Mon calendrier de l’amour
Chapitre 46
J – 10
J’ai le sentiment d’être une adolescente vivant ses premiers émois.
Hayden et moi marchons côte à côte, mon cœur bat la chamade et mes joues
rougissent sans que ce soit la faute de la température. Habituellement, je
suis plutôt bavarde, sauf qu’à cet instant les mots me manquent. Je ne
trouve pas de sujet de conversation pertinent.
— Tu ne trouves pas que c’est bizarre ? me demande Hayden, en écho à
mes pensées.
— J’ai l’impression de ne pas avoir le droit à l’erreur, que c’est ma
dernière chance, avoué-je. Alors je suis stressée à l’idée de faire le moindre
faux pas.
Mon bel artisan marque un temps d’arrêt et son regard acier plonge dans
le mien.
— Ce n’est pas ce que je veux, Alyson.
Quoi ? Un vent de panique me submerge et je ne sais pas comment
réagir. Il y a encore une minute, nous étions en route pour notre premier
rencard, et maintenant il veut tout annuler ? Mon agitation doit se lire sur
mon visage car Hayden reprend, l’air sérieux :
— Ce que je veux dire, c’est que si tu n’es pas toi-même ça ne peut pas
marcher. On doit apprendre à se connaître, à se faire confiance et voir où tout cela peut nous mener. Il n’est pas question de compter les points ou de
tirer à vue à la première difficulté.
— C’est pourtant ce que tu as fait, murmuré-je.
— Disons que j’ai été secoué de te voir embrasser un autre homme alors
que ça aurait dû être moi.
Ses mots sonnent comme des excuses et je décide d’alléger la
conversation, après tout, c’est un rendez-vous galant.
— C’est un peu présomptueux de votre part, monsieur Parker.
— Tu ne comptes pas m’offrir un baiser en fin de soirée ? me demande-
t-il en jouant les offusqués.
— Je n’ai pas encore décidé.
J’ajoute un clin d’œil avant de pousser la porte du traiteur chinois.
Nous commandons à emporter. Il ne faut que quelques minutes pour
récupérer notre dîner, j’en profite pour nous commander un taxi. Le plus
simple serait de manger chez moi, mais une idée me traverse l’esprit.
Lorsque nous quittons le restaurant, la voiture nous attend.
— Tu es fatiguée ?
— Non. Monte, ordonné-je en pointant le taxi du menton.
Hayden se glisse dans l’habitacle et je prends place à ses côtés. Je tends
mon portable au chauffeur après y avoir inscrit l’adresse.
— Une surprise, mademoiselle Hale ?
— Peut-être bien.
La voiture se met en marche et sillonne les rues de Boston une vingtaine
de minutes, avant de s’immobiliser. Hayden zieute les alentours et hausse
un sourcil interrogateur. Je sais qu’il a reconnu l’endroit où nous nous
trouvons. Je ne lui laisse pas le temps de me poser une quelconque question
et tends un billet au chauffeur avant de sortir de la voiture. Hayden me
rejoint et j’attrape sa main pour l’emmener à ma suite. Nous longeons les
bords de la Charles River jusqu’à nous retrouver sur l’esplanade, face à un
banc, ce banc.
— Je me suis dit qu’un dîner sous les illuminations de la ville serait une
bonne idée.
— L’endroit est parfait.
Les non-dits flottent entre nous. Ni lui ni moi ne faisons allusion à
l’enregistrement qui m’a conduite ici il y a quelques jours.
Le temps s’écoule à toute vitesse. Hayden et moi avons passé plus de
deux heures à discuter, nous sommes restés bien après avoir fini nos plats.
Ce n’est que lorsque je tente de dissimuler un bâillement que Hayden se
redresse et consulte sa montre.
— Je te ramène chez toi, me propose-t-il, tout en me tendant une main
pour m’aider à me lever.
J’opine et glisse ma main dans la sienne. Lorsque je suis debout,
Hayden entrelace ses doigts aux miens et nous prenons la direction de l’axe
principal. Toute mon attention est focalisée sur le contact de sa peau avec la
mienne. Ce geste, pourtant anodin, me procure des sensations que je n’ai
pas éprouvées depuis longtemps. De quand date la dernière fois où mon
cœur s’est emballé parce qu’un homme me tenait par la main dans la rue ?
Mes dernières relations ont été de courte durée, notamment car il n’y avait
pas cette flamme, ce petit frisson qui parcourt mon corps pour un simple
regard ou une attention banale.
Hayden hèle un taxi – ils sont encore nombreux dans ce quartier
fréquenté – et m’ouvre galamment la portière arrière. Nous nous installons
et la voiture démarre. Ces dernières minutes semblent nous échapper, nous
manquons de temps et je sais déjà que je ne lui proposerai pas de
prolongation.
Pas de dernier verre ce soir, ni même un bon chocolat chaud. Si je le
fais monter dans mon appartement, je suis certaine que je finirai par
l’embrasser. J’en meurs d’envie, en réalité, mais pas ce soir. Même si notre
attirance mutuelle est évidente, je veux faire les choses bien et poursuivre ce qu’il a engagé il y a déjà deux semaines. Ces lettres que nous nous
écrivons sont toutes aussi importantes qu’un premier baiser.
Le chauffeur finit par s’arrêter au pied de mon immeuble. Avant que
Hayden ne puisse dire quoi que ce soit, je dépose un baiser aérien sur sa
joue et m’enfuis comme Cendrillon au douzième coup de minuit.
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