Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 72 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 56

 

J – 1

 

J’arrête ma voiture devant la maison de Hayden. Son 4x4 n’est pas là, je

balaye la rue du regard afin d’être certaine qu’il ne l’a pas garé plus loin. Il

est absent. Je suis soulagée, j’ai envie de le voir, d’expliquer mon

comportement et de laisser cette erreur derrière nous, mais il est hors de

question qu’on se dispute la veille de Noël.

J’ai réfléchi tout l’après-midi, hier, une fois qu’Elsa est repartie

travailler, et une partie de la nuit, dans le but de mettre au point des excuses

dignes du romantisme dont Hayden a fait preuve.

Je monte les quelques marches qui me séparent de la porte d’entrée. Il

me faut une bonne dose de courage et une profonde inspiration avant de

frapper. Moins d’une minute plus tard, le battant s’ouvre sur Suzy, encore

vêtue de son pyjama en pilou. Elle fronce les sourcils en me voyant et

croise les bras sur sa poitrine.

— Que fais-tu là, Alyson ? Hayden est absent, j’espère que tu n’es pas

venue lui dire à quel point il est un minable menteur, un traître ou je ne sais

quel autre nom d’oiseau. On est le 24 décembre, putain !

— Rien de tout ça, dis-je en secouant la tête. Au contraire, je lui dois

des excuses.

— Ça serait la moindre des choses, en effet.

Derrière son air revêche, je sens poindre un soupçon de curiosité, alors

je me lance.

— J’ai pris la mouche en entendant une conversation entre Hayden et

mon père, mais en réalité j’ai tout compris de travers et j’ai dit des horreurs

à ton frère. Je suis là parce que j’ai besoin de ton aide pour me rattraper.

Acceptes-tu de me donner un coup de main ?

Je la supplie du regard, je serais même capable de me mettre à genoux

si ça pouvait la convaincre. Néanmoins, ça ne sera pas nécessaire, Suzy est

une belle âme. Elle attrape ma main et me fait entrer, le sourire aux lèvres.

— Dis-moi ce que je peux faire, je veux tout savoir !

Son enthousiasme déteint sur moi et fait disparaître le nœud qui

enserrait mon estomac.

— J’ai besoin que tu conduises Hayden à l’église de Roxbury pour la

messe de minuit. Viens avec Axel, avec un peu de chance, je parviendrai à

convaincre ton frère de m’accompagner chez mes parents ensuite. Vous êtes

tous les bienvenus.

Suzy acquiesce. Je me garde de lui donner les détails de mon plan pour

reconquérir son frère, j’ai encore besoin de le peaufiner. Sa participation est

l’étape primordiale, sans ça, il serait impossible que je rencontre Hayden ce

soir.

— Mon frère et toi êtes faits l’un pour l’autre, c’est un peu cliché mais

je suis certaine que tu es celle qui pourra le rendre heureux. Alors je ferai

tout pour que vous vous retrouviez. Tu peux compter sur moi.

— Merci, ajouté-je en la serrant dans mes bras.

J’ai le cœur plus léger en repartant. Rien n’est encore joué, j’en ai

conscience, toutefois, je suis sûre de pouvoir parler à Hayden ce soir.

Je remonte dans ma voiture et prends la route en direction de ma maison

d’enfance. Aujourd’hui, ainsi que pour les deux jours à venir, la boutique

reste fermée afin que je puisse me consacrer à ma famille. Il me faut une

vingtaine de minutes pour couper le contact devant chez mes parents. Je récupère ma petite valise et mon fourre-tout qui contient les cadeaux et de

quoi aider ma mère en cuisine.

J’entre sans frapper, hélant qui veut bien m’entendre.

— C’est moi !

Adam fait irruption depuis le salon pour me débarrasser.

— Ravi de voir que tu es toujours aussi dingue de Noël, petite sœur.

— Et je compte bien initier ton enfant dès qu’il pointera le bout de son

nez, rétorqué-je en le bousculant d’un léger coup d’épaule.

— Je n’en attendais pas moins de toi. Maman et Baley sont dans la

cuisine, je pense qu’on n’est pas loin d’une troisième guerre mondiale. Ma

femme est loin d’être un cordon-bleu, mais elle ne supporte pas de rester à

rien faire. Et puis tu connais maman.

En effet, s’il y a quelqu’un qui plaisante encore moins que moi avec le

dîner du réveillon, c’est bien notre mère. Du plus loin que je me souvienne,

elle a toujours visé la perfection. Noël est sacré chez les Hale. Lorsque ma

grand-mère est décédée, il a fallu reprendre le flambeau pour honorer la

tradition. Du coup, chaque année, ma mère se met une pression immense

pour tenter de surpasser la fois précédente.

Je rejoins la cuisine afin de constater l’ampleur des dégâts. Baley a le

visage couvert de farine et d’œufs, tandis que ma mère se bat avec une

dinde qui pourrait nourrir une équipe de foot.

— Besoin d’un coup de main ? lancé-je tout en me retenant de rire.

— Non ! crient-elles à l’unisson.

Deux paires d’yeux me lancent des éclairs avant de s’adoucir enfin.

— En réalité, je voudrais bien que tu t’occupes de mélanger la pâte. Le

bébé semble en avoir marre que je m’agite dans tous les sens.

Je souris et m’approche de ma belle-sœur pour prendre le relais. Malgré

sa fatigue évidente, elle rayonne. Nous passons l’heure qui suit à discuter

des derniers mois écoulés, des travaux de leur maison, des projets à venir

pour chacun. L’ambiance est à la fête, on ressent déjà la magie du réveillon opérer. Ce moment où nous sommes tous réunis et où tous les tracas du

quotidien disparaissent un temps.

 

La journée est passée à toute vitesse. Le repas est prêt, la table est

dressée et d’ici quelques minutes les derniers convives devraient arriver. Je

finis de boucler mes cheveux après une bonne heure passée à me préparer.

Chaque année, je choisis ma tenue avec soin afin qu’elle reflète l’esprit de

Noël. Mais cette fois ce n’est pas pour honorer un homme en costume

rouge, ni la tradition chrétienne, que je me suis habillée ; mon esprit est

dirigé vers un autre but.

Je me suis interdit de songer à Hayden avant minuit afin de profiter de

la soirée, pourtant, chacune de mes pensées me ramène à lui, à la possibilité

qu’il ne me pardonne pas de l’avoir rejeté.

Le grincement de la porte de ma chambre d’enfant me ramène à

l’instant présent. Mon père fait irruption dans la pièce, un air inquiet lui

barrant le visage.

— Tu es prête, ma puce ?

— Oui, soufflé-je tout en essayant de lui offrir un sourire sincère.

Il s’approche de moi et saisit mon menton entre ses doigts.

— Tout va bien se passer, Alyson. J’en suis convaincu. Il te faut

simplement être patiente.

— J’espère que tu as raison.

— Ton vieux père a toujours raison, déclare-t-il. Allez, nous devrions

descendre, Sandra ne devrait plus tarder et ton oncle non plus.

J’opine avant de le suivre. À peine sommes-nous arrivés en bas de

l’escalier que la sonnette retentit. Ma mère se hâte d’ouvrir et fait entrer

Mme Harington. L’espace d’un instant, je crois que Gregory va la suivre,

mais la porte se referme et il n’est pas là. Mon meilleur ami me manque.

C’est le premier Noël que nous passons séparés depuis que lui et sa mère

ont intégré notre famille, ça me fait tout drôle.

Je ne résiste pas à l’envie de lui envoyer un message pour lui dire que je

pense à lui et lui souhaiter un bon réveillon, même s’il est à l’autre bout du

monde.

 

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