Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 54 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 43

 

J – 12

 

Armée d’un rouleau de scotch et de ma missive, je descends dans le hall

de mon immeuble, là où se trouvent les boîtes aux lettres. Je n’ai aucune

certitude que mon admirateur viendra jusque chez moi ce soir, toutefois,

c’est la seule solution que j’ai trouvée dans un délai aussi court. Je fixe

l’enveloppe sur la petite porte où est inscrit mon nom.

Je m’apprête à remonter, mais je suis retenue par une curiosité

dévorante. S’il vient ce soir, j’aurai la certitude qu’il s’agit bien de l’artisan

qui hante mes rêves. Je jette un œil autour de moi et mon regard se pose sur

la porte du local technique. J’hésite un instant, cette pièce doit grouiller

d’araignées. Et puis zut ! Je tire la porte et me glisse à l’intérieur en

m’empêchant de réfléchir plus longtemps.

Le froid s’insinue très vite sous mes vêtements, je grelotte mais je suis

incapable d’abandonner mon poste d’observation. J’ai laissé un petit

interstice par lequel je zieute ce qui se passe dans le hall. Je suis à l’affût du

moindre bruit, du moindre mouvement.

Je passe près de deux heures dans la semi-obscurité en ne voyant que

quelques voisins rentrer chez eux. Je m’apprête à lâcher l’affaire lorsque le

son des pas dans l’escalier me force à ne pas bouger. Je devine que ce n’est pas celui que j’attends, toutefois, j’aurais du mal à expliquer à l’un des

locataires de l’immeuble ce que je fais dans le local technique.

Il s’agit du vieux Dan qui descend. Je me demande ce qu’il peut bien

partir faire au milieu de la nuit, sauf que son accoutrement m’interpelle. Il

porte un long peignoir par-dessus ce que je suppose être son pyjama, et des

pantoufles. Mais ce qui me surprend davantage c’est le fait qu’il se dirige

vers les boîtes aux lettres. Il s’arrête devant la mienne et saisit l’enveloppe.

L’espace d’une seconde, mon esprit s’embrouille et j’imagine Dan

rédiger les courriers que je me hâtais de découvrir le matin. Je grimace à

cette idée. Incapable de tenir plus longtemps, je sors de ma cachette. Mon

voisin sursaute avant de m’offrir un sourire gêné.

— Bonsoir, mademoiselle Alyson.

— Bonsoir. Que faites-vous avec cette lettre, Dan ?

— Je me dois de la remettre à son destinataire, répond-il sans se

démonter.

Ma mâchoire se décroche et les mots me manquent.

— Ne soyez pas si surprise, s’amuse Dan devant mon expression

abasourdie.

— Je ne vous imaginais pas coursier.

— Je suis toujours prêt à venir en aide à l’amour, mademoiselle Alyson.

Il m’offre un clin d’œil accompagné d’un sourire tendre.

— Vous savez donc qui m’écrit.

— C’est exact.

— Je ne peux pas vous donner les détails mais j’ai besoin de savoir qui

c’est, déclaré-je dans l’espoir de récolter quelques indices.

Dan secoue la tête, il ne se laissera pas amadouer aussi facilement. J’ai

le sentiment que cette situation l’amuse. Je comprends qu’il ne dira rien,

mais son aide peut m’être précieuse autrement.

— J’aimerais rendre la pareille à cet homme, commencé-je tout en

rougissant. Disons que je dois faire mes preuves. Pourriez-vous jouer les facteurs dans l’autre sens ?

— Évidemment, dit-il en agitant ma lettre, qu’il tient déjà entre ses

mains. Vous devriez aller vous reposer, mademoiselle Alyson, vous avez

une petite mine.

Je lui offre un sourire contrit tandis qu’il se détourne pour remonter

chez lui. Le vieux Dan a raison, maintenant que la pression de cette journée

retombe, je sens la fatigue m’assaillir. Je retourne à mon appartement et me

rends directement dans ma chambre pour me laisser aller sur mon lit.

Un soupir m’échappe et je laisse mon esprit divaguer. Les événements

de ces derniers jours se bousculent dans ma tête. Je repense à cette journée

où tout devait être parfait. La boutique a revêtu sa tenue de fête et les clients

ont été émerveillés devant le travail de Hayden. Les lieux sont imprégnés de

la magie de Noël et mon humeur s’y est accordée. Sauf qu’il n’a fallu

qu’une seconde pour que tout dérape.

Je songe au baiser que m’a donné mon ami avant de s’enfuir. Était-ce un

baiser d’adieu ? J’ai du mal à y croire, dix ans d’amitié ne peuvent pas

disparaître en un claquement de doigts. Pourtant, depuis vendredi, je n’ai

pas eu de nouvelles de Greg. Je ne lui en ai pas donné non plus, à vrai dire,

je ne sais plus comment me comporter avec lui.

Et puis il y a Hayden. Avec lui, il faut que je rattrape le coup. Je ne sais

pas où en sont mes sentiments à son égard, c’est trop frais, trop intense. Il

souffle le chaud et le froid, il peut être doux et gentil comme bourru et

méprisant. Toutefois, il s’est passé quelque chose entre nous. Lorsqu’il

entre dans une pièce, mon sourire s’élargit et mon cœur s’emballe. J’ai

envie de partager des moments simples avec lui, et même des disputes

électriques s’il le faut. J’ai l’impression d’être comprise, avec lui. Il ne me

reproche pas ma vie, ni mes rêves.

Pour la première fois, j’ai l’espoir que ça pourrait marcher.

Je regarde mon réveil, qui indique 1 heure passée. Je suis épuisée, mais

le sommeil ne compte pas venir, alors je saisis mon portable et commence à rédiger un message à l’attention de Hayden.

 

Bonsoir,

J’aimerais qu’on parle de cette situation, de ce que tu as vu. Ce n’est pas ce que tu crois… Je ne suis pas une de ces femmes capables d’interchanger les hommes sans éprouver le moindre remords. Tout ça est plus compliqué qu’il n’y paraît… Et comment va Axel ?

 

J’appuie sur « envoyer » le cœur battant. J’ai fait un autre pas dans sa

direction. Ce soir, c’est aussi bien pour Hayden que pour Christmas que je

me bats, pour l’artisan et le romantique. Pour cet homme qui est encore

plein de surprises.

Mon téléphone reste désespérément silencieux. Je me demande si

Hayden a lu mon SMS ou s’il dort, peut-être a-t-il simplement effacé le

message en voyant mon nom. Ou il dort, Alyson ! Dans sa dernière lettre, il

me laisse une chance, alors, si j’ai raison et qu’il est bien l’homme qui se

cache derrière le pseudonyme, il lira ce message.

Une fois rassurée et mue d’une détermination nouvelle, je lui propose

un rendez-vous. Si je veux pouvoir lui prouver ma bonne foi, ça ne peut pas

se faire par message interposé.

 

Un café demain à l’heure du déjeuner ? Et si j’ajoute une part de cheese-cake et un bonhomme de pain d’épice, ça peut t’aider à venir ?

 

Après ça, je pose mon téléphone à l’envers sur la table de chevet pour

ne pas être tentée de guetter la petite loupiote qui ne manquera pas de

clignoter lorsque sa réponse arrivera. Car elle va arriver. C’est cette pensée

qui m’aide à m’endormir pendant quelques heures.

 

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