Mon calendrier de l’amour
Chapitre 20
J – 21
Je sors les trois derniers arbres de Noël de la réserve et les apporte dans
l’espace de vente. Le salon de thé est déjà équipé, alors Axel et moi allons
égayer le reste de la boutique. Le petit garçon sautille derrière moi, une
boîte en carton dans les mains et le sourire aux lèvres. Nous plaçons le
premier sapin près de l’entrée, je cale l’arbre et me retourne vers Axel en
remontant les manches de mon pull.
— Alors, chef, par quoi on commence ?
— Des lumières. J’adore quand ça clignote.
— Vendu ! Il va falloir démêler la guirlande électrique.
Axel hoche la tête, un air concentré et déterminé sur le visage. L’espace
d’un instant, je le regarde se débattre avec les cinq mètres de câble. Il est
haut comme trois pommes, chaque fois qu’il défait un nœud, au moins deux
autres se font, mais jamais il ne renonce. Attendrie, je me mets à sa hauteur
et lui offre mon aide. À nous deux, nous parvenons à bout de cet imbroglio
de fils électriques. Puis nous entamons un drôle de ballet autour de l’arbre
pour le vêtir de sa guirlande. Le premier atout en place, nous ajoutons de la
couleur. Rouge et or, tel est le thème. Mon nouvel acolyte prend son rôle de
directeur des opérations très au sérieux et n’hésite pas à me corriger s’il
trouve que je place une boule au mauvais endroit.
Les deux premiers sapins sont décorés en moins d’une heure chacun.
Pour le dernier, je décide d’oublier le thème prévu et me tourne vers Axel.
— Celui-ci, c’est ton sapin. Je ne te donne pas de boîte avec les
décorations, c’est toi qui décides. Tu peux te servir dans le magasin et le
décorer à ton goût.
— Pour de vrai ?
Les yeux bleus du petit garçon scintillent et je sais que j’ai fait le bon
choix. J’approuve d’un hochement de tête, et l’instant d’après Axel est déjà
en train de courir dans le magasin à la recherche de la perle rare. Pendant
qu’il est en pleine chasse au trésor, j’en profite pour aller voir Sofia. Je l’ai
un peu délaissée pour son premier jour, ce qui fait de moi une affreuse
patronne. Néanmoins, elle a l’air de se débrouiller comme une reine. Je la
laisse préparer la commande du dernier client et m’accoude au comptoir.
— Alors, comment ça se passe ? lancé-je.
— À merveille ! Ce n’est pas ma première expérience, j’ai bossé au
Starbucks qui est au coin de ma rue depuis que je suis en âge de le faire.
Tout s’explique.
— Pourquoi ne pas y être retournée ?
— C’est l’usine, on est tout le temps dans l’urgence et j’avais envie
d’élargir mes horizons. Je suis étudiante en marketing, alors disons qu’aller
voir ailleurs pour découvrir une autre stratégie c’est comme un devoir à la
maison.
— Tu compares le fait de travailler pour moi à des exos de maths ?
demandé-je en grimaçant. Je pensais être un peu plus attractive que ça.
Ma réplique fait rire Sofia, puis elle secoue la tête pour m’indiquer que
je me trompe.
— Non, disons que c’est un petit bonus si tu me laisses penser un peu
les idées marketing.
Je fais mine de réfléchir alors que je sais déjà que je ne peux pas le lui
refuser.
— Tu as carte blanche. Je te propose qu’on prenne un temps le mardi
soir quand tu as de nouvelles idées. Tu m’exposes le tout, et moi je valide.
— Oh, merci, Alyson ! Vous êtes une patronne géniale !
Elle me saute au cou, bien que le comptoir nous sépare. Son
enthousiasme me fait sourire et je suis certaine d’avoir pris la bonne
décision en l’engageant.
— Bon, je retourne auprès d’Axel. Quand tu as fini, tu fermes la caisse
et tu me fais signe avant de partir.
— Pas de souci.
Je récupère dans l’arrière-boutique le nécessaire pour fabriquer une
pancarte et retourne du côté de la boutique où se trouve Axel. Il est trop
occupé pour me remarquer, j’en profite pour l’observer. Il semble profiter
du moment à 200 %, son sourire n’a pas faibli depuis que nous avons
commencé notre atelier de décoration. Il prend sa mission très au sérieux,
ce qui me donne envie d’inviter des enfants chaque année pour qu’ils
s’occupent d’un sapin. Je ne m’éloigne pas trop afin de garder un œil sur
lui. Je prépare un écriteau « sapin d’enfant » et ajoute le prénom d’Axel
dans une belle calligraphie. J’en profite également pour encaisser quelques
clients venus pour les articles du magasin.
Je finis par rejoindre Axel, qui contemple son œuvre. Je siffle avec
appréciation et les lèvres du petit garçon s’étirent davantage.
— Il est magnifique, c’est sans aucun doute le plus beau de la boutique.
— Il manque l’étoile tout en haut. Tu peux m’aider ? Je suis trop petit.
Je glisse mes mains sous ses aisselles et le soulève suffisamment pour
qu’il puisse atteindre le sommet de l’arbre.
— Moi, je crois que tu es assez grand, ajouté-je tout en le reposant.
— Merci, Alyson.
Axel se jette dans mes bras et me serre contre lui. Ce simple geste me
réchauffe le cœur, je l’enlace à mon tour et en profite pour lui chuchoter à
l’oreille :
— Regarde ce que j’ai fait. Et si tu te mettais devant le sapin avec la
pancarte et que je te prenais en photo ? On pourrait l’envoyer à ta maman.
Il rayonne, si bien que je suis à deux doigts de verser une larme. Axel
prend la pose, tantôt sérieux, dans le style premier de la classe, tantôt joueur
avec tout un tas de grimaces. Je le mitraille, nous ferons le tri plus tard.
Axel se frotte les yeux et je me rends compte que ça fait déjà plusieurs
heures que nous nous activons pour embellir la boutique. Ce petit garçon
n’a pas la même endurance que moi. J’attrape sa petite main et le conduis à
l’arrière-boutique. Je lui sers un verre d’eau et imprime quelques
coloriages. Il semble ravi par cette nouvelle activité. Il s’installe dans mon
fauteuil et commence un nouvel ouvrage, tandis que je retourne à l’avant
sans fermer la porte et embrasse du regard le magasin. Malgré les travaux, il
garde une ambiance chaleureuse et son côté attractif. J’ai hâte de voir le
résultat final, quand Hayden aura fini d’en faire un bijou. J’espère aussi
qu’après ça il continuera à venir prendre un café de temps en temps, ne
serait-ce que pour voir l’évolution de son travail au fil des saisons. Je
l’espère vraiment…
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