pas à l’envie de lui envoyer un message pour lui dire que je
pense à lui et lui souhaiter un bon réveillon, même s’il est à l’autre bout du
monde.
OceanofPDF.com