Mon calendrier de l’amour

Emma Berthet · Chapitre 61 sur 76

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Mon calendrier de l’amour

Chapitre 47

 

J – 9

 

J’ouvre les yeux, le sourire aux lèvres. Un bel artisan est venu me

rendre visite dans mes rêves, et cette fois nos lèvres se sont scellées dans un

baiser langoureux. Mon premier réflexe, ce matin, est d’envoyer un SMS à

mes meilleurs amis pour leur raconter mon rencard. Je tape un résumé plein

de suspense et finis par une invitation à prendre un chocolat chaud à la

boutique. Toutefois, je suspends mon geste avant d’appuyer sur envoi.

Je ne peux plus agir ainsi sans blesser Gregory. Ce constat fait décliner

ma bonne humeur. Mon meilleur ami me manque, mais surtout la simplicité

de notre relation. Depuis que Hayden est entré dans ma vie, j’ai le sentiment

que le destin me pousse à faire un choix entre les deux hommes. Est-ce trop

demander que de vouloir tomber amoureuse et garder l’amitié de Gregory ?

Il semblerait. Malgré toute l’affection que je lui porte, je ne peux pas forcer

Greg à supporter ma relation naissante. Je ne souhaite pas le voir souffrir, il

ne le mérite pas. Pourtant, je suis incapable de me résigner à laisser les

choses se détériorer en restant les bras ballants.

J’efface les quelques lignes de mon écran et les remplace par une simple

question :

 

On peut parler ?

Je reste un instant devant mon portable à attendre une réponse sans

prêter attention à l’heure matinale. Le commun des mortels dort encore,

Alyson ! Je finis par me faire une raison et file à la salle de bains pour me

préparer. J’opte pour une robe patineuse vert sapin avec des collants à pois.

Je relève mes cheveux en une queue-de-cheval haute et appose un

maquillage léger.

Avant de quitter mon appartement, je consulte mon téléphone : rien.

 

J’ai la tête ailleurs toute la matinée. Mes pensées devraient dériver vers

mon idylle naissante, sauf que je suis obsédée par mon meilleur ami. Je me

pose mille et une questions, si bien que j’inverse la commande de plusieurs

clients, et c’est un vrai jeu de piste pour que chaque boisson arrive dans les

bonnes mains.

À 14 heures, lorsque Sofia me rejoint, son regard sur moi m’inquiète.

Ai-je une mine si affreuse ?

— Tout va bien, patronne ? Il s’est passé quelque chose ?

Je prends ça pour un oui.

— Non. Un simple coup de fatigue, dis-je.

— On pourrait revoir mon planning pour que tu aies une ou deux

journées off. Tu dois être la seule Bostonienne à travailler sept jours sur

sept et à ne pas te plaindre.

— Tu exagères, je ne…

Je m’interromps lorsque je sens mon portable vibrer dans ma poche. Je

le sors et en oublie ma collègue. Un mot. Un seul, qui suffit à me donner un

peu d’espoir.

 

Oui.

 

Ce soir, 19 heures, à ton atelier ?

 

Oui.

Aïe ! La tâche va être ardue. Les réponses de mon ami n’ont jamais été

aussi laconiques, même lors de nos disputes d’adolescents. J’ai peur que

cette situation soit en train de le changer, ou alors j’ai fermé les yeux sur

son mal-être depuis un certain temps.

Cette idée m’obsède jusqu’à la fin de la journée. À quelques jours de

Noël, je ne peux pas me permettre de fermer la boutique plus tôt, alors je

laisse les rênes à Sofia.

— Je t’offre ton premier week-end après les fêtes, lui promets-je en

enfilant mon manteau.

— Je note, patronne.

Je crois que je ne me déferai jamais de ce surnom. Je la salue d’un signe

de la main et me mets en chemin pour rejoindre mon meilleur ami. Je presse

le pas et traverse les rues de Boston à grande vitesse. J’ai besoin de voir

Greg, d’être certaine qu’il va bien. Tout est compliqué depuis début

décembre, nous ne nous sommes jamais autant disputés et surtout nous ne

sommes jamais restés plus de vingt-quatre heures sans nous parler.

Lorsque j’arrive devant chez lui, je trouve la porte de l’atelier

verrouillée malgré la lumière qui filtre. C’est une première. Cette porte

close est le reflet des sentiments de mon ami. Une partie de mon cœur se

fissure, mais je prends une grande inspiration avant d’appuyer sur la

sonnette.

Greg apparaît moins d’une minute plus tard, je manque de ne pas le

reconnaître avec ses yeux cernés et son teint blafard. J’ai un hoquet de

surprise, je porte ma main à ma bouche et refoule les larmes qui menacent

de s’échapper. Ça fait des années que je n’ai pas vu mon ami dans cet état.

— Greg…

— Je ne veux pas de ta pitié, Aly, grogne-t-il.

Je déglutis et attrape sa main pour la serrer dans la mienne.

— Je suis tellement désolée, dis-je d’une voix tremblotante.

— Arrête, Alyson.

— Non ! Il faut que tu m’écoutes. Je sais que tu te sens blessé, délaissé,

triste et toute la panoplie qui accompagne généralement la fin d’année.

Mais tu ne peux pas tout foutre en l’air maintenant, après tout ce qu’on a

traversé ensemble.

Il tente de m’interrompre.

— Alyson…

— Je n’ai pas fini ! Notre amitié a survécu à bien des secousses, elle est

à l’épreuve des balles, des ouragans et de la plus vive des blessures. Nous

avons toujours été là l’un pour l’autre, simplement nous ne pouvons pas être

tout l’un pour l’autre. C’est impossible. Ça risquerait de nous faire exploser.

Je suis à bout de souffle à la fin de ma tirade. Un léger sourire étire les

lèvres de mon ami. Puis il m’attire à lui pour me serrer au creux de ses bras.

— Je t’aime, Alyson, je t’aimerai toujours, mais j’ai compris le

message. De toute façon, il se pourrait que je ne sois pas amoureux de toi.

Je me recule sans quitter son étreinte pour croiser son regard,

interloquée.

— J’ai eu le temps de réfléchir et de faire d’innombrables conneries,

mais j’ai eu tellement peur de te perdre que je me suis persuadé que mes

sentiments pour toi dépassaient l’amitié.

— Tu ne me perdras jamais, je ne le laisserai pas arriver.

— Promis ?

— Tu en doutes ? lui demandé-je.

— Je pars pour Paris après les fêtes.

Cette fois, je fais trois pas en arrière. Je ne m’attendais pas à ça. Notre

réconciliation a été bien trop simple, maintenant, je me demande si Greg ne

cherche pas à me fuir pour se convaincre qu’il ne s’agit que d’un béguin

passager. Il peut prendre ses distances sans pour autant quitter le continent.

— Tu te moques de moi ?

— Non, le propriétaire d’une galerie a eu vent de mon travail et il me

propose une expo. C’est une chance de me faire un nom en Europe.

— C’est… formidable.

Je ne sais pas comment réagir. Nous marchons sur des œufs en ce

moment, alors je préfère me réjouir pour lui, même si j’ai l’impression que

c’est un nouveau coup de couteau dans notre relation.

— Tu n’es pas ravie.

— Si, si… Je suis simplement surprise. Je n’imaginais pas que c’était

dans tes projets immédiats.

— Ça ne l’était pas, mais c’est une opportunité en or.

Je lui souris. Il a raison, notre histoire n’a rien à voir là-dedans. Le

destin lui sourit enfin, alors en bonne amie je le soutiendrai, même de

l’autre côté de l’Atlantique.

— Alors il est temps de faire ta valise.

 

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