Mon calendrier de l’amour
Lettre 17
Cher Christmas,
Hynes Convention Center
900 Boylston Street
Boston, MA 02115
Stand 36
Affectueusement,
Alyson
OceanofPDF.com
CHAPITRE 48
J – 8
Il est 6 heures du matin quand je finis de vider la camionnette que j’ai
louée pour l’occasion. C’est l’une de mes journées préférées, mais
également l’une des plus chargées. Le marché de Noël de Boston est une
institution. Il me reste deux heures pour dresser mon stand et faire la mise
en place. Je suis installée entre l’étal de vin chaud et celui où on trouve tout
un assortiment de pulls kitsch multicolores. Le Hynes Convention Center
est en effervescence, tous les exposants s’affairent pour être prêts avant
l’ouverture.
L’odeur de cannelle chatouille mes narines tandis que je repositionne
mes boules à neige pour la énième fois. Mon ventre émet un son qui me fait
comprendre que je n’aurai pas dû sauter le petit déjeuner, mais je n’ai plus
le temps de faire un tour pour m’acheter une pâtisserie, les premiers clients
arrivent.
La matinée commence lentement, seuls les plus courageux sont présents
aux premières heures, mais avant midi les allées se remplissent et il est
difficile de circuler. Les visiteurs flânent entre les stands et se laissent
emporter par la magie du marché de Noël. Comme chaque année, je suis
surprise du nombre de personnes qui n’ont pas encore décoré leur sapin ni
le reste de leur maison, à une semaine du réveillon. Cette ambiance féerique suscite une vraie addiction chez moi, si bien que je me retiens de relooker
mon appartement dès le mois de novembre. Mon stock de guirlandes et
autres pièces lumineuses s’amenuise à toute vitesse. J’hésite à envoyer un
message à Hayden pour qu’il passe à la boutique afin de faire un réassort,
mais je m’abstiens. Après tout, peut-être qu’il n’a pas prévu de venir malgré
mon invitation. Cette idée me serre le cœur et fait monter le stress. Chaque
occasion est bonne pour scruter la foule à la recherche d’un visage familier.
Le stand ne désemplit pas, je dois accélérer afin de ne pas faire attendre
les clients trop longtemps, si bien que je ne prête plus attention aux
personnes qui se tiennent en face de moi et je n’aime pas ça. D’habitude,
Gregory m’accompagne et en profite pour vendre ses toiles. À deux, nous
arrivons à prendre du temps pour chouchouter nos visiteurs et leur donner
envie de revenir l’année suivante. Seule, je suis en pilote automatique.
— Bonjour et bienvenue dans l’univers du Good Life. Qu’est-ce qui
ferait votre bonheur ? lancé-je sans perdre ma bonne humeur.
— Je voudrais la magnifique boule à neige avec Rudolf près de son
traîneau.
Cette voix… rauque et sensuelle. Mon regard croise le gris du sien
avant de se concentrer sur son sourire lumineux.
— Hayden, soufflé-je comme une idiote.
— Je suis certain que ça fera plaisir à Suzy, surtout si je lui dis que ça
vient de ta boutique. Axel parle toujours de la journée qu’il a passée avec
toi, alors sans t’avoir rencontrée ma sœur t’apprécie déjà.
Le rouge me monte aux joues. Je n’ai jamais su recevoir des
compliments, encore moins de la part d’un homme qui me plaît. Pour
masquer mon trouble, j’attrape le petit objet et commence à l’emballer.
— Tu as pu faire le tour des différents étals ? demandé-je avec intérêt.
— Je me suis dit qu’on pourrait faire ça ensemble. Si tu as quelques
minutes à m’accorder, bien sûr.
— Je ne peux rien te promettre, réponds-je, gênée. Il y a encore pas mal
de monde…
— Je peux patienter jusqu’à ce que tu puisses prendre une pause.
Hayden m’offre un clin d’œil tandis qu’il règle son achat. Puis il
s’écarte pour laisser place au client suivant. Durant les deux heures
suivantes, je ne fais que l’apercevoir, nous n’avons pas le temps d’échanger
un mot.
Peu après 14 heures, la foule est moins dense. Je profite de ce moment
pour m’accorder un peu de temps, le prochain rush ne sera sans doute pas
avant la clôture. Je quitte ma maisonnette en bois et la contourne pour
rabattre la planche qui indique que la boutique est fermée.
— Je me suis permis de te prendre un verre de vin chaud, je me suis dit
que tu pourrais avoir soif.
Je pivote, le sourire ancré à mes lèvres, et découvre Hayden s’avançant
vers moi, deux gobelets à la main. L’odeur de cannelle me met l’eau à la
bouche. Je récupère mon gobelet et hume le parfum avant de boire une
gorgée. En signe d’appréciation, mon estomac se met à gronder, si fort que
c’en est indécent.
— J’aurais peut-être dû acheter l’un des cornets de frites de patates
douces et bacon que j’ai vus un peu plus loin.
Un second gargouillis se fait entendre.
— Margaret est une déesse de la cuisine. Chaque année, j’attends cet
événement avec impatience simplement pour déguster ses fameuses frites.
Laisse-moi le plaisir de t’inviter.
Hayden opine et me suit trois stands plus loin. Nous commandons deux
cornets et des sablés au sirop d’érable en guise de dessert.
— Je vous ai glissé un petit bonus dans le sac, nous informe Margaret
en faisant un clin d’œil.
Je la remercie et nous commençons à déambuler dans les allées tout en
savourant notre déjeuner.
— Hmm… C’est une tuerie, grogne Hayden après avoir goûté le
mélange de patates douces et de bacon.
— Je te l’avais dit. Si je m’écoutais, je pourrais en manger tous les
jours.
— Qu’avez-vous d’autre à me faire découvrir, mademoiselle Hale ?
demande-t-il en plongeant son regard intense dans le mien.
— Un peu plus de magie de Noël.
Et mes sentiments ! Mon cœur bat de plus en plus fort lorsqu’il est à
mes côtés, et c’est ce qui m’a poussée à lui proposer de me rejoindre ici.
Noël, c’est mon univers ; souvent, les hommes que je fréquente voient ma
passion comme « des enfantillages » ou encore « de l’immaturité », alors au
fil du temps j’ai cessé de partager mon engouement pour cette fête avec mes
rencards. Néanmoins, avec Hayden, c’est différent. D’après ce qu’a pu me
dire Christmas, il me connaît du moins suffisamment pour s’imprégner de
l’ambiance magique des fêtes pour me séduire. Pour ça, je tombe davantage
sous son charme.
Notre repas terminé, Hayden se débarrasse des emballages avant de
glisser sa main dans la mienne. Je suis surprise par le naturel de ce geste.
Nous n’avons pas posé de mots sur notre relation, il est trop tôt, et pourtant
j’ai l’impression que tout est clair, pour lui comme pour moi. Alors je me
laisse entraîner entre les stands, sur lesquels je m’émerveille une fois
encore.
— Elle est magnifique, m’exclamé-je en pointant du doigt une sculpture
en bois vernis qui représente un lutin.
Hayden fait un signe au vendeur pour qu’il l’emballe. Je me tourne vers
lui, à la fois touchée et surprise.
— Pourquoi tu me regardes ainsi, Alyson ?
— Tu ne devrais pas faire ça. Je risque de m’extasier sur quelque chose
à chaque stand, donc ça va créer un trou dans ton porte-monnaie. Et puis
c’est trop tôt, soufflé-je finalement.
Nous commençons tout juste à nous fréquenter, et je ne veux pas qu’il
se sente obligé de m’offrir quoi que ce soit. Et si tout ça ne nous menait pas
plus loin que le 25 décembre ? Lorsque le calendrier de l’Avent sera
terminé, nous ne nous cacherons plus derrière nos lettres, nous devrons
assumer nos déclarations. J’ai peur de voir la magie disparaître.
Hayden saisit mon menton entre ses doigts pour relever mon visage au
niveau du sien. Son regard acier plonge dans le mien. Je ne trouve aucune
trace de doute dans ses yeux. Et, comme pour m’insuffler ses certitudes, il
se penche en avant jusqu’à ce que ses lèvres rencontrent les miennes.
Ça fait des jours que j’attends ce baiser. J’en ai rêvé, je me suis fait
plusieurs scénarios, mais aucun aussi parfait que cet instant. Mes bras
s’enroulent autour de sa nuque tandis que je lui ouvre l’accès à ma langue.
Ses gestes sont doux alors qu’il approfondit notre étreinte. Hayden a un
goût de Noël, un mélange de cannelle et de sucre. Un frisson parcourt mon
corps. Je m’abandonne à notre étreinte. J’oublie mes inquiétudes et savoure
la sensation de chaleur qui se diffuse en moi. Les paupières closes, je me
fonds en lui. Nos cœurs battent à l’unisson.
Lorsque Hayden se recule, je suis à bout de souffle. Pourtant, j’aurais
aimé qu’il ne s’arrête jamais. Du pouce, il caresse délicatement ma joue
alors qu’un sourire se dessine sur son visage.
— Est-ce trop rapide aussi ?
Je secoue la tête tout en me mordant la lèvre inférieure.
— Alors laisse-moi t’offrir un souvenir de notre premier baiser, qu’il
reste gravé dans ta mémoire autant que dans la mienne, murmure-t-il de sa
voix rauque.
Je suis sûre d’une chose : qu’importe comment finit cette histoire, je
n’oublierai jamais cette journée.
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