Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 64 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 49

 

J – 7

 

Toute la journée, j’ai été incapable de redescendre de mon petit nuage.

Le baiser de Hayden est encore imprimé sur mes lèvres. Sofia doit se douter

de quelque chose, car elle n’a pas cessé de me jeter des regards en coin.

Même lorsqu’un client insatisfait est venu demander des comptes, je n’ai

pas perdu mon sourire et ma bonne humeur. J’ai échangé l’article

défectueux avant de le remercier et de lui souhaiter une agréable journée.

— Si je n’en étais pas encore certaine avant, maintenant, je suis sûre

que vous avez conclu hier, lance ma collègue d’un ton railleur.

Le rouge me monte aux joues. Je lisse mon tablier pourtant impeccable

pour détourner l’attention.

— Il faut réapprovisionner l’allée des guirlandes lumineuses, on s’est

fait dévaliser aujourd’hui.

— Vous ne voulez pas en parler, message reçu. En tout cas, vous êtes

rayonnante, patronne.

Puis elle s’en va vers le fond de la boutique. J’adore Sofia, elle est

rafraîchissante et je suis sûre que nous pourrions devenir amies dans un

futur proche. Mais je ne souhaite pas évoquer ce qui s’est passé avec

Hayden, simplement parce que je ne veux pas que ma bulle de bonheur éclate. Tout est parfait pour le moment, alors je savoure et garde encore

pour moi cette romance idyllique qui s’installe entre nous.

Lorsque la lumière du jour décline peu à peu, je laisse Sofia gérer les

quelques clients présents tandis que je prépare une livraison spéciale pour

ce soir. Comme chaque année, mon père organise une grande fête dans sa

société pour remercier ses collaborateurs et ses partenaires, et une fois de

plus je suis chargée de la décoration. Quand j’ai lancé mon entreprise, il a

été mon premier client et cette soirée a été une véritable opportunité. Elle

m’a servi de vitrine, et j’ai pu remplir mon carnet d’adresses. Aujourd’hui,

c’est bénévolement que je lui donne un coup de main.

Je charge plusieurs cartons à l’arrière de ma voiture et récupère une

boîte de cookies que j’ai mise de côté pour nous donner du courage. Puis je

prends la route en direction de l’immeuble qui abrite le bureau de mon père,

laissant Sofia fermer la boutique. En un quart d’heure, je suis arrivée, et je

découvre mes parents qui m’attendent sur le trottoir. J’arrête le véhicule sur

une place de livraison. À peine ai-je posé un pied au sol que ma mère

m’embrasse sur les deux joues comme si nous ne nous étions pas vues

depuis des lustres. Mon père, lui, se contente d’une accolade chaleureuse.

— Vidons le coffre et allons nous mettre au chaud, tonne la voix du

patron.

En dix minutes, nous avons fait les deux allers-retours nécessaires et je

suis allée me garer un peu plus loin. Lorsque je rejoins mes parents au

septième étage, une délicieuse odeur de café embaume la pièce. Ma mère

est déjà en train d’ouvrir les cartons tandis que mon père finit d’installer les

sapins artificiels.

— Encore merci, ma chérie, pour ton aide précieuse, dit-il en me voyant

approcher.

— Ça me fait plaisir.

— Tout travail mérite salaire, Alyson, ce n’est pas bon pour les affaires

que d’offrir gracieusement tes prestations au même client.

Je souris, attendrie une fois de plus. C’est toujours la même rengaine :

chaque année, il tente de me convaincre d’accepter un chèque, mais je m’y

refuse.

— Ce n’est pas du business, papa, c’est la famille, rétorqué-je en

donnant le même argument au fil du temps.

— Jerry, laisse donc ta fille tranquille, lance ma mère avant qu’il n’ait

pu répondre.

Elle s’approche de moi, le regard empli de tendresse et une tasse

fumante à la main, qu’elle me tend.

— Je me suis laissé dire qu’il y aurait du beau monde, cette année

encore, dis-je pour détourner l’attention tout en avalant une gorgée de ma

boisson.

Le sourire de ma mère devient taquin et ses yeux me sondent comme

des rayons X. Je suis certaine que mes joues s’enflamment et qu’elle

parvient à lire en moi comme dans un livre ouvert. Faisant partie de

l’organisation – et de la famille –, j’ai eu accès à la liste des invités. Je n’ai

pu m’empêcher de voir le nom de Hayden parmi tous les grands pontes qui

travaillent avec mon père.

— Du beau monde ? Tu ne voulais pas plutôt dire un bel homme ?

renchérit ma mère.

Si ce n’était pas le cas, cette fois, je rougis.

— Carol, gronde mon père.

— Quoi ? Elle a bien le droit de savoir que M. Parker viendra non

accompagné !

Moins subtile, tu meurs ! Je n’ai qu’une envie : me terrer au fond d’un

trou. J’adore mes parents, mais lorsqu’ils se mêlent de ma vie amoureuse ça

finit rarement bien. Il n’y a qu’à voir le dernier rencard que ma mère a

organisé pour moi. Alors, même s’ils n’ont rien à voir dans ma relation avec

Hayden, je préfère qu’ils ne mettent pas leur grain de sel. Pour calmer leurs

ardeurs et les satisfaire un temps, je leur donne quelques informations.

— On a prévu de se retrouver à la soirée, sa sœur sera là aussi. Et il se

peut qu’il me raccompagne chez moi ensuite.

— Alors ça y est, c’est officiel ? me demande mon père, suspendant son

geste pour se tourner vers nous.

Je ne m’attendais pas à ce que la question vienne de lui, surtout après

qu’il eut réprimandé sa femme. Mes parents guettent tous deux ma réponse.

J’opine timidement. La seconde suivante, ma mère trépigne de joie et me

demande des détails telle une adolescente de quinze ans. Alors je leur

raconte la journée d’hier, l’ambiance romantique du marché de Noël, toutes

les petites attentions de Hayden et enfin ce baiser qui m’a transportée sur

une autre planète.

— Tu as l’air heureuse, Alyson, dit ma mère, émue.

— Je le suis.

Un silence confortable s’installe entre nous avant que nous nous

mettions au travail. Il nous faut plusieurs heures afin que chaque sapin soit

décoré, que les tables accueillant le buffet soient dressées, sans oublier

d’étoffer le reste de l’espace avec des tapis, des sculptures et autres objets

fantaisie. Nous avons dégusté un délicieux gratin de pommes de terre que

ma mère a préparé, suivi d’une ultime tasse de café accompagnée de

cookies.

Il est 22 heures lorsque nous descendons au pied de l’immeuble. Avant

que nous nous séparions, ma mère me prend dans ses bras.

— Profite de la moindre seconde, Alyson, qu’importe que Hayden soit

le bon ou non. Savoure les moments que vous partagez, cette complicité qui

vous unit et l’affection qu’il te donne. Il n’y a rien de plus beau que de

tomber amoureux.

Je hoche la tête et resserre mon étreinte. Ses mots résonnent en moi, je

suis la fille de mes parents, romantique dans l’âme, amoureuse de l’amour.

Je compte bien jouir de chaque instant passé aux côtés de Hayden Parker.

 

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